‹ Histoire de La Flèche et de ses seigneursChapitre 44 sur 251 · DIX-SEPTIÈME SEIGNEUR DE U FLÈCHE · texte numérisé non relu

DIX-SEPTIÈME SEIGNEUR DE U FLÈCHE

(De 1404 à 1415.)

Jean I^, né le 9 mai 4385 au château d'Ëssey, avait épousé, du vivant de son père, le 26 juillet 1396, Marie, fille de Jean V, duc de Bretagne. (1) Cette princesse lui avait apporté en dot la seigneurie de La Guerche, d'au* très propriétés en Anjou et dans le Maine et cent mille livres tournois dont le paiement occasionna de grands démêlés.

L'état général de la France était déjà bien grave. Mais la mort du duc de Bourgogne, frère des ducs d'Anjou et de Berry, ambitieux et plus capable de gouverner que ses aines, fut, en U04, le terme fatal qui devait faire éclore le germe des maux dont le pays allait tant souffrir. Le duc d'Orléans se crut assuré de gouverner sans contradicteur; mais il ne tarda pas à s'apercevoir qu'il allait rencontrer dans le nouveau duc de Bourgogne, Jean Sans Peur, un rival plus à craindre que celui qui venait de disparaître.

Jean I""' d'Alençon se trouva naturellement mêlé comme prince du sang à tous les événements de cette époque si tourmentée ; il prit le parti de la reine et duc d'Orléans et les accompagna à Melun, quand il s'y rendirent pour s'opposer aux projets du duc de Bourgogne auquel ils voulurent un peu plus tard enlever le dauphin depuis Charles VII.

En 4406 , les comtes d'Alençon et de Clermont assiégèrent avec le conné-

(I) Jeaa I«r étant né le 9 mai 1385, il peut paraître extraordinaire qn'U ait épousé Marie, fille de Jean V, doc de Bretagne , le 36 juillet 1396. Des raisons politiques motivaient souvent ces^ nions prématurées qui ne se consommaient, du reste, qu'à l'âge voulu. En 1396, les deox jeunes époux avaient, Pierre 10 ans et Marie, née le 13 février 1391, cinq ans.

Or lear premier enfant, mort peu de temps après sa naissance, ne naquit qn'en 1405, Marie de Bretagne avait quatorze ans.

table de France et prirent la ville de Brantôme en Guienne , ville dont Pierre de Bourdeille, qui en avait Tabbaye en commande, prit le nom. (<)

Cette môme année, Jean I«' s'entremit de tout son pouvoir pour faire cesser le schisme scandaleux qui déchirait l'Église depuis l'année 4394, après la mort de Clément VII. Les cardinaux avignonnais avaient nommé Pierre de Lune, Benoit XIII (anti-pape) en même temps que ceux de Rome nommaient Boniface IX. Avant son élection, le premier avait promis de se démettre, si on l'exigeait, pour mettre fin au schisme, mais une fois élevé à la dignité souveraine , il oublia sa promesse. Il fut alors considéré comme schismatique. Charles VI le fit assiéger dans Avignon ; il parvint à s'échapper et ne mourut qu*en US4 , conservant toujours son titre envers et contre tous. Il vit successivement les pontificats d'Innocent VII, de Grégoire XII, d'Alexandre V, de Jean XXIII et de Martin V. Jean XXIII ayant été déposé par le concile de Constance, Martin V, élu en U17, mit fin au grand schisme d'Occident.

Les princes d'Orléans s'étaient brouillés avec ceux de la Bretagne pour une question de préséance. Le duc de Bourbon et le comte d'Alençon eurent un différent semblable. Princes du sang tous deux, le premier appuyait sa prétention sur sa qualité de duc et pair; le second sur sa parenté plus rap« prochée de la branche régnante ; l'éreclion du comté d'Alençon en duchépairie termina plus tard la contestation et non leur inimitié réciproque. (2)

Le duc de Bourgogne, dissimulant ses sinistres intentions contre le duc d'Orléans , avait paru se prêter avec franchise à une nouvelle réconciliation, dont le duc de Berry s'était rendu le négociateur. Le 20 novembre 4407, les deux princes avaient communié à la même messe dite aux Auguslins. Ils passèrent la journée ensemble et s'embrassèrent en se pramettant de se réunir le dimanche suivant chez le duc d'Orléans.

