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CHAPITRE DEUXIEME

g- MAISON ; FODQUET. - GUILLAUME FÛUQUET DE LA VARENNE. VINGT-CINQUIÈME

SEIGNEUR DE LA FLÈCHE

(Premier seigneur an titre d'engagiste.)

Parmi ceux des serviteurs qui suivirent Henri IV sur le champ de bataille, on peut citer en première ligne Guillaume Fouquet, que nous retrouverons bientôt seigneur du lieu où il reçut la naissance, succédant ainsi, par la plus étrange des fortunes , à une longue suite de oomtes et ducs suzerains, de rois et de princes du sang.

Disons de suite qu'il n'exista aucun rapport de consanguinité ou d'alliance entre la famille Fouquet de La Flèche et celle de Fouqujet , ministre de Louis XIV, surintendant des finances. La famille de celui-ci était bretonne et originairement de robe. Les ancêtres du surintendant ont été conseillers et présidents au Parlement de Bretagne jusqu'à son père, qui devint maître des requêtes et épousa une fille de Maupeou d'Ableiges , intendant des finances.

Fouquet, dont la chute eut tant de retentissement au XVII«» siècle, a été le grand-père du maréchal de Belle-Isle, qui survécut à son fils, le comte de Gisors, tué à la bataille de Minden , et laissa sa fortune à Louis XV en même temps qu'un don considérable à l'école militaire de Paris , qu'il avait dirigée au titre de ministre de la guerre. (4)

Ils portaient d'argent à l'Ecureuil grimpant de gueules, à la bordure de même semée de fleurs de lys d'or avec la devise : Quo non ascendam 1

(1) En 1760, M. le maréchal de Belle-Isle était ministre de la guerre. Non content de donner tous ses soins à l'école militaire, comme ministre, il vonlat laisser en mourant un soBTenir aux enfants de ses compagnons d'ormes. Le roi confirma la dotation de six offices d'afiîneurs de Paris et de Lyon et la translation à Técole militaire de Paris, par M. le maréchal duc de Belle-Isle qui s'était réservé en usufruit 600,000 livres et 26,000 livres pour en disposer à sa volonté.

Ingiituîions d'éducation militaire ^ tome I, livre 2**, chapitre III, pages 19i-93. — Cb. de MontzejT. 1867.

En donnant ce simple détail, nous ne sortons pas de notre sujet, la maison de La Flèche ayant, comme annexe de l'Ecole militaire de Paris, profité dans une certaine proportion de »tte dotation, exceptionnelle dans ce sens que Tarticle XI de Tédit de fondation défendait à toat particulier de faire aucuns legs de ce genre.

Il existe une autre famille du nom de la Varenno, qu'il ne faut pas confondre avec celle de La Flèche.

François de Goddes de la Varenne fut envoyé, en 1646, auprès du Grand- Turc pour chercher à arrêter le cours de ses conquêtes contre les Vénitiens auxquels il venait d'enlever Candie. M. le marquis de Senonnes possède, comme descendant des seigneurs de la Varenne, la plus grande partie de ses lettres originales et de ses instructions qui se rapportent à cette ambas* sade , ainsi qu'un tableau donné à M. F. Goddes de la Varenne par la République de Venise, et qui représente l'ambassadeur rendant compte au Sénat du résultat de sa mission.

Laine, dans son dictionnaire véridique des maisons nobles, donne une origine commune aux Fouquet de la Varenne et aux Fouquet de Bdle-hlf. Il commet bien certainement une erreur et surtout en les rapprochant de si près qu'il fait de Fouquet de la Varenne et de François Fouquet, son frère, et (suivant Laine) apothicaire à Angers, les oncles à la mode de Bret^igne de François Fouquet, marié à Marie de Maupeou, père et mère du célèbre surintendant. « Si l'assertion de Laine était prouvée, nous écrit M. P. de « Courcy, il faudrait admettre que les deux brandies des Fouquet ont éiè « anoblies séparément, sans se rattacher Tune à l'autre, à deux époque.^ et « avec des armoiries dilTérentes.... » (1)

Les Fouquet vivaient sous Henri IV, en Anjou , et habitaient La Flèche. Le fidèle serviteur de ce prince ainsi que son père étaient d'origine trop obscure , tout en étant honorable , pour avoir le moindre rapport de parenté avec les Fouquet de Bretagne, dont les ancêtres, ainsi que nous le dit saint Simon , tenaient au Parlement de cette province. Les détails que nous allons donner vont aifirmer notre dire à ce sujet.

On ne peut nier que tout ce qui a fait la renommée de La Flèche dans le passé, que tout ce qui soutient sa prospérité actuelle est dû à Fouquet, et cependant il attend encore qu'on lui rende justice dans sa ville natale. On y avait complètement oublié son origine ; on pensait seulement qu'il était né en 4560, et une légende, qui va se trouver sans valeur en face des pièces retrouvées, nous le représente, dit M. Clère, (2) « comme un petit « pâtre à cheveux roux rencontré par le roi de Navarre dans une lande « ou une garenne dont le nom servit à anoblir le nom de Fouquet. Son air « intelligent et résolu plurent au prince, qui l'attacha d'abord au service « des cuisines de sa sœur Catherine et ensuite au sien.... »

La légende , utile en mettant quelquefois l'historien sur la voie , est ici complètement en défaut. Fouquet n'avait certainement pas les cheveux roux. Nous avons vu, pendant bien des années, à La Flèche, dans la maison du

(!) Lettre de M. Paul de Courcy, du 21 juillet 1871. — S. Pol de Léoo. (2) Histoire du Collège de La Flèche.

comte de Cliolseul , héritier et descendant des Foiiquet , un grand tableau du temps représentant Henri IV, la reine et leur jeune famille. Au bas on remarquait la tête seulement de Guillaume Fouquet ornée d'une forêt de cbeyeux bruns frisés , et cette inscription tout à côté « // m'a donné La fortune et l'honneur. »

Nous allons prouver que ni dans son enfance ni dans sa première jeunesse , il n'a mené une vie vagabonde et inutile.

Son père, Martin Fouquet, avait épousé, le \^^ août 1548, à La Flèche, Guillemine Beaufîls , fille de Philippe Beaufils et de Florine Frontault. (1)

Il était écuyer des cuisines de Françoise d'Alençon, duchesse de Vendôme et de Beauraont (magister coquorum), (2) Vint-il à La Flèche avec la duchesse ou n*entra-t-il à son service qu'au moment où cette princesse , quittant Alençon, donné à sa belle-sœur Marguerite de Navarre, s'établit définitivement dans notre ville? C'est ce que nous ne pouvons dire. Cependant nous admettrions de préférence la première hypothèse.

Il vivait encore en 1579, puisqu'à cette époque il signa le testament de sa femme ; mais il n'existait plus à l'époque de l'élévation d'Henri IV au trône de France.

A la mort de la duchesse, il passa avec la même qualité au service de Catherine de Bourbon, duchesse de Lorraine , sœur d'Henri IV; puis nous le retrouvons écuyer de cuisine en même temps du frère et de la sœur, et, en dernier lieu, du roi de Navarre seul. (3) Martin Fouquet avait acheté au nommé Charpentier la charge de sergent au ressort du duché de Beaumont au nom de son fils Guillaume pendant que celui-ci , loin de courir les landes etde faire l'école buissonniére, continuait sagement ses études à l'Université de Paris en 4574. En 4576 , avant son retour à La Flèche, son père revendit cette charge au sieur Guillermy, ayant pu réserver pour son fils sa position auprès de Marguerite de Lorraine et le pourvoir ainsi d'une manière plus avantageuse. Ce fut donc dans cet emploi que le roi de France eut l'occasion de remarquer la vivacité de Guillaume Fouquet, son savoir-faire, son intelligence et qu'il le rapprocha si directement de sa personne en le nommant à la charge de porte-manteau. (4) En 1592 , dans les titres où il apparaît, il est indiqué avec cette qualité et celle de capitaine et gouverneur du château et ville de La Flèche.

Les titres que nous avons eu entre les mains sont indiscutables , et il

(I) Acte de mariage de Martin Fouquet et de GuiUemine Beaufils. 1548. — Titres origigiaaax de la maison Fouquet de la Varenne. — Chartricr de M. Gouin d'Ambrières.

fi; Vécuyer de cuisine (magister coquorum) était un des premiers officiers de cuisina dans la maison d'un grand. — Dictionnaire de Michelet.

{3j Titres de la maison Fouquet de la Varenne. — Chartrier de M. Gouia d'Ambrières.

A) Pièces et actes de la maison Fouquet de la Varenne en minute. — Chartrier de M. Gouiû d'Ambrières.

D*est plus permis d'adopter la version de M. le duc de Saint-Simon et de bien d'autres qui rejettent Guillaume Fouquet au plus bas étage àt l'état social du XVI"''' siècle. Il est donc constant qu'il appartenait à la bonne et vieille bourgeoisie de La Flèche.

Dès ses débuts et dans les mômes conditions , il s'était allié , par son mariage avec Anne Foussard , à une famille très-honorable de cette ville dont nous avons déjà cité le nom et dont les membres étaient de père en fils les serviteurs des princes de Bourbon-Vendôme et de Navarre. (1 )

Nous voyons donc Guillaume Fouquet préparer son avenir par des études sérieuses à l'Université de Paris, destiné d'abord à remplir les fonctions de sergent au ressort du duché de Beaumont, devenir écuyer des cuisines de Catherine , duchesse de Lorraine , et ensuite porte-manteau du roi Henri IV (Pallii gestator). Dès cette époque ce prince donne à ce fidèle serviteur des marques de sa munificence.

Dans la liasse des archives du Mans A. II. 1591-1769, nous trouvons l'acte de l'aliénation et engagement par Henri IV, roi de France et de Navarre, au profit de Guillaume Fouquet, sieur de la Varenm, portemanteau du roi, de la métairie de la Hoirie, moyennant la somme de 1S00 écus d'or.

Cette pièce , d'une minime importance par elle-même , nous indique que Fouquet avait déjà fait , étant porte-manteau du roi , l'acquisition du domaine de la Varenne ; seulement nous ne pouvons en donner la date. Le mot varenne vient de garenne , bois ou bruyère où il y a beaucoup de lapias. En allemand Warende est un lieu gardé et clos pour y renfermer des animaux. Entre Malicorne et La Flèche est située cette forêt de la Garenne des Saars (ou des Cerfs); elle faisait encore tout dernièrement partie de^ terres de l'ancienne seigneurie et vient seulement d'être vendue par M. le comte de Choiseul , l'un des héritiers de Fouquet de la Varenne.

Que dit Saint-Simon (vol. II, page 4S7) en parlant de la mère de la princesse de Soubise , d'Avaugour de son nom et des bâtards de Bretagne, petite-fille de Fouquet, de ce « cuisinier, auparavant marmiton, après « porte-m^inteau du roi Henri IV, (2) qui à force d'esprit, d'adresse de k « bien servir dans ses plaisirs, le servit dans ses affaires, devint M. de la « Varenne, et fut compté le reste de ce règne, où il s'enrichit infiniment, c le même qui , après la mort d'Henri IV, se retira à La Flèche qu'il parta- « geait avec les Jésuites.... »

(1) Titres et actc^ de la maison do la Varenne.

(3) Pallii gestator, officier qui, tous les matins doit se trouver au lever du roi, qui prend à la garde-robe le manteau de Sa Majesté et se tient proche de sa personne pour le lui donner ou le lui ôter, quand elle le demande. Le porte-manteau a soin aussi de garder les

gants, l'épëe et le manchon du roi pour les lui rendre au besoin Le porte-manteau

prend le titre d'écuyer, titre, au reste, tout personnel, nullement héréditaire et tenant à la charge seule. ~ Richelet (dictionnaire).

