‹ Histoire de La Flèche et de ses seigneursChapitre 53 sur 251 · ANTOINE DE BOURBON, VINGT-TROISIÈME SEIGNEUR · texte numérisé non relu

ANTOINE DE BOURBON, VINGT-TROISIÈME SEIGNEUR

sirait surtout être reçu par le roi avec la considération qu'il méritait, afin que le duc d'AIbe et les autres espagnols qui étaient à la Cour en informassent leur maître et rengageassent, soit à lui restituer la Navarre, soit à lui assigner un dédommagement. D'un autre côté, il assurait aux protestants qu'il se rendait à Paris beaucoup plus pour leurs intérêts que pour les siens, ajoutant que si, dans son palais, il maintenait strictes toutes les formes de la religion catholique , c'était qu'il jugeait prudent et sage de dissimuler encore.

Ce que nous venons de dire caractérise bien le prince vis-à-vis duquel la Cour de Saint-Germain se montra très-froide.

A la mort de François II , survenue le 5 décembre 1560, Catherine de Hédicis se fit nommer régente et le roi de Navarre devint lieutenant-général du royaume. Obligé par ces nouvelles fonctions, il fit revenir auprès de lui sa femme et son fils.

En 1562, après le massacre de Vassy, la guerre civile éclata; le prince de Condé, déclaré chef du parti protestant, surprit Orléans qui devint le boulevard de l'hérésie. Les Huguenots, à son exemple, s'emparèrent de plusieurs villes et entre autres de Rouen , que les troupes du roi investirent sous le commandement du roi de Navarre et du duc de Guise.

Naturellement belliqueux, le roi de Navarre avait passé les jours et les nuits dans la tranchée; au dernier assaut et au moment où, vaquant à un besoin naturel , il tournait le dos à la ville , il fut frappé à l'épaule d'un coup d'arquebusade tiré du rempart. Le prince tomba sans connaissance et fat emporté sur une planche au logis du Rhingrave , où les chirurgiens visitèrent la plaie. Au premier aspect , elle ne leur parut pas dangereuse, mais ils ne purent retrouver la balle. Après la prise de la ville, Antoine, qui la regardait comme sa conquête, voulut s'y montrer, quoiqu'il ne pût ni s'habiller ni se tenir debout. On démolit une partie de la maison qu'il occupait, afin de pouvoir le transporter dans le nouvel appartement qui lui avait été préparé à Rouen près de celui du roi. Bientôt il se trouva fatigué de ce séjour et voulut se rendre à Saint-Maur-des-Fossés, dans un bateau où il pensait n'éprouver aucune fatigue du voyage. Mais une fièvre ardente et des douleurs aiguës l'obligèrent à se faire débarquer aux Andelys où il expira le 17 novembre 1562, en horreur aux réformés qu'il avait abandonnés et peu regretté des catholiques qui ne pouvaient compter sur lui. L'inconstance, ou plutôt l'extrême mobilité de son caractère , empêchait qu'on s'attachât à lui, et ce défaut gâtait à lui seul les excellentes qualités qu'il légua à son fils, la bonté , l'afTabilité, la modération et l'amour de son pays. Un autre défaut, qui ne peut se comprendre dans un prince et provenant probablement d'une éducation trop négligée, c'était un penchant irrésistible pour la filouterie. Tous les matins ses serviteurs étaient occupés à restituer ce que le roi avait soustrait la veille. Tallemant des Réaux (t. I. p.

25) dit du père d'Henri IV : « il esloit larron naturellement, il ne pouvoit s'em- « pescher de prendre ce qu'il trouvoit, mais il le renvoyoit. Il disoit que € s'il n'eust pas esté roy, il eust été pendu.... » (0

Antoine de Bourbon laissa de sa maîtresse, Louise de Rouet de la Béraudière, un fils naturel , Charles de Bourbon , évoque de Lectoure, puis archevêque de Rouen, qui mourut de douleur, en 4610, en apprenant la mort d'Henri IV son frère.

A la mort de son père , Henri devint roi de Navarre et seigneur de La Flèche. Il avait alors 9 ans et quelques mois.

Nous avons à remarquer qu'Henri, devenu roi de Navarre , ne porta que le titre de prince de Béarn tant que sa mère vécut, et ce fut sous ce titre qu'il fut déclaré et reconnu chef du parti huguenot. Son cousin-germain, Bourbon-Condé , était appelé tout court Monsieur le Prince, habitude qui se conserva pour ses descendants. Son père , le prince de Condé , frère d'Antoine, roi de Navarre, avait pris, dès le début, la tète du parti de la Réforme. Comme il y était le seul du sang royal, on s'accoutuma, en parlant de lui , à ne le nommer que M. le Prince : d'où plus tard M. le Duc.

(1) Pendant qae les hérétiques occupaient Orléans, un religieux de l'ordre de Saint- François, né à La Flèche s'y tenait caché. — « A Orléans vivait en grande et louable répa- « lation frère Ptiilippe Picart , de Tordre Sainct-François , natif de La Flèche en Anjoo , « comme je croy; homme qui, avec la bonne vie et conversation jointes à Tindastrie de « bien prescher, avait tellement gaigné le cœur des habitants de la ville qu'onqnes homme « n'y fut si plaiot et regretté que luy qu'on sache. Aussi leur avait-il monstre combien il

< les aimait durant l'espace de sept mois qu'il fut caché en un groton , chez sire Martin « Provenchère, marchand de ladite ville, où il n'estait sans danger d'estre déféré aux b6- « rétiques qui pour lors tenaient la ville, tant pour estre étroiclementlogé, et parmi douze « enfants de famille ou environ , que pour estre son logis environné d'hérétiques de toutes

< parts. Mais Dieu qui n'oublie les siens au besoin, s'en délivra ores que M. le prioce * dauphin s'empara, au nom du roy, de ladite ville, qui depuis est demeurée en son obéis- « sànce et a esté repurgée de la plupart de ceux qui la violentaient, h

Àrchivu curieuses de V histoire de France depuis Louis II jusqu'à Louis IVIII. 1^* série, tome 8.

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