HENRI PLANTAGENET, CINQUIEME SEIGNEUR. U
Il envoya immédiatement à Rome rarchev(?que de Rouen, les évoques d'Evreux et de Worcester, qui parvinrent à apaiser le souverain pontife.
Les anaihémes , au lieu de retomber sur la tête du roi , furent lancés contre les fauteurs et les complices du crime. Ces quatre seigneurs avaient, en effet, des complices; les chroniqueurs et les poètes du temps en citent dont, par suite d'une convenable réserve, nous ne voulons pas indiquer les noms, à cette heure très-honorablement connus,
Ed 1472, la division s'étant mise entre les petits souverains ou chefs de tribu dlrlande, et l'un d'eux ayant appelé le roi d'Angleterre à son secours , ce prince annexa .cette contrée à sa couronne.
Il se rendit ensuite en Normandie, où il devait rencontrer les deux légats envoyés par la Cour de Rome pour informer sur la mort de Thomas Becket.
Il les rencontra à Savigny, et de cette conférence, il résulta que le roi s'engagea , pour expier les paroles imprudentes qui avaient été cause de la mort de l'archevêque, à pardonner à tous ses adhérents, à leur rendre leurs bénéfices, à rétablir le siège de Cantorbéry dans ses possessions , à payer aux Templiers une somme d'argent suffisante pour entretenir 200 chevaliers en Terre sainte et à prendre lui-même la croix à la fête de Noël prochain pour servir trois ans contre les infidèles. On voit qu'elle était alors la puissance de l'Église.
En signant ces conditions, Henri reçut l'absolution des légats , qui confirmèrent ensuite la concession de l'Irlande déjà accordée par le pape Adrien.
Ce prince paraissait être à l'apogée de sa grandeur. Il avait nommé son fils aine son successeur à la couronne d'Angleterre, au duché de Normandie, aux comtés d'Anjou , du Maine et de la Touraine ; Richard , son second fils, était investi du duché de Guyenne et du comté de Poitou; Geoffroy, son troisième fils , héritait de la Bretagne du chef de sa femme , et l'Irlande était réservée pour être l'apanage de Jean, son quatrième et dernier fils, en faveur duquel il avait négocié un mariage avec Adélaïde , fille unique d'Humbert, comte de Savoie, qui devait lui apporter en dot des domaines considérables en Piémont, en Savoie, en Bresse et en Dauphiné.
De 1473 à 1187, la vie d'Henri fut cruellement troublée par ces fils ingrats , de la grandeur desquels il s'était occupé avec un soin si paternel.
Le roi d'Ecosse voulut en 1 174-75 profiter de ces troubles pour augmenter ses possessions; mais il fut vaincu et obligé de se reconnaître vassal de l'Angleterre. (1)
(l) (Archives de la paroisse de Saint-Germain^u-Val, 1174. -— Mémoires de M. Etienne- Panl de Sermaise, caré de Saint-Germain-du-Val en 1259, continués par M. Jean Chau- Teau, coré de ladite paroisse en 1348).
M« Julien Le Noir, premier curé de la paroisse» dit M« Etienne de Scrmaise , était aumô* nier du prince Henri, fils de Henri II, roi d'Angleterre, comte d'Anjou, du Maine, etc.
Henri, fils aîné du roi, mourut en 1183, avec les remords les plus vifs de sa conduite dénaturée. L'année précédente, son père était venu au Mans pour les fêtes de Pâques ; il y tint une Cour brillante ; car, dit Dom Piolin, si les barons du Maine s'étaient déclarés contre lui , toujours mus par le désir de secouer un joug étranger, Tévéque et le clergé lui étaient restés attachés. Il dicta peu après son testament, qui est peut-être le monument de ce genre le plus ancien que nous ayons en latin. Il y léguait des sommes considérables aux évoques du Mans et d'Angers pour remplir ses intentions.
On apporta, en 4183, les restes du jeune Henri, qui venait d'expirer à Limoges. Il avait exprimé la volonté d'être enterré à Rouen ; mais Tévêque du Mans et le peuple l'ensevelirent avec pompe dans l'église de Saint- Julien.
Par l'ordre du roi d'Angleterre , le corps fut exhumé et remis à une députation de rouennais.
Devenu héritier présomptif de la couronne, Richard voulut attaquer son frère Geoffroy ; d'un autre côté , celui-ci voulait annexer l'Anjou à la Bretagne; il se préparait à lever une armée, quand il fut tué dans un tournoi à Paris. Bientôt après , sa femme accoucha d'un fils , qui fut nommé Arthur ou Artus et investi du duché de Bretagne sous la tutelle de son gmndpère.
Ce prince , en sa qualité de duc de Normandie, était seigneur suzerain de la Bretagne ainsi qu'il avait été stipulé dans la cession de Normandie à Rollon le Danois par Charles le Simple.
Richard attaqua le comte de Toulouse , se fondant sur les droits que donnait sur ce comté la possession du duché d'Aquitaine. Philippe-Auguste défendit son vassal et eut tous les avantages de cette guerre, qui finit à la mort du frère aîné de Richard. Celui-ci déjà lié par un traité secret avec le roi de France , s'unit ostensiblement avec lui. Tous deux voulaient empêcher Henri II d'aller à la croisade. Cette nouvelle expédition avait été résolue pour chasser de Jérusalem l'illustre Saladin, qui s'en était emparé après la bataille de Tibériade où il avait vaincu et anéanti l'armée de Lusignan en 1487. Un très-petit nombre de villes étaient les seuls restes de toutes les conquêtes, qui, un siècle auparavant, avaient coûté tant de sacrifices à l'Europe chrétienne.