Autre part, le satirique duc, Tennemi né des nouvelles grandeurs, appelle Fouquet le Mercure d'Henri IV (vol. V, p. 257 — vol. V, p. 330). De plus , le bon mot de Marguerite, sœur du roi, impatientée de ne pas obtenir de Fouquet de la Yarenne ce qu'elle désirait, lui aurait répondu, an figuré certainement : « Tu as plus gagné à porter les poulets de mon frère € qu'à piquer les miens. »

Dans tous les cas , il confirmerait ce que nous avons annoncé , savoir que Guillaume Fouquet n'eut pas d'office dans les cuisines du roi , mais uniquement dans celles de la princesse , où il remplissait des fonctions de direc* tion et de surveillance.

Mais avec un roi aussi galant qu'Henri lY et aussi entreprenant dans ses tentatives amoureuses , il était bien difficile à l'un de ses serviteurs les plus intimes et les plus rapprochés de sa personne , de reculer devant une tâche qu'ont quelquefois acceptée des seigneurs de haut parage, qui n'avaient cependant plus leur fortune à faire.

Nous sommes loin d'excuser de pareilles faiblesses ; mais Saint-Simon , qui ne cite sur Fouquet que ce qu'il peut y avoir de plus répréhensible, ne nous dit-il pas dans le premier volume de ses curieux mémoires que son propre père, attaché à Louis XIII en qualité de page, proposa à ce prince de le servir dans l'amour platonique qu'il avait conçu pour W^ d'Hautefort : € .... Je pardonne cette fois à votre jeunesse, lui répondit le roi, € mais qu'il ne vous arrive jamais de me tenir un pareil discours , si vous € voulez que je continue à vous aimer. » Si Louis XIII eut ressemblé à Henri IV, M. de Saint-Simon ne fut-il pas devenu, lui, un Mercure? Il ne faut pas deux poids et deux mesures. Cherchons d'autres causes , d'autres titres motivant la haute fortune de Guillaume Fouquet.

Ces titres nous les trouvons dans les considérants des lettres de noblesse qui lui furent octroyées en 4 598 ; elles ne furent enregistrées que le 30 janvier 1600 par le Parlement qui ajouta ces mots : « sans tirer à conséquence » indiquant une opposition qui se traduisit par l'envoi d'une députation au roi , ayant pour mission de le prier de ne plus accorder de pareils anoblissements. L'élévation de Fouquet avait été rapide, mais enfin ses services étaient exceptionnels; il s'était bravement battu et n'avait jamais hésité à se charger des missions les plus périlleuses.

« S'est fait clairement remarquer, dit le roi, (1) par les grandes preuves « qu'il a rendues de son affection au bien de notre service tant auparavant « nostre advenement à ceste couronne que depvds, ayant avec beaucoup de € valeur combattu près de nous en plusieurs batailles et escarmouches et f rencontres sans espargner aulcunement sa vye qu'il a librement exposée

Cl) Copie viilimée des Lcllres de noblesse de Guillaanie Fouquet de la Yarenne. — Titres de la maison de Clioiseuî-Praslin.

« à tous les hazards qni se sont présentez ; mesmes aux batailles de Cotraz, « d'Arqués (1) où il luy fut tué en nostre présence un cheval entre les jam- « bes, et duquel lieu d'Arqués et de Dieppe il sortit cinq fois (2) et rentra « autant passant tousiours par le milieu de l'armée de noz ennemys pour « aller chercher nos cousins les conte de Soissons , de Longueville et ma- « rechal Daumont, (3) où il alla de telle diligence et vigilance que par son « seing nous fusmes secouruz à propos et à la bataille dlvry. (4) Pour « avoir eu Theur qu'en nostre présence forçant ungt fort en Gascongne près « de Nérac (5) d'avoir entré le premier, prins l'enseigne et nous l'avoir « présentée la première que des guerres passées nous ayons gagnées sur noz « ennemiz , au combat faict contre Saveuse (6) et à la rencontre de Fon- « taine-Française que nous fismes il y a quelques temps contre les Espa- € gnolz (7) à laquelle il se trouva si près de nostre personne ayant lou- « siours l'œil ouvert à la conservation d'icelle que voyant que nous auîons « tiré nostre pistollet il mint entre noz mains ung des siens , au siège « d'Amyens (8) et tous aultres sièges de villes que nous avons faictz depuis « nostre advenement à la couronne , aux assaults desquelles il a en nostre « personne marché courageusement en ayant tousiours rapporté très grand « honneur qui a esté suivy d'ung aultre non moindre qu'il s'est acquis en « beaucoup de belles périlleuses et grandes négociations que nous lui avons « mises en main tant en nostre dict royaulme qu'en Allemagne, Angle- « terre , Espagne , Italye et autres païs estrangers. (9) Mesme aux négocia-

(1) BatJtUe de Coutras, gagnée par Henri IV, roi de Navarre, le 20 octobre 1687, sur les Ligueurs, commandés par le duc de Joyeuse, qui y fut tué.

BataiUe d'Arqués, dans laquelle Henri IV battit le duc de Mayenne, le 13 septembre 1589.

(2) Le duc de Mayenne s'était fait déclarer lieutenant-général du royaume, après avoir fait proclamer dans Paris le vieux cardinal de Bourbon qui était toujours prisonnier. 11 marcha sur Dieppe où le roi avait été reçu par Aymar de Chattes, et fut défait au combat d*Arques avec une armée trois fois plus forte que celle du roi.

(3) Jean d'Aumont, maréchal de France, né en 1522, se distingua sous Henri III et Henri IV, et périt d'un coup de mousqueton , en 1.595, à Camper, près de Rennes, où il combattait le duc de Mercœur, l'un des chefs des Ligueurs.

(4) Henri IV fut une seconde fois vainqueur de Mayenne, le 14 mars 1590. (5} Capitale du duc d'Albret, quoique située dans le Condommois.

(6) Saveuse fut battu dans une rencontre avec Chfltillon et mourut de ses blessures. 1589.

(7) Combat ou rencontre de Fontaine-Française, le 5 juin 1595, où Henri IV sMtant exposé témérairement avec un très-petit nombre de cavaliers, vit fuir devant lui 18,000 hommes commandés par Ferdinand de Vclasco et le duc de Mayenne.

(8) Les Espagnols surprirent la ville d'Amiens en 1597 ; ce qui jeta une grande terreur dans le royaume et donna une nouvelle audace aux Huguenots : « Allons, dit Henri IV, c'est « assez faire le roi de France, il est temps de faire le roi de Navarre. »

(9) Suivant Palma-Cayet , Fouquct de la Varenne reçut pour l'Espagne une mission trèsocculte et dont les détails sont très-curieux.

Suivant Sully, la Varenne aurait été envoyé ostensiblement au roi d'Espagne sous prétexte d'an règlement de quelques Umites sur la frontière des deux pays.

G. FOUQUET DE LA VAREIfNE, VINGT-CINQUIÈME SEIGNEUR. 29

€ lions qu'il a faites de la réduction en nostre obéissance de bon nombre de € villes de nostre royaulme y voulant bien speciffier nostre bonne ville de « Paris où il alla au grand péril de sa vye, nostre cousin de Mayenne estant « dedans , trouver nostre cousin le maréchal de Brissîic pour en accorder € avec luy la réduction (4) et encores dernièrement de la plus part de noz

Pendant que le roi était à Dieppe, dit Palma-Cayet (1593. T. V, p. 80\ le ministre espagnol et M. de Mayenne envoyèrent on messager an roi d'Espagne pour Tinformer de Tétat de leurs affaires et connaître de lai ses intentions. Ce messager fut arrêté avec tous ses paquets, mémoires et instructions. Henri IV, désirant naturellement connaître los projets du roi d'Espagne, le fit enfermer de manière à ce qu'il ne correspondit avec personne et résolut de le remplacer par un homme intelligent qui put jouer un rôle si périlleux et si délicat. Son choix s'arrêta sur le sieur de la Varenne. Déjà, et pendant les Etats de Blois, ce zélé serviteur était parvenu à connaître les principaux desseins du duc de Guize en gagnant son secrétaire et en s*étant empressé de porter à Henri la nouvelle de sa mort. Ce prince Tavait depuis envoyé en Angleterre, à la reine Elisabeth, et avait obtenu, par son concours intelligent, le secours qu'il désirait.

Henri IV ne pouvait pas oublier tous ces services et résolut donc de l'envoyer porter au roi d'Espagne le paquet qui était adressé à ce prince par Alayenne.

Reçu par le roi comme s'il avait été le véritable messager, il lui représenta Tétat do la Ligue en France suivant les instructione particulières qu'il avait reçues. De son côté, le roi d*£spagne s'ouvrit tout à fait h lui et lui promit de lui faire remettre sa réponse par écrit.

La Varenne eut l'occasion de voir l'infante qui lui adressa beaucoup de questions sur Henri et se fit montrer son portrait. Le roi avait alors 45ans. La princesse le regarda assez longtemps, et, comme elle ne put dissimuler une certaine émotion, la Varenne laissa échapper quelques mots sur la paix de la chrétienté qu'un mariage pourrait consolider. Elle ne répondit rien, mais garda le portrait. Peu de jours après, il reçut les lettres du roi d'Espagne, et comme il cherchait à prendre congé de lui et à revoir l'infante, il fut prévenu éous main qu'un paquet renfermant le duplicata des dépêches qu'il avait apportées était arrivé de Flandres.

Sans bruit alors , il se hftta de reprendre le chemin de France et le fit si heureusement qu'Henri IV connut les projets de ses ennemis et fut mis à même de les déjouer. De là, son refus de continuer la trêve encore quelques mois, ainsi que le lui demandaient les chefs de la Ligue.

Le récit de Davila , capitaine espagnol (Histoire des Guerres civiles de France, 1. 1 , livre 14, page 10,990), diffère un peu de celui qui précède :

< Ce qui donne sujet à Sa Majesté de ne point négliger celte occasion et d'envoyer

< depuis en Espagne un de ses plus affiliez gentilhomnics, nommé la Varenne. Celui-cy, « adroit de son naturel et qui se donnoit entrée partout, sous prétexte d'estrc là venu pour « voir cette Cour et de voyager en divers lieux du monde, comme les François ont accou-

< tumé de le faire, se mesla parmi les domestiques de Alontpezat, qu'il accompagna à cette V Cour là, où s^étant abouché plusieurs fois avec 3Iendosse et austres conseillers d'Estat, « il en rapporta à son retour que les Espagnols s'accorderaient assurément pourveu qu'on « pust trouver quelques moyens de proposer la paix et de la traiter sans que leur honneur

< y fut intéressé »

(1) Une des missions les plus importantes et les plus périlleuses que reçut et accomplit Guiîlaumc Fouquet de la Varenne, fut certainement de pénétrer dans Paris au moment où rexallation des esprits était extrême. 11 fut, on le voit, l'intermédiaire entre le roi et le comte (depuis duc) de Brissac, qui avait été nommé gouverneur de Paris à la place du sieur de Belin, que les ministres d'Espagne accusaient d'être devenu favorable à Henri IV depuis 6a conversion.

On a dit aussi qu'une autre tentative avait été faite, comme première ouverture, précé-

« villes de Bretaigne dont il s'est très bien et dignement acquitté à nostre « gré. Ne voulant oublier le bonheur qu'il a eu de nous avoir le premier « de tous nos subietz salué roy de France.,.. »

Les armes octroyées à Fouquet furent de gueules au lévrier rampant d'argent, colleté d'azur, semé de fleurs de lys d'or.

