RICHARD I«S SIXIÈME SEIGNEUR. U
Rieu ne peut égaler la joie que les Anglais firent éclater, dit-on , au retour de leur monarque. Il fit son entrée à Londres le 20 mars 4494. Les barons déclarèrent Jean déchu de toutes ses possessions en Angleterre , comme coupable de félonie.
Richard , après avoir réglé autant que possible toutes les affaires de son royaume» passa en Normandie et déclara la guerre au roi Philippe. II ne pouvait exister de paix entre ces deux princes irrités par des injures réciproques. Jean, toujours versatile, vint se ranger sous les enseignes de son frère , qui lui pardonna , mais sans beaucoup compter sur son serment de fidélité.
La guerre se fit pendant cinq ans de la manière la plus cruelle. De temps à autre quelques trêves de courte durée donnaient un peu de repos aux combattants. Enfin l'intervention du légat allait amener une négociation , qui devint inutile, Richard Cœur de Lion ayant été blessé mortellement au siège de Chalus qu'il avait entrepris pour vider une querelle particulière. Il mourut le 6 avril 4499, âgé de 43 ans et la dixième année de son règne, ne laissant qu'un enfant naturel.
Richard légua ses entrailles aux Poitevins, en raison du mépris qu'il leur porta toujours ; elles furent inhumées dans l'église de Chalus. Il ordonna que son corps fut porté à Fontevrault, ce Saint-Denis des Plantagenets, et son cœur à Rouen. L'épitaphe de ce prince à Fontevrault exprimait autrefois cette triple inhumation.
« PictavQS esta dncis sepelit tellusque Chalatis. c Corpas dat claadi sab marmore fontis ebrandi , c Neustrîa tu que tegis cor inexpugoabile régis, « Sic loca per trina se sparsit tanta ruina : c Nec fuit hoc fuons cui sufBceret locns unus. » (Mathieu. Paris, Richardus, p. 136.)
H. Deville, savant archéologue , a découvert à Rouen, dans la cathédrale , le cœur de Richard avec sa statue tombale.
En 4 4 98 , Richard avait assité aux fêtes de Pâques du Mans. Il était accompagné de sa sœur Jeanne qui fut élevée à Fontevrault, elle voulait y vivre; mais le roi la maria à Guillaume, roi de Sicile, et étant devenue veuve, elle fut unie à Raymond VI, comte de Toulouse. Au moment de sa mort, elle reçut le voile à Fontevrault où elle fut inhumée.
Richard , en prenant la croix vers 4487, avait nommé pour son héritier le flls de son frère Geoffroy, duc de Bretagne , Arthur, qui , né en 4 487, n'avait que 42 ans à la mort de .son oncle. Mais par son dernier testament, le roi fit toutes ses dispositions en faveur de Jean , annulant ainsi les premières.
C'était donc la guerre.
La reine Bérengère, veuve de Richard , (1) reçut le Maine de Philippe Auguste en échange d'un premier douaire qui lui avait été assigné.
Robert de Turneham , qui gardait à Chinon les trésors du roi défunt , les livra à Jean sans Terre avec le château de cette ville et plusieurs autres forteresses, entre autres celle de Sauraur. D'un autre côté, Thomas de Fumes livra à Arthur la ville et le château d'Angers.
Nous rencontrons ici l'occasion de raconter tous les faits de la vie de Fil-
(1) Bérengôre , reure de Richard , roi d'Angleterre , ne pouvant compter snr la booie foi de son beau-frère Jean , s'adressa pour son douaire à Philippe Auguste en 1204 après la confiscation des provinces anglaises en deçà de la mer.
Ce prince lui accorda la seigneurie du Maine. 11 est certain par plusieurs actes, que Bérengère jouissait dans cette province non-seulement de l'utile , mais aussi de tous les droits honorifiques attachés à la dignité de comte du Mans. L'an I91C, elle présida, un mardi, la veille de la Saint-Barthélémy, i?3 août, à un duel qui eut lieu entre deux champions, dont Tun défendait Thonneur d'une demoiselle, et l'autre, qui était le frère de Taecusée , soutenait qu'elle était coupable dans la vue de se faire adjuger son héritage. — (Courvaisier, p. 476.)
Bérengère vivait encore en 1330, mais n'était plus en 1-234, puisque Marguerite de Provence, en épousant le roi saint Louis, reçut en don, le 27 mai 1334, la ville du Mans et toutes ses dépendances pour en jouir de la même manière que Bérengère. Marguerite posséda ce comté jusqu'en 1246. A cette époque, saint Louis le lui retira et lui donna Orléans et d'autres propriétés en échange.
Les archives du département de la Vienne possèdent un document précieux relatif à l'ancienne commanderic do Thorée , commune contigijc à cello de La Flèche près de la voie du chemin do fer do cette ville au Ludo. C'est une charte par laquelle Bérengère fonde la commanderie des religieux hospitaliers de Jérusalem dans cette localité.
Année 1216.
