TUTELLE DE MARGUERITE DE LORRAINE
Demeurée veuve avant Tâge de trente ans , chargée de trois enfants, dont Tainé n'avait pas encore trois ans et demi , Marguerite de Lorraine ne se laissa pas abattre par le coup terrible qui venait de la frapper.
Elle se dévoua de suite corps et âme à l'éducation de sa jeune famille et à l'administration du duché; mais, dès ce moment, parait-il, elle prit la résolution de se consacrer à Dieu aussitôt que sa mission serait terminée : € Beauté, grandeur, richesses, elle ensevelit la mémoire de tous ces avan- € tages dans le tombeau de son mari. (Vie d3 Marguerite de Lorraine, 4652, € p. 29.) »
Mais il lui fallut bientôt toute la fermeté d'une mère profondément chrétienne pour combattre les attaques qui s'adressent souvent à une femme que l'on croit sans force et sans défense , parce qu'elle ne peut plus s'ap^ puyer sur le bras d'un mari.
Plusieurs seigneurs de la Cour aspiraient à être chargés de la direction du duché d'Alençon avec la pensée, peut-être, de gagner le cœur de la belle et illustre veuve.
On insinua au roi, avec une apparence de raison, que Marguerite ne pouvait pas être chargée de la tutelle et de l'éducation d'un enfant, premier prince du sang , devant nécessairement devenir un homme de guerre et tenir une grande place dans le royaume.
Charles VIII avait donc résolu de lui enlever ce droit qu'elle défendit, non-seulement avec toute la puissance que lui donnait son titre de mère , mais encore par l'influence qu'elle avait acquise en raison de son éminente vertu et des actes qu'elle avait accomplis pendant la courte durée de son nnion avec René d'Alençon. Elle finit donc par l'emporter et la tutelle de ses
enfants ainsi que le gouvernement de tous les biens et seigneuries lai furent confiés par lettres patentes de Charles VIII du 5 novembre U92, vérifiées au Parlement le 30 avril U96. L'assentiment de son successeur Louis XII fut donné par lettres confîrraatives du 8 mai 1498 , vérifiées le 2< juillet suivant (1).
L'éducation de Charles d'Alençon était l'objet principal de toutes les préoccupations de Marguerite. Elle recommandait à tous ceux qui étaient chargés de l'instruire d'unir toujours la fermeté à la bienveillance. Le jeune prince se montrait, du reste, aussi respectueux que docile.
Elle était occupée de ces soins, quand, en 4 498, Charles VIII vint à mourir. Elle s'empressa de se rendre à la Cour de Louis XII, son cousin et successeur du feu roi, et elle y fut accueillie avec plus d'égards et de bienveillance que jamais.
Quoique Charles d'Alençon n'eut encore que neuf ans, Louis XII voulut qu'il assistât à son sacre au mois de mai 4498 et y représentât le duc de Bourgogne et son cousin le duc de Guyenne. Ce jeune prince fit aussi partie du cortège royal , lorsque le roi fit son entrée solennelle dans Paris.
Nous ne suivrons pas Marguerite de Lorraine dans tous les actes de son administration , dont la seigneurie de La Flèche bénéficia comme toutes les autres. Nous dirons seulement qu'elle acheva dans notre ville le couvent dont René avait jeté les fondations. Elle cherchait à renouveler dans tous les lieux soumis à sa domination^ les souvenirs et les traditions religieuses. (2)
Le duc d'Alençon fut un des otages qui se rendirent à Valenciennes, lorsqu'au mois d'avril 4503, Philippe, archiduc d'Autriche, y conclut au nom de Ferdinand, son beau-père, un traité frauduleux, dont le jeune Charles de Luxembourg, leur commun héritier, devait recueillir tout le fruit. Ce traité était fondé sur le mariage déjà arrêté du prince de Luxembourg avec Claude de France, fille unique de Louis XII. Comme on était alors en guerre, Philippe exigea du roi un sauf-conduit et des otages. 11 agissait par ordre de Ferdinand et pour détruire tout ce que cette précaution renfermait d'injurieux, il renvoya les otages avant de paraître lui-même à la Cour.
Charles d'Alençon fut fait lieutenant général et gouverneur de la Bretagne le 46 janvier 4506, quoiqu'il n'eut que 47 ans, et parut la môme année à Tours aux fiançailles du comte d'Angoulôme, depuis François I«%avec Claude de France. Marguerite tint à ce qu'il y parût avec une suite digne de son rang.
(1) Chopin, du Domaine, t. III, p. 9. — Histoire de Marguerite de Lorraine, abbé Laurent.
(S) Consulter rhistoire de Marguerite de Lorraine, duchesse d'Alençon, bisaïeule d*Henri IV, fondatrice et religieuse au monastère de Sainte-Claire d'Argentan, par M. Tabbé Laurent, chanoine honoraire de Bayeux. — Vives, libraire, rue Cassette, 93.
CHARLES IV, VINGTIÈME SEIGNEUR. 24f
Louis XII seprépîirait en 4507 à se rendre en Italie pour soumettre la ville de Gênes révoltée contre la France. Le jeune duc allait donc faire ses premières armes sous les yeux du souverain. Combien les prières de la duchesse furent ardentes pour son ftls et pour le succès de l'expédition ! Le roi et la reine en réclamèrent le secours , tant on admirait sa fervente piété. € Les soldats eux-mêmes, dit le P. Magistri, s'adressaient indiffé- « remment avec la même confiance à la pieuse duchesse ou à saint François c de Paule. »
Marguerite recommanda spécialement son fils à deux prélats qui , avec beaucoup d'autres ecclésiastiques , devaient suivre le roi dans cette expédition; c'étaient les cardinaux Qeorges d'Amboise, archevêque de Rouen, et René de Prie , évêque de Bayeux.
L'expédition ne fut pas longue. Après deux batailles gagnées , Gênes fut bienU)t investie et réduite aux abois. Trente sénateurs, la tête rasée, couverts de longs habits de deuil , vinrent se jeter aux pieds du roi à son entrée dans les faubourgs. Louis XII avait résolu de pardonner et avait pris ce jour là pour insigne sur sa cotte d'armes un roi des abeilles entouré de son essaim avec cette légende : « Non utilior aculeo rex cui paremus, »
Le séjour du roi en Italie fut le signal de fêtes brillantes où nous voyons paraître avec autant de succès que dans les combats Charles , duc d'Alençon , Charles, duc de Bourbon et autres princes Français.
Pendant le cours de cette même année , Marguerite fit un voyage à Château-Gontier^ qui, situé en Anjou, dépendait comme La Flèche du domaine de la maison d'Alençon. L'hôpital de cette ville était très-mal administré et les pauvres y recevaient d'autant moins de soulagement que les religieuses qui le desservaient avaient été dispersées par les guerres du siècle précédent. Marguerite proposa aux bourgeois de la ville d'y appeler des sœurs de Sainte-Elisabeth. Ils y consentirent avec empressement et donnèrent les fonds nécessaires. De son côté , la duchesse fit bâtir près de THôtel-Dieu nu monastère et une église où elle établit six religieuses qu'elle avait tirées de la maison de Mortsigne.