Le lendemain de cette dernière entrevue, tS novembre, le duc d'Orléans après avoir passé une partie de la journée à l'hôtel de Saint-Paul > se rendit chez la reine. Là , il y reçut un faux message du roi , qui le demandait à l'instant auprès de lui. Il monta immédiatement à cheval et arrivant à l'entrée de la rue Saint-Antoine, il fut assassiné par des hommes armés et postés par le duc de Bourgogne. Il fut enterré aux Célestins « comme Tordonnait son testament.

(1) p. de Bourdciiles, soigneur de Brantôme, écrivain français du XVI"m siècle» né en Périgord en 1537 et mort en 1614, après avoir servi sous le duc de Guise et rempli auprès de Charles IX les fonctions de genUlhomme de la Chambre.

(3) Néanmoins, il paratt que dès lors le respect dA au sang dos rois emportait toajours la prééminence. Des lettres de restitution d*honnettr expédiées au comte d'Alenç<)n, avant qu'il fut pair du royaume, en fournissent une preuve sensible^ Le duc de Berry, qui présidait le conseil , décida que le comte serait nommé dans ces lettres avant le duc de Bourbon, quoique ce dernier fut son gendre, ayant épousé Marie de Berry» veuve du eomte d'Eq. — (Du Tillet, Recueil des rangs.)

Ce fui le comte d'Alençou qui co&duisâit la duchesse d'Orléans, Valentine Visconti, lorsqu'elle se présenta au roi Charles VI pour lui demander Justice de l'assassinat commis sur son mari par Jean de Bourgogne, qui n'arait pas pu se laver de cette accusation et s'était rendu justice en échappant par la foite à ses conséquences.

Aussitôt qu'il avait appris l'assassinat du duc d'Orléans , le comte d'Alençon s'était donc rendu auprès de sa veuve et assista au lit de justice tenu dans la grand'Chambre en présence du roi. Là, le jour fut assigné pour commencer l'instruction d'un procès qui devait faire trembler d'avance les juges, L'assassin n'était-il pas le terrible duc de Bourgogne? Il s'agissait donc de prononcer sur un crime plus facile à condamner qu'à punir réelle^ mmt.

Par suite de circonstances qui ne peuvent entrer dans le cadre de notre récit, le duc de Bourgogne, revenu à Paris, s'en était éloigné de nouveau^ La reine put donc reprendre le pouvoir suprême ; mais pour mieux affermir son autorité , on jugea nécessaire de la faire confirmer par une délibération générale. Nous retrouvons le comte d'Alençon au nombre des membres de cette illustre assemblée, où l'avocat du roi déclara, au nom du monarque, que désormais la puissance souveraine était commise à la reine et à monssi^ gtieur de Guienne sur le gouvernement du royaume ^ h roi empêGhé ou absent.

En U08, la reine conduisit le dauphin à Tours pour échapper à la puis^ sance que venait d'usurper le duc de Bourgogne à Paris. Elle était accompagnée de plusieurs princes, et entre autres du comte d'AIençon , qui la suivirent à Chartres où le duc de Bavière parvint à conclure entre le duc de Bourgogne et le nouveau duc d'Orléans un accord qui ne pouvait être que simulé.

Valentine de Milan , veuve de la victime, mourut de douleur en voyant impunie la mort de son mari.

Cette même année, le 8 juin 1408, le comte d'AIençon fit un traité d'alliance avec Jean V, duc de Bretagne, son beau-père.

Le premier janvier 1410, le duc de Bourgogne réunit dans un festin à Paris le roi de Navarre , les ducs de Berry et de Bourbon , le comte d'Alen^çon , et voulant les convaincre de la droiture et de la pureté de ses intentions, il leur donna à chacun pour étrennes, un petit niveau duquel pen-^ daitune boule d'or au bout d'une chaîne, pareil à l'instrument dont se servent les maçons.

Hais le duc de Bourgogne jeta bientôt le masque et les princes au nombre desquels était le comte d'AIençon , formèrent contre lui une ligue défensive, afin de mettre le siège devant Paris et délivrer la reine et ses enfants.

Le duc fut le plus fort, fit bannir ses ennemis et confisquer leurs biens. Plusieurs seigneurs furent chargés de procéder à cette opération.