« Bérengère, par la grâce de Dieu, reine d'Angleterre. » Que tous présents et à venir « apprennent que Richard , ci-devant roi d'Angleterre, notre époux de glorieuse mémoire, « et Nous, avons acheté de Guillerme de Festuvalles et de Maimeric Lcgoi, gens de guerre, « et de plusieurs autres, tous leurs fiefs et tous les droits qu'ils avaient ou pouvaient avoir « dans la paroisse de Thorée, ainsi que dans celles de Sainl-Médard, près le Lude et de « Savigné, en payant en deniers quelques-uns des vendeurs, et en faisant échange avec les « autres. Sur ces propriétés acquises , nous avons fait construire près de Thorée , le susdit
< roi Richard et Nous , une maison avec un étang et un moulin qui lui sont adjacents. C'est « pourquoi, remplis d'une sainte confiance dans la miséricorde de Dieu, pour notre salut
< et le repos de l'Ame du roi Richard, notre époux, nous avons donné en pure et perpé- « tuelle aumône et avons concédé à perpétuité à nos bien-aimés frères hospitaliers de Ihrbn « (Jérusalem) cette maison avec toutes ses dépendances, savoir : avec Tétang, les bois et le « moulin, avec les hommes, les rentes, dîmes, vignes, terres, prés et landes, avec les « terres en herbe et les coteaux , le collège des Cartes et les autres revenus dont nous avons € joui nous-mêmes et que nous avons longtemps possédés. Nous leur faisons cette conccs- « sion , afin qu'on établisse à perpétuité pour la gloire de Dieu , et afin de rendre ainsi à « N.-S. Jésus-Christ le culte qui lui est dû. £nfin , pour que cette donation ait force de loi, « nous avons remis , en témoignage de la vérité à nos susdits frères hospitaliers , les pré- « sentes lettres revêtues de l'empreinte de notre sceau. »
tf Donné an Mans, l'an du seigneur mil doux cent-seize. >»
Bien plus tard, quand M. le duc de Vendôme, époux de Françoise d'Alençon, voulut que les droits des religieux hospitaliers fussent bien établis, il fit vérifier cette donation de Bérengère par René Charbonnier, licencié en lois , sénéchal des eaux et forêts de La Flèche, en 1527.
lostre Guillaume des Roches (Guillelmus de Rupibus), sénéchal héréditaire et feadataire d'Anjou , deTouraine et du Maine. Il fut un des principaux acteurs dans les troubles qui agitèrent nos provinces à cette époque si tourmentée ; et, en en précisant toutes les péripéties bien autrement que ne peuvent le faire les écrivains dans leurs histoires générales , nous montrerons aussi qa'elles étaient les bases sur lesquelles était alors nécessairement établi le grand système de décentralisation qu'on a grand peine à retrouver dans notre siècle , et qui cependant n'a pas pu faire entièrement disparaître les traces ineffaçables et ineffacées des grandes divisions territoriales.
Quant à l'origine de Guillaume des Roches, elle reste assez incertaine; les uns pensent qu'il était cadet de la maison des Roches d'Anjou.
Le savant religieux Claude Ghantelou et Guillaume le Breton sont de cet avis. Cependant nous ne sommes pas éloigné de penser d'après le titre qui suit qu'il était né aux environs de Château-du-Loir. Notre sénéchal était fils de Baudouin et petit-fils d'Herbert des Roches : € Guillelmi^ de Rupibus, f senescallus Àndegavensis, dat Monachis de Persenid (abbaye de Persei- € gne) pro anima suâ et Margaritœ uxoris suœ 60 solidos Turonenses , in « censibus de Castro Lidi (Château-du-Loir), qui fueruni Herberti de Ruc pibus patris Balduini de Rupibus patris sui. Anno 4^45. »
En 421 â, le grand sénéchal scellait de cire jaune à une bande losangée de quatre pièces au lambel de cinq; au con.tre-scel , il y avait une tête en relief, sans barbe et couronnée de laurier. (1) M. Mordret possédait un sigillum de ce personnage illustre. II est en cuivre et du diamètre de plus de deux pouces. Guillaume y est représenté à cheval, tenant une épée de la main droite, et du bras gauche un bouclier triangulaire orné de la bande losangée.
Guillaume des Roches avait épousé Marguerite de Sablé, fille de Robert III et issue de cette maison de Sablé dont les membres étaient déjà de grands seigneurs vers le milieu du X"« siècle , comme il apparaît par leur alliances. Ce Robert de Sablé fut, du reste, l'un des hommes les plus marquants du XII"« siècle. Il se croisa en 1190 et partit avec Richard, roi d'Angleterre, son suzerain, dont il commanda la flotte composée de quatorze grands navires.
Dans son histoire d'Angleterre, Brompton dit : « Intérim Rickardus, rex, « Gerardum archiepiscopum Avaiensem, Bernardum episcopum de Baiiona,
(1) L'emploi de la cire de telle et telle coulear n'était pas indifférent. D'un côté , nous voyons qw, par ooe charte de 1^0 , Charles , roi de Sicile et de Jérasaiem , comte d'Anjou, fait défense i toas les barons angevins d*aser de sceaux dans leurs juridictions à moins qu'ils ne fussent en possession de ce droit : c gui sigilla non sunt habere consueti, > et, d'un autre côté, que seuls, les grands dignitaires pouvaient , et encore avec autorisation, sceller on cire jaune, puisque, par une charte de 1468, Louis XI donna cette même autorisation à Roné, rai de Sicile : « Uti eerà fiavd in suis Sigillis, » -* (Ducanf^e.)
452 LA FLÈCH£ ET SES SEIGNEUBS
« Robertum de Sablol, Richardum de Chamvil et Wiliellmum Fort de Va- € leron, de consilio suo ehctos super totum navigium suum,... ju^titiarm € sxios constituit..,. »
Dans ce voyage en Terre sainte, Robert de Sablé se fît templier et devint bientôt grand-maître de l'Ordre. Ce qui donne de suite la mesure de sa capacité et ie son courage. Il conserva cette dignité jusqu'à l'époque de sa mort survenue en 1195.
Cette qualité de grand-mattre de l'Ordre est établie dans un titre do Perray-Neuf émanant de son fils Geoffroy : « Ego Gaufridm, Dominw de « Cornilleio, filiu$ Domini Roberti de Sabolio, qui, scilicet Robertus, € Magister Templi Hierosolimis tune temporis habebatur. »
Geoffroy mourut avant son père.
