‹ Histoire de La Flèche et de ses seigneursChapitre 48 sur 251 · RENÉ, DUC D'ALENÇON, DIX-NEOVIÈME SEIGNEOR DE LA. FLÈCHE · texte numérisé non relu

RENÉ, DUC D'ALENÇON, DIX-NEOVIÈME SEIGNEOR DE LA. FLÈCHE

(De 1476 à 1492.)

Le comte du Perche devint duc d'Alençon à la mort de son père, en UT6, (0 non pas à droit successif, mais par la grâce du roi et par suite des lettres de concession qu'il avait, en U67, obtenues de sa majesté, qui' le nommait administrateur des biens du duché d'Alençon dans lesquelles elle finit par le rétablir en U83, quelques mois avant de mourir. Mais dès U68, après la conduite qu'il avait tenue à l'époque de l'envahissement de la Basse-Normandie par les Bretons , le roi Louis XI l'avait pris en faveur et rapproché de sa personne.

Nous ne doutons pas qu'il ne fût auprès de lui au moment du périlleux incident de Péronne, dont les suites avaient été de forcer le cauteleux roi de France d'accompagner Charles, duc de Bourgogne, au siège dé Liège, dont il avait favorisé la révolte.

(1) Toat auprès de La Flèche entre la roate de Sablé, et celle du faubourg qui passe dorant le courent de Notre-Dame, se trouve un ancien prieuré derenu une ferme. La chapoUe Krtde lieu de réunion aux principaux ouvriers de la ville, présidés par AI. Candé, entrepRoeur, qui par son travail et son intelligence a su conquérir une très-honorable position» Lai et ses confrères ont, par un sentiment très-louable , respecté Tautel ancien. Ce prieuré le nomme encore Saint-André. L'extrait d*un aveu rendu en 1473 vient nous prouver son existence à un temps déjà reculé.

Extrait tiré sur copie d'adveu rendu par Frère Jacques Mousnier, prieur de sainetr-Àndré, mmbre deppendant de V abbaye de SaitU-Mesmin près Orléans à Très haut et très puissant fmee Monsieur le compte du Perche m vicompte et baron de la fleschCf le pénultième jbur de Uctmbre mil quatre cent soixante et treixe (1473).

J'ai coppié dudict adveu trouvé parmy les titres du prieuré Sainet-Àndré,

lîem Jehan Bidault , Thomas ie Thuillier et Olivier Àlory, sur ou caïue et pour raison du Heu de la Pouppelinière^dix solx tournois de rente ou devoir féodal par ehaseun an au jour Ir l'Àngevinne dont je suis tenu de dire et célébrer par chascun an au jour de Pasques fleuries une messe en la chapelle de mondit prieuré, appelée la Messe aux palsteurs.

Saiot-Mesmin était une abbaye de bénédictins située auprès d'Orléans. Les seigneurs do La Plèche, comtes de Beaugency, dans l'Orléanais, ont-ils donné ce prieuré à l'abbaye de taint-Mcsmin ?

Quelques assiégés déterminés à vaincre ou à mourir, sortirent des murs de Liège avec le dessein de se saisir du roi et du duc de Bourgogne. Ils arrivèrent au logis des deux princes ou régnait la plus grande sécurité. Ils seraient parvenus à leurs fins, s'ils ne s'étaient arrêtés au logis du comte du Perche. « Derrière Thoslel du duc de Bourgogne, dit Commines, y « auoit un pavillon*oû estoit logé le duc d'Alençon qui est auiourd'hui et « monseigneur de Cran avec luy....

Plusieurs historiens, le P. Daniel entre autres, disent que c'était le duc Jean IL C'est une erreur. Commines a écrit son histoire de Louis XI sous le règne de Charles VIII ; et aussi, dit-il, en parlant du comte du Perche — le duc d'Alençon , qui est aujourd'hui. —

René avait trente-six ans à la mort de son père ; nous l'avons suivi jusqu'à cette époque dans ses différents actes , dont tous viennent à Tappuî de son dévouement au roi et à sa couronne. Il jouissait donc d'un grand crédit à la Cour. Aussi l'envie s'attacha bientôt à lui et on en vint à l'accuser publiquement d'avoir établi des intelligences avec le duc de Bretagne et tenu des propos séditieux, contre le souverain lui-môme. Ce prince avait le malheur d'être le fils d'un père constamment coupable. Peut-être s'étail-il plaint un peu vivement d'avoir été compris dans les lettres d'abolition accordées à son père ; ce fait le constituait coupable, et lui paraissait injurieux, puisqu'il n'avait jamais donné que des marques constatant d'une manière frappante avec la conduite du feu duc.