Le jeune duc Charles revint bientôt auprès de si mère , mais la quitta de nouveau pour accompagner le roi dans son voyage de Normandie. Il était présent à l'échiquier général de la province tenu par Louis XII le 24 octobre 4508 0).
La ligue de Cambrai conclue contre les Vénitiens entre le pape Jules II ,
(l) En Normandie, c'était le tribunal où l'on jugeait ]es affaires en dernier ressort. Ce nom rient, dit Tabbé Le Bœuf, de ce que sur la table carrée qui était dans la salle de co tribunal on se servait, pour calculer, de jetons de deux couleurs, dont les uns marquaient I ks lîrres et les autres les sous.
i En Angleterre, la Cour de TÉchiquier est la juridiction où Ton règle tontes les affaires ée finances. *
TEmpereur Maximilien et les rois de France et d'Espagne, allait l'ecevoir son effet.
Louis XII entra bientôt en campagne; et Charles d*Alençon passa uoe seconde fois en Italie et prit part à la mémorable bataille d*AgnadeI, le U mai 4509. II s'empressa d'annoncer cette victoire à sa mère, qui en rendit de suite à Dieu de solennelles actions de gnlces. Par Tordre de la duchesse un Te Deum fut chanté dans toutes les églises du diocèse : On croit que ce fut en cette journée que le duc d'Alençon reçut l'accolade et fut reçu chevalier. Quelques temps après, il fut décoré de l'Ordre de Saint-Michel. (0
Marguerite de Lorraine ne tarda pas à se rendre de nouveau à Paris avec
ses deux filles pour se trouver à la Cour au moment du retour du roi , qui j lui parla de la conduite de son fils en Italie dans des termes qui pouvaient lui faire concevoir les plus flatteuses espérances.
Mais au milieu de cette cour si brillante, si animée, depuis le retour glorieux de tous les compagnons du roi, cette sainte princesse, qui avait renoncé désormais à toutes les parures habituelles de son sexe, était habillée convenablement sans pierreries et sans autre ornement qu'un grand crêpe noir qui lui couvrait le visage. Elle était l'exemple de cette Cour, et la reine Anne lui témoignait à toute heure autant de confiance que d'égards.
Marguerite se trouvait encore à Paris, quand elle apprit la mort de son frère René de Lorraine, qui avait expiré le 40 décembre 1508, après avoir cédé au roi de France tous ses droits sur le royaume de Naples.
« Une circonstance , ditlabbé Laurent, avait dû contribuer à resserrer « les liens qui attachaient Marguerite à son frère. René avait épousé en « secondes noces Philippe de Gueldres, princesse d'une piété rare, qui, « après avoir élevé tous ses enfants, se retira eu 4519 au monastère des « Ciarisses de Pont-à-Mousson où elle lit profession.... »
La mort de René de Lorraine n'interrompit pas les relations intimes des deux belles-sœurs, qui devaient mourir toutes les deux sous le même habit.
En 1 500 , Charles , duc d'Alençon , avait été fiancé avec la princesse Su* zanne, unique héritière de la maison de Bourbon, des duchés d'Auvergne et des comtés de Clermont et de Forez, au château de Moulins, en présence du roi , qui voulut que le duché de Bourbonnais restât à cette jeune princesse. Ce projet d'union n'eut pas de résultat, et pendant la guerre d'Italie, Marguerite prépara les voies pour marie^ son fils avec Marguerite de Valois , fille de Louise de Savoie, petite-fille du comte d'Angouléme, troisième fils du duc d'Orléans, assassiné par Jean sans Peur.
Le comte de Valois donna son consentement à ce projet de mariage que
(1) L*ordre de Saiot-Michei avait été institué par Louis XI. Au XIX"« siècle il no m donnait qu'aux savants ou aux artistes. Le ruban (*tait noir et se portait en sautoir.
Louis XII s'empressa d'approuver à son retour d'Italie. Le jeune duc fut alors déclaré majeur et obtint main-levée de la garde-noble et de Tadministration de ses biens par arrêt du 9 octobre 1 509.
Le lendemain , il fit hommage au roi de ses domaines , qui comprenaient alors: Le duché d'Alençon, comfo^é des vicomtes d'Alençon, Domfront, Argenian, Exmes, Verneuil, Montreuil, Bernay, Alençon en Cotentin, Saint-Syhain et le Thuit ; le comté du Perche avec le ressort de Nogent-le- Rotrou; la baronnie de Châteauroux-en-Thimerais et les terres françaises; la seigneurie de Cani-Caniel ; le tout relevant du domaine de la couronne ; — les baronies de Chdieau-Gontier, Pouancé et La Flèche dépendant de la vicomte de Beaumont et mouvant du roi à cause de son duché d'Anjou ; les terres et les seigneuries de Esaumont-le-Vicomte , Fresnay et Sainte- Suzanne, tenus du roi à cause du comté du Maine; la baronie de Sonnois, de Saint'Remi-du-Plain et du Perray, tenu du château du Mans , et la terre et seigneurie de Gallardon et de Morly, dépendant du château de Chartres. (4)
Le mariage se fit à Blois. (2) Le roi et la reine firent les noces en aussi grand triomphe et hault estât que si. Marguerite de Valois eut été leur propre fille. Les jeunes époux furent unis par Monseigneur l'archevêque de Seus; le roi conduisit et mmena la mariée. Le dîner eut lieu dans la grande salle du château , laquelle, dit Saint-Gelais , est une des plus vastes connues. Outre ia table royale où se tenaient les princes et les princesses ainsi que les ambassadeurs étrangers , la salle était remplie d'autres tables pour les seigneurs, gentilshommes, dames et demoiselles. Le roi n'assista pas au dîner et mangea seul dans son appartement suivant l'étiquette en usage ; la table était présidée par la reine. Il n'y avait de couverts que d'un seul côté. A droite de la reine, à une certaine distance, était la nouvelle mariée; après elle, on avait placé l'archevêque de Sens, l'ambassadeur du pape et ceux d'Autriche et d'Aragon. A gauche et aussi à quelque distance de la reine, se tenait la vieille dame de Bourbon; puis venaient la duchesse d'Alençon, la jeune duchesse de Bourbon, madame d'Angoulême et les autres prîncesses du sang. La reine, la mariée et la douairière de Bourbon étaient servies en vaisselle d'or ainsi que les ambassadeurs ; les autres convives avaient de la vaisselle d'argent. Pendant le repas , la reine remit
(]) Biy, page 364. — Od. Desnos, tome 11, page 231. — Âbbé Laurent, page lOî. —
(?) Journal de Louise de Savoie. — Ma fille Marguerite fut née Tan 1402, l'onzième jour d'arril » à t heures du matin, c*est-ù-dire le dixième jour, à 4 heures dix minutes, en comptant à la manière des astronomes.
Les ûançaillcs de M. D'Alcnson et de ma nile Marguerite furent faites es-mains du cardinal de Nantes à Blois, le jour de Saint-Denys, le 9 octobre, à 6 heures quinze minutes ' après midjr 1509.
La jeune princesse avait donc 17 ans au moment do son mariage.
Si 4 LA FLÈCHE ET SES SEIGNEURS.
aux hérauts et aux trompettes un grand vase d'argent doré, rempli de monnaie pour être jetée au peuple en criant largesse.
La dot de Marguerite de Valois fut flxée à 60,000 livres payables en trois termes.