Robert de Sablé avait épousé Clémence de Mayenne, sœur de Juhel et descendante par sa mère de Lancelin de Beaugency ; elle tenait donc ainsi à la souche de nos seigneurs de La Flèche. Un neveu , Geoffroy IV, de Mayenne , se croisa avec un grand nombre de gentilshommes de la province du Maine et des autres vosines.
Sur ces cent cinq croisés, trente-cinq seulement revirent leur patrie: « Ipsi dicti peregrini, vsque ad trigenta quinque hominum , reversi sunt « die mensis novembris, an^w Domini 446%, cum magna labor?; ceterique « occubuerunt pro fidô in Sina, Re/juiescant in pace. Sic lav^ D?o. Hoc € scripsit , prœsens , et ad fuit, frater Joannes , monachus Benedicti patris « nostri ad Fustaïam (la Fustaie, prieuré du Maine), anno Domini 4463, « die m^ensis Junii. »
Nous sommes heureux de trouver l'occasion de citer ici une charte relative à la croisade de 1189 dirigée par Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste ; nous y retrouvons le nom d'un Geoffroy de Mayenne se portant garant pour les sommes prêtées à plusieurs chevaliers, et entre autres à Guillaume de Quatrebarbes et à Geoffroy de la Planche de Ruillé , dont la postérité nous est si bien connue : « Notum sit omnibus Cliristi fidelibus « quod ego Gaufridus de Meduana (Geoffroy de Mayenne) eonstitui me « debitorem de CXXX marcis argenti, Karissimis meis BERNARno de Feri- « TA TE (Bernard de la Ferté), Francisco de Vimurcio (François de Vimarcé, « prés d'Evron), Willelmo de Quatuor-Barbis (Guillaume de Quatre- « barbes) et Gaufndo de Plemca (Geoffroy de la Planche de Ruillé) per « Ansoldum Bochenum et ejus socios Januenses (Génois) cives mutuales ; € et volo et concedo quo deficientibus in dicta solutione Karissimis meis, € CXXX marcas supradictas ego ipse reddere dictis civibu^ tenear, Quod ut € ratum' permaneat , sigillo m'*.o presentis litteras munivi, »
« Actum in obsidione Accon (Acre) anno Domini mcxc, in crastifio festi « Sancti'H^migii. » (Archives du Mans.)
Il peut y avoir une certaine confusion historique au su^et de ce nom de
RICHARD l«r, SIXIÈME SEIGNEUR. 153
Geoffroy se rencontrant à différentes époques dans le même siècle. Suivant les indications de M. Jules Lefizellier, conseiller de préfecture de Laval , nous disons : La deuxième croisade (Louis le Jeune et Conrad) était terminée en 4449. — La troisième (Philippe de France et Richard Cœur de Lion) n'eut lieu qu'en 4189. Qu'est-ce donc que cette croisade de nobles Manceaux fnobilium virorum) dont le frère Jean de la Fustaye nous a conservé le nom^ et qui partis de Mayenne 408, en Tan 4458 , ne revinrent que 35, en 4462? Ce moine emploie l'expression peregrini; c'étaient donc des pèlerins et non des croisés ; car cç départ ne se rattache à aucune de ces grandes expéditions militaires connues sous les noms de deuxième et troisième croisades.
Comme le dit très-justement M. Leflzellier, il ne faut pas oublier qu'indépendamment des huit grandes croisades, il y eut un mouvement continuel , incessant de croisés , de pèlerins , de marchands entre les pays Francs et la Palestine. Le XII"« siècle fut une croisade perpétuelle, un pèlerinage de l'Occident en Orient.
En 4458, les chrétiens étaient maîtres des Lieux saints^ Baudouin III était roi de Jérusalem. La Palestine, la Syrie se couvraient de forteresses féodales : car le régime féodal de l'Occident y avait été transporté de toutes pièces. Mais les chrétiens étaient entourés d'ennemis, et, serrés de près, avaient sans cesse besoin de renforts. Puis, l'amour des aventures, la curiosité de connaître ce mystérieux Orient, l'espoir du gain, le désir de conquérir quelques riches fiefs, au sein de cette nouvelle société féodale qui s'oi^nisait là-bas, faisaient oublier et les fatigues du voyage et les dangers de l'arrivée.
Aussi ce départ de 4 08 croisés manceaux en dehors des grandes croisades n'a rien qui dénote un fait exceptionnel dans notre histoire locale. Ainsi Etienne, comte du Perche, et quelques croisés du Mans et d'Angers, étaient partis quelques années auparavant, Hamon de Laval, en 4458, Hugues de Châteaudun, en 4459, se rendaient aux Lieux saints, les uns pour combattre, les autres par esprit de pénitence. (Michaud , Guillaume de Tyr, Bourjoly, Dom Piolin , etc.)
Le Geoffroy de Mayenne qui commandait les 408 croisés, partis en 1458, ne peut être le même que celui qui figure dans l'acte de cautionnement de 4490. En effet, dit encore M. J. Leflzellier, Geoffroy revenu de son expédition , en 4462, trouva son père mort depuis un an, lui succéda dans la seigneurie de Mayenne, ne retourna pas en Terre sainte et mourut à Mayenne en 4489.
Il fut inhumé, comme son père, dans le chapitre de l'abbaye d'Evron. Il n'avait eu que deux fils, Hamon qui l'avait accompagné dans sa croisade et y était mort, et Julie! qui lui succéda.
Pierre le Baud et Dom Gobineau , dans leurs histoires de Bretagne , pré-
45i LA FLECHE ET SES SEIGNEUHS.
tendent que ce Juliel III accompagna les rois de France et d'Angleterre dans leur croisade de 4489.
Mais le Geoffroy de Tacte de cautionnement ne peut pas être le fils de ce Juhel qui n'eût et ne laissa que des filles et qui, faute d'héritier mâle , vit finir en lui la première maison de Mayenne.
