‹ Histoire de La Flèche et de ses seigneursChapitre 29 sur 251 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

2« MAISON; ANJOU. - MCiïARD r, DIT CŒUR DE LION, ROI D'ANGLETERRE, DDG DE NORMANDIE, COMTE D'ANJOU, etc., SIXIÈME SEIGNEUR DE LA FLÈCHE.

« Tout ce qui était nouveau , dit Walter-Scott , tout ce qui sentait Taven- * lure était un bonheur pour Richard. Dans le roi à cœur de lion, on « trouvait en grande partie le caractère brillant, mais, sans utilité réelle, « d'un chevalier de roman ; et la gloire personnelle dont il se couvrait par < ses faits d'armes était plus précieuse à son imagination exaltée que celle « que la politique et la prudence auraient pu répandre sur son gouvernef ment. Il en résulta que son règne fut comme un météore brillant et rapi- « de, dont la splendeur jette une lumière éblouissante, mais inutile, et à « laquelle au bout d'un instant succèdent de profondes ténèbres. Ses ex- « ploils chevaleresques furent le sujet des chants des ménestrels et des t troubadours , mais son régne ne procura à son pays aucun des avantages € solides sur lesquels l'histoire aime à s'appuyer, et qu'elle cite pour exem- « pie à la postérité. »

Michaud (Histoire dfs Croisades) nous peint ce héros du moyen âge avec les mêmes couleurs, — lettré, chevalier-troubadour, mais aussi féroce que brave, inconstant dans ses inclinations, bravant souvent la religioû tout en se dévouant pour elle , sans mesure dans sa haine comme dans son amitié, excessif en tout, constant seulement pour la guerre. (1)

Richard et Philippe arrivèrent dans la plaine de Vezelay, sur les frontières de Bourgogne , rendez-vous convenu pour les deux armées composées de

(1) A l'arèoement de Richard ao trône un poôte a dit :

« Mira canam; sol occubuit, « Nox nulla secuta est, »

Le soleil s'est coaché Et il ne fait pas nuit.

Ce qui est l'équivalant de le rot est mort, mve le roi,

400,000 combattants. Philippe prit la route de Gènes et Richard celle de Marseille , ports dans lesquels leurs flottes respectives les attendaient.

Le premier précéda en Terre sainte Richard , qui attendit quelques temps en Sicile l'arrivée de sa mère et de la princesse Bérengère, fllle du roi de Navarre , à laquelle il avait été fiancé.

Le mariage se flt dans Tile de Chypre.

Nous ne suivrons pas Richard dans tous ses actes en Terre sainte où il trouva en Saladin le plus noble adversaire.

Après la bataille d'Ascalon, où il vainquit les Sarrazins, il conclut une trêve et se prépara à retourner en Angleterre où ses affaires étaient en trèsmauvais état par suite des intrigues de Jean et de Philippe revenu en France bien longtemps avant lui.

Il jugea plus prudent de traverser l'Allemagne pour retourner dans ses Etats. Mais Léopold d'Autriche n'avait pas oublié l'affront que lui avait infligé Richard au siège d'Acre, en arrachant la bannière que ce prince avait plantée sur les remparts et en y substituant la sienne.

Richard, reconnu, malgré son déguisement, fut arrêté et mis dans une étroite prison. Puis, il fut vendu à l'empereur Henri V par Léopold , archiduc d'Autriche. (1 )

L'empereur d'Allemagne , le roi de France, Jean sans Terre lui-même , s'unirent pour proflter de la captivité de Richard. Mais il furent obligés de céder au cri public. Les seigneurs allemands blâmèrent hautement la conduite de ces princes, le pape menaça d'excommunier l'empereur Henri V, qui consentit enfln à rendre la liberté au roi d'Angleterre, moyennant une rançon de 150,000 marcs d'argent.

Tout ce qu'on a raconté de Blondel parait être faux. La captivité du roi fut de suite connue. Plusieurs ambassadeurs et les évèques d'Ely et de Salisbury allèrent le voir, et celui-ci reçut l'ordre de ce prince de repasser promptement en Angleterre pour s'occuper de sa rançon.

La captivité du souverain ou du seigneur était un des cas prévus par les lois féodales , et tous les vassaux de Richard furent obligés de contribuer à la rançon, (i)

(1) Léopold, archidac d'Autriche, fut le premier des chefs de ce beau pays, qui ait joui du rang de prince. Il avait été élevé à la dignité ducale dans l'empire germanique, parce qu'il était proche parent de l'empereur Henri le Grand, et tenait sous son gouvememeiit les plus belles provinces qu'arrose le Danube. L'histoire a flétri sa mémoire , dit Walter Scott, à cause d'un acte de violence et de perfidie qui prit sa source dans les événements des croisades , et cependant la honte d'avoir fait Richard prisonnier, tandis qu'il traversait ses

domaines, ne pouvait pas cadrer avec le caractère naturel de Léopold La discorde Ait

semée entre eux par les artifices secrets du politique Philippe , roi de France , un des monarques de son siècle qui avait le plus de sagacité.

(2) Richard, ayant fait tout à sa volonté dans le Poitou, retourna en Anjou, où il contraignit tous les baillys à contribuer au payement de sa rançon. Le Maine courut pareille fortune. — (Du Moulin. 1194.)

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