Cette charmante princesse, aussi célèbre par son esprit que par sa rare beauté, subit de suite l'heureuse influence de sa belle-mère et s*unit i toutes ses bonnes œuvres. Il était impossible de vivre auprès de la pieuse duchesse sans se sentir entminé dans les mêmes voies, dont dévia, dit-on, dans une certaine mesure, mais seulemement après la mort de son premier époux, celle qu'on surnomma gnlcieusement la Marguerits des Marguerites.
La même année, le roi pourvut k l'établissement des deux princesses d'Alençon.
Françoise épousa, le 6 avril 4509, François d'Orléans, duc de Longueville, comte de Dunois, mort le 42 février 1542, et en secondes noces, le 18 mai 1513, Charles de Bourbon, comte et depuis premier duc de Vendôme, pair de France, gouverneur de Paris et de l'isle de France et qui devint par la mort du connétable de Bourbon son cousin (à l'assaut de Rome, le 6 mai 1527) le chef de sa maison ; il mourut le 25 mars 4537. De ce mariage, Antoine de Bourbon , époux de Jeanne d'Albret, roi de Navarre et père d'Henri IV. Anne d'Alençon fut mariée le 31 août 1508 à Guillaume Paléologue, marquis de Monlferrat, duquel les ducs de Mantoue tirent leur origine. En effet, Marguerite de Montferrat, une des filles issues de ce mariage, fut unie à Frédéric, duc de Mantoue, et les deux maisons n'en tirent désormais qu'une. L'autre fille épousa le marquis de Saluces.
A la mort de son frère Charles IV, Anne d'Alençon hérita des seigneuries de la Guerche et de Pouancé. Le P. de Coste dit qu'elle mourut en 1525, mais, d'après l'abbé Laurent, il parait certain qu'elle vivait encore en 1541, époque à laquelle elle vendit ses terres de Normandie au comte de Brissac.
Quelques mois après son mariage, le duc Charles fut rappelé à l'armée et les deux princesses restèrent k la Cour d'Alençon occupées aux plus saintes pratiques de la religion et de la charité.
Anne de Bretagne, reine de France, mourut à Blois en 1514. Marguerite de Lorraine se rendit à la Cour avec la jeune duchesse pour porter au roi leurs compliments de condoléance. Puis revenant en Normandie , elle remit définitivement au duc Charles l'administration de toutes ses affaires et se retira au château d'Essay, qui faisait partie de son douaire. Ce ne fut pas sans le plus vif chagrin que Charles vit sa mère s'éloigner d'Alençon : il ne voulut pas qu'elle se dépouillât de son autorité et la supplia de vouloir bien en user toutes les fois qu'elle le trouverait bon.
De 1516 à 1521, nous la voyons se préparer â sa séparation définitive
CHARLES IV, VmGTlÈUE SEIGNEUR. 245
ayec le monde. Elle rencontra bien des obstacles et bien des contradictions, mais enGn elle prit à Argentan IMiabit du Tiers-Ordre de Saint-François dans lequel elle mourut au couvent de Sainte-Claire, qu'elle avait fondé à Argentan , après y avoir donné Texemple des plus éminentes vertus religieuses.
Mai^uerite de Lorraine, duchesse douairière d'Alençon , mourut de la mort des justes dans une cellule de son monastère d'Argentan , à Tâge de 58 ans moins quelques mois , après un an et vingt-deux jours de profession.
Charles d'Alençon ne put se trouver ni à ses derniers moments ni à ses funérailles ; il était alors en Champagne à la tète des troupes françaises en même temps que son beau-frère Bourbon-Vendôme, qui commandait l'armée de Picardie. Tous les deux étaient chargés de repousser l'invasion menaçante de Charles-Quint. La duchesse fut enterrée dans l'église de Sainte- Claire. Ses restes furent exhumés en 1793 et jetés dans la fosse commune. Son cœur, soustrait à la profanation révolutionnaire, fut scellé dans le mur latéral de la chapelle qu'on rencontre la première à gauche du grand-portail de l'église de Saint-Germain d'Argentan.
Charles d'Alençon avait obtenu d'éclatantes faveurs de Louis XIL François !•«■, son successeur, dont il était le propre beau-frère , suivit les mômes voies à son égard. Une ordonnance le déclara premier prince du sang , et lui donna droit, comme « étant et ttnant la seconde personne dz France, d'établir un maître de chaque métier dam toutes les villes du royaume. » Dans ses rapports avec le roi, il l'appelait seulement Momeign^ur, inscrivait en tête à léte de ses actes — par la grâce de Dieu etc. — et signait simplement Charles. (1)
€ Lorsque le roi, disent les frères Sainte-Marthe, alla devant la ville de < Valenciennes , il lui bailla son avant-garde à conduire , même lui porta « une telle affection qu'il fit tomber en ses mains les principales fonctions € de la charge et dignité de connétable, quand les occasions s'en présen- « tèrent; de sorte qu'on disait communément que Charles de Bourbon était c connétable en titre sans effd, et Charles d'Alençon l'était par effet et sans « titre. »
Quel était donc ce connétable que François 1^' reléguait au second rang en fareur d'un prince dont on a dit « qu'il était sans figure, sans esprit, sans avLCun mérite et pour lequel Marguerite de Valois sa femme avait fort peu d'inclination. » En tous cas, quel qu'il fût, Charles d'Alençon a dû être singulièrement effacé par cette ligure si originale et qui a laissé une trace bien marquée dans le XVI"® siècle.
Ce connétable, c'était Charles, duc de Bourbonnais, d'Auvergne et de
(1) L'abbé Fret, tome II, page 595. — Abbé Laurent, page 112.
Cliâtelleraut, comte de Montpensier, de Mercœur, de la Marche, de Clermont en Beauvoisis, de Forêt, de Beaujolais et prince de Dombes, grand chambrier et connétable de France, gouverneur de la province de Languedoc, et qui avait conservé dans une partie de ses domaines les prérogatives souveraines des grands vassaux de la couronne; chef de la maison de Bourbon si rapprochée du trône et qui devait bientôt y atteindre par droit d'hérédité à Textinction des Valois, il convoquait les Etals, levait les subsides sur ses sujets, possédait des places fortes, où il entretenait à ses ft-ais des garnisons. C'était encore dans toute sa plénitude , le seigneur féodal , dont la puissance avait résisté au marteau si pesant de Louis XI ou plutôt avait été ménagé par ce prince par un calcul de cette politique qu'il est difficile de suivre dans tous ses détours. Par la magnificence, il remplaçait les ducs de Bourgogne, dont la Cour était si royalement fastueuse : c'était l'école où se rendait la plus brillante jeunesse du royaume ; les gentilshommes les plus titrés y plaç<iient leurs enfants et briguaient pour euxmêmes les offices de la maison du fier connétable. Il les dominait tous par sa capacité, son audace et ses qualités guerrières, si bien constatées, surtout à la bataille de Ravenne, qu'à la mort de Gaston de Foix l'armée , d'un seul cri, l'avait réclamé pour chef.