Certainement, plusieurs actes de la vie de Fouquet de la Varenne ne peuvent pas tous cadrer parfaitement avec les exigences habituelles de la noblesse, mais il faut dire, pour rester dans les bornes strictes de la justice, que les considérants des lettres de noblesse accordées par Henri IV à son fidèle serviteur mentionnent un nombre suffisant de faits chevaleresques pour motiver leur octroi. L'opposition du Parlement à Tentérinement de ces mêmes lettres peut, dans un certain sens , s'expliquer, si on veut bien se rappeler que peu de temps auparavant, et sur le conseil de Sully, qui voulait sauvegarder le revenu des tailles, le roi avait rendu un édit portant que la profession des armes n'anoblirait plus celui qui l'exercerait et même qu'elle ne serait pas censée avoir anobli parfaitement la personne de ceux qui ne l'avaient exercée que depuis 1563. Tous les hommes d'armes du temps de Louis XII étaient gentilshommes , c'est-à-dire, tous ceux qui faisaient partie des compagnies d'ordonnances ; mais il ne faut passes confondre avec les gentilshommes du temps de François II et de ses frères. Il suffisait alors pour être réputé noble qu'un homme, né dans le tiers-état , fit profession des armes, sans exercer aucun autre emploi; et à plus forte raison s'il avait acquis un fief noble qu'il desservait par service compétent,

dant la mission plus directe de la Vareane. M. do Saiot-Luc, beau-frère du comte de Brissac, était alors auprès d^Henri IV; tous les deux avaient ensemble quelques différents au sujet de partages. Le roi ordonna à M. de Saint-Luc de faire nattre une occasion de parler au comte de Brissac et de rengager à faire son devoir de sujet. L'affaire fut si bien menée , que, pour terminer leurs différents, ils s'engagèrent mutuellement i s'en rapporter à des hommes de loi. Pour Taccord à faire, on convint d'un lieu proche de Paris, où les deux bcaux'frères se rencontrèrent.

Pendant que les avocats discutaient sur leurs droits respectifs, M. de Saint-Luc fit connaître au comte de Brissac le véritable motif de leur entrevue, et parvint à ramener celuici autant qu'il était possible en ce moment. La Varenne fut aidé très-probablement par les jésuites , qui ne s'étaient jamais mêlés aux folies de la Ligue et avaient beaucoup d'empire sur l'esprit de Brissac. Celui-ci, aidé des sieurs do Vie, de Belin, du président Le Maître, de Mole et autres membres du Parlement, du prévôt des marchands l'IIuillier et des échevins, ouvrit les portes do Paris au roi, le -12 mars 1594.

M. de Brissac ayant été demander l'absolution au légat du pape, pour avoir communiqué avec un hérétique , ce prélat on parla au duc de Féria , qui lui répondit que c'était un bonhomme, qu'il Pavait toujours tenu pour tel et qu'il ne fallait employer que les jésuites pour lui faire faire tout ce qu'on voudrait : < Mémo, dit-il, pour montrer ce qu'il est comme « homme d'affaires, je n'ai qu'à ajouter, que pendant le conseil, il s'amusait à prendre des « mouches contre la muraille au moment des discussions les plus graves. »

<c La vérité estoit, dit l'Ëstoille, page 212, tome I, 2^ partie, 1594, toutefois que es « bonhomme qu'ils appelaient, qui vaut à dire en français un sot, estoit pUis advisé et pha «c fin qu'eux tous ; car il les aflina à la fin, et se moqua d'eux, >

c'est-à-dire, qu'il suivit son seigneur en guerre. Ainsi donc on s'anoblissait soi-même, et on n'avait besoin ni de lettres du prince, ni de posséder des offices pour obtenir la noblesse; un homme extrait de race noble , et le premier noble de sa race, s'appelaient également gentilshommes, avec cette dififérence que le noble de race s'appelait gentilhomme de nom et d'armes. (Du Gange.)

L'article S58 de l'ordonnance de Blois de 1579 supprima la noblesse purement acquise par les flefs, et Tédit d'Henri IV supprima celle acquise par les armes.

On peut être surpris qu'Henri IV, qui devait tout à ses braves capitaines, reconnut si peu leurs services militaires et donnât à sa loi un effet rétroactif.

Il est à présumer que, non-seulement au point de vue du fisc , il céda à la pression de Sully, mais aussi que par cette espèce de licenciement, il voulut écarter collectivement des rangs de la noblesse tous ceux qui n'étaient pas dignes d'y figurer, sauf à y faire rentrer les hommes d'armes dont la conduite et les actes méritaient récompense.

Les débuts mal connus de Fouquet de la Varenne, sa position auprès du roi et les services très-intimes qu'il a pu lui rendre ont toujours pesé sur sa mémoire. Nous ne devons donc pas nous étonner de l'opposition momentanée du Parlement. (4)

D'un autre côté, Fouquet de la Varenne devait avoir beaucoup d'ennemis parmi ceux qu'il n'avait pu ou pas voulu obliger; il parait avoir eu le défaut des parvenus, la vanité, que n'affecte jamais la véritable grandeur. Ainsi Fouquet s'était empressé d'attacher un gentilhomme à son fils ; il allait un peu vite, et Henri IV, l'apprenant, l'avait, dit-on, apostrophé en ces termes : « Comment! donner ton fils à un gentilhomme, je comprends « bien cela; mais donner un gentilhomme à ton fils , c'est ce que je ne puis « comprendre. » Il est certain qu'il se serait beaucoup mieux fait accepter par ses nouveaux pairs, s'il n'avait pas voulu trancher du grand seigneur.

On raconte aussi que Fouquet de la Varenne, ayant obtenu certaine grâce du roi sur laquelle le président deBellièvre lui fit quelques difficultés , il

(i; La Varenne ne quittait jamais le roi; aventures amoureuses, guerres, conseils intimes, partout on retrouve ce serviteur dévoué et fidèle. Comme tous les parvenus, il ne put échapper à ce défaut do tact et de réserve qu*on leur reproche habituellement, mais on doit loi rendre celte justice qu'il fut toujours prêt à obéir sans observation ni murmures à toutes les Injonctions de son prince.

Le roi, épris de la jeune princesse de Condé, en 1609, recherchait avec empressement toutes les occasions de la voir en particulier. Pendant qu'elle était à Chantilly, il y aUa un soir, déguisé en seigneur flamand et n'ayant avec lui que la Varenne et Beringhen.

Etant reconnu , la porte lui fut refusée. Ils revinrent toute la nuit, et au bruit qu'ils faisaient en traversant les villages, on les prit pour des malfaiteurs. — Economies du Roù SuUy. 1609, page 130, tome 8.

lui répondit : « Monsieur, ne nous en faites pas tant en accroire, je veux « bien que vous sachiez que si mon maître avait 25 ans de moins, je ne « donnerais pas mon emploi pour le vôtre, i — (D'Aubign.^. Généalogie de Sainte-Marthe.)

Le duc de Sully n'aimait pas la Varenne; il ne pouvait supporter l'aJliance qui existait entre leurs deux familles. (1) « Jamais^ dit-il, il n'y a <( eu d'ambition plus démesurée ni plus aveugle ; tous les événements lui « paraissaient autant de dégrés pour parvenir à ses fins et le jetaient dans « de nouvelles routes, qui Fen éloignaient d'aufant plus qu'il prétendait « s'en rapprocher. » (2) Nous ne savons à quelles fins tendait Fouquet de la Varenne, mais il nous semble être arrivé au point culminant en raison de son point de départ. De simple écuyer des cuisines de la sœur du roi, il devint porte-manteau de ce prince, conseiller d'Etat, contrôleur général des postes , capitaine gouverneur de la ville et château d'Angers , gentilhomme, seigneur de la Varenne, plus tard de La Flèche, et enfin marquis. Dans le contrat de mariage de son fils, il est intitulé chevalier de l'Ordre du roi. Q\ie pouvait-il devenir de plus?

Fouquet de la Varenne eut trois enfants de sa première femme Catherine Foussard (de la Foussardiére, terre noble en Sainte-Colombe) : Guillau' me , René et Catherine.

Guillaume, l'ainé, avait d'abord été conseiller au Parlement de Paris et maître des requêtes; très-jeune encore, il avait embrassé l'état ecclésiastique. Il devint abbé commendataire de plusieurs abbayes. Charles Miron était évoque d'Angers depuis 4588; mais, fatigué des difficultés qu'il éprouvait de la part de son chapitre, il résolut de quitter son siège épiscopal qu'il échangea avec Guillaume Fouquet de la Varenne, qui lui céda alors ses bénéfices et prit possession de l'évèché d'Angers le \0 novembre 4616. Ce prélat s'annonça comme un évèque plein de zèle et la suite ne donna pas un démenti à ces beaux commencements. 11 mourut en 4621, âgé de 35 ans , et eut pour successeur Charles Miron , le même prélat qu'il avait remplacé. La piété de Mgr Fouquet, son zèle pour le maintien de la discipline, ses fréquentes visites pastorales et ses èminentes qualités lui avaient conquis l'estime et le respect de ses diocésains. (3) Il avait cédé, en 1606, à son frère René, tous ses droits d'aînesse au moment où celui-ci venait de se marier; (4) il laissa en mourant à son église tout ce qu'il possédait en pro-

(l) La Varenne écrivit à SuUy, alors duc et pair u Le différent qui est entre nos

« gendres (le comte de Vertus d'Àraugour et M. de Rohan). « Cela pensa faire enrager le tf bonhomme, dit TaUcmant des Beaux, tome I, page 82. » M. de Rohan avait épousé la fiUe de SuUy.

(i) Mémoires de Sully, tome II, livre b, page 117.

(3) Histoire de V Église et du Diocèse d* Angers. — Abbé Tresvaux.

(4) Pièce notariée, papiers do la famille de Choiseul.

pre et demanda à (Mre enterré sous le grand crucifix qui était à l'entrée du chœur de la cathédrale. Cette dernière volonté fut fidèlement exécutée.

Reaé Fouquet de la Varenne avait pris le titre de baron de Sainte- Suzanne. Il épousa, en 4606, Jeanne Picard, fllle de messire Picard , seigneur de la Roussière , et de dame de Poix. (1)

Nous avons dit qu'en premières noces Guillaume Fouquet de la Varenne avait épousé Catherine Foussard , dont le père ou frère était contrôleur de la maison du roi de Navarre et qui était la mère de ses trois enfants. En secondes noces, il avait épousé Jeanne de Poix , sœur ou parente trèsproche de la belle-mère de René de la Varenne. Nous en avons la preuve dans le contrat de mariage de celui-ci ; Jeanne de Poix y est indiquée comme la seconde femme de Guillaume Fouquet. Nanti de tous les droits de l'ainé de la famille, titré baron de Sainte-Suzanne, l'un des fiefs tenant aux propriétés de son père , il venait de contracter une brillante alliance. Au même moment , le roi voulut bien le nommer capitaine gouverneur des château et ville de La Flèche avec transmission à sa postérité de mâle en mâle. (î)

Le titre est un souvenir trop précieux pour La Flèche pour que nous ne le transcrivions pas ici. Il a du reste été confirmé à peu près dans les mômes termes en faveur des descendants mâles par les rois Louis XIII et Louis XIV. Ces termes sont si précis qu'ils nous font regretter que l'administration actuelle de La Flèche n'ait pas donné à la rue qu'on vient de rebâtir en partie , (3) et qui joint la place Henri IV au Pry tanée militaire , le nom de la Varenne.