Le comte d'AIenc^on fut donc engagé dans tous ces différents. En 4413, il vint avec les autres princes trouver le roi à Paris. Cette même année , il prêta serment de fidélité à Charles VI comme pair de France. Ce fut à ce lit de justice que fut tranchée définitivement la question de préséance entre le comte d'Alençon et le duc de Bourbon. Le conseil du roi décida qu'ils auraient alternativement la préséance, r un un jour et l'autre le suivant. Enfin l'érection du comté d'Alençon en duché le premier janvier 44U termina ce débat, et Chopin rapporte cette érection en ces termes : « Eumdtm € Joannem consanguineum nostrum ampliori volentes fulger^ dignitate et « comitis titulwn supra dictum in majorsm excsllentiorenique mutantes « dictum Joannem consanguineum nostrum in ducem teners presentias « sublim^mm dictumque comitatum Alenconii erigimus in ducatum; co- « lentes ut predictus ducatum in pairia seu paritate vobis tsneatur, sub « form^ tamen et modis quibu^s antea idem Joannes supradictus tenebat. >

Jean l^ ne devait pas jouir longtemps de sa nouvelle dignité. La guerre s'était allumée de nouveau entre la France et l'Angleterre. Le duc d'Alençon était toujours un des premiers arrivés sous les étendards du roi.

Nos troupes se trouvaient quatre fois plus nombreuses que celles du roi d'Angleterre.

Suivant un viel usage, un héraut d'armes vint annoncer à ce prince que dans trois jours on viendrait l'attaquer. Quoique la partie dut lui paraître bien inégale, il accepta le défi sans hésitation.

Cependant Henri ne se dissimulait pas le danger de sa position. Il se décida, dit-on, après un mûr examen, à faire des propositions d'accommodement qui, malgré l'avis de Boucicaut et de plusieurs autres chefs, furent rejetées.

Ceux-ci jugeaient que le poste de l'armée française n'était pas avantageux et qu'elle était loin d'ôtre disciplinée comme celle qu'elle allait combattre.

Dans cette funeste bataille , le duc d'Alençon commandait la seconde ligne avec les ducs de Brabant et de Bar, les comtes de Nevers , de Vendôme et autres. La première ligne ayant été renversée par les Anglais, le duc d'Alençon voulut à tout prix rétablir le combat, mais malgré tous ses efforts et le danger que courut dans ce choc le roi d'Angleterre lui-même , les Français s'enfuirent ou périrent les armes à la main.

Environné de morts et de mourants, couvert de sang, le duc d'Alençon ne peut se décider à quitter le champ de bataille. Suivi de quelques hommes d'armes, il se précipite de nouveau sur l'ennemi , enfonce ses rangs et parvient à rejoindre le monarque anglais. Le duc d'York tombe bientôt sans vie aux pieds du roi. Jean se nomme alors, et s'élançant sur son royal adversaire , lui enlève d'un coup de hache une partie de la couronne d'or qui formait le cimier de son casque, Il allait redoubler, quand Henri l'étend

à ses pieds, et malgré tous ses efforts pour le sauver, le voit achever devant lui par ses gardes devenus furieux et impitoyables.

En face d*un pareil désastre, la troisième ligne prit la fuite sans tirer l'épée.

La France retentit d'un long cri de douleur. Son sang le plus pur avait coulé sur le champ de bataille d'Azincourt, et par un contraste bizarre, Henri, roi d'Angleterre, fit proclamer sa victoire par un héraut français, fait prisonnier.

Notre vaillant seigneur fut rapporté en Normandie et inhumé à l'abbaye de Saint-Martin de Séez et dans la chapelle des ducs d'Alençon^ qui servit depuis de sacristie. On voyait à la voûte les anneaux où furent suspendues les armes avec lesquelles il avait combattu. (Odolant Desnos 4787.)

Sur Tune des vitres on lisait ces mots : c En cette chapelle repose le € prince de noble recommandation Jean I duc d'Alençon , lequel décéda le < 25 d'octobre U15. De son vivant en tous ses actes il fut miséricordieux, « clément et charitable ; il aimoit et sustentoit les pauvres indigents; il € étoit aux humbles doux et bénin; fier contre les orgueilleux, prompt, c adroit et hardy aux armes, étoit tenu le parangon (le modèle) des prinf ces de son temps et il se trouve de luy que jamais homme ne désira de « luy chose raisonnable qui s'en allast malcontent. Il aimoit Dieu et justice, € supportoit l'Eglise et les supposts d'icelle; ce sont les termes écris de luy « en un vieux manuscrit. »

Ce prince avait un frère bâtard, nommé le Bâtard d'Alençon, qui était trës-vaillant et fit tout le mal possible aux Anglais ne leur accordant aucun quartier depuis la mort du duc. Le roi d'Angleterre lui ayant fait demander pourquoi il se montrait si acharné contre les siens, il répondit que chaque anglais qu'il rencontrerait en combattant serait tué par lui en mémoire de son illustre frère.

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