Il ne fallait que peu de chose pour éveiller de graves soupçons dans l'esprit de Louis XI dont l'inquiète susceptibilité grandissait chaque année. Sous le futile prétexte que les domestiques de René avaient commis quelques déprédations, sans qu'il eut eu le soin de les réprimer, on commença par lui ôter ses pensions, puis on retint une partie des terres qu'on devait lui rendre. Le duc s'en plaignit hautement et accusa Jean de Daillon, seigneur du Lude, de l'avoir perdu dans l'esprit du roi. (1)

(1) Les DaiUon étaient originaires da Poitou où ils prenaient le titre de scignenrs de la Jumélière. Jean I», le cadet de celte famille, vint sur la fin du XfV"* siècle s'établir i Bourges, où il fit de grandes spéculations, qui peut-être se rattachaient h celles de Jacques Cœur et qui l'enrichirent. 11 serrit sous Charles V. Ce fut ce roi qui lui fit épouser la sœur de du Guesclin.

D'un second mariage, Jean I^^ eut, en 1376, Gilles Daillon, qui succéda à ses charges. Celui-ci épousa en 1408 Jeanne de l'Espine, et, en 1440, Marguerite de MontberoD.il serrit avec éclat sous Charles VII et se trouvait attaché à la Cour, quand il eut de son premier mariage Jean H. GUles Daillon , mort en 1443, prenait déjà le titre de seigneur du Lude, en se prévalant des droits honorifiques de Jeanne de Vendôme, dame du Lude, qui était mère de sa seconde femme ; mais ce ne fut qu'en 1457 que son fils Jehan Daillon devint propriétaire incommutable de la seigneurie du Lude.

Jean DaUlon naquit à Bourges en 1423 , le même jour, croit-on, que Louis XI. Us furent nourris ensemble , dit Commines , et il se forma entre eux une de ces amitiés qui peuvent se rompre , mais qui laissent toujours dans le cœur une trace ineffaçable. 11 contribua pour une grande part à la prise d'Arras , et ce Ait surtout à partir de cette époque que le

Imprudemment René vint dans son château de La Flèche , trop près de Tennemi arharné qui le poursuivait de ses calomnies et convoitait évidemment ses riches dépouilles. « D'un autre côté , dit Burbure , le duc de

seigneur da l.ude fat en grande autorité auprès du roi, qui, à cette occasion, lui donna une manne remplie de martre, fourrure très-estimée , un christ d'ivoire, qui, jusqu'en 1793, orna TégUse du Lude, et un tapis de Flandre, qui, dit M. David, auteur d'un drame historique sur Jean Daillon , périt misérablement sons les pieds des laquais.

Nous devons expliquer comment les vicomtes de Beaumont, seigneurs de La Flèche, ne possédèrent plus la seigneurie du Lude , qui passa de la maison de Vendôme aux Daillon et en dernier lien à Etienne Bande, marquis de la Vieuville, bisaïeul de M. le marquis de Talhonêt, commandeur de l'ordre de la Légion d'honneur, ancien député, ancien ministre des travaux publics et actuellement (1877) sénateur.