1*' Mars 4606. — EXTRAIT des registres des insignuations de la sénéduiussée et siège présidial de La Flèche,

« Aujourd'hui, premier mars mil six cent six, le roy estant à Paris, « sachant que le sieur de la Varenne, général des postes , capitaine et gou- « verneur de sa ville et château d'Anjou, a esté la principale came de la 'i desclaration, embellissement et amélioration de La Flesche, quin'estoit ^ auparavant que comme un village, et que, à son instante poursuite et * moyennant les longues industrie et vigilance qu'il y a apportées, elle a « esté close et fortifiée de bonnes mu,railles et environnée de bons fossés, de « sorte qu'elle se retrouve maintenant en tel estât qu'elle pense estre juste- •i ment mise au nombre des belles villes de ce royaume, estant illustrée d'un

(1) Contrat de mariage de René de la Varenne, baron de Sainte-Sazanne : pièce notariée, papiers de la famille do Choiseal.

:2} Titres de la maison de la Varenne.

(3} La cure de La Flèche ayant été placée dans un autre quartier, cette rue ne pouvait plniK conserver ce nom de la Cure. Elle s'appelle à cette heure rue Henri IV.

« siège présidial, d'une élection, d'un préwnt des maréchaxna, d'un collège « florissant et plusieurs autres marques suffisantes pour la voir en quelqut « estime,

« Considérant que après tout cela, il ne serait pas raisonnable qu'un « autre vint à jouir du fruict de son labeur et avoir quelques authorités sur « luy audit lieu de La Flesche où il a estably sa principale demeure, Sa « Majesté , pour luy en ester toutte la précaution , a depuis peu accordé la « charge de capitaine du gouvernement de ladite ville et château de La « Flesche au sieur baron de Sainte-Suzanne son fils, dont il espère qu'il « pourra jouir longues années et néantmoins pour augmentation de la grâce « qu'elle veut faire audit sieur de la Varenne , la voullant estandre encore « bien plus , outre a dit et desclaré que son intention est que ladite charge « de capitaine et gouverneur de ladite ville et chasteau de La Flesche « demeure aux enfants dudit sieur de la Varenne tant et si longtemps qu'il « y en aura de masles procrées de luy et des siens sans que aucun autre « ne puisse estre pourvu à Tadvenir à leiir préjudice, en témoin de quoy et « pour approbation de cette sienne volonté , Sa Majesté a signé le présent « brevet de sa propre main et fait contresigner par moy, son conseiller et « secrétaire d'Etat et de ses commandements.

« Signé : HENRY. »

« Rusé. »

La confirmation du roi Louis XIII en faveur de René de la Varenne de Poix, marquis de Sainte-Suzanne, conseiller de ses Cours, maréchal des camps et armées , lieutenant-général au gouvernement d'Anjou , gouverneur des ville et château de La Flèche, est datée du 31 décembre 1639 et celle de Louis XIV du 9 décembre 4656. (1)

Le fils aîné de Guillaume Fouquet était donc pourvu de Tévéché d'Angers, le second, baron de Sainte-Suzanne, richement et noblement allié , était gouverneur des château et ville de La Flèche. Leur sœur Catherine épousa, ainsi que le dit à plusieurs fois le duc de Saint-Simon, un d'Avaugour des bâtards de Bretagne connus aussi sous les noms de Goello (ou Gouvello) et de Vertus. Sa fille fut cette belle duchesse de Montbazon, si célèbre en son temps , qui devint la mère de M. de Soubise. (S)

(1) « Ces pièces, de 1606, 1639 et 1656, ont été iosignuées et registrées de Noos, Hié- « rosme Le Royer, conseiUer da roy, lieutenant-général en la sénéchaussée et siège prési- « dial de La Flèche, senl jnge ordinaire, ancien et de police et commissaire examinateur, « et seul commissaire enquêteur audit lieu, le 28 janvier 1687. Les originaux decesbrerets « et provisions rendus à Maistre Mathurin Richer, sieur du Boiclos , conseiller à ce siège, « sénéchal dudit seigneur marquis de la Varenne.

« Signé : Lb Rotbr — Richrr — Bbllbuvhb. > Chartrier de M. Gouin d'Ambrières.

(2) « La fille de Marguerite Fouquet, dit M. de Saint-Simon, f^t donc la grand-mère de

En ^660, Catherine Fouquet de la Varenne était veuve du comte de Vertus; les mémoires de cette époque n'en parlent pas comme d'une dame d'une haute sagesse.

Elle était alors âgée de 72 ans. Elle s'amouracha du chevalier de la Porte qui n'en avait que 30 , robuste et très-bien fait. Pour lui plaire , elle passa un contrat de mariage par lequel elle reconnut que le chevalier lui avait apporté et mis en dépôt une somme de 30,000 livres, lui donnant en même temps tout ce que la coutume permettait ; elle lui fit voir, en outre, une somme de 450,000 livres en or, lui promettant de lui en faire bonne part, si elle avait lieu d'être pleinement satisfaite de ses attentions. Ils s'unirent ensuite par un prétendu mariage dans la chapelle particulière de la comtesse de Vertus; un prêtre inconnu, dont on présentait le certificat, avait prêté son concours.

Quelques temps après , ses enfants, le comte d'Avaugour, le comte de Goello, et les demoiselles de Vertus , de Clisson , deChantocé et de Goello, voyant leur fortune compromise par ce mariage et les promesses qui en avaient été la suite , prirent les mesures judiciaires nécessaires pour faire interdire leur mère et casser !e contrat et le mariage même. Le Parlement déclara le mariage nul pour avoir été célébré dans une chapelle étrangère par le ministère d'un prêtre étranger, hors de la présence du curé ies parties , mais pouvant être validé par une nouvelle célébration ; il les autorisait à contracter de nouveau mariage dans les formes voulues , si bon leur semblait.

Mais, dégoûtés probablement l'un de l'autre, ces époux se séparèrent. (1)

Guillaume Fouquet de la Varenne avait un frère , Abraham Fouquet , sieur de Mortier-Clair, qui épousa Madeleine Gaultier, fille de Jean Gaultier, sieur du Potineau et de Barbe de Courdefosse. Son frère, Louis Gaultier, sieur des Noës, devint receveur-payeur des gages des officiers du prèsidial et épousa Radegonde Fourniel , fille de Jean Fourniel , sieur de la Templerie , et de Jeanne Bignon , cousine-germaine de Jérôme Bignon , le célèbre avocat du Parlement de Paris. (2)

Guillaume Fouquet de la Varenne tenait certainement à la Cour une place

< H. de Sonbise, et c'est le quartier qui eut empêché son fils d'être admis dans le chapitre

< de Strasbourg , conséqueroment de devenir évêque , sans le change qui fut donné dans les « preuves que j'ai expliquées, de supprimer le nom de cet heureux aventurier (Guillaume « Fouquet de la Varenne) pour ne produire que celui de la Varenne , qu'il portait , et avec « ce dernier nom en donner le change avec une ancienne maison de Poitou, de ce nom de « la Varenne. avec qui M. de Rohan n'eut jamais d'alliance et dès lors éteints depuis long-

< temps. » — Mémoires du duc de Saint-Simon,

(1) Arrêts célèbres de la province d'Anjou. — Claude Pocquet de Livonnière, conseiller •a prèsidial d'Angers.

(1) Histoire de Sablé. — Ménage.

importante. Henri IV ayant abjure le protestantisme, TEspagne cint pouvoir se rapprocher de lui en proposant une union avec Claire-Eugénie d'Autriche, deuxième fille de Philippe II.

Malgré Tavis de Sully, le roi envoya la Varenne pour qu'il jugeât de l'importance que Ton pouvait attacher à ces avances : « Cette députation, « dit-il, à laquelle on pouvait donner un caractère mystérieux, n'était pas « de mon goût ; et encore moins le choix que Sa Majesté Qt, pour ce sujet, « de la Varenne , homme plein de vanité. *

La Varenne, suivant Sully, n'avait charge que d'examiner; il trancha de l'ambassadeur; en Allemagne et en Angleterre on crut que le roi recherchait l'alliance de l'Espagne en rompant avec les princesses protestantes. De là, rupture probable, si Henri IV n'y avait pas pourvu.

En 4 596 , le roi voulait marier sa sœur avec le comte de Montpensier, tandis que Catherine ne voulait entendre parler que du comte de Soissons, Charles de Bourbon , dont le roi avait beaucoup à se plaindre. Ce prince chargea Sully de ramener sa sœur à son désir. Celui-ci ne put y parvenir et la princesse le poursuivit de sa haine jusqu'à ce qu'elle vit que ses plaintes n'avaient pas pu lui ôter les bonnes grâces du roi.

La Varenne , resté très-attaché à M"« Catherine , était chargé par elle de veiller à ses intérêts à la Cour. Il ne manqua pas de l'instruire du peu d'effet que ses récriminations si vives contre Sully avaient fait sur l'esprit du roi qui allait le rendre dépositaire absolu des finances. D'après le rapport de ce fidèle affidé, la princesse comprit de suite qu'il fallait non-seulement renoncer â sa vengeance , mais encore ménager un homme de la main duquel allaient sortir toutes les ordonnances pour l'entretien de sa maison.

En suivant les mémoires de Sully, nous voyons que la Varenne se tenait toujours à portée d'obéir aux ordres du roi, qui l'employait constamment pour remplir quelques commissions ou messages.

On comprend donc quelle influence il dut exercer sur les destinées de sa ville natale restée jusqu'à cette époque si inconnue et si obscure.

En 1599, Henri IV lui avait spécialement recommandé de veiller sur la duchesse de Beaufort, Gabrielle d'Estrées, quand elle vint chez Zamet, riche partisan italien en lequel le roi avait grande confiance. Ce fut la Varenne qui correspondit avec le roi pendant toute la maladie de sa maîtresse et au moment de sa mort, qui arriva chez ce môme Zamet. En 4601, Sully le cite comme l'un de ceux qu'Henri IV consultait toujours. Avec une mauvaise humeur bien indiquée, il le note avec Zamet, Gondy et Bonneuil, comme l'un de ceux qui influa le plus sur les concessions faites à l'égard de ceux qui avaient malversés et par suite devaient être déférés à une chambre de justice. Nous le retrouvons encore en 4603, au sujet des différents entre Sully et le comte de Soissons, en 4604, pour les intérêts des jésuites, et au moment de l'arrestation de la duchesse de Verneuil, en 4605, dans une

ligue de courtisans pour perdre Sully, et dans une correspondance du roi avec ce ministre, en 1606 par ses rapports de lettres avec ce môme Sully pendant l'expédition de Sedan , en 1607 par les services continus qu'il rend aux jésuites, en 1610 par la confiance que lui témoigne le roi, voulant connaître par lui les bruits publics, et enfin par la mission qu'il reçut de la reine auprès de Sully après la mort de ce prince , dont une des dernières commissions fut encore remplie par lui. Ces différents détails indiquent surabondamment que Fouquet était devenu tout à fait un homme de Cour. € C'était donc, dit Sully, pour me faire de nouvelles instances au sujet « des vivres que Henry envoya dès le matin la Varenne me dire que je € vinsse le trouver aux Tuileries , où il avait envie de se promener seul « avec moi. La Varenne me trouve dans mon bain ; et voyant que je voulais « en sortir pour faire ce que Sa Majesté m'ordonnait, il m'en empêcha en

< me disant qu'il savait , à n'en pouvoir douter, que le roi serait venu lui- « même à l'Arsenal pour peu qu'il eut eu connaissance de l'état où j'étais e

< qu'il me saurait fort mauvais gré d'avoir ainsi exposé ma santé sans au-

< cune nécessité. »

La Varenne retourna aux Tuileries et revint dire à Sully que le lendemain sans faute, à cinq heures du malin, le roi se rendrait à l'Arsenal , voulant partir le lundi à quelque prix que ce fut : « Il vous ordonne donc, « dit la Varenne, de l'attendre demain en robe de chambre et en bonne^, « de nuit , afin que vous ne vous trouviez pas incommodé de votre dernier « bain. »

Malheureusement le roi changea d'avis , et au lieu d'attendre au lendemain, voulut se rendre dans l'après-midi à l'Arsenal où le crime de Ravaillac l'empêcha d'arriver.

