‹ Histoire de La Flèche et de ses seigneursChapitre 54 sur 251 · HENRI DE NAVARRE. VINGT-QUATRIÈME SEIGNEUR DE LA FLÈCHE · texte numérisé non relu

HENRI DE NAVARRE. VINGT-QUATRIÈME SEIGNEUR DE LA FLÈCHE

(De 1562 à 1589.)

Jeanne d'Albret devenait naturellement la tutrice de son fils , le jeune roi Henri de Navarre. Son caractère était à la hauteur des éyénements : € n'ayant de femme que le sexe, dit d'Aubigné , Vdme entière aux choses

< viriles, l'esprit puissant aux grandes affaires, le cœur invincible aux € grandes adversités. »

Cette princesse , douée d'autant d'énergie que son mari en avait peu, éleva son fils avec le plus grand soin. Quels que fussent les défauts du feu roi de Navarre, il était mort en vrai fils de France, en sortant du champ de bataille, et dans le jugement que l'historien peut porter sur lui, il doit faire une grande part aux circonstances exceptionnelles dans lesquelles Antoine de Bourbon dut jouer un rôle sur cette scène où apparaissaient en première ligne Catherine de Médicis et les princes de la maison de Lorraine.

Peu de temps après la mort d'Antoine, Jeanne d'Albret, reine douairière et tutrice du jeune roi , le conduisit dans ses domaines pour faire acte de souveraineté « ses terres et maisons de Marie, dit Favyn, (0 La Fère en € Picardie, Vendôme, Beaumont, Sainte- Suzanne et La Flèche en

< Anjou. »

Il parait que déjà Jeanne d'Albret avait définitivement adopté les principes de la Réforme, et si elle n'introduisit ostensiblement le calvinisme dans ses Etats qu'en 1567, elle le favorisait singulièrement déjà en 4562.

Si d'un côté, en 4562, le capitaine de la Borderie commandait une compagnie de 4 00 hommes destinée à protéger contre les huguenots le duché de

(1) Marie oa Maie (Aisne) a eu jadis les titres de seignearie pais de comté. Ce comté apparlint ans maisons de Coucy, de Bar, de Saint-Pol, de Luxembourg et enfin de Bourbon, fut aUéné ensuite en faveur de la maison de Mazarin.

Beaumont , qui appartenait au roi de Navarre , d'un autre côté , nous voyons que Tune des contrées (1) les plus exposées à leurs entreprises était le Vendômois , par la présence de Jeanne d'Albret, qui avait appelé près d'elle une troupe de Suisses et de Gascons protestants. Les excès auxquels ils se portaient, excitèrent une indignation générale. Théodore de Bëze,avec lequel elle avait des relations par l'entremise de Tardent huguenot Le Barbier de Francourt, écrivit lui-môme à Jeanne pour blâmer sa conduite, et le Parlement de Paris , par son arrêté du 27 juillet , fut encore plus sévère

en déclarant rebelles, ennemis du roi et de la couronne de France

tous ceux qui avaient, en forme d'hostilité, pris les armes contre le roi, tant à Orléans qu'au Mans, Blois, Tours, Vendôme... »

La noblesse du Vendômois, suivie de toute la population des campagnes, prit spontanément les armes contre les auteurs de tant de dévastations. Ils se donnèrent pour chef le célèbre poëte Pierre de Ronsard , qui , à la tète d'une troupe nombreuse de gentilshommes, parcourut la province, poursuivant et châtiant avec une juste rigueur les pilleurs d'églises. (2)

La paix conclue ailleurs n'existait pas dans la province du Maine; des bandes de huguenots, renforcées d'allemands et d'anglais, continuante tenir le pays en éveil , obligeaient les catholiques à rester armés pour leur défense.

(1) Dom Piolin, Histoire de l'Eglise du Mans, t. V.

(2) Pierre de Ronsard était issu d*une famiHe ori^naire d'AHemagne et qui a?ait été si puissante qu*elle avait contracté des alliances avec la maison royale de France. Il naquit au château de la Poissonnière , paroisse de Couture , dans la charmante vallée du Loir, le 10 septembre 1534. Le duc d'Orléans l'employa & diverses négociations. 11 accompagna Lazare de Baïf & la diète de Spire ; ce fut dans ce voyage que celui-ci inspira à Ronsard le goût des belles-lettres et donna ainsi à la France un iUustre poète.

Ronsard se livra tout entier à la poésie et s'y acquit une réputation extraordinaire, quoiqu'il ne reculât pas au besoin devant la nécessité de revêtir une cuirasse et de ceindre une épée de guerre.

Les rois Henri II, François II, Charles IX et Henri III le comblèrent de bieafaits. U mourut à Saint-Cosme-les-Tours , qui était l'un de ses bénéûces , le 27 décembre 1585.

Trois noms, intéressants & divers titres, se rattachent au prieuré de Saint-Côme, L'archidiacre Bérenger, né à Tours en 1008, avait étudié aux écoles de Saint-Martin avecuD grand éclat. Malheureusement ses prodigieux talents en lui inspirant de l'orgueil pour son propre savoir, le jetèrent dans l'hérésie. Béranger rétracta plusieurs fois ses erreurs, mais pour y retourner avec une nouvelle opiniâtreté , et il donna ainsi une médiocre idée de son caractère. Vers la fin de sa vie il abandonna son titre d'écolâtre, résigna tous ses bénéfices, distribua tout son bien aux pauvres , et se retira dans l'Ile Saint-Côme. Il y mourut en 1068, à l'âge de 80 ans. Cinq siècles plus tard, un autre écrivain, le poète Ronsard, vint occuper la m/fme retraite. Ronsard n'était pas toujours occupé & jnndariser, et il descendait souvent de rOlympe pour cultiver de ses propres mains ses légumes et tailler ses arbres fruitiers : il était tout fier, quand il recevait familièrement le duc d'Alençon, de lui servir des primeurs de son jardin. Son successeur lui fit élever un mausolée superbe. 200 ans plus tard , Barthélémy, le célèbre auteur du Voyage du jeune Ànacharchis, était prieur de Saint-Côme, et,

dans ses heures de repos, y péchait à la ligne (Abbé Chevalier, Prominades pUtorts-

ques en TouraineJ.

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