Nous avons dit que Jean II, vicomte de Beaumont, seigneur de La Flèche, avait épousé Marguerite de Poitiers. A sa mort, la seigneurie du Lude, possédée par la maison de Beaumont , fut attribuée à sa veuve comme part des acquêts faits pendant son mariage. Son fils unique Louis ayant été tué, en 1364, à la bataille de Cocherel, Marguerite de Poitiers donna cotte part pour la somme de 1080 livres à Jean de Vendôme, seigneur de Feuillette, son neveu, en faveur de son mariage avec Marie, fille de Robert du Guesclin, oncle du connétable. En 1402, Marie d'Orange, mariée en secondes noces avec Thomas Le Moyne, et Jean de Vendôme issu de son premier mariage , possédaient le Lude, qu'on trouve compris i titre de vassalité seulement dans un aveu de 1453, comme une dépendance de la baronie de La Flèche. Pierre de Vendôme maria sa fille, avant 1440, à François do Montberon, et engagea sa terre du Lude à Gilles Daillon, lequel, par contrat du 28 juin 1443, épousa Renée, dame de Fontaine, fille de René, seigneur de Fontaine et de Jeanne de Vendôme, dame du Lude, qui, en seconde noces, avait épousé François de Montberon, seigneur de Mortagne. Après la mort de sa femme, en 1457, Gilles acquit de Guy de Carne, l'un des héritiers de la terre du Lude, les droits de celui-ci dans cette propriété pour la somme de 2.400 livres.

Aprt'ts Gilles , vinrent Jean et Jacques de Daillon. Celui-ci mourut glorieusement & la bataUle de Ravenne en 1412. La famille de Daillon posséda la terre du Lude jusqu'en 1685 , époque k laquelle Henri de Daillon, grand-maltre de l'artillerie de France et en faveur duquel Louis XIV avait constitué cette terre en duché-pairie, mourut en la léguant aux enfants de sa sœur le duc de Roquelaure et h N. de Roquelaure, mariée au duc de Foix- Candale.

Françoise de Roquelaure apporta la terre du Lude à Louis de Rohan-Chabot, prince de Léon. Leur fils la vendit par contrat de décembre 1751 à J.-J. Duvelour, qui la transmit à Françoise-Jeanne Buttée, sa nièce, épouse d'Etienne Baude, marquis de la Vieuville.

M*^ la marquise de la Vieuville n'émigra pas au moment de la Révolution. Elle vivait

tranquille dans son château en 1793, quand elle reçut un soir la visite de M. L x,

notaire, et en même temps maire du Lude. Ce magistrat la prévint qu'il venait de recevoir cachetée une dépêche de Robespierre, qui lui ordonnait de faire transférer la châtelaine à

Paris. C'était la mort certaine. M. L x l'obligea k faire atteler immédiatement et de

partir pour la Bretagne où elle serait plus en sûreté.

Le lendemain , à 4 heures du matin , M. L x rassembla les membres du conseil de

la commune, ouvrit devant eux la dépêche qu'il avait recachetée la veille, et quelques minutes après la garde nationale entourait le château , d'où la marquise était partie.

€ Monseigneur du Lude, dit Comroincs, était fort agréable au roi en toutes choses; il « aimoit son proGt particulier, et ne craignait jamais à abuser ny & tromper personne ; « aussi légèrement croyait et étoit trompé bien souvent, il avoit été nourry avec le roy en « sa jeunesse. Il lui scavoit fort bien complaire, et étoit un homme très-plaisant. »

(Commines, liv. Y, ch. XIII.)

Armes de Daillon : Lions pour cimier et tupports — d'axur à la croix engrelée d'argent. Couronne comtale.

Berry, frère du roi , ne voyait pas sans jalousie Tinfluence dont jouissait René.

Cette espèce de fuite , ces délations continuelles , ce mauvais vouloir courtisanesque, qui mine insensiblement les positions les mieux établies , impressionnèrent tellement l'esprit soupçonneux de Louis XI , qu'il donna enfin Tordre de Tarrôler.

Le duc d'Alençon était donc à La Flèche avec sa sœur naturelle, dame de Saint-Quentin , qui le trahissait et était vendue au duc de Berry. Quelques temps après son arrivée, Simon Lépine, aubergiste de cette ville, vint prévenir son seigneur que Jean Daillon épiait toutes ses démarches pour rarréter. D'après cet avis , le duc faisait déjà ses dispositions pour passer en Bretiigne, quand du Lude, instruit à temps par ses espions, l'arrêta à la Roche-Talbot, le 10 juillet 1480 et de là le conduisit à Chinon, où l'on devait instruire son procès. En 1481, le roi fit bien une déclaration pour relever du Lude de l'odieux de cet acte et du reproche d'avoir arrêté René de son chef et sans aucune mission directe à ce sujet. Toujours est-il que non-seulement il l'arrêta lui-môme, mais encore qu'il fit partie de la commission formée à Paris pour juger ce jeune prince, commission où l'on comptait, en outre, le chancelier Doriole, Jean des Poteaux, président au Parlement de Bourgogne, et Falaiseau , bailli de Touraine.