Il faut admettre que ce Geoffroy était l'un des membres d'une des branches collatérales , qui étaient nombreuses , et conservèrent longtemps le nom de Mayenne (Guyard de la Fosse, Histoire des seigneurs de Mayenne).
Telles étaient donc les alliances de Guillaume des Roches.
Nous avons dit qu'avant de partir pour la Terre sainte , Richard avait d'abord disposé de sa couronne et de son royaume en faveur de son neveu Arthur ou Artus de Bretagne et qu'il avait ensuite changé d'avis et substitué à celui-ci son frère Jean. Mais les barons de TAnjou, du Maine et de la Touraine se déclarèrent en faveur du titre d'Arthur et implorèrent l'assistance du roi de France, qui embrassa la cause du jeune duc de Bretagne ; ce prince entra solennellement dans Angers le lundi de Pâques 1499.
La Normandie et l'Aquitaine tinrent pour Jean sans Terre, et Guillaume des Roches, suivant l'exemple de ses pairs, se rangea sous la bannière d'Arthur et de sa mère Constance.
Il en fut de suite récompensé , car ce jeune prince appréciant l'importance de son nom et l'utilité de son influence sur les populations angevines, le nomma sénéchal héréditaire d'Anjou et du Maine en lui donnant en toute propriété la terre de Mayet et la forêt de Bersay. ^ ... et Maietum insuprr « cum pertinentibtis suis , et Bosciim de Biirçay ciim appendiciis suis... »
Philippe Auguste , à la prière d'Arthur ...ad prœdicti Arturi preces. . . confirma ces dons par une charte datée de Moulins, en mai 4499.
Arthur se rendit au Mans avec sa mère et y fut reçu avec les démonstrations de la joie la plus vive. Par quelques concessions avantiigeuses, ils clierchèrent à rallier à leur cause le clergé , qui ne s'était pas montré unanimement favorable, et distribuèrent aux barons les divers châteaux du comté. Suivant Valsingham, Guillaume des Roches prit la ville d'Angers pour Arthur : « Capta est etiam dolosè cimtas Andegavensis à Guillslmo de « RupibiLS, ducent*. milites suos sub capis, velut fuisssnt mercatares ad « nundiihos accedentes. »
Le sénéchal était revenu au Mans auprès d'Arthur au mois de juin 4 499 , ainsi que nous le prouve une charte de donation en faveur de l'abbaye de Perseigne, faite en présence de Constance , duchesse douairière de Bretagne, et de Guillaume des Roches, par Artur, dux Britaniœ, com^s Andegavensis et Richemontis.
Philippe Auguste, après avoir ravagé la Normandie, revint au Mans où le jeune Arthur fit hommage des trois provinces à ce prince dont l'ambition
se cacliait sous les dehors d'une chaude protection. C'est dans ces circonstances que nous Toyons le sénéchal jouer un rôle qu'il ne serait pas facile d'expliquer favorablement, si on n'avait à dire que les hauts barons se tenaient toujours en garde contre les tergiversations politiques de leurs suzerains , tergiversations dont le but caché était toujours de diminuer leur force et de leur enlever leurs prérogatives. Plusieurs ont écrit, et en particulier Dargentré, que Guillaume des Roches totirna casaque; le terme employé par cet historien n'est pas neuf, on le voit, et trouve, hélas! son application à toutes les époques.
En homme supérieur, le sénéchal avait jugé, surtout depuis la prise de Ballon par Philippe Auguste , que ce prince ne travaillait que pour son propre compte. Il engagea donc Arthur à ne pas suivre le roi et à rester au Mans pour y attendre son oncle et se réconcilier avec lui. Et ce fut à cette occasion que Guillaume des Roches rendit le Mans au roi d'Angleterre, non par trahison , comme on le lui a reproché, mais du consentement d'Arthur lui-même. Ce fait nous est confirmé par Mathieu Paris : « Willelmus de t Rupibus, vir nobilis, Arturum callidè dt custodiâ régis Francorum eri" € pietis, pacificamt eum cum rege Anglorum; tradens eidem régi Cenoma^ € niœ civitatem, quam rex Francorum prœdicto Gtiillelmo in custodiâ ira- « did'rat, cum Arturo, »
Mais bientôt Guillaume des Roches pénétra les sinistres desseins du roi Jean ; il en donna avis â Arthur et à sa mère qui s'enfuirent à Angers avec le vicomte de Thouars. Le jeune prince fat donc obligé de se jeter de nouveau entre les bras de Philippe qui, voulant faire la paix avec Jean, contraignit le neveu à faire hommage à son oncle de toutes ses possessions.
Dans ces réconciliations successives, il n'y avait rien que de factice; le jeune duc de Bretagne devait en être la victime, et les hauts barons qui parent retirer en entier l'enjeu qu'ils avaient risqué dans ces terribles parlies, furent aussi prévoyants qu'habiles. Bientôt l'incontinence de Jean, qui enleva à Hugues le Brun, comte de la Marche, sa belle fiancée, Isabelle d'Angoulôme, séduite par le brillant d'une couronne, (1) l'ambition de
(1) Mariage de Jean Sans Terre avec Isabelle d'Àngouléme, — Déjà près de l'âge mûr, et d*Qnc laideur presque repoussante, Hugues de Lusignan, comte de la Marche, d'une partie de la SaintoDge et du Poitou, s'était épris d'un violent amour pour la belle Isabelle, fiUe unique d'Aymar de Taillefer, comte d'Angouléme, et petite-fîlle de Louis-le-Gros par sa mère la noble Alix de Courtenay. Isabelle tenait de sa mère une rare beauté ; des Taillefer tu caractère violent et altier, quoiqu'encorc caché sous la timidité naturelle d'une jeune fille. Elle avait essayé de refuser Tépoux qu'on lui offrait, mais la volonté du père n'élail poiot de celles qu'on fait fléchir.