Ce prêtre fit bfltir et posa la première pierre de la maison pastorale en 1171. En quaUté d'envoyé do prince Henri , ce fat Ini qui signa le traité de paix qui se fit entre le roi et ses trois fils, Henri , Richard et Jean qui s'étaient révoltés contre leur père. En récompense d'an si éminent service , le curé de Saint-Germain obtint du roi l'abbaye d'Orchester en Angleterre. 11 n'en garda pas moins sa cure ou bénéfice de Saint-Germain-du-Val , pris La Flèche i car ce ne fat qu'en 1301, c'est-à-dire 25 ans après (de 1176 à 1201) que, par la faveur de GuiUaume des Roches , M* Aubin David lui succéda comme curé de Saint- Germain.
HEISRI PLANTA6ENET, CINQUIÈME SEIGNEUR. U5
Les rois de France et d'Angleterre mirent un impôt atteignant tous ceux de leurs sujets qui ne devaient pas les suivre en Orient ; c'est ce qu'on appela la Dîme Saladine. Et il est à remarquer que le produit en fut employé aux frais de la guerre qui eut lieu entre ces deux princes au sujet des villes du Vexin, qui avaient été données à Marguerite de France en épousant le fils dné du roi d'Angleterre et qui devaient revenir à la France en cas de non-postérité.
Dans tous ses débats, Henri retrouvait toujours ses fils. L'Histoire, du reste, pour ce qui regarde ces provinces, ne nous donne que peu de détails sur cette guerre qui fut de courte durée , mais on possède une lettre de Pierre de Blois , qui , archidiacre de Bath en Angleterre et admis dans l'intimité de Henri II, écrivit à l'évoque d'Angers Raoul de Beaumont au sujet de la défection des seigneurs angevins. Il l'engagea à ceindre le glaive. Ce prélat, d'après l'ordre du pape Lucius ou Luce III, qui occupa le trône pontifical de 11 84 à H 85, excommunia les rebelles , s'arma même pour la défense de la cause de Henri II et chassa les rebelles de la ville d'Angers.
La guerre fut malheureuse pour ce puissant prince; le chagrin qu'il ressentit d'avoir à s'humilier devant Philippe Auguste et ses fils rebelles , le fit tomber malade à Chinon. Plusieurs écrivains nous disent que ses dernières années furent abreuvées d'amertume : « Honte, s'écriait-il, honte au roi vaincu ! Maudit soit le jour où je suis né I Malédiction sur mes deux fils... »
Ces accès de fureur le conduisirent au tombeau le 6 juillet 1189. « A peine eut-il rendu le dernier soupir que tout le monde l'abandonna. Les barons, les évéques qui lui étaient restés fidèles se tournèrent de suite vers le soleil levant et coururent trouver Richard Cœur de Lion. Ses serviteurs eux-mêmes quittèrent le château, mais seulement après l'avoir pillé, et ils emportèrent jusqu'aux vêtements du monarque défunt. Le corps fut laissé nu, gisant sur une table, et il ne resta près de lui qu'un petit page qui le couvrit de son manteau. Pendant qu'on le transportait à l'abbaye de Fontevrault, Richard, informé de la mort de son père par le bruit public, vint au-devant du convoi abandonné et le rencontra dans le faubourg Saint-Jacques; il suivit le corps jusqu'au monastère; et, après une courte prière suivie de sanglots, il se retira. » (Promenades pittoresques en Tour aine. Abbé Chevalier.) t Le lendemain, dit Augustin € Thierry, eut lieu la cérémonie de la sépulture. »
On voulut décorer le cadavre des insignes de la royauté ; mais les gardiens du trésor de Chinon les refusèrent, et après beaucoup de supplications , ils envoyèrent seulement un sceptre et un anneau sans valeur.
Faute de couronne , on coiffa le roi d'un espèce de diadème fait avec la
446 LA FLÈCHE ET SES f^ElGNEURS.
frange d'or d'un vêtement de femme, et ce fut dans cet attirail bizarre que Henri, fils de Geoffroy-Plantagenet , roi d'Angleterre, duc de Normandie, d'Aquitaine et de Bretagne, comte de l'Anjou et du Maine, seigneur de Tours et d'Amboise, et seigneur de La Flèche au titre d'iiéritage paternel, descendit à sa dernière demeure. Sa dépouille mortelle n'a jamais été exhumée; elle repose encore à cette heure sous les pieds des détenus, dans le réfectoire de la maison centrale.
Malgré les efforts de ce puissant prince pour mettre un terme aux souffrances des classes inférieures , nous voyons dans les chroniques et môme dans Walter Scott, où le roman ne sert que de parure à l'histoire, que les plaies faites par la conquête étaient bien loin d'être fermées. Quatre générations n'avaient pas suffi pour mêler complètement le sang ennemi des normands avec celui des anglo-saxons, ni pour réunir par un même langage et par des intérêts communs deux races rivales, l'une triomphante, l'autre accablée sous le poids d'une défaite.
La noblesse normande avait usé de la victoire sans aucune modération. Elle avait reçu de Guillaume , son chef, toutes les dépouilles des vaincus et des seigneurs saxons; mais, ces châteaux, il fallut, pour la plupart, les prendre de force, et alors leurs murailles furent teintes du sang de leurs possesseurs légitimes, leurs femmes, nobles châtelaines, souvent déshonorées et réduites à la plus déplorable existence. Les récits des chroniqueurs sont navrants et ressemblent à tous ceux des prises d'assaut des guerres du moyen âge.
Le départ de Richard pour la Terre sainte , la vie lâche et voluptueuse de Jean appelé sans Terre, parce qu'il n'avait pas eu d'apanage, aggravèrent encore le sort des populations anglaises , livrées au bon plaisir des seigneurs qu'aucun frein ne pouvait plus retenir.