Le duc d'Alençon fut enfermé pendant trois mois dans une cage de fer, ne recevant à manger qu'au travers des barreaux. On l'accusa d'avoir voulu se retirer en Bretagne; il ne pouvait en disconvenir, mais il répondit à cela qu'il n'y avait pas pour lui d'autre moyen d'échapper aux embûches perfides de ses ennemis , qui , bien à tort, avaient allumé contre lui la colère du roi.

On arrêta aussi Jean , bâtard d'Alençon , Jeanne, sœur naturelle du duc, dame de Saint-Quentin , et d'autres officiers à son service. Jeanne fit contre son frère la déposition la plus fausse et la plus compromettante , mais par de simples paroles et sans pouvoir fournir aucune preuve. Ce duc remarquant enfin que sous la pression de la volonté du roi , ses juges ne cherchaient qu'à le condamner, réclama les droits de sa naissance et fut remis entre les mains du Parlement après une longue suite de persécutions. Le procès fut donc instruit avec l'ordre habituel et toutes les formalités exigées par la loi française. Le Parlement exposa au roi la demande expresse du prince que la Cour fut assistée par les pairs. Louis XI répondit que René, par suite des lettres d'abolition, était déchu de tous les droits à la pairie.

Enfin le jugement ne fut rendu que l'année suivante, le 22 mars 1482. Par le fait, il reconnaissait le duc innocent ; par la forme il en faisait un cotipable, mais digne de pardon.

Singulière et basse transaction avec la conscience ! Le plus haut tribunal

RENÉ, DIX-NEUVIÈBfE SEIGNEUR. 235

qui fut au monde voulait laisser au roi un moyen de s'emparer au profit de la couronne de tous les biens de la maison d'Alençon-Valois. On aperçoit clairement le désir de Louis XI d'arriver à ce but d'une manière légale, en persécutant René au point de lui faire prêter serment de ne se marier qu'au bon plaisir de son souverain ; de sorte que cette grande maison se trouvant éteinte à la mort de René, toutes ses possessions tombaient entre les mains du roi. Ce désir était donc un danger de plus.... Mais Louis XI allait bientôt rendre ses comptes devant un autre Tribunal.... il mourut le 30 août U83, et le duc d'Alençon, qui avait été réintégré dans tous ses droits en se soumettant aux conditions qui lui avaient été imposées , allait voir des jours plus heureux. La Providence lui réservait pour épouse l'une de ces femmes dont le souvenir ne s'éteint jamais au sein des populations, qui ont eu le bonheur de les posséder au milieu d'elles.

René d'Anjou, appelé dans l'histoire le bon roi René, était le deuxième fils de Louis II, duc d'Anjou , comte de Provence et roi titulaire de Naples. Il fut élevé par le cardinal de Bar, son oncle maternel, qui lui laissa son duché par testament et lui fit épouser Isabelle, fille unique de Charles I«^ duc Lorraine.

A la mort de son beau-père (1431)» René hérita du duché de Lorraine; mais la possession lui en fut disputée par Antoine de Vaudemont, frère du dernier duc, qui le vainquit, le retint prisonnier pendant cinq ans, et ne lui rendit la liberté qu'à la condition que René donnerait sa fille Yolande en mariage à son fils Ferry de Vaudemont.

Yolande d'Anjou et Ferry de Vaudemont eurent deux enfants, savoir : René, qui réunit aux droits de la maison de Lorraine presque tous les titres de celle d'Anjou et devint ainsi roi de Sicile, de Jérusalem et d'Arragon , duc de Lorraine, de Bar et d'Anjou , comte de Provence, de Vaudemont, etc., et Marguerite de Lorraine,

Cette princesse fut élevée à la cour du roi René en Provence et fut entourée de la part de son grand-père de l'affection la plus vraie et la plus dévouée.