Ecoutons la légende pour la suite de ce récit :
« Alors le vieil Aymar voulut accomplir les nopces de sa fille Isabelle dans le palais des « comtes d'Angouléme, et, pour honorer la fête nuptiale, invita ceux de son lignage et le « roi d'Angleterre Jehan, se tenant alors k Bordeaux, estant venu en grande puissance c d'hommes armés. »
Philippe , qui tendait naturellement à réunir à la France toutes les possessions anglaises , et enfin le mécontentement plus que motivé d'Arthur et de sa mère , donnèrent lieu à une nouvelle rupture et la guerre recommença avec plus de fureur que jamais, en 1204 , pour ne finir que cinquante-six ans après.
Ce fut en 4202, à Gournay, que le jeune Arthur vint trouver le monarque Français, qui l'arma chevalier de sa main, le fiança avec la princesse Marie, sa fille, l'investit du Poitou, de l'Anjou, du Maine, de la Touraine et lui donna des troupes pour l'aider à en faire la conquête.
Eléonore, reine douairière d'Angleterre, se trouvait alors à Mirabeau avec une garnison peu nombreuse. Arthur, certain de traiter plus facUement avec le roi Jean , s'il pouvait s'emparer de son aïeule , prit subitement congé de Philippe Auguste, et, sans attendre les milices de Bretagne, du Berry et de Bourgogne qui devaient le rejoindre, se rendit en Poitou et mit le siège devant la place qu'il emporta promptement.
Mais la reine eut le temps de se retirer dans le château qu'avait solide* ment bâti Foulques-Nerra, en 4020, et de faire prévenir son fils qui était en Normandie. Jean accourut avec des forces considérables ; Arthur, trahi et vaincu , fut conduit en plusieurs lieux , puis à Rouen où il disparut sans qu'on ait jamais pu savoir quel fut son sort. On accusa avec raison Jean d'avoir fait périr son neveu , et on fixe la date de cet assassinat au Jeudi- Saint, 3 avril 4203.
Cette incertitude n'ébranla pas cependant la fidélité des manceaux à l'égard de ce malheureux prince. Nous voyons, en effet, Bernard IV, seigneur deLaFerté, rendant hommage à Philippe-Auguste en 4202 pour tout le temps qu'Arthur de Bretagne devait passer en prison. D'après les ternies
— Sire, dit le vieil Aymar, conduisez à l'autel ma fille bien-aymée. « Et tons le sui- « yaient, montant à peine le sentier étroit et mal aisé qui mène à la basilique du monas- « tère de Saint-Eparche. Jehan du Val, révéqae, y attendait le cortège, vêtu de ses habits « pontificaux. Quaai ils furent devant le prélat : Epouse-moy ceste dame, dit le roi * Jehan ; car la veux à famé. Et adonque convinst que Tévéque les épousast, n'osant résts- « ter au roy, qui enimenat quant et quant son épousée h Bordeaux, présent et voyant son « fiancé, Geoffroy de Lusiguan son frère, Robert, comte d'Alençon, et plusieurs grands « seigneurs de la Marche et du Poitou , qui ne dansèrent mie è la feste. »
Ainsi contractée, cette union, qu'elle eut été ou non concertée entre Isabelle et le roi, devait être orageuse et elle le fut en effet. Le roi Jean, surnommé sans Terre, à cause des diverses chances de sa fortune, était un monstre sanguinaire dont la lâche et brutale férocité ne connaissait aucunes bornps. Sur le plus léger prétexte de jalousie, il faisait pendre aux colonnes de son lit ceux dont Tadmirable beauté d'Isabelle attirait les regards. I.a vue du vice corrompt ceux qu'elle ne préserve pas. Isabelle portait un mauvais cœur sous son beau corsage. Une haine sourde, impuissante s'empara d'elle, et bientôt elle devint aussi perverse que son déloyal époux. Elle n'avait pas pardonné à Louis VU! d'avoir voulu enlever la couronne d'.4ngleterre au roi Jean ; elle cherchait à le poursuirro de sa haine , et h la mort de Jean, elle donna sa main à son ancien fiancé le comte de la Marche, qu'elle infiltra de tout le fiel dont elle était imprégnée.
lUCHARD I*S SIXIÈBIE SEIGNEUR. 157
de rhommîige, si Arthur était délivré, Bernard devait être son homme , tant qu'il ne violerait pas les conventions arrêtées avec le roi de France. (Collection manuscrite de Duchesne. — La Ferté-Bemard. Léopold Charles p. 46.)
Le roi d'Angleterre , accusé par le bruit public d'avoir assassiné son neveu, fut cité devant le tribunal des Pairs et dépossédé , d'après l'arrêt rendu, de toutes ses possessions françaises. « Cum que nollet comparere, . € ptr multas citationes, perjudicium Parium régis FrancioB^ ex-heredatus € est à ducatu Aquitania et totd terrd quam habebat in regno Franciœ... » (Arrêt de la Cour des Pairs.) La duchesse de Bretagne, mère d'Arthur, les angerins et tous les grands de Touraine et du Maine avaient demandé énergiquement vengeance au roi , qui était le seigneur suzerain de l'assassin et de sa victime. Le roi Jean ne conserva plus que la Guyenne.