Mais Louis XII, tout en reconnaisssant l'éminent mérite de Bourbon, mérite que paraissaient rehausser encore des dehors de modestie et d'indifférence, avait cependant deviné et distingué tout ce que ce caractère hors ligne renfeimait d'ambition, d'ardeur et d'inquiétude, et s'était refusé à élever plus haut cet homme, auquel Bayard mourant sur le champ de bataille, devait pour la première fois faire baisser la tête. François l^ n'avait pas hésité à l'élever au comble des honneurs. Ce prince chevaleresque s'était laissé séduire par ce courage que rien n'arrêtait, et paraissait faire revivi-e cette chevalerie qui allait finir avec la magnanime génération des Bayard, Louis d'Ars, La Tréraouille, La Palisse et autres. Mais le roi ne veilla pas assez à ne donner à ce prince aucun sujet de mécontentement.
En paraissant favoriser le duc d'Alençou au détriment du connétable d'une manière si éclatante, François I®"" ne pensait-il alors qu'à sa sœur; voulait-il relever son mari, qui se serait, au second rang, trouvé bien vite éclipsé par cette pléiade de guerriers avides d'exploits et du champ de bataille? Mais pour se maintenir au premier, il fallait cependant que Charles d'Alençon eut des qualités assez solides, sinon brillantes ; car l'homme inférieur à la position qu'il occupe, tombe toujours, quelle que soit la puissance de celui qui l'y a placé.
D'un autre côté, on peut juger avec quelle impatience le connétable se voyait mis sous les ordres d'un prince qui lui était évidemment inférieur.
Ce n'était cependant qu'une marque passagère de distinction ; Charles de Bourbon la considéra comme un sanglant outrage.
En niouranl, Suzanne de Bourbon, qui, un moment liancée à Charles d'Aiençon, avait épousé ensuite le connétable, fit un testament en faveur de son mari. Louise de Savoie , mère du roi et duchesse d*Angouléme, voulut faire casser ces dispositions. Etait-ce motif d'intérêt ou de cœur? La duchesse, conservant à 47 ans les charmes qui l'avaient fait considérer comme une des plus belles femmes de l'Europe, voulait-elle amener ce prince si brillant k confondre dans un mariage les intérêts débattus?
Le connétable s'y refusa et en termes offensants. De là à la trahison, il y avait cependant encore loin. Cependant toutes ces circonstances, minimes en apparence , décidèrent de l'honneur de ce Bourbon et le conduisirent à périr à l'assaut de la Ville éternelle > après avoir concouru à la perte de la bataille de Pavie.
Nous avons voulu faire ressortir la remarquable figure du connétable de Bourbon , et nous ne pensons pas être sorti de notre sujet. Car nous relevons notre prince en démontrant qu'il a pu soutenir et remplir un rôle dans Tarraée française en rivalité avec un aussi redoutable guerrier. Sa Cour d'Aiençon, dirigée par sa sainte mère, devait avoir des apparences austères auxquelles s'était soumise elle-même la charmante et jeune duchesse : telle n'était pas celle de François P»" : c'était pour Charles d'Aiençon, quand il s'y rendait, passer subitement de l'obscurité à la lumière. Qu'on se rappelle l'éclat des premières années du roi chevalier : « Un roi de vingt ans signa- € lant le début de son règne par une victoire éclatante au-delà des monts;
< l'Italie soumise, nous soumettant à son tour au joug de ses arts et de ses € artistes ; les femmes si longtemps reléguées dans leurs donjons et se c voyant avec ravissement appelées à la Cour ; une galanterie inconnue , € singulier mélange d'une politesse plus que française et d'une corruption
< plus qu'italienne Marguerite, enfin, jeune^ belle, puissante ; noble
c esprit , cœur tendre , imagination mobile et impressionnable à tous les « sentiments, à toutes les idées, à toutes les souffrances de son temps. » (4)
Une grave accusation pèse depuis trois siècles sur la mémoire de Charles IV, duc d'Aiençon , premier prince du sang royal de France, (2) beau-frère du roi et dernier rejeton de la branche des Alençon-Valois, descendants de Charles de Valois , frère de Philippe le Bel — l'accusation d^ lâcheté.
En raison même du sujet que nous traitons, nous devions en rechercher les causes et citer successivement les documents qui condamnent et ceux qui absolvent.
Charles d'Aiençon s'est-il enfui du champ de bataille de Pavie entraînant avec lui ses hommes d'armes, ou s'est-il retiré, rebm despsratis, pour ne pas sacrifier inutilement les dernières forces de la France?
.1) Marguerite de NavarrC' — L. do la Sicolièrc.
rS) Le duc de fiourboD était le premier prince du sang ; maia sa trahison Tavail fait déchoir de tous ses droits.
La fuite ne peut pas être mise hors de doute ; la difficulté se rencontre dans l'appréciation.
M. Aimé Champollion-Figeac dit au sujet de sa publication sur la captivité de François !•' : (4 )
« Les pièces qui composent ce volume ont été choisies dans un bien plus € grand nombre d'autres. Nous nous sommes attaché à celles qui réunis- « sent à un intérêt véritablement historique les caractères de l'authenticité, « négligeant tous les documents dépouiTus de ce mérite, bornant notre « ambition au rôle de rapporteur, notre devoir à Téclaircissemenldes rela- « tiens douteuses, à l'accroissement du nombre des faits vraiment dignTS « de l'histoire, et laissant à d'autres le soin des jugements >
Notre cadre est bien moins large ; et nous allons chercher à le remplir de manière à faire porter l'attention de nos lecteurs sur une question qui n'est pas résolue et qui , du reste , nous parait avoir été traitée trop légèrement par les auteurs des histoires générales, qui ne pouvaient pas trop s'attarder.
Au mois de février 4525, la France sans alliés luttait seule. En même temps, un désastre, rappelant celui de la bat;iille de Poitiers, comme celui de Sedan a naguère rappelé de Pavie , vient la frapper.
Le roi François I«f , vaincu , rendait son épée à Pavie le 24 février 4 525 et devenait le prisonnier de Charles-Quint.
Accusé par les Suisses , revenant sain et sauf avec son arrière-garde sans l'avoir menée sur le champ de bataille , le duc d'Alençon arrive à Lyon où la Cour s'était établie pour être plus rapprochée du théâtre de la guerre, et meurt deux mois après sous le coup des reproches sanglants de sa bellemère, régente, et de Marguerite sa femme. Ainsi se formule Vaccusation,
Ceux qui l'ont portée et ainsi transmise, ont-ils remonté aux sources, étudié les précédents de celte funeste bataille et cette bataille elle-même, savaient-ils bien ce qu'était le personnel des généraux , la composition et l'esprit de ces armées composées d'éléments si complexes et si hétérogènes? Il est permis d'en douter.
A cette époque, la chevalerie finissait; l'arquebuse brisait l'épée du chevalier; et, en 1524, Bayard, après avoir sauvé l'armée en retraite, tombait blessé à mort par un coup d'arquebuse , lui qui ne pouvait souffrir les armes à feu : € C'est un grand crève-cœur, disait-il, qu'un homme vaillant soit « tué par un vil et abject friquenelle. » (2)
Mû par le môme sentiment, François !«»•, chevalier autant que roi, voulut vaincre à Pavie autrement que par le canon.