Un an avant sa mort, Henri IV avait fait à la Varenne un don d'une certaine importance : « Aujourd*huy XXVIII de may, mil six cent neuf, « le roy à Fon" (Fontainebleau), et voulant bien et favorablement traiter « le sieur de la Varenne en considération de ses services et pour luy don- « ner moien de continuer. Sa Majesté luy a accordé et faict don et octroyé t tous les deniers qui se trouveront avoir esté exigez oultre ce qui est porté

< par les ordonnances par ceux qui ont esté esleuz et qui ont exercé la « charge de jurés et gardes de l'orphévrerie de Paris depuis la réunion de

< ladite ville à l'obéissance de sadite Majesté, tant pour les réceptions des « maîtrises que (Jes essaiz de tout l'or et argent qui depuis ledit temps a c esté mis en œuvre par tous les orphèvres de ladite ville de Paris jusqu'à

< présent et dont m'a commandé expédier toutes commissions et cependant € le présent brevet qu'Elle a signé de sa main a voulu être contresigné par € moy, son conseiller, secrétaire d'Etat et de ses commandements de € finances.

« HENRY » « LoMiNiE »

Ce (Ion semble ôlre, à Tégard de la Varenne, un rappel des services qu'il avait rendus au roi pendant le siège de Paris. — (Titres de la maison de Choiseul.)

En 1605, les habitants de La Flèche reçurent la défense de se réunir en communautés.

En 1606, Guillaume Fouquet, chevalier, seigneur de la Varenne, baron de Sainte-Suzanne , conseiller du roi en ses Conseils , gouverneur et lieutenant , pour Sa Majesté , des ville et château d'Angers , général des postes de France, fut commis par M. le duc de Sully, pair de France, surintendant des finances et bâtiments du roi, pour la réédification des halles et la construction du palais où devait siéger le présidial.

« Sur quoy, et afin d'exécuter les volontés de sa majesté, nous sommes « venu avec et en compagnie des présidents, lieutenant général, lieute- « nant particulier et autres conseillers ou officiers dudit siège présidial, « transporté au couvent de Saint-François de La Flèclie et endroit où se « tient à présent la juridiction de ladite sénéchaussée, siège présidial etc.

« Premièrement, fera l'adjudication desdites halles au lieu et endroit « qu'elles sont à présent et les fera transporter en la place du marché aux « bétes en laquelle sera fait une halle pour les boucheries et lesdites halles « de soixante pieds de long et 22 pieds de large de dedans en dedans, et « caves du geôlier sous son logement et pour les cacliots 4 pieds plus bas « que la rue — cour des prisonniers — promenoirs — pavage de la chamm bre — salle du geollier, passage, prisons au-dessus des cachots — cham- « bre de l'audience — salle des avocats — montée de communication « pour faire comparaître les prisonniers près le logis de Louis Xadereau. <( L'adjudicataire avait à lui en propre le devant dudit logis qui est sur la « rue ainsi que les boutiques bâties au dedans dudit palais et le dessous du « logis de la prisonnerie. Il donnait à ferme la geôle des prisonniers. Le « syndic de la ville avait le droit de racheter ces objets, si bon lui semblait « au bout de 4 ans au prix de 2,000 ècus-sols. » (2) L'écu-sol , sous le règne d'Henri IV, valait trois livres cinq sols. 2,000 ècus-sols représentaient donc alors une valeur de 6,500 livres.

Ce fut dans le courant de cette même année que Fouquet maria son fil$

(1) Le présidial tenait ses séances dans le palais de Françoise d'Alençon ; sur la somme donnée aux jésuites , 13,000 livres fureni réservées pour bfttir un palais destiné à cette juridiction.

Depuis 1603, elle se tint dans la maison des cordeliers, située sur les terrains de la sous-préfecture actuelle et une partie de la place du marché.

En 1606, les Cordeliers n'étaient plus à La Flèche et avaient été remplacés par les Réoollets , religieux de saint François , par suite d*une circonstance que nous aurons à relater, quand nous parlerons des maisons religieuses de notre ville.

(3) Titre, dossier de M. Gouin d'Ambrières.

G. FOrQUKT DE LA VARENNE, VINGT-CINQUIEME SEIGNEUR. 39

cndet, René, à Jeanne Girard et que l*ainé, Tabbé Guillaume Fouquet, fit abandon dans le contrat de mariage de tous ses droits d'aînesse. L'acte particulier de cet abandon n'est que du 9 août 1 609. Le contrat de mariage est daté du 15 mai 4606. Dans cette pièce, Guillaume Fouquet de la Varenne (ou de la Varanne) est mentionné avec les titres de chevalier de l'ordre du Roi (de Saint-Michel), (1) de conseiller en son conseil d'Ëtat, de baron de Sainte-Suzanne et de gouverneur, pour Sa Majesté, des ville et château dWngers, il est de plus qualifié de haut et puissant messire. Nous remarquons que le père et le fils portaient le titre de baron de Sainte-Suzanne, puisque les lettres d'Henri IV datées du 1«' mars 4606 , antérieurement au mariage, donnent à René, 6aroM c/e Saintf-Suiran?i5, son fils, la charge de capitaine du gouvernement de la ville et château de La Flèche. — Cependant dans le contrat de mariage, le père seul prend ce titre.

D'après le détail qui suit nous sommes portés à croire que M"» René de la Varenne était du Poitou.

Mémoires ou Recueil de diplômes, chartes, etc., par Dom Fonteneau, religieux de Saint-Maur. T. 6, bibliothèque de Poitiers. — « Echange du

< temporel du prieuré de Saint-Maixent de Beugne, diocèse de Maillesais,

* entre l'abbé et messire René de la Varenne, baron de Sainte-Suzanne,

* gouverneur de La Flesche.... Dom Placide de Vaux, religieux de l'abbaye ir de Saint-Augustin les Limoges comme syndic... et haut et puissant sei-

< gneur, messire René la Varenne, chevalier de l'Ordre du Roy, conseiller ¥ en ses Conseils d'Etat et privé, marquis dudit lieu de la Varenne, baron *i de Sainte-Suzanne, gouverneur de La Flesche, logé rue des Petits- « Champs à Paris, en la maison où est pour enseigne le Beau Séjour, pa- € roisse de Saint-Eustache, se portant fort de dame Jeanne Girard, dame

< de la Roussière, son épouse. » Le temporel n'est éloigné de La Rochelle et de Fontenay-le-Comte que de trois lieues.

Les notaires René Dreux et J. Lemoine, àLa Flèche en 4624, signataires.

A l'exception de tout ce qui concerne le collège, qui, depuis cette époque jusqu'à nos jours, a fait la fortune et la gloire de notre ville, nous n'avons, de 4606 à 4640, à relater aucune circonstance d'un intérêt particulier.

Guillaume de la Varenne ne quittait la Cour que toutes les fois que le bien de la ville ou ses propres affaires le rappelaient en Anjou.

Nous avons dit, dans le premier chapitre, que la Varenne reçut l'une des dernières commissions que donna le roi. Ce même jour, après le dîner, le roi se mit sur son lit pour dormir; mais , inquiet et agité , il se leva bientôt et demanda à l'exempt de ses gardes quelle heure il était. Celui-ci lui

(l) Les chevaliers de TOrdre de Saint-Michel prenaient le titre de chevalier de l'Ordre da Roi. L*Ordre de Saint-Michel ayant été trop prodigué et étant tombé en désuétude, on dut le receToîr avant d'être admis dans l'Ordre du Saint-Esprit. Les chevaliers de l'Ordre du Saint-Esprit prirent, depuis cette époque, le titre de chevaliers dei Ordres du Roi.

répondit qu'il était quatre heures , puis il ajouta : « Sire , je vois votre ma* « jesté triste et pensive ; il vaudrait mieux prendre un peu l'air ; cela la « réjouirait. » Le roi suivit ce conseil et fît approcher sa voiture pour aller à l'Arsenal voir le duc de Sully, qui ne l'attendait que le lendemain.

Depuis la matinée , Ravaillac cherchait les moyens de se rapprocher de ce prince; nous ne reviendrons pas sur tous les détails de cet horrible assassinat. « Le vendredi soir, jour de funèbre mémoire, dit Bassompierre, « on pansa le corps du roi avec la même cérémonie que s'il eut été en vie. « M. de Maine lui donna la chemise; M. le Grand le servit, et l'on me « commanda de servir et de représenter la place de M. de Bouillon. »

Le samedi 1 5 mai , le corps du roi fut ouvert en présence de 26 médecins ou chirurgiens.

« Son cœur, dit l'Etoile, était petit, mais serré et merveilleusement « sain. » En général, toutes les parties du corps étaient si bien conditionnées qu'il aurait pu vivre au moins trente ans , selon le cours de la nature; ses entrailles furent de suite envoyées à Saint-Denis sans aucune cérémonie. Le cœur fut enfermé dans une boite en argent de môme forme. M. de la Varenne se présenta à la reine et lui rappela que l'intention du roi était de le faire reposer à La Flèche, ville où il avait été conçu , et d'en donner la garde aux jésuites. La reine répondit, très-émue, que puisque Dieu avait fait sa volonté , elle désirait que celle du roi son époux fut accomplie et donna immédiatement l'ordre que ce précieux dépôt fut remis entre les mains des Pères. M. le duc de Montbazon reçut la mission de l'accompagner.

Le prince de Conti consigna alors le cœur du roi entre les mains du Père Jacquinot , recteur de la maison professe de Saint-Louis , et ce fut le Père Cotton qui remercia la reine au nom de toute la Compagnie. De Vilry fil marcher autour du carrosse douze archers porteurs de flambeaux jusqu'à l'église des jésuites où le cœur royal resta quelques jours. (4)

La veille de l'Ascension , on l'exposa à la vue du peuple jusqu'au lundi de la Pentecôte. Chaque jour, dans la matinée , des messes étaient dites sans interruption, et, le soir, des religieux récitaient devant le cœur des de profundU et des psaumes.

Le Père Armand , provincial des jésuites de France , se trouvait à Nevers au moment de la mort du roi. Il se rendit de suite à Paris, et, là, ayant appris de M. de la Varenne que le départ pour le transport du cœur du roi était fixé au lendemain de la Pentecôte , il désigna vingt frères pour l'accompagner.

Le lundi , à quatre heures du matin , le Révérend Père provincial , portant le cœur royal sur un carreau de velours noir recouvert d'un crêpe,

(1) Cimher et Anjou.

sortit de l'église, accompagné de ses confrères et se plaça au fond du carrosse du roi avec cinq jésuites.

€ Le duc de Montbazon, dit le P. Mathieu, (4) et ledit sieur de la € Yarenne , qui avaient la charge de cette conduite , montèrent quant et € quant à cheval. Comme aussi plusieurs princes et seigneurs, advertis de € rheure de ce départ , se rendirent en Téglise des jésuites , entre autres , « M. le comte de Soissons , le duc d'Espernon et le grand écuyer de Belle- « garde. Il se trouva bien du commencement de cette conduite cinq à six € cents chevaux; mais on partit si matin que peu les veirent, au regret de

< plus de cent mille personnes , bien que les laquais des seigneurs allas c sent raclant de porte en porte pour advertir un chacun de ce départ.