Que devenait Guillaume des Roches pendant ce temps? Après la première réconciliation de Jean sans Terre avec son neveu, il était resté auprès du roi d'Angleterre qu'il accompagna à Mirebeau. Dargentré dit, d'après Guillaume Le Breton : « Jean sans Terre avait dans ses troupes un vieil che- € valier nommé Des Roches , qui îivoit suivi autrefois le duc Artus au pre- € mier voyage qu'il avoit fait en Touraine. »
Avant de le suivre avec les siens , formant un contingent très-utile , Guillaume avait reçu le seiment de Jean sans Terre que, s'il s'emparait de Mirebeau, il n'attenterait .ni à la liberté ni à la vie de son neveu, que néanmoins il retint étroitement prisonnier. Alors Guillaume des Roches prévoyant peut-être le résultat final de cette terrible aventure, quitta ce prince, suivi de tous ceux qu'il lui avait amenés. C'est ce que nous apprennent ces trois vers de Guillaume Le Breton :
« Protinas absedit ab eo Guillelmus et omnes € Andtigavi, Tarones, Cenomanique, qaibosqae « Aoteà carus erat, fît publicus omnibus hostis.
Mais lorsque Guillaume des Roches apprit que le jeune Arthur après avoir été traîné de prison en prison, obsédé inutilement par les menaces de son oncle , qui voulait lui faire abandonner tous ses droits, avait été égorgé auprès de la Tour de Rouen par Jean Sans Terre lui-môme, le Jeudi-Saint, 3 avril 4203 (nouveau style) (1) et jeté dans la Seine, il n'hésita pas à s'u-
(1) Archires de la paroisse de Saint-6erroain-du-Val.
Dans la note relative à messire Jnlien Le Noir fpage 143), nous avons dit que son successeur à ]a cure de Saint-Germain , en 1201 , avait été maître Aubin David. Celui-ci reçut ces fonctions de messire Guillaume des Roches au nom du prince Arthur de Bretagne, comte d'Anjou, du Maine et de Touraine. Il suivit son protecteur au siège de Mirebeau. Nous savons que par un de ces revirements de politique si fréquents alors , Guillaume des Roches avait pris parti pour Jean sans Terre; par conséquent Aubin David se trouvait nu camp de Mirebeau, comme assiégeant, et non comme assiégé, ainsi que le dit la note des archives de Saint-Germain.
nir au barons des trois provinces pour demander réparation et vengeance. Il se donna pour toujours à Philippe, qui légalement, mais non encore effectivement devenu maître de toutes les possessions françaises du roi d'Angleterre, s'empressa d'accepter, sans récriminations ni retour sur le passé, les services d'un homme d'un mérite si reconnu et qui lui livrait à la fois trois provinces, le Maine, l'Anjou et la Touraine. Loches, Chinon et Châtillon ne voulurent pas se rendre; mais ces villes durent bientôt, malgré une vaillante défense, subir la loi du vainqueur : « Anno Domini 4W6, « dit un vieil auteur, Philippus Augustus Guillelmum de Rupibus, militem « strenuissimum , qui à partibus Anglarnm régis Joanni steUrat, sibi « partibusque suis adjnngere desiderans, comitatum Andegavensem senfs- « caliœ titulo, ei commisit; comprehe/ndens illa donatione, Andegaruniy « Ludium, Salmurum, Balgeium, Bello-Fortem cum Brochesacco (Angers, « Le Lude, Saumur, Baugé, Beaufort et Brissac). >
Ménage ne pense pas que Brissac ait fait partie de ce don ; ce domaine ne se trouvant pas mentionné dans les partages des filles de Guillaume des Roches.
Le dire de l'écrivain se trouve afflrmé par la charte de Philippe Auguste mentionnant le don extraordinaire et particulier de la ville d'Angers et de Baugé : « Philippus etc., Noium etc.... quàd nos volumus et concedimus, « quod amicus et fidelis noster Guillelmus de Rupibus senescullus Andega- « vensis, teneat quamdiu nobis placuerit, Andegavum et Baugeium cum « pertinentiis eorum.... »
On sait que les biens du domaine royal ne pouvaient ôtre possédés par des sujets du roi que par engagement, c'est-à-dire pour un temps quelconque — quamdiu nobis placuerit.
Ces deux villes furent donc données personnellement et par engagement à Guillaume des Roches pour compenser la reprise que faisait le roi de la sénéchaussée de Touraine. Mais cette sénéchaussée lui fut rendue plus tard, puisque ses héritiers en ont joui jusqu'en <323. En 4188, Richard Cœur de Lion avait, en sa qualité de comte d'Anjou, concédé Baugé à son frère Geoffroy, archevêque de Cantorbéry.
Dès 1204, Guillaume des Roches, originaire de Château-du-Loir, reçut cette ville en propriété de Philippe Auguste, qui, en outre, régla
JeaD sans Terre s'empara de Mirebeau et en même temps de son neveu, qnMl emmena d'abord à Falaise , puis transféra à Rouen où il le fit périr. Nous ne savons pour quelle raison le curé Aubin David suivit ces deux princes, l'un vainqueur l'autre vaincu ; mais ce qu'il y a de certain , c'est qu'il disparut et qu'on n'en entendit plus parler.
Voulut-il s'opposer au meurtre du jeune Arthur, commit-il quclqu'indiscrétion à l'égard de Jean sans Terre, qui regardait peu à la vie d'un homme? Nous ne pouvons le dire. Son bénéfice resta vacant jusqu'en 1223, 20 années environ, parce qu'on comptait toujours sur son retour. Ce bénéfice fut donné seulement alors à messire Jacques de Alaupas dont nous aurons à parler plus loin.
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définitivement ses droits par une charte comme sénéchal d* Anjou, du Haine et de Touraîne. Cette charte écrite à Poitiers, en 4204, reconnaît, en outre, les droits d'hérédité des enfants du sénéchal à cette éminente charge : « Et nos recepimus de omnibus supradictis, sicut prœdic^ i tum est, eumdem senescalum in homagium ligium, quod idem sen^scaliAS € et hwredes ejus de uxore sud despematd, tenebunt hœc omnia de nobis et € heredibus nostris in homagium ligium, sicut prœdictum est.,., »
Mais Bérengére , veuve de Richard Cœur de Lion , avait reçu le Mans de Philippe en échange de son premier douaire, et pour éviter tout conflit entre la reine et le grand sénéchal, elle abandonna à celui-ci , en échange de ses droits , la possession de la seigneurie et des forêts de Château-du-Loir. Philippe consentit à cette transaction à la condition du rétablissement des droits de la sénéchaussée du Maine après la mort de Bérengére. Les héritiers de Guillaume des Roches en reprirent plus tard possession.