François I» a-t-il , comme l'écrivent la plupart des historiens , (3) pré-
(!) Documents sur l'histoire de France, 1818. A. Ciiamp^Figeac. (3) Institutions d'éducation militaire !'• période, page 54. C. de .Mootzey. (3) LeUre de Louise de Savoie, -^ Captivité de François /«', page 11 à la «ote. Cham« pollion-FigeaCt
paré son infortane en entreprenant la campagne d'Italie contre les sages avis de sa mère?
Les documents, dit ChampoUion, contredisent ces deux assertions. Nulle part on ne retrouve les supplications de Louise de Savoie pour lui faire abandonner son projet. Dans sa lettre au maréchal de Montmorency, elle exprime seulement sa crainte qu*il ne se hâte d'entrer en campagne avant d'avoir rassemblé suffisamment de troupes et surtout sa gendarmerie.
François I«' dit dans son épitre en vers : (1)
Qaaod j'enlcnditz qae la nécessité Qae je marchasse estoit poar vérité , Je m*ad?ançay, deffendant mon pays Des ennemis à bon droit trop hays.
L'n intérêt plus particulier s'ajoutait à ceux d'un intérêt plus général , la conservation du Milanais et l'espoir d*un bon traité de paix obtenu après la prise de Milan.
L'intérêt particulier était la présence à l'armée impériale du duc de Bourbon (ï) « lequel voyage, pour la conspiration faicte à rencontre de Nous € par Charles de Bourbon , avons différé jusques à présent que nous som- < mes délibérez icellui accomplir.... »
Cette campagne avait-elle pour but de voir de plus près une signera Clarice que l'amiral Bonnivet lui avait dépeinte comme une merveille de beauté? (3)
Nous n'avons pas à discuter cette assertion.
François I*' a-t-il agi sans prendre l'avis de ses généraux? (4) Tout vient prouver le contraire. Si l'on étudie dans les dépêches du roi ses actions et l'esprit qui les dirige jusqu'aux premiers jours du siège de Pavie, on voit qu'il s'éclaire constiimment de l'avis de ses généraux.
La régente était instruite par ses agents de tout ce qui se passait dans le Cîimp. Ces agents étaient Brion (l'amiral Chabot) et le trésorier Babou.
Les généraux? « Les privilèges des généraux , dit Champollion-Figeac, « étaient souvent difficiles à concilier avec le bien du service ; leur bravoure i créait môme souvent des embarras. Le comte de Saint-Pol , le maréchal € de Foix, La Trémoille en donnèrent de fâcheux exemples pendant cette
(1) Epistre du roy traitant de son partement de France en Ijalie et de sa prise devant Parie, page 115-116. CliampoUion-Figeac.
(2) Lettres patentes du roi, qui renonvelient les pouvoirs de la régente sa mère, page 30. Champoilion-Figeac.
;3} Louis XII et François I***. — M. Rœdcrer d'après Brantôme.
(i) Lettre dn roi à Bonnivet : « les maréchaux de Chabannes et de Montmorency et le • oiarqnis de Saluées devront s'assembler sur le parti qu'il y a à prendre pour arriver le « plutôt h l'ennemi. »
BriançoQ XIV jour d'octobre à minuict.
< campagne ; sur la nouvelle qu'une action devait avoir lieu , les deux pre- « miers de ces seigneurs abandonnèrent leur poste près de Milan pour « avoir le plaisir de courir au milieu de la mêlée. La Trémoille en eut fait « autant sans la défense expresse de François !•'. Fort mécontent de son « inaction , La Trémoille adressa au roi des plaintes très-vives, alléguant « les droits et les privilèges de son office. (Il était premier chambellan). « L'action du chef suprême, fût-il le roi en personne, était donc toujours « incertaine.... » (0
Les soldats? A la peste, qui vint décimer Tarmée pendant l'hiver de 1525, se joignit une autre calamité ; les Suisses et les Grisons travaillés par les émissaires du duc de Bourbon, abandonnèrent leur poste après avoir reçu leur solde entière. Ceci arrivait quelques jours avant la bataille de Pavie. (2)
Quant à la bataille de Pavie , tout vient prouver que ce ne fut pas le roi qui décida de la livrer ; l'ennemi vint le trouver.
Sébastien Moreau (de Villefranche), référendaire général du duché de Milan , dit dans ses mémoires : « Dans le conseil il fut exposé que le roy « ne devoit bouger de devant Pavye, parceque quiconque estoit maistre de « la campagne, il estoit seigneur des villes. » Le roi manda cependant auprès de lui le maréchal La Trémoille et le comte de Saint-Pol, qui étaient à Milan au cas où le duc de Bourbon voudrait lui livrer bataille. « Celui-ci
« de son côté feist tenir ung autre grand conseil il fut conclud qu'ils
« devroient livrer bataille au roy, ce qu'ils feirent. »
François I«' fut donc attaqué.
Deux historiens s'accordent pour dire combien il a été difficile de bien se rendre compte de tous les incidents de celte bataille :
« J'ay pris peine de scavoir l'ordre et la forme de cette batîiille avec plu- « sieurs qui en sont à leur honneur retournez ; mais de quinze à seize avec « lesquelz j'en ai conféré, deux ne se sont accordez de la forme du faire, « entrée et milieu, » — (Paneggric du chevallie^r sans reproche publié en 1527. — Ap. Petitot, t. XIV, p. 550.)
Bien plus tard, le P. Daniel émet la même opinion après avoir consulté les écrits de Guichardin, qui vivait dans le voisinage, de Martin du Bellaj, guerrier renommé et de Pierre Martyr d'Anglerie du conseil d'Espagne.
« Il y aurait un volume à faire, dit M. Capefigue, sur les mille et une
(l) Lettre de Babou à la régente, 1« février 15i>5, page 50. Champollion-Figcac, Dncam^ deoanl Pavie.
(2) « Il faut mettre ordre au payement des gens do pied qui sont icy, ou, par ma
<: foy, jo panse qu'il en prendra mal^ car vous scavez que ce sont gens Corses , Italien^ et « de toutes pièces, et sont requis et des Genevois et d'autres pour nous laisser. . . .
« Tortone, 1«» janvier 1525.
« Charannks. > (Page 41 , Champollion-Figeac,)
€ hislorietles ou conversations inventées comme à plaisir à l'occasion du € grand événement. »
Revenons au duc d'AIençon.
Guichardin (1) accuse formellement le prince de s'être retiré — < dés le € œmmencement de l'action sans soutenir aucun combat. » — (Ap, coll. Buchon p. 667.
Paradis (p. 42), l'accuse d'avoir fui au début et d'avoir été cause que le roi a été écrasé par le nombre — « Alenconius, qui, cùm signa indperent, € periculo se cum cataphracto eqiiitatu sublaverat, tant effusam Gallorum « fugam fuerat, ut solus rex cum prmtoria cohorte in se versos hostes diu € ienuerii. » — (Gulielmi Paradini memoriœ.)