< Plusieurs ensuite depuis se joignirent à la troupe et firent un gros de € mille ou douze cents chevaux , qui furent jusqu'au bourg de la Royne € conduire ce cœur royal , puis prirent congé de ceux qui avoient la charge « de la conduite, après que les plus grands eurent rendu le dernier office « au coeur de leur bon roy par un baiser. Quand le bruit fut espandu par € la ville de ce départ , plusieurs ayant loué des chambres et boutiques « pour avoir ce bonheur que le veoir passer et lui dire le dernier adieu , « en furent merveilleusement tristes , et s'entredisoient-ils : < Ils l'ont

< emporté de bon matin » et autres paroles qui ressentoient des extrêmes « regrets. » (2)

Pendant tout le voyage , les habitants des bourgs ou des villages bordaient la route faisant retentir les airs de leurs gémissements. Les arrêts se firent à Palaiseau , Ablys, Chartres , Champrond , Nogent, La Ferté-Bernard, Guécélard et La Flèche. Depuis longtemps , le roi bien-aimé faisait jouir son peuple des douceurs de la paix; il pouvait sans inquiétude se livrera ses travaux. Quels devaient être les suites d'un événement si inattendu? Les démonstrations si spontanées et surtout si peu commandées deviennent, au reste, le plus touchant témoignage de l'amour de ce roi pour la France, amour qui n'avait d'égal que celui qu'elle lui portait ellemême.

Le troisième jour du voyage , M. de la Yarenne prit les devants pour tout (aire préparer à La Flèche.

Le coeur ne fit qu'une station à l'église de Notre-Dame de Chartres; tout le clergé de cette ville se fit un devoir de le veiller pendant la nuit.

Le cortège ne devait pas passer par la ville du Mans ; mais le comte de Négrepelisse, qui en était alors gouverneur, alla à sa rencontre à une lieue accompagné de toutes les autorités et d'un foule d'habitants.

Le cortège funèbre arriva à La Flèche le 4 juin , à 10 heures du matin.

(1) Jean de Serres. Inventaire de l'histoire de France, (3) Eistoire du Collège de La Flèche. Jules Clère.

La réception fut digne du grand roi qui en était Tobjet. Le prévôt el se5 archers prirent les devants du cortège , composé d'abord des écoliers do collège marchant en ordre au nombre de douze cents, classe par classe; les théologiens portaient des cierges ; venaient après les ecclésiastiques et entre eux les Pères Récollets et les écoliers de divers ordres. Les habitants et le clergé de neuf paroisses suivaient avec le clergé de celles de la ville. Les jésuites du collège fermaient la marche. A la tète des séculiers étaient M. de la Varenne et M. le baron de Sainte-Suzanne, son fils, accompagnés de vingt-quatre seigneurs étudiants, parmi lesquels se trouvaient Descartes, (4) la plupart en grand deuil. Puis venaient les officiers de la Justice, les bourgeois , les marchands et différents corps d'état, tenant toas des torches blanches allumées. Le cortège s'arrêta hors la ville, dans ud grand pré (prairie du Château), jusqu'à l'arrivée du cœur qu'on n'attendit pas longtemps. Avant de se joindre à ce môme cortège, M. le duc de Montbason et les Pères mirent pied à terre.

On avait dressé d'avance une table couverte d'un drap noir. Le Père provincial y posa le carreau , la croix et deux chandeliers d'argent doré. Le cœur y ayant été placé , toute la procession passa devant, chacun fléchissant le genou. Les Pères de Paris se joignirent alors à ceux du collège royal , le Père provincial reprit le cœur, un héraut d'armes le précédant ; douze archers de la garde et deux exempts faisaient escorte le pistolet au poing; deux autres exempts soutenaient les bras du Père.

Ce fut dans cet ordre que le cortège arriva à la porte de la ville, (4) ornée d'écussons de deuil, et de là à Saint-Thomas, église paroissiale, en suivant la rue du Château, la Grande-Rue et la place du Pilori; cette église était entièrement tendue de noir. Pendant toute la marche , les pères et les autres ecclésiastiques chantèrent des psaumes analogues à cette circonstance funèbre.

Le service commença aussitôt que chaque corps eut pris la place qui lui était assignée. « L'office étant parachevé, dit un vieil écrivain contempo- « min, (1) le père Cotton commença l'oraison funèbre, laquelle à peine « ourdissoit-il, que les larmes, les souspirs coupoient désia le fil de ses « discours; ce qui le contraignit de laisser l'hypothèse , et de se ietter sur « le commun général. Il ne laissa pas pourtant d'y revenir et fit entendre « à tous l'obligation non-pareille, très particulière, que la compagnie reco- « gnoissoit auoir à la mémoire du roi deffunct » (2)

(1) Thomas. Eloge de Descartes.

(2) Histoire des Guerres du roy Louis XIII depuis son advenement à la couronne depuis 1623 — Ro7en. J. Bessogne, cour du Palais — Dédiée à M. In président Jean nin.

(3) L'oraison funèbre d'Henri IV fut prononcée à Sainl-Denis par révéque d'Angers, Miron , célèbre prédicateur, le prédécesseur de Guillaume de la Varenne , frère atné de René, et qui reprit son siège après sa mort. — Histoire du Diocèse d'Angers. Abbé Tresvaux.

G. FOUQUET DE LA VABKNNE, VJ\GT-CmOUIÈME SEIGNEUR. 43

Après le sernion , le duc de Montl)azon prit le cœur des mains du Pore provincial et la procession se dirij^ea sur le collège, que les pères avaient « paré de deuil, non pas à Végal de leur affection^ mais au pied de leii,rs « forces et du temps qu'ils axmient eu fort court. »

La grande porte du collège était couverte de noir sur lequel étaient des inscriptions et emblèmes indiquant qu'Henri IV revivait dans son fils.

€ Sur It frontispice du portail estoit un grand tableau du noin de jesvs « au milieu duquel on voyoit un cœur rayonnant et richement couronné, « A droicte, unph^xnix brûlant, qui disoit — similis in prole resurgo. € — A la gauche, un pélican, avec ces mots — mors et vita juvat natos € — Sur la frise ou lisoit — P. M, (pro memoriâ) Henrici IV posvit « LvDOvicvs DE RoHAN.... » Cet écolier était le fils du fils du duc de Montbazon. On avait établi au milieu de la grande cour une arcade de 27 pieds de hauteur et de 26 de largeur parée de deuil et de flambeaux ; l'ouverture était large de dix pieds et haute de dix-huit. Au milieu était placé un grand écusson portant les armes de France et de Navarre, et sur Tarchitecture on lisait — De Victori omnium hostium, et svper omnes retro principes

PROVIDENTISSIMO ReGI HeISRICO IIII , SOLI INVICTO, IMMORTALI VICTORIiE ET MAIESTATI EIVS SEMPER DICATISSIMI. P. P. LUDOVICVS DE LA VALETTE,

Arthvsivs d'Espinay.

Le premier de ces deux nobles écoliers signataires était fils du duc d*Epernon , le second frère de M. de Saint-Luc.

Après la grande arcade ci-dessus mentionnée , on remarquait une pyramide d'un côté et une colonne de l'autre , couvertes de divers emblèmes et ornements qu'il serait trop long de mentionner ici. Le cortège, avant d'arriver à l'autel dresstî dans la grande salle qui servait alors de chapelle, s'arrêta devant un échafaud couvert d'un grand drap de soie pour recevoir le coiur. Le héraut , étant monté sur cet échafaud, le prit des mains de M. le duc de Montbazon et dit à haute voix — Ici g\t le Cœur de Henri IV, très haut, très puissant et très chrétien roi de France et de Xavarre. — Il répéta trois fois, suivant la coutume de France, — Le roi est mort, priez pour son âme , — « puis, dit l'écrivain contemporain, le

< logea au lieu de son repos, attendant que les urnes plus richement èla-

< bourées fussent parfaites et mises devant le maistre autel de l'église. *. Puis, ayant osté et repris sa casaque par commandement de ceux qui «r conduisoient le convoy, ce même héraut dit à pleine voix — Vive Louis • XIII, très chresti?n roi de Franc, et de Navarre, vive le roy, et tout le ^ peuple le suivit de pareille acclamation avec un mot lugubre, convenable « aux lieux et au temps. » Tout le rez-de-chaussée à gauche du péristyle actuel ne formait alors très-probablement qu'une grande salle et servait de chapelle provisoire.

Après la cérémonie, M. le duc de Montbason se rendit au château de M. de la Varenne, et, là, il reçut la visite du lieutenant général , accompagné des magistrats. Au nom de ceux-ci et des habitants de la Tille, celui-ci prononça un discours exprimant Textrôme douleur de tous et en même temps leur reconnaissance du don précieux que La Flèche recevait des mains d'un si grand seigneur et en même temps de M. de la Varenne.

« M. de Montbason respondit sur le mesme sujet, très-gravement, avec « les tesmoignages de son afllicton emprainte en son visage, en ses paroles « et en ses gestes. »

Pendant trois jours , on fit pour le repos de Tàme du roi trois services complets, et Ton arrêta que tous les ans, le 4 juin , se ferait un service et une procession de Téglise paroissiale de Saint-Thomas au collège, à laquelle assisteraient les officiers du présidial suivi du clergé et des habitants avec vacation de totis états pendant ledit service, afin dt conserver la mémoire de ce qu'à pareil jour, la ville de La Flèche avait été honorée de ce précieux gage et dépôt royal.

En 16H, se fît, le 4 juin, le premier anniversaire de Tarrivée du cœur de Henri IV à La Plèche; il fut célébré avec grande pompe. Chaque année, religieusement et à la même date, s'accomplit cette cérémonie appelée la Henriade. Après le renvoi de France de la Compagnie de Jésus, en 1762, la Henriade continuai être célébrée, mais à des époques moins fixes; depuis 4774, il fut d'usage de faire en môme temps le service funèbre d'Henri IV et de Louis XV mort cette même année. Le premier avait fondé la maison , le second en avait singulièrement changé les statuts , sans lai ôter de son importance , comme nous aurons à l'expliquer en son lieu.

La dernière oraison funèbre fut prononcée le 21 mai 1792, bien peu de temps avant la chute du trône des descendants du royal fondateur.

Que penser d'un fait qui aurait eu lieu pendant la cérémonie solennelle de l'arrivée du cœur d'Henri IV à La Flèche , fait rapporté par Burbure et répété par J. Clère. Cette cérémonie avait pu donner naissance à quelques difficultés. Un vieux manuscrit dit : « la tradition porte que par suite « d'une contestation élevée à l'occasion de cette cérémonie, les jésuites con- « vinrent avec le clergé de la paroisse de marcher sur une seule ligM. D'après Tordre du cortège parfaitement décrit, cela nous parait assez difficile. Au reste, les détails qui nous sont donnés par l'auteur contemporain ne mentionnent nullement ces difficultés que l'autorité du seigneur a dû en tous cas aplanir de suite.

Mais le point principal de la contestation aurait été que les pères jésuites pensaient que le cœur devait être porté directement à l'église du collège sans être présenté à celle de la ville, ou qu'au moins, s'il y était présenté, que roffîce ne s'y fît pas et que l'oraison funèbre n'y fut pas prononcée. C'était assez rationnel, ce nous semble, puisque c'était aux jésuites seuls

que le roi arait, par testament, légué la garde de son cœur. Mais M. de la Varenne n'en jugea pas ainsi ou ne crut pas devoir se refuser au désir du clergé paroissial , et le recteur accompagné du curé et marchant côte à côte fermèrent la marche. Les deux historiens que nous avons cités rapportent que le recteur, furieux d'avoir eu le dessous , ne put s'empôcher de dire au curé : € bos non arat cum asino » Un bœuf ne laboure pas avec un âne ; et que le curé répondit : « Je pourrais vous répondre en latin, mais je veux que « tout le monde sache qu'un âne comme moi vaut mieux qu'un bœuf écorné € comme vous. »

Cette réponse faisait allusion à ce qu'après la tentative de Jean Châtel sur la personne du roi, les jésuites ayant été accusés bien injustement d'être ses complices, s'étaient vus contraints de quitter le bonnet quadrangulaire et de ne plus en porter qu'à trois cornes.