Après la mort de ce prince (1480), Marguerite fut ramenée à Nancy. Elle fat très-bien accueillie par son frère. Ce prince, après bien des traverses, profitant de la terrible défaite de Charles le Téméraire , qui l'avait entièrement dépouillé, était rentré en possession, avec l'aide des Suisses et des subsides de Louis XI, de la Lorraine et de sa capitale sous les murs de laquelle l'impétueux duc avait été vaincu et tué.

René, plutôt homme de guerre qu'homme de Cour, se laissa bientôt gagner par l'éminente vertu de Marguerite, à l'influence de laquelle on ne pouvait échapper.

Après la mort de Louis XI , le duc de Lorraine se rendit à la Cour de Charles VIII pour revendiquer le duché de Bar, dont le roi défunt, peu

scrupuleux d'habitude, s'était emparé, afin de se payer lui-môme du secours qu'il avait octroyé pour se défaire de son plus constant ennemi.

Ce fut des rapports du duc de Lorraine avec son cousin (\) le duc d'Alençon que naquit l'idée du mariage de celui-ci avec Marguerite.

Un des premiers actes de Charles VIII, à son avènement au trône, avait été de réintégrer René dans tous ses biens, honneurs et dignités sans aucune restriction. En conséquence, il assista comme prince du sang aux Etats généraux de Tours (t4 janvier US4), représenta le duc de Normandie au sacre de Charles VU, qui se Ut à Reims le 39 mai suivant, et accompagna le roi à son entrée solennelle dans la capitale.

René , avant de succéder à son père, résidait ordinairement à La Flèche où à Mortîigne, quand il n'était pas retenu à la Cour de France, c La mort « de sa mère, en l'abandonnant à ses propres impulsions, dit l'abbé Lau- « rent, avait amené dans sa conduite un fâcheux changement. Il s'ocx^upait « peu du bonheur de ses vassaux et des vrais intérêts de sa famille. Irrité « des vexations qu'il venait d'éprouver de la part du roi , contrarié surtout « des obstacles qui avaient été mis à ses projets de mariage , il avait cher- « ché des distractions coupables dans les excès d'une vie déréglée; et de « tels désordres provoquant la licence de ceux qui l'entouraient , le château « de René était devenu pour toute la contrée un objet d'effroi et de répul- « sion. »

C'est dire assez que son mariage avec Marguerite de Lorraine combla de joie tous ses vassaux en leur faisant espérer que la maison d'Âlençon allait recouvrer toute sa splendeur.

Pendant la longue négociation qui devait avoir pour résultat final son union avec Marguerite , René voulut chercher à réparer son passé et se rendre moralement digne de cette heureuse alliance , en instituant plusieurs maisons religieuses dans ses domaines.

En U84, il fondait à La Flèche, théâtre de ses désordres, un mona.stère du Tiers-Ordre de Saint-François. Quatre ans après , il lit bâtir dans la môme ville un couvent de cordeliers , qui furent remplacés en 1604 , comme nous aurons à le dire, par des Récollets : le souvenir de la pieuse duchesse d'Alençon s'était néanmoins toujours conservé dans le monastère. (Extrait d'un registre du couvent.)

Le 24 octobre 1487, il fonda une messe de la Conception pour ôlre chantée tous les jours dans l'église de Notre-Dame d'Alençon par les quinze chapelains de la Présentation, confrérie fondée au XIV™« siècle.

C'est ainsi que René d'Alençon se préparait à devenir l'époux de Marguerite de Lorraine.

(1) René de Lorraine descendait par sa mère, ainsi que lo duc d*Àlonçon, de Charles, comte de Valois , fils Philippe le Hardi.

Ce mariage fut conclu au mois de mai 4488 avec la plus grande magnificence et en présence du roi. Le duc avait de 48 à 49 ans et la duchesse 25.

La jeunesse de René s'était écoulée au milieu des plus funestes discussions; tant de révoltes et de procès avaient grevé de dettes énormes la fortune des ducs d'Alençon. Mais il fut maintenu au début et jusqu'en 4473 par les conseils de sa sainte mère Marie d'Armagnac.

Douce et pieuse, cette princesse avait eu beaucoup à souffrir avec un prince emporté et dissolu. Du reste, elle n'épargna ni efforts ni sacrifices pour soutenir en toute occasion les droits de son mari et conserver l'héritage de ses enfants.