Paul Jove (Vita Davali P^^scaire liv. 6 , p. 403-404) raconte la bataille de Pavie, fait un tableau animé et détaillé de la fuite des Suisses et établit un contraste entre leur làcbeté d'alors et leur valeur précédente et renommée, puis ajoute : « Hanc tam?n cladem Hehetii, qui super fuere, Alenconio € régis sororio acceptant r.'ferebant, qiibd ilU utiparum strenuus, et diù f inclinantis prœlii spectator, dnm ardente adhuc pugna cum integro
< tofitts postremi agminis equitatu in fugam se proriperet, IfehHiam f Oûiem egregiè versatis ordinibus prœlium subeuntem , transvrsâ etprœcif piti impulsione perrupisset, (Vita ilhistrium virorum,)
.... page 407 et après l'énumération des morts , Paul Jove (2) dit: « Solus « Alenconius, ut iantœ cladis nuntium in Gallias de fer r et cum ingenti cata-
< phractorumagmineintactus**ffugit, Quifortass3singulariprud?Mi(B laude
< dignus foret, si non potius, ut se incruentum et jure imperii équités « secum trahentem periculo eripere, quàm ad subsidium orbatœ Galliœ € fortiorum virorum alam servars voluisss crederetur.
€ Sed A hnconio intra paucos dies ex dolor.'. animi defuncto , ejus receptus
< famam, Humenius liocha, legatus alœ, pr^cclaro testimonio défendit,
< quum vir impiger et belli feritia spectatus desperata Victoria, vel invito « RENiTENTEOUE DUCE, uecdssitati pureudum csse censuisset. » (3)
Guichardin et Paradis portent tous les deux une accusation fausse; si elle était vraie, la discussion sur ce fait tomberait d'elle-même, et le duc
(1) Franeeseo Guicciardini , célèbre historien ilaUen, né à Florence en 1482, mort en 1540, a laissé nnc histoire d'Italie qai commence en 1490 et finit en 1534. Cet ouvrage, de ravis des meiUenrs critiques, est d'un mérite supérieur, mais il renferme dos erreurs qui Tont fait meUre à l'index. Traduite en 1738.
(^; Paul Jove (Paolo Giovio), célèbre écrivain italien du XVI"*» siècle, né à Florence en 1559. L'un de ses ouvrages les plus importants est son Hisloria tui temporis ab anno 1494 ad annum 1547.
(3) Dans un cas pareil . quel fut \o jugement du Sénat romain?
Après la bataille de Cannes, le Sénat considéra le consul Vnrron qui avait fui — qui fugit — comme plus capable que Paul qui succomba, — gui occubuit —- et le félicita publiqaementdc ce qu'il n'avait pas désespéré de la République.
d'AlençoD serait à jamais deshonoré ainsi que tous le^ chevaliers qui étaient sous ses ordres. Il est d'ailleurs prouvé que son lieutenant La Roche da Maine ne Ta quitté qu'au dernier moment despsrata Victoria.
D'après Paul Jove , les Suisses accusent le prince d'avoir pris la fuite et d'avoir ardente adhuc pugna rompu leur ordre de bataille. D'accusés, ils deviennent accusateurs ; d'ailleurs, ils étaient placés entre le roi et le duc d'Alençon. Celui-ci les aurait alors traversés pour aller vers François I*».— Ce qui ne rentre nullement dans tous les récits de la bataille.
Paul Jove ajoute que le duc d'Alençon serait digne de louange, si on n'avait pas été porté à croire qu'il s'était retiré intact du champ de bataille bien plus pour sa propre sûreté que pour conserver à la France — Galliœ orbatœ fortiorum — ses dernières ressources. Il rapporte ensuite Téclatant témoignage de La Roche du Maine, son lieutenant, qui déclare l'avoir engagé — le prince vel invito renitente que — à céder à la nécessité.
PaulJove donc émet d'abord un doute, puis parait vouloir le détruire par ce que nous venons de transcrire.
Vavillas , écrivain espagnol , va plus loin dans l'accusation et combatte témoignage de La Roche du Maine. « Le duc d'Alençon , dit-il , qui menoit € l'aisle gauche apprenant ce qui venolt d'arriver à la droite, perdit le juge- « ment et fit sonner la retraite au lieu d'aller à l'ennemy pour le charger « ou du moins pour dégager le -roy. La Roche du Maine, son lieutenant, « n'ayant pu le détourner de cette lâche résolution , le quitta et s'alla jeter « dans l'escadron du roy, où il fut pris. Les Espagnols qui le tenoient ad- « mirèrent sa modestie en ce qti'au lieu de parler mal du diic d'Alençon, « il employa cette liberté de langage qui Ta rendu si fameux dans l'histoire « pour tâcher de leur persuader que le duc avait eu raison de se retirer. »
Gaspard de Saulx, maréchal de Ta vannes, dit dans ses mémoires, après un court récit de la bataille : « Monsieur d'Alençon se sauva sans combattre avec l'arrière-garde , accusé d'avoir rompu les Suisses en s? retirant.... »
Belcarius en parlant des Suisses, dit : t Tum Helvetij pristinœ virtutis « nullo modo respondentes , ubi paululàm coiiflixissent , ad viam Mediola- « nensem declinarunt, et sicprœlio subduxerunt.... racontant la bravoure « des Allemands conduits par le prince de Lorraine, il ajoute : quorum si « virtutem Helvetij imitati fuissent, prœlium anceps admodùm, atque in-
« certum reddidissent Alenconius.... pugnœ ss haud admiscuity sed
« rebu^ desperatis..., se subducens in Galliam rediit , quem ex hostib^us c magnœ prœdœ intentis nullus persequutus est ; hujus fuga a quo protegi « debebant, se commatos à prœlio subtra^xisse Helvetij postsà divulga- € runt. » 0)
(1) Belcarrius-Beaucaire de PéguiUon (François), évéque de Metz, né dans le Bourbonnais en 1514, mort en 1591, a composé : Rerum GalUcarum commentaria ab anno 1461 ad annum 1580. Publié après sa mort en 1625 à Lyon.
Belcarius raconte simplement sans accuser le duc, mais rend les Suisses responsables de la perte de la bataille.
L'historien de la maison Bourbon, Désormeaux, dit (p. 572, t. II, 1776) après son récit de la bataille : « la retraite du duc d*Alençon entraîna celle c des Suisses ; les bandes noires avaient péri sur le champ de bataille en « combattant généreusement ; une partie des Suisses fut massacrée par « Bourbon ^ui la serrait de prh. Si le duc d'Alençon euteu quelqu'étincelle t dn courage du maréchal de Montmorency, la victoire eut coûté cher aux « Impériaux »
En effet , Bourbon , après avoir écrasé l'aile droite commandée par Charles, vint aux Suisses qui tenaient encore bon sur le champ de bataille.
Si le duc d'Alençon était venu les couper avant leur fuite, ne serait-il pas trouvé face à face avec Bourbon lui-môme?
Nous devions noter ici cette étrange contradiction.
Désormeaux n'avait pas puisé ses renseignements dans Mézeray, qui, lui, brouille tout dans Tordre de la bataille, en disant que le duc d'Alençon et les Suisses s'enfuirent avec l'aile gauche avant la déroute et môme avant l'engagement de Chabannes et de Taile droite ; ce qui doublerait ainsi le chevaleresque héroïsme de Chabannes et de Clermont d'Amboise. Là encore n'est pas la vérité. (Mézeray, in-f», t. II, page 943.)
J.-J. Garnier, historiographe de France, «né dans le Maine en 1729 et mort en 4805, dit dans son Histoire de France que La Roche du Maine ne voulut pas accompagner son chef dans sa fuite et que ce prince est mort peu de temps après à Lyon sous le poids de la honte et du désespoir.