Cette réponse était sanglante, mais moralement elle portait à faux, si tout cela n'a pas été trouvé après coup. Nous aurons à discuter cette dernière assertion au chapitre traitant du transfert du cœur de Marie de Médicis dans la chapelle du collège en 4643.

Les cérémonies du 4 juin 4611 furent plus' brillantes encore. Le premier jour, prières, service à l'église, oraison funèbre du roi par le recteur du collège. Le second jour, exercices philosophiques et littéraires , le matin , en l'honneur du roi défunt. Le troisième jour, pièce de théâtre , dans laquelle paraissait la France en habit de deuil , environnée du chœur des vertus royales ; l'archange Saint-Michel et la Religion intervenaient pour la consoler. (4)

Combien de temps le cœur du roi resta-t-il à l'endroit où il fut alors déposé? C'est ce qu'on ignore.

La place en est marquée, à cette heure, par la statue en pied qui orne le vestibule qui porte son nom et y fut placée en 4847 pour fixer ce souvenir, par Tordre du ministre de la guerre, le maréchal duc de Feltre, le 44 mars , en mémoire de la bataille d'Ivry,

Comme nous aurons à le dire , le cœur de Marie de Médicis fut apporté auprès de celui de son royal époux.

L'un et l'autre étaient renfermés dans de grossières boites de bois doré en forme de cœur. Ces boites s'ouvraient en faisant glisser deux grosses chevilles en forme de coulisses placées perpendiculairement.

Le cœur de Henri IV, outre cette enveloppe , en avait une autre composée de lames de fer, qui venaient se fermer à la pointe inférieure du cœur avec un cadenas. Cette armature de lames de fer en couvrait une autre encore de velours cramoisi qui enveloppait un cœur de plomb contenant les restes du cœur du roi.

(1) Bibliottheea, script, soc, Jesu. Art, Flexiense colligium.

Le cœur de Marie de Médicis fut aussi placé dans un cœav de plomh recouvert d'une étoffe en argent , mais sans lames de fer ; il était immédiatement renfermé dans le gros cœur de bois doré.

On a fait l'ouverture de ces cœurs du temps de Técole militaire, en 4773. 0)

Nous avons été très-heureux de retrouver le registre des procès-verbaux de rÉcole militaire de La Flèche, qui succéda à celle des jésuites. \ous en avons extrait in extenso les procès-verbaux de l'ouverture des cœurs du roi et de la reine opérée en 4773, procès-verbal qui formera appendice à Tun des chapitres suivants.

A la mort de Henri IV, brusquement enlevé de la scène du monde où il jouait un si grand rôle, le pouvoir, tombant entre les mains de la reine, devait naturellement profiter aux partisans de cette princesse, hostiles aux protestants. Le duc de Sully, comme il nous l'apprend par ses mémoires, craignant une violente réaction , se tint d'abord à l'écart. Puis , rappelé avec caresses , il consentit à conserver ses emplois ; mais ce ne fut pas de longue durée. Pour le ramènera elle, la reine lui avait député MM. de Montbazon, de Praslin, Schomberg et la Varenne. Nous ne voyons plus apparaître celui-ci dans les affaires de la Cour; son rôle était terminé. CependanI il n'avait en 4640 que 50 ans, étant né à La Flèche en 4560. Il y revint jouir de la grande position que lui avait faite le roi , son constant bienfeiiteur.

En 4644, Guillaume de la Varenne réunit, par acquisition, le fief de Pouillers (Pouiller ou PouUiez) à sa seigneurie de La Flèche. Ce fief appartenait, en 4 550 à François Le Vayer, qui en était seigneur, et y fonda la chapelle dont on voit encore les restes.

Avec les seigneurs de Bonne-Fontaine , des Pins et des Sars , celui de Pouillers était l'un des quatre pairs du baron de La Flèche, ainsi que nous l'indique l'aveu rendu, en 4453, par Jean, duc d'Alençon, au roi de Sicile et de Jérusalem , duc d'Anjou , pour la baronie de La Flèche. C'étaient des hommes de foi lige ; (2) ils devaient quarante jours d'ost , (3) quand le roi faisait savoir que les vassaux devaient aller à la guerre.

Depuis le dernier séjour d'Henri IV à La Flèche, remontant déjà à plusieurs années, cette ville n'avait pas reçu de visite royale. La reine récente voulut conduire le jeune roi dans la province d'Anjou dont elle avait le gouvernement; il était, en outre, convenable qu'il vint s'agenouiller devant

(1) Manuscrit ;'bibIiothèquo du Prytanée militaire.

(2) Celui qui rendait rhommage ligement, devait être sans éperons, ù genoux, les mains jointes dans ceUes du seigneur et derait en cet état promettre de le servir envers et contre tous. Dans rhommage simple, comme de souverain à souverain, le vassal était debuot en le rendant, avec son épée, les mains libres, sans s'obliger à servir envers et contre toas.

(3) Ost fexercittu). Armée. Service de l'ost ; le vassal doit en armes cl en chevaux suivant la condition de son fief. — Dictionnaire de Michelet.

le c<Bur de son père. Depuis Angers, nous allons suivre leur itinéraire: « Le 4«', lundy, va (le roi) en carrosse au Pont-de-Cé, au chasleau; y « goûte. Le 2 , mardy , part d*Angers après avoir esté hors la ville à la messe « à Saint-Cyr; passe par le Verger (1) pour voir la maison du prince de « Guéménée. Airive à Durtal pour disner où M. le comte de Schomberg,

< seigneur du lieu , luy fait festin. Après disner va chez la royne, puis à la « galerie où il s'amuse à faire ou faire faire des fusées avec des tuyaux de c chaume ; et pour ce que le vent qui venait d'une porte ouverte remuait « les fusées mises sur des planches où il faisait la traînée pour leur donner € le feu , il ferme la porte lui-môme et commande à un archer du corps de € ne laisser entrer personne qui que ce soit. Il advint qu'il donne passage € au sieur Emmanuel , gentilhomme arragonnais et l'un de ses ordinaires , « de façon que le vent passant remue les fusées. Il part de la main , va à 4f l'archer : Pourquoy avez-vous ouvert la porte, je vous l'avois défendu; « je vous ferai casser. L'archer s'excusant dit que c'estoit un de ses com- « pagnons qui venait de sortir, et sur cette occasion ce gentilhomme estoit « entré : Oui , mais je vous avais défendu de laisser entrer personne ; et se * tournant au sieur Emmanuel , mettant le chapeau au poingt , luy dit gra- € cieusement : Ce n'est pas que je ne veuille bien que vous soyez entré , « j'en suis bien aise ; mais c'est que je luy avais défendu de laisser entrer

< personne. »

Si nous n'avons pas omis ce petit détail d'intérieur, c'est qu'il nous paraît peindre déjà le caractère de Louis XIII, alors âgé de \3 ans, étant né le 27 septembre 1601.

« Va coucher à La Flèche. »

L'annaliste d'Anjou ne dit pas que le roi s'installa au château de la Varenne, alors bâti, et le seul qui put recevoir le roi et la reine ; il ne dit pas un mot de ce seigneur. Cependant, la suite du récit nous indique que les augustes voyageurs visitèrent le collège, mais ne s'y établirent pas.

« Le 3 , mercredy, va au jardin (2) voler de petits oyseaux avec ses € esraérillons, va à la messe, puis au collège des jésuites où il vit réciter « une pastorale; en la grande salle fut représentée la tragédie de Godefroy « de Bouillon. En la grande allée du parc, à quatre heures, devant la « royne , la comédie de Clorinde. *

Cette pastorale fut une représentation mythologique; le roi et la reine

(1) Le Verger arait été fortifié en I44I par Pierre Chabot, qui le revendit en 1481 à M. de Bohan. Le cardinal de Rohan fat le dernier de cette famille qni posséda le Verger ; il le rendit on 1778.

C'était la demeure du général Lero.v du Verger, qui revint l'habiter, quand il entra dans le cadre de réserve des généraux. Il en fit don & sa commune en mourant.

^) Ce détail nous donne lieu de croire que le roi logeait au chAteau de la Varcunc, dont les avenues et le parc étaient fort étendus et remarquables.

sont introduits dans le sanctuaire des muses sous reml)1éme d*Apollon et de Pallas ; dix-sept jeunes gens choisis parmi les élèves , viennent , sous le costume et avec le titre d'ambassadeurs, exposer, en autant de langues, Tobjet de leur mission. Parmi eux se trouvait, dit-on, un petit enfant de onze ans , nommé Jean-Baptiste Bude , depuis le maréchal de France Bade de Guébriant. Chacun de ses grades fut la récompense d'une action d'éclat: il avait atteint le dernier échelon quand, à 42 ans , il reçut en Souabe, au siège de Rothweil, une blessure mortelle. Le nom de Jean-Baptiste Bade, comte de Guébriant , maréchal de France , commence donc cette glorieuse liste d'enfants de La Flèche à laquelle chaque guerre vient ajouter de nouvelles inscriptions.

€ Le 4, dîne à Malicorne et part le 5 à onze heures, va à Nages où il « dîne. Arrive au Mans par les faubourgs de laCoutare, y fait son entrée. « reçoit les harangues, puis va à l'église de Saint-Julien. » (0 Quelques années après , le fils et la mère devaient se rencontrer dans le même pays, mais dans des conditions bien différentes.

Nous sommes surpris que l'annaliste, qui nous fait suivre le jeune Louis XIII pas à pas , n'ait pas à nous dire que la reine et Louis XIII s'agenouillèrent devant le cœur du roi , leur époux et père, auprès duquel ils durent passer en se rendant au parc, la chapelle du collège n'étant pas encore bâtie. (2) Les jésuites avaient-ils momentanément enlevé ce cœar pour ne pas impressionner la reine? Avaient-ils reçu des ordres à ce sujet? C'est ce que nous ne pouvons pas dire.

Ce voyage eut pour résultat d'appeler l'attention de Louis XIII ou de ses conseillers sur la nécessité de terminer les bâtiments et la chapelle du collée ; nous avons parlé des dons qu'il fit à ce sujet.

L'établissement de la mairie de La Flèche date de l'année 1615. L'éditde création fut rendu le 15 septembre.

« Louis, etc., etc., sachant de quelle affection le feu roy, notre très- « honoré seigneur et père, que Dieu absolve et en quelle recommandation € elle lui a été de son vivant, les témoignages qu'il en a rendus par tant

(11 D'Anjou, 2"« série, lirre 5 , page 410. — Litterœ annuœ soc. Jétu, — Jules Clère.