Sous cette sage tutelle et élevé par une mère prudente, René d'Alençon, doué d'ailleurs d'un caractère loyal et généreux, se montra sincèrement dévoué aux intérêts de la France et ne partagea qu'à regret et dans une très-minime proportion les révoltes de son père. Nous avons dit qu'en 4467, à l'àge de 27 ans, il n'hésita pas à ouvrir aux troupes royales les portes de la ville d'Alençon, qu'il avait été chargé de défendre pour le duc de Bretagne.

Ce fut donc de 1473 à 4484 , que seul, persécuté par Louis XI, empêché par suite de la politique de ce roi de jouir des douceurs du mariage , trèsmal entouré , il dévia de la droite ligne et se livra à la débauche.

Marguerite de Lorraine seconda son mari dans le gouvernement du duché. Deux points fixèrent surtout son attention , l'administration de lajusiic' et l'état du clergé.

Toutes les institutions diverses concernant la justice avaient été profondément altérées pendant l'occupation des Anglais. Marguerite obtint de son époux que le personnel des tribunaux fut soumis à une sérieuse enquête et réformé par une sage et prudente épuration.

Elle se déclara la protectrice des faibles et des pauvres et ne cessa d'intervenir auprès du duc et des juges toutes les fois qu'elle vit l'innocence ou le droit attaqués.

Le duc et la duchesse ne se préoccupèrent pas moins de rétablir l'harmonie et la régularité dans le clergé du diocèse, troublé par des dissenssions funestes et auxquelles avait singulièrement contribué la gestion de Jean Daillon pendant le temps qu'il gouverna pour le roi le duché d'Alençon.

Après avoir passé près d'une année dans leurs domaines, le duc et la duchesse d'Alençon retournèrent à Paris , où Marguerite accoucha d'un fils le 2 septembre 1489. Il fut tenu sur les fonts du baptême par le roi Charles VIII et par Jeanne de Bourbon-Vendôme , veuve de Jean II, duc de Bourbon et connétable de France.

Pendant ce séjour, Marguerite entra en communication avec saint François de Paule, entre les bras duquel Louis XI avait voulu mourir. Son fils fut atteint en 4490 d'une maladie très-grave qui faillit l'emporter.

Accablés de douleur, le duc et la duchesse firent vœu , si la santé était rendue à leur enfant, de fonder six messes , qui, en effet, furent dites jusqu'à la Révolution de 1789.

Marguerite danna encore deux filles à son époux : Françoise et Anne d'Alençon.

Quelques mois après la naissance de celle-ci, le duc René tomba dangereusement malade et toute espérance de guérison fut bientôt perdue.

Gilles de Laval, évoque de Seez, et le cardinal de Luxembourg, évoque du Mans , furent appelés auprès du prince pour lui donner les secours de la religion.

René , duc d'Alençon , expira à l'âge de 52 ans, le 1«' novembre U92, dans une maison de plaisance que ses ancêtres avaient fait bdtirdansle parc du château. Ses funérailles furent célébrées huit jours après par les deux évoques qui l'avaient assisté. Le corps fut déposé dans un caveau situé au milieu de l'église de Notre-Dame d'Alençon, à l'endroit môme où se trouve aujourd'hui le maître-autel.

Ce caveau, large de 2 mètres 3-3 centimètres et haut de 2 mètres, recouvert d'une voûte en berceau légèrement aiguisée au sommet, renferma plus tard le corps de Charles IV, fils de René, et celui du jeune prince de Viane, fils du second mariage de Marguerite, sœur de François i^*^ et veuve de Charles IV, avec Henri de Navarre. Cet enfant n'avait que cinq mois.

Marguerite de Lorraine fit élever à son époux un magnifique mausolée. Elle avait alors l'intention de se faire inhumer auprès de son mari; car on lisait à l'entour cette inscription en caractères gothiques : Ci gist très haut et très puissant prince monseigneur René duc d'Alençon per de France, comte du Perche et vicomte di Beaumont, qui décéda Van de grâce mil quatre cent quatre vingt douze le premier jour de novembre. Priez Dieu pour son âme. Venait ensuite un intervalle blanc, puis ces mots : Madame Marguerite de Lorraine, duchesse d'Alf^nçon, sa compagne. Mais Dieu en ordonna autrement.

Page 1