Le don fait en 1206 venait compléter celte reconnaissance très-nette de la dignité de Guillaume des Roches. En 1215, le roi lui donna encore Longue et même tout l'Anjou dont il se trouva souverain de fait, moins le litre. C'est ce que nous apprend Guillaume Le Breton, le poète historien :
Cajus Gnillelmi rcx inclyta facta, fidcmquc Allendeos; ipsam, comitis vice, munere largo ToHus pairiœ dominare jussit , et urbi.
Gui quamvis totum donasset rex comitatum, Non tamen asurpat comitis nomeo habendum. Immo senescalum, quasi se minuendo, vocavit :
Les mots totivs patriœ nous indiquent que Guillaume Le Breton pensait que le sénéchal était angevin de naissance ; le quatrième vers affirme le don de tout le comté , et le dernier prouve que Guillaume des Roches , se mi'^ nuendo, en se diminuant seulement par le titre , ne devenait que plus puissant en ne donnant ombrage ni aux barons qu'il dominait de si haut ni surtout au roi de France, qui ainsi continuait à ne voir en lui qu'un serviteur fidèle et non un feudataire insolent, toujours prêt à prendre les armes.
D'ailleurs, ce pouvoir si étendu, cette charge si éminente étaient loin de constituer une sinécure. Philippe en donnant à l'un de ses sujets une prérogative presque royale , n'ignorait pas que celui-ci devait mettre à l'abri de toute attaque la plus grande partie de ce quil lui avait très-politiquement concédé.
En effet, Jean sans Terre, condamné, n'avait pas accepté le jugement prononcé contre lui : il en avait appelé au sort des armes.
En 1207, Guillaume des Roches prit Parthenay sur Gui, vicomte de Thouars; en 1208, il le fit prisonnier ainsi que Savary de Mauléon, qui
tenait pour le roi d'Angleterre et remplissait les fonctions de sénéchal en Poitou et en Gascogne. Ce fut encore Guillaume des Roches qui, pour réprimer les courses que Paien , sénéchal d'Anjou nommé par Jean , faisait de son château de Rochefort jusqu'aux portes d'Angers , construisit et fortifia à deux lieues de cette ville et sur la Loire le château de la Roche-au- Moine, roche célèbre encore par ses vignobles. II appartint plus tard aux seigneurs de Serrant et fut détruit pendant la guerre de la Ligue.
En 4207, Jean reparut à Angers, qu'il prit et brûla, puis retourna en Angleterre après un essai sans résultat.
Le Poitou était resté très-attaché à ce prince; il y revint en 42U. Cherchant à se rapprocher d'Angers , il mit le siège devant le château de la Roche-au-Moine : « Castrum illud, dit Ricord , œdidi/icatum erat de now € à Guillelmo de Rupibus senescallo Andegaviœ, viro StreniLO et ifUegrœ c fidei, et in bellis probato^ ob tuitionem itineris quo itur ab Andegati « dvitate Nanetum. »
Guillaume fit échouer cette nouvelle tentative en amenant 4,000 hommes à Louis de France, depuis Louis VIII , qui, à l'aide de ce secours, força le roi Jean à lever le siège en même temps que Philippe remportait la victoire de Bouvines sur l'empereur Othon.
On trouve dans Ricord une preuve nouvelle de la fidélité de Guillaume des Roches. Il parait que, dans l'incertitude du succès de Philippe Auguste, tons les grands seigneurs d'Anjou, du Maine et de Normandie avaient pris secrètement des engagements avec le roi Jean , à l'exception de Guillaume des Roches, de Juhel de Mayenne, du vicomte de Sainte-Suzanne et de quelques autres en petit nombre : « Herteu$ Nivernensis et omnesproceres « tram Ligerim, et Cenomaniœ et AndegavicB et Netistriœ ; excepto solo
€ WiLLELHO DE RUPIBUS , SENESCALLO ANDEGAVI^ ; JUCUELLO DE MEDUANA ;
« vice-comite Sanctœ-Suzanœ et aliis quant paucis; jam fegi Anglorum € suum $poponderant fawrem ; occulté tamen, propter metum^ régi sua « 'oota tegentes , quomque certi essent quis esset pugnœ exitus futurus. »
La présence de Louis de France en Anjou, son éclatante valeur assez appréciée des Anglais pour que, lassés de la tyrannie de Jean , ils aient désiré l'avoir pour roi ; la défaite de l'empereur d'Allemagne et le triomphe de Philippe Auguste les maintinrent tous dans le devoir. Ce détail peint bien l'époque et en même temps beaucoup d'autres. A lui seul, il justifierait toute la politique de Louis XI et viendrait victorieusement appuyer cette opinion d'un savant écrivain , J. Baissac, à savoir que la plupart de nos défaites dans le moyen âge ont eu pour principale cause la crainte des grands feudataires de voir grandir la puissance royale.
Beaucoup d'auteurs, celui des Grarides Chroniques, Nicole Gilles, Le Féron, Dargentré , Mézeray lui-môme ont écrit que Guillaume des Roches avait été maréchal de France ; sénéchal héréditaire de trois provinces , pos-
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sesseur en titre de Tune d'elles, il était plus qu'un maréchal. En 1214, Henri Clément était revêtu de cette dignité et mourut celte môme année à Angers, après que cette ville eut été reprise par Louis de France.