(2j M. Coapin de la Couperie, professeur de dessin à TEcole préparatoire, puis spéciale de Saint-Cyr, exposa , dans les premières années de la Restauration , un tableau représentant Sully risitant au collège de La Flèche le monument qui renfermait le cœur d'Henri IV. Quoiqu'aucun document ne fasse mention de cette visite de Sully dans la maison des jésuites, dont il s'était montré Tardent adversaire, cependant il n'est pas impossible qu'il y soit venu incognito et sans la suite nombreuse qui l'accompagnait d'habitude. M. Conpia représente le duc accompagné d'un seul gentilhomme : « On ne saurait trop louer, dit le « Conservateur dans son compte-rendu sur le Salon, Tidée pleine de convenance du peintre « d'avoir caché le visage du second personnage, afin que rien ne détournAt l'attention de « celle du grand ministre versant ses dernières larmes devant la dernière dépouille du roi, « qui avait été son ami jusqn^à sa dernière heure. »

« d'effets et de bienveillance , et, entre tous autres , l'honneur qu'il a voulu « qu'elle reçut du dépôt de la sépulture de son cœur après son décès, Nous € sommes conviés par son exemple et ne pouvons moins pour ce que Nous c devons et sommes obligez à sa mémoire, que de contribuer, ce qui sera et € dépendra de Nous, pour amplifier Notre dite ville et commodité d'icelle. € Et parceque Nous sommes avertis qu'il n'y a eu jusqu'à présent aucuns € magistrats publics, comme il est très-nécessaire, qui aient le soin de la € conduite et administration des affaires communes d'icelle, y désirant

« pourvoir. Nous, pour ces causes Ordonnons, créons et établissons

€ et instituons en Notre ville de La Flèche, un maire et quatre échevins, € qui , dorénavant et pour l'avenir, constitueront le corps communal de « Notre dite ville et seront choisis des plus capables habitants d'icelle pour t cet effet expressément assemblés et convoqués dorénavant par chacun « an, le dixième jour de janvier, en l'hôtel commun de Notre dite ville, et « y sera procédé entre eux sincèrement et sans brigues ny pratiques , par € la seule liberté des suffrages, et les nommés et appelés aux dites charges, « à la pluralité des voix, après avoir prêté serment ès-mains de notre séf nécbal ou son lieutenant au dit lieu d'y bien et fidèlement servir Nous et « le public, demeurer en icelles charges : Scavoir en celle de maire un an « seulement et en celle d'échevins deux ans pour d'autant mieux se former « et rendre capable du fait et maniement des affaires , de sorte néanmoins « que la première année expirée , deux des quatre échevins soient changez € d'avec le dit maire , qu'il sera advisé par les dits habitants et à la plura- « lité des voix d'iceux, et y seront introduits deux autres qui serviront « Tannée avec les deux anciens réservés , lesquels sortiront aussi de charge t l'année suivante ,. y demeurant seulement les deux dernières années avec « deux nouveaux créés , et continueront de là en avant d'être changés en

< la forme susdite , si ce n'est que l'on juge pour le bien public que la con- € tinuation d'aucun d'eux soit nécessaire, qui ne pourra néanmoins être de

< de plus de deux ans , afin que chacun y puisse parvenir selon qu'il s'en € rendra et en sera jugé par les dits habitants digne et capable.

« Donné à Poitiers au mois de septembre , l'an de grâce 4 64 5 et de notre

« règne le sixième.

« Signé : Louis. »

€ Enregistré le 6 juin 1616. »

Les armoiries données à l'hôtel de ville par Louis XIII, sont : De gueules à la flèche d'argent mise en pal, la pointe en haut, accostée

de deux tours d'argent, maçonnées de sable, au chef d'azur chargé de trois

fleurs de lys d'or et soutenu d'or.

Les armoiries de la baronie de La Flèche sont : De sinople à une bande d'or, écartelé d'or à tm pal de sinople, Guillaume Fouquet de la Varenne, en 1616, n'avait encore que 56 ans et

il touchait au terme de sa carrière. Sa vie d'homme de guerre et celle d'homme de cour Tavaient usé de bonne heure. Cependant, il ne deTaitpas mourir avant d'avoir vu sa ville natale dotée d'un hôtel de ville et luimôme honoré du titre de marquis de la Varenne.avec tous les droits attenant à cette position. Henri l'avait comblé de dons de toute nature , aidé dans toutes ses diverses acquisitions; Louis XIII les réunissait toutes sous une môme dénomination et sous le môme titre. Le 7 juin 1646, Louis XIII, en effet, unit les fiefs de la Garde-Chamaillard et du Bois de Vaux, les Pins, les Sars, Luché, Pouillers, Scircené et Saint-Thomas de La Flèche, qui composaient la terre de la Varenne, et érigea cette môme terre en Marquisat, avec droit de basse, moyenne et haute justice, le tout relevant du duché de La Flèche et de Beauraont.

La plupart de ces fiefs (\) provenaient des dons d'Henri IV à Guillaume Fouquet, son favori, à qui il avait concédé une grande partie des dépendances du vieux château, le surplus lui appartenait par acquisition ou venait au moins en partie de sa première femme , Catherine Foussard , de la Foussardière, terre noble en Sainte-Colombe.

Dans les Mémoires de Sully, nous trouvons, tomel, livre 6, page 351 0 593) :

« Son nom est Fouquet; celui de la Varenne lui vint du marquisat de la « Varenne, en Anjou, qu'i/ acquit. »

La seigneurie de la Varenne ne nous paraît pas avoir été primitivement un marquisat; car dès le moment de son acquisition par Fouquet, moment dont la date est antérieure à 4593 , Fouquet en aurait pris le titre avec le nom ; ou au moins aurait pu s'intituler marquis en recevant ses lettres de noblesse. Et en 1606, au moment du mariage de son fils, il ne prend que le titre de baron de Sainte-Suzanne.

La Varenne mourut vers la fin de Tannée 1616. Nous avons eu en main l'original de son testament (2) dont voici les termes :

« Messire Guillaume Fouquet, marquis de la Varanne, chevalier de « l'Ordre du roi, conseiller en ses conseils d'État et privé, capitaine d'une « compagnie d'hommes d'armes de ses ordonnances, (3) et lieutenant- « général au gouvernement d'Anjou, étant de présent en cette ville de La « Flèche, lequel considérant la grande grâce que Dieu lui a faite de lui « avoir conservé le jugement sain et entier, comme il nous en est « apparu et aux témoins, cy-aprës, nonobstant la maladie qu'il a

(1) Pesche. Département de la Sartke,

(2) Chartrier de M. Goutn d'Ambriëres.

(3) Ordonnance (turba cataphracta). Co terme de guerre, s'emplot pour désigner certains corps d'élite. On appelle compagnie d'Ordonnances, celles qui n'entraient pas en corps de régiment et qui consistaient en gendarmes et en chevaux-légers, tant du roi , de la reine ou d'autres princes du sang.

G. FOUOUET DE LA VARENNE, VINGT-CIÎiQUIÈME SEIGNEUR. 54

« eiulurée depuis deux mois et davantage Veut et entend ledit testateur

€ que son corps soit porté à l'église M® Saint-Thomas de cette ville en telle « forme qu'il plaira à dame Jehanne de Poix son épouse et enfants du tes- ^ tateur, d'en ordonner ensemble des frais des funérailles et des aumônes

< aux pauvres, ses fermiers y étant.

< Veut et ordonne, suivant la grâce que lui a maintes fois accordée le feu

* roy Henry-le-Grand son bon maître, que son corps soit porté en la salle « des Pères Jésuites de cette ville qui leur sert à présent de chapelle et soit

< mis sous le cœur dudit feu roi, qui y repose en attendant que l'église du

< collège desdits Pères soit parachevée, où alors il veut que son corps soit « enterré aux pieds des urnes esqueJles seront mis les cœurs tant dudit feu t» roi que de la reine mère. Et en considération de cette grande faveur et

< autres considérations qu'il n'a pas voulu exprimer, il a donné et donne € auxdits Pères Jésuites pour aider à parachever leurdite église , la somme € de douze mille livres tournois. Il charge son fils d'acquitter cette somme « et d'en commettre l'emploi au sieur des Roches, élu de La Flèche. » Ce testament a été dressé par le notaire Rouveau.

Nous laissons à Saint-Simon la responsabilité du récit qu'il fait de la mort de ce seigneur de La Flèche.

« 4647. Tessé avait marié l'année précédente sa (llle aînée à la Varenne, « moyennant la lieutenance-générale d'Anjou , qui était dans sa famille i depuis Henri IV, qui la donna avec La Flèche à ce la Varenne si connu

* dans tous les mémoires de ce temps-là pour avoir eu l'esprit et l'adresse i de devenir une espèce de personnage de marmiton , puis de cuisinier, i enfin de porte-manteau d'Henri IV qu'il servait dans ses plaisirs , et qu'il « servit depuis dans ses affaires. Ce fut lui qui eut la principale part au

< retour des Jésuites en France, et à ce magnifique établissement qu'ils

< ont à La Flèche dont il partagea la seigneurie avec eux. Il s'y retira, à la « mort d'Henri IV, très-riche et vieux et y vécut fort à son aîse. (4)

« C'était beaucoup la mode des oiseaux en ce temps-là, et il s'amusait ^ fort à voler. Une pie s'étant relaissée un jour dans un arbre , on ne pou- « vait l'en faire sortir à coups de pierres et de bâtons ; le vieux la Varenne « et tous les chasseurs étaient autour de l'arbre à tâcher de l'en faire par- « tir, lorsque la pie , importunée de tout ce bruit , se mit à crier de toute « sa force : Au Maquereau, et le répéta sans fin. La Varenne, qui devait « toute sa fortune à ce métier, se mit tout à coup dans la tète que , par mi- « racle, comme le reproche que fit l'âne de Balaam à ce faux prophète, la

< pie lui reprochait ses péchés. Il fut si troublé qu'il ne put s'empêcher de « le montrer, puis, agité de plus en plus, de le dire à la compagnie; elle

(I) Les jésuites n'avaient aucune part dans la seigneurie de La Flèche. Henri IV leur I donna son palais et dota richement le coUégo , comme c'était l'usage alors.

« en rit d'abord, mais, voyant ce bonhomme changer beaucoup, puis :?e « trouver mal , on tâcha de lui faire entendre que cette pie avait apparem- « ment appris à parler dans quelque village voisin et à dire cette sottise, « et s'était trouvé là. Il n'y avait, en effet, pas autre chose à croire, mais « la Varenne ne put jamais en être persuadé. Il fallut du pied de l'arbre le « ramener chez lui ; il y arriva avec la fièvre et toujours frappé de cette « folle persuasion ; rien ne put le remettre , et il mourut en très peu de « jours. C'est l'aïeul paternel de tous ces la Varenne. »

Comme nous le dirons en son temps, M. le duc de Saint-Simon vint à La Flèche, vers 1709 ou 1710, avec M. Chamaillard, après la disgrâce de ce ministre. Et c'est alors probablement qu'il apprit ce conte , qui nous parait fait à plaisir, assez bien arrangé du reste et fort bien raconté.

La Varenne , à l'époque de sa mort , était loin d'être un vieillard prêt à tomber en enfance. Né en 1560, il n'avait alors que 56 ans; il remercie Dieu dans son testament de lui avoir conservé le jugement sain et entier, comme l'attestent au reste ceux qui l'assistent à ses derniers moments.

Dans cette pièce irrécusable que nous avons eu entre les mains et qui est signée de sa main tremblante, il y est dit : « nonobstant la maladie qu'il « a endurée depuis deux mois et davantage. »

Nous nous refusons donc à donner le moindre crédit à cette aventure que le satyrique duc a bien vite saisie et arrangée dans ses mémoires , tome II , chap. VI , pages 72-73.

Il existe un autre testament oublié dans un des cartons d'un notaire de La Flèche, l'un des successeurs probablement de M« de la Pousse. Une vénérable religieuse nous a affirmé Yavoir lu et être restée très-frappée des termes de cette pièce intéressante. M. de la Varenne y donnait le détail de toutes les dépenses qu'il avait faites pour bâtir son château et embellir les alentours, de toutes les fondations qu'il avait provoquées pour La Flèche ; il terminait mélancoliquement en jetant un long regard sur l'avenir : « Ceux qui viendront après moi , sans « amour de la patrie , sans foi et sans honneur, détruiront le résultat de « mes inconstants efforts »

Ces craintes se sont réalisées ; la Révolution de 1793 a commencé l'œuvre , et en 1819, la vente du château et de ses appartenances , puis l'esprit de spéculation des acquéreurs ont anéanti de fond en comble toutes les créations de la Varenne, dont le nom est à peu près ignoré des habitants d'une ville de la prospérité de laquelle il a posé les premières bases.

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