‹ Histoire de La Flèche et de ses seigneursChapitre 55 sur 251 · HENRI DE NAVARRE, VINGT-QUATRIEME SEIGNEUR. S · texte numérisé non relu

HENRI DE NAVARRE, VINGT-QUATRIEME SEIGNEUR. S

Gervais le Barbier de Grancourt était toujours Tun des principaux instigateurs de l'insurrection. Cependant il ne résidait plus habituellement dans le Maine ; par son habileté et son audace , il était parvenu à l'un des emplois les plus considérables de son parti. Il suivait Jeanne d'Albret, dont il était devenu le conseiller, avec la dignité de chancelier du royaume de Navarre. Cette princesse habitait souvent dans le château de Vendôme, d'où elle pouvait plus facilement correspondre avec tout le parti. Jeanne le remplit de lansquenets hérétiques , et confia tous ses pouvoirs dans le duché à deux gentilshommes protestants : Jacques Le Vasseur, seigneur de Cogners, le meurtrier des moines de Saint>Calais , et au titre de lieutenant du premier, à Philibert de la Curée. Dès 1563, les catholiques voyant que le plan hautement manifesté par les hérétiques était de détruire leur religion, formèrent des associations secrètes. Ces associations devinrent les premiers éléments de la grande Ligue qui, vers 1576, rencontra des adhérents dans toute la France. Les principaux chefs de l'Union catholique dans le Vendômois furent Paul de Chabot, seigneur du Fresne, René du Bellay, seigneur de la Poissonnière, et Jean de Maillé , seigneur de Bénehart.

L'éducation si virile du jeune prince de Béarn , prescrite dès le début par Henri d'Albret, l'avait rendu propre à tous les travaux et fatigues de la guerre. A <6 ans, déclaré chef du parti protestant, il fit ses premières armes sous Condé, son oncle, et l'amiral de Coligny. Il était à Jarnac et à Hontcontour ; à la suite de cette dernière bataille, il réunit les débris de l'armée protestante, à la tête de laquelle il força plusieurs villes du Midi et de Bourgogne.

Il entrait définitivement dans la carrière : nous ne l'y suivrons qu'autant que la ville de La Flèche y sera intéressée, l'histoire de ce roi étant connue de tous.

Jeanne, vers ces années 1569 et 1570, fit de suprêmes efforts pour la cause protestante. Et ce fut probablement à cette époque que le besoin d'argent se faisant sentir, elle vendit le moulin de Génetay, (1) près de la maison de la Cour des Pins , illustrée pur la naissance de Lazare de Baïf. (2)

(1) La maison dite Conr des Pins et le moulin de Génetay se trouvent sur la petite route ouTerte près de La Flèciie sur la route de Sablé et aUant aboutir à la route de Verron à Bazooges.

Le seigneur des Pins était l'un des quatre pairs du baron de La Flèche. (AfMu de Jean II, due d'Àlençon, au roi de Sicile.)

(9) La famiUe de Baïf, si célèbre dans les lettres au commencement du XVIn« siècle, était originaire de TÂnjou. Elle habitait plus habituellement le chftteau des Pins, près de La Flèehe et possédait dans le Maine les terres seigneuriales de Mangé et de Verneil-le* Chétif.

JulieD de Baïf, protonotaire apostolique , seigneur d*Epineu>le-Chevreul et chanoine du Mans , commença à se signaler vers 1515. Il eut quatre frères célèbres par leur science et fut oncle de Lazare de Baïf, père de Jean : « Julien de Baïf, dit la Croiz-du-Maine, estoitun « homme docte et de grand jugement. Je ne scay, si c'est celuy duquel il se voit un dis-

C'est encore à la même époque qu'il convient de rattacher une rente non réalisée de la baronie de La Flèche , par Jeanne d' Albret , à trois habitants de cette ville : < On ne trouve , dit M. Boucher, ancien chirurgien à La « Flèche , aucun titre de cette barome ; cependant on raconte que Jeanne « d'Albret, ayant un pressant besoin d'argent, mit cette seigneurie titra « en vente. Trois bourgeois désirant porter un si beau titre et le transmettre a à leurs enfants, se présentèrent et l'acte fut passé moyennant leurs pis- « tôles. L'année d'achat leur parut longue ; ils craignaient le retrait. Enfin « le terme heureux arriva et les trois barons se pavanèrent ; mais ils ne « jouirent pas longtemps de leurs honneurs. II leur fut signifié que Jeanne « d'Albret n'avait pas le droit d'aliéner le bien de son fils Henri , et il fallut « que nos trois bourgeois obéissent ; ils redevinrent bourgeois de barons qu'ils « étaient. Mais il en arriva comme à la femme au pot au lait; l'histoire fat « tournée en risée, le surnom de barons resta et s'étendit même et tresse injustement au général des habitants. » Au sujet de ce retrait, le motif donné par le docteur Boucher ne doit pas être véritable , car Jeanne d'Albret tenait la baronie de La Flèche directement de sa mère Françoise d'Â* lençon. Il faut chercher ce motif dans l'érection du duché de Beaumont dont notre seigneurie faisait partie. II y avait donc titre et majorai inaliénables.

«( cours de son voyage en Hiërusalem ; car ccttuy-cy chanta sa première messe au saint « sépulcre dudit lieu ; mais pour ce qu'ils ont été cinq iVères de ce nom de Balf , qui ont « voyagé en Hiérusalem , je ne puis assurer si ç*a esté eettuy-ci qui a composé ledit voyage. « Et faut encore noter icy une chose très admirable et bien digne de remarque ; c*est qu'il « y a eu cinq frères de cette maison de Baïf, lesquels se trouvèrent en Hiérusalem sans «( que pas un d'eux eust donné advertissement de partir pour y aller, et tous s'acheminèreot « sans le scen l'un de l'autre. J'ai entendu qu'il y avoit eu en Tabbaye de Saint-Calaiset « autres lieux un tableau faisant mention de cette histoire ; mais il ne s'y voit plus , à cause « que les troubles et séditions advenues pour la religion ont causé les ruptures et brise- € monts d'églises , et par conséquent ce qui estoit de beau et de mémorable en ieelles. Or, « pour en revenir au propos dudit sieur d'Espineau, JuUen de Baïf, je n'ay point oonnai»* « sance d'autres de ses écrits; toutefois j'ay opinion que ce voyage de Hiérusalem aye esté « composé par iceluy. Il se voit escrit à la main chez monseigneur de Bflalicorne , messire « Jean de Chaourses, son parent, en sa terre de Mengé au Maine et autres lieux et sei-

c gneuries qu'il possède Il florissoit en l'an de salut 1519. Julien de Baîf eut paît

« à la confiance de Philippe de Luxembourg , qui le nomma Tun des exécuteurs de set « volontés. »

Lazare de Baif, né au chfltean des Pins, près de La Flèche, vers la fin du XV»* siècle, poète, fut envoyé en ambassade à Venise, en 1530, par François premier et depuis oonun ministre près des princes d'Allemagne. Il devint ensuite conseiUer et maître des requêtes BU Parlement. Son fils (Jean Antoine), né à Venise pendant le séjour de Lazare, se livra à la poésie et se lia intimement avec Ronsard , qui avait été attaché & son père m Allemagne.

11 eut la prétention d'écrire des vers ft'ançais mesurés comme ceux des Grecs et des Ko* mains et de créer un alphabet nouveau. Il obtint en 1570 Tautorisation de fonder une académie de poésie et de musique. Cette académie, la première qui ait été établie à Paris, n'eut pas une longue existence.

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