Henri Martin, s'appuyant sur les récits les moins favorables au prince, comprend dans la môme accusation le chef de l'arriére-garde et les Suisses : à l'égard de ceux-ci, il ajoute cependant, il est certain que le duc d'Alençon était placé à l'arrière-garde ; rien n'empochait les Suisses d'aller au secours du roi , puisqu'ils en étaient plus rapprochés que le dv^.
Avant de donner le récit de la bataille de Martin du Bellay, grand capitaine et aussi bon négociateur, frère de Guillaume, seigneur de Langeay, dont il continua les mémoires, nous citerons ce que raconte Sébastien Morean (de Villefranche), référendaire général du duché de Milan, dans ses
mémoires. Prinse DE Roy « Il combattit main à main, non contre
« ung seulement, mais contre trois ou quatre qui le choquèrent à beaux t coups de masse sans avoir recours que bien peu. Ce faysant, fut cryé de € main en main à M. d'Alençon, qui estoil chef ou lieutenant de ung cens « hommes d'armes ordonnez à l'arrière- garde (le texte dit avant-garde — t c'est une erreur), fut cryé au secours du roy, lesquelz incontinent la < bride abattue vindrent ; mais le bagaige qui estoit sur le chemyn pour € aller secourir ledit seigneur les engardèrent ; toutefois il y en alla beau^ € coup qui feirent leur devoir, mais desjà avoient saisy le roy »
Serait-ce à ce moment si bien indiqué que La Roche du Maine quitta le prince en lui recommandant de garder ses dernières forces pour la France — velinvitorenitentequeduc, — et que celui-ci finit par y consentir sans réfléchir à Tesprit chevaleresque du temps?
Martin du Bellay (i 525) :
« Je vous ay dit cy-dessus qu'il falloit que noz ennemis passassent à la « teste de nostre armée, par quoy le sieur J. Galliot, seigneur d'Acié , « grand-maître de l'artillerie de France, avoit logé son artillerie en lieu si « avantageux pour nous, qu'au passage de leur armée, ils estoient comme « contraints de courir à lu tête pour gaigner un vallon , afin de s'y mettre < d couvert de ladite artillerie ; car coup à coup ils faisoient des brèches « dedans leurs bataillons, de sorte que vous n'eussiez vu que bras et testes « voler. Qui fut cause que le roy les voyant à la fête , se persuada que « l'ennemy estoit en effroy, aveaiues un rapport qui luy fut faict que la « compagnie du duc d'Alençon et du sieur Brion , avoient deiïait quelque « nombre d'Espagnols qui vouloient passer à nostre main droilte et qu'ils « avoient gaigné quatre à cinq menus de menus artillerie, (i) Lesquelles « choses mises ensemble que le roy abandonna son avantage pour aller « chercher ses ennemis tellement qu'il couvrit son artillerie, et lui ôta le « moyen de jouer son jeu.
« L'avant-garde de l'armée française, dit Odolant-Desnos , voyant Taf- « faire engagée dans la plaine campagne , étoit accourue au secours du corps « de bataille, tandis que le duc d*Alençon en faisoit autant de son côté avec
(1) Le duc d'AIençoo était cantonné dans le parc de Mirabel, dit Odolant Desnos {Mémoires historiques sur Alençon et ses seigneurs, 1787;. Bourbon so flattait de ravitaiUer Pavie, en forçant le parc de Mirabel et le quartier du duc d'Alençon dont il méprisait le courage et le génie, et de secourir la ville à la vue de l'armée, ou de combattre avec avantage le roi, s'il sortait de son camp pour soutenir le duc d'Alenron. A la pointe du jour^ les Français apperçurent les Impériaux conduits par lo marquis du Guast, qui entraient et foule par une brèche de 30 toises faite à la muraille. Les uns tournent vers le châteao de Mirabel (maison de plaisance des ducs de Milan), dont la garnison est surprise et égorgée; les autres s'avancent vers Pavie. Le duc d'Alençon détacha Chabot-Brion, pour couper le chemin de Pavie à ce détachement, qui fut bientôt chargé, défait et perdit même quelques pièces de canon.
Tel fut le début de cette bataille, dont le succès est dû au duc d'Alençon attaqué par le duc de Bourbon.
Ferreras rapporte à ce sujet (Histoire générale d'Espagne, t I, page 36^, que dès que les Français se furent aperçus que les Impériaux entraient dans le parc , le duc d'Alençon tournant entre les arbres, s'avança le premier au combat avec 500 hommes d'armes et 5000 Suisses.
Ayant rencontré le corps de 3000 Italiens de l'armée ennemie,commandésparPapacodaet César de Naples, l'action commença h s'engager ; et quoique les Italiens chargeassent les Français avec une généreuse résolution, comme il y avait tant de disproporUon , ils furent défaits avec beaucoup de perte de part et d'autre. Les français s'emparèrent de 4 à 5 pièces d'artillerie, et commencèrent, dans cette occasion , à crier : Victoire pour la France; Ce cri fît tressaillir d'impatience l'impétueux et chevaleresque roi de France : il s'élança et tout fut perdu.
« rarriére-garde ; en sorte que le maréchal de Chabannes êtoit à Taile « dit)ite et le duc d'Alençon à la gauche. Entre Taile droite et le corps de c bataille étaient les bandes noires réduites à 5000 hommes. A gauche,
< entre le même corps de bataille et l'aile du duc d'Alençon , étoit un « corps d'environ 10,000 suisses commandés par le colonel Diesbach. »
Pour abréger, nous dirons que Bourbon attaqua et écrasa les bandes noires avec ses lansquenets, se jeta sur l'aile droite commandée par Chabannes, la détruisit et son chef tomba sur le champ de bataille.
Le roi pendant ce temps faisait des prodiges de valeur attaqué par le marquis de Saint-Ange qu'il tua de sa main et par Pescaire faisant emploi de 2000 basques les plus agiles des hommes et démontant les chevaliers à coups d'arquebuse.
Bourbon, victorieux de l'aile droite, se jette comme un lion sur les Suisses qui tournent le dos et sont poursuivis l'épée dans les reins après avoir perdu leur chef et une partie de leur troupe.
C'est alors que le duc d'Alençon prit le parti de la retraite qui sauva les restes de l'armée.
Telle est l'attaque, telle est la défense dans cette cause où l'honneur d'un prince du sang royal a sombré.