Une contestation au sujet des comtés de Champagne et de Brie fut portée devant la Cour de Paris en 1216. GuilIauiQe des Roches fut Tun des juges choisis et, dans le dispositif de Farrét rendu , il est à remarquer que notre sénéchal est nommé avant Guillaume de Joigny, doyen des pairs du comté de Champagne, avant Jean, comte de Beaumont-sur-Oise, et Robert, comte d'Alençon, qui tous les trois cependant étaient de très-hauts et trèspuissants seigneurs.
Dès 4202, Guillaume des Roches se croisait contre les Albigeois, dont rhérésie menaçait et l'Eglise et la société. Les événements survenus par suite du meurtre d'Arthur l'empêchèrent d'accomplir son vœu ; il n'en fit pas moins alors ses partages entre ses deux filles. Il donna à Jeanne , l'atnée, Safcief, Briolay, Châteauneuf-sur-Sarthe, Précigné et Brion; à Clémence, la cadette, Château-du-Loir, May et, La Suze et Loupelande. Une charte de Philippe Auguste, datée du mois de mars 1218, approuva et confirma plus tard ces partages.
Jeanne épousa, en 1214, Amaury de Craon, auquel elle devait donner la seigneurie de Sablé et la sénéchalie héréditaire ; Clémence s'allia d'abord à Thibant VI, comte de Blois et de Chartres, et, en secondes noces, à Geoffroy, vicomte de Châteaudun.
Guillaume des Roches ne put qu'en 1209 rejoindre à Lyon les croisés qui se distinguaient de ceux de Terre sainte en plaçant la croix sur la poitrine an lieu de la fixer sur l'épaule. Il conduisit une bande nombreuse au siège de Marmande ; comme lui , plusieurs seigneurs Manceaux acquirent nûe grande renommée en combattant les hérétiques. Juhel de Mayenne, son beau-frère, rendit d'importants services aux sièges de Cabaret et de Lavaur.
Gilabert des Roches, Roger de Linières, Jean, Roger et Ponce de Beaumont remportèrent des avantages très-considérables , et enfin les Manceaux se firent singulièrement remarquer au siège de Terme et à la prise du château de la Minerve, où périrent par le feu un grand nombre d'hérétiques. Cette croisade qui se prolongea pendant bien des années et ensanglanta le midi de la France, eut pour chef le fameux Simon de Montfort, grand homme de guerre et politique non moins habile.
Nous trouvons dans Dom Piolin un rapprochement entre ce seigneur et les chanoines du Mans , qui rappelaient chaque année son souvenir au jour de son décès : « Eodem die requievit à laboribm presentis miserie Simon « inclitus cornes Mo^itisforti, qui pro defensione nominis Christi in terra € Albigenfi certavit tisque ad mortem, » (Martyrologium Capituli Csnomcaienm.)
L'histoire nous dit qu'il combattait aussi très-largement pour son propre compte. Il fut tué devant les murs de Toulouse, qu'il assiégeait, le 42 juin
Son corps a reposé pendant cinq années dans l'église de la cité de Carcassonne, où l'on conserve encore sa pierre tumulaire.
Son fils Amaury le transporta ensuite à Montfort-l'Amaury dans l'abbaye des Hautes-Bruyères, et l'inhuma auprès de sa femme Alix de Montmorency.
Guillaume des Roches ne retourna pas à la croisade de 4245 avec Louis de France. La tentative du roi d'Angleterre , la fidélité si peu assurée des barons habitant les provinces qu'il gouvernait, ne devaient pas permettre au sénéchal d'aller combattre au loin.
Ses fondations et ses donations attestées par des chartes que nous ne pouvons consigner. ici, furent très-nombreuses et bien proportionnées à son rang et à sa richesse.
En 4 209 , de concert avec sa femme Marguerite de Sablé et au moment de partir pour la croisade , il lit bâtir en l'honneur de la Vierge l'abbaye du Perray-Neuf , qui était établie auparavant au Bois-Renou et avait été fondée par Robert III de Sablé. En 4249 , il fonda aussi dans le Maine, à Bonlieu, une abbaye de filles de l'Ordre de Citeaux.
La charte de fondation que nous avons sous les yeux nous donne lieu de relever une erreur commise dans l'analyse des documents historiques déposés aux archives départementales du Mans. Au numéro 744, l'extrait du savant archiviste , M. Bilard , dit : c Et du consentement d'Amaury de « Craon , époux de Jeanne , sa fille aînée , avant veuve de Thibaut — quonc dam Comitis Bksensis. » Ce fut la cadette Clémence qui épousa le comte de Blois et lui survécut. Le texte latin de cette charte dit : € Et de consent su Amatiriei de Creon, mariti Johaniiœ filiœ meœ primogenitœ, et Cle^ « mentiœ, reliclœ Theobaldi, quondam Comitis Blesensis. > Dans une charte de 4224, émanant aussi du sénéchal, nous trouvons le nom de Geoffroy, vicomte Castriduni (de Châteaudun), que Clémence, devenue veuve, avait épousé en secondes noces.
Guillaume des Roches , après une carrière si agitée et si bien remplie , mourut en 4222.
Maurice, évéque du Mans et Guillaume de Beaumont (des vicomtes du Maine), évoque d'Angers , célébrèrent ses funérailles avec une pompe digne d'un souverain ; un grand nombre de ses anciens compagnons d'armes y assistèrent à l'abbaye de Bonlieu à laquelle tous firent le même jour des dons considérables en l'honneur du vaillant sénéchal. C'étaient Amaury de Craon qui succédait à une partie de ses richesses et à tous ses honneurs , et Geoffroy, vicomte de Châteaudun, ses gendres ; Josselin de Champchevrier, ^ont le nom nous est bien connu ; Hugues de la Ferté-Bernard ; Thibaut de Blazon , le