Après cette bataille « on n'entendait, dit Henri Martin, que récrimina- € lions et que griefs exprimés avec violence, La régente et la Cour rejetaient « le malheur public sur la lâcheté du duc d'Alençon, le Fuyard de Pavie, « que les reproches de sa femme et de sa belle-mère firent mourir de dou- « leur deux mois après. »
Les lettres de Marguerite de Valois, éditées par M. Génin , et un document intéressant publié pour la première fois par M. Leroux de Lincy, réduisent à peu de chose la valeur de cette tradition historique. Le duc d'Alençon moarut plus d'un mois après son arrivée à Lyon ; il fut emporté en cinq jours par une pleurésie, et l'on constate dans le document dont je viens de parler que Marguerite ne cessa de lui prodiguer les soins les plus tendres, que sa mère ayant voulu lui épargner la douleur de le voir mourir, elle refusa de le quitter et le tint dans s s bras en lui montrant le crucifix jusqu'à ce qu'il eut rendu le dernier soupir. Quand elle parle de lui à François I«' captif, rien n'indique que la sœur pas plus que le frère aient gardé de sa conduite à Pavie un souvenir amer et irrité. Au contraire, en apprenant au roi la maladie du duc d'Alençon , en lui exprimant combien ce dernier regrette de n'avoir pu partager sa captivité, en lui faisant prévoir sa mort possible, Marguerite croit devoir ajouter : « Je vous supplie que « pour nul regret tant de lui que de moi , que de celui que vous me sentirez « avoir, ne vous donne ennui, et soyez sûr que quoi qu'il advienne, j'es- « père que Dieu me donnera la force de le porter pour garder Madame
< (Louise de Savoie) d'ennui. »
Et quand la mort de son mari est venue la frapper au milieu des désastres de la France, qui exigent qu'elle surmonte sa douleur pour ne point troubler la fermeté de sa mère, la duchesse s'excuse en quelque sorte auprès de François P' d'avoir d'abord succombé à son chagrin avant de le dompter : « Ne doutez point, lui écrit-elle, que, passé les deux premiers jours que « la contrainte me faisait oublier toute raison, jamais depuis Madame ne f m'a vu la larme à l'œil et le visage triste , car je me tiendrais trop plus « que malheureuse, vu que en rien ne vous fais service que je fusse occa- « sion d'empêcher l'esprit de celle qui tant en fait à vous et tout ce qui est « de vous.... »
A coup sûr, ce n'est point là le langage d'une femme qui n'a jamais éprouvé (comme tant d'écrivains l'ont répété l'un après l'autre) que du mépris pour son premier mari. Enfin, pour conclure, on peut dire que Charles d'Alençon a fait preuve, comme chef, d'une prudence que l'esprit chevaleresque du temps n'a pu ni accepter ni comprendre.
Nous avons rempli la tâche que nous nous étions imposée. Parmi les hommes de la noble et antique maison de Bourbon, il a pu se rencontrer des hommes ordinaires , des caractères faibles, quelquefois des passions violentes, mais tous généralement ont porté hatitement et bravement leur bannière.
Marguerite de Valois n'eut pas d'enfants de Charles d'Alençon. Deux ans après elle épousa Henri d'Albret, roi de Navarre.
La maison d'Albret était une des plus nobles du midi de la France. Son chef est Amanjeu , sire d'Albret , qui vivait au XI"« siècle. Un de ses petitsfils, nommé connétable de France en 1402, commandait l'armée française à Azincourt. Jean d'Albret, son descendant , devint roi de Navarre en 4494 par son mariage avec l'héritière de ce royaume, Catherine, dont le fils Henri épousa, comme nous venons dç le dire, Marguerite de Valois, et plus tard de Navarre ainsi qu'on la nomme dans l'histoire. La belle et séduisante princesse avait récompensé par le don de sa main le dévouement et le courage d'Henri d'Albret fait prisonnier avec le roi à Pavie. Il courait alors d'autant plus de risques que sa mort, une prison perpétuelle ou au moins une renonciation forcée, pouvaient légitimer une usurpation de part de l'Espagne depuis longtemps tentée, (i) Il parvint à s'échapper par le secours de l'un de ses officiers qui se revêtit de ses habits et feignit d'être malade pour que le prince eut le temps de prendre l'avance sur ses gardiens.
Un historien contemporain nous dit que Marguerite de Navarre n'aima ni l'un ni lautre de ses deux maris, et affirme qu'elle n'avait épousé le
(1) Le jeane roi de Navarre, Henri d'Albret, portait le nom d'un royaume qu'il ne possédait pas. TEspagnc s'en ëtait emparé. François 1«' avait promis, ce qu'il ne put tenir, de lai faire restituer la Navarre.
CHARLES IV, VllSGTIÈtfE SEIGNEUR. S57
second que par obéissance à son frère et en pleurant. On pense, au contraire, que ce fut un mariage d'inclination. Ce jeune prince fut élevé à la Cour de France. — Il était beau , aimable et vaillant. Il n'avait que 24 ans au moment de son mariage, tandis que Marguerite en comptait déjà 35. Il fut peut-être un peu léger; sa femme s'en plaint dans quelques-unes de ses lettres ; elle n'en eut pas moins de nombreuses grossesses et même paraît éprouver un certain embarras en annonçant une nouvelle à l'âge de 50 ans.
On a assez vivement inculpé Marguerite de Navarre au sujet de ses rapports avec François P', son frère, surtout d'après l'une des 438 lettres qu'on possède d'elle. Nous pensons qu'on a pu prendre l'exaltation du sentiment fraternel un peu trop marqué en raison des malheurs du roi pour une affection coupable. Mais comment sonder d'une main sûre le cœur d'une femme, et surtout celui de Marguerite, cette princesse douée d'une imagination si vive et si ardente. Son cœur paraît avoir été rempli de contradictions ? On a dit aussi qu'elle avait favorisé l'extension du calvinisme
que son frère poursuivait avec tant de rigueur : < Nous n'examinerons pas, « dit M. de la Sicotière, (i) après tous les biographes qui l'ont discuté
< longuement , le point de savoir, si elle se laissa gagner aux idées de la € Réforme. Il est très-vrai qu'elle donna dans ses Etats un asile aux proc testants persécutés et aux suspects, qu'elle protégea ainsi, Lefévre d'Ëta- « pies, Gérard Roussel, Caroli, Charles de Sainte-Marthe, Etienne Dolet, f Berqnin, Erasme, Calvin lui-môme ; il est vrai aussi que son poëme in- * titulé le Miroir de la Pécheresse fut censuré par la Sorbonne , comme t renfermant des propositions et des tendances contraires à la religion € romaine et que plusieurs prédicateurs s'élevèrent contre elle en chaire à
€ ce sujet Mais en admettant que Marguerite — soit inquiétude d'es-
€ prit — soit influence de quelques membres du clergé catholique qui
< avaient abandonné leur foi — eut montré quelque penchant pour les c nouvelles doctrines, elle n'en fut pas moins fidèle et bonne catholique. € — Tout le reste de sa vie le prouve évidemment »
Cependant François l^ ne voulut pas que sa fille Jeanne, depuis reine de Navarre, fut élevée auprès d'elle, redoutant des influences auxquelles cette jeune princesse succomba plus tard.
Pendant son premier mariage, de 1509 à 1525, Marguerite passait la plus ; grande partie de l'année à Alençon. Ce duché lui ayant été donné pour dot par François I*' avec celui du Berry, elle continua d'y faire de longues et fréquentes visites.
Cette princesse mourut en 1 549. Presque tous les poètes du temps vinrent jeter des fleurs sur la tombe de cette illustre protectrice des lettres.
(1) La Cour de la reine de Navarre à Alençon. Léon de la Sicotière, 1844.
Ronsard, ^ui donnait les couronnes, (4) l'invoqua comme une muse et une sainte ; il prpclama :
la reine Marguerite
La plaa belle fleur d'élite Qtt'onquea la terre enfanta.
(1) Charles IX avait dit :
Tous doux , Ronsard et moi , nous portons des couronnes ; Moi, roi, je les reçois : poêle, tu les donnes.