ARRIVÉE ET INSTALLATION DES JÉSUITES AU CHATEAU-NEUF DE LA FLÈCHE
On a pensé que le premier projet d'Henri IV fut de mettre le collège de La Flèche au prieuré de Saint-Jacques ; cependant sa lettre au cardinal d'Ossat,oùil est question d'un certain prieuré, n'est pas suffisamment explicite pour pouvoir l'affirmer.
Nons aimerions à croire que la première idée du roi fut de l'installer dans son propre château ou que, suivant une tradition qui s'est perpétuée dans le pays , ce fut la Varenne qui lui conseilla de l'abandonner aux Jésuites , ainsi que le parc où il était bâti. Le présidial y tenait ses séances depuis 4595, époque de sa création. Il fallut donc y pourvoir, et sur les 300,000 livres que le roi donna sur son épargne pour approprier le château à sa nouvelle destination, 12,000 livres furent distraits pour bâtir un palais à cette juridiction qui, en attendant, résida au couvent des Cordeliers, depuis des Récollets , pendant qu'on mettait ce projet à exécution â l'angle de la rue du Château et de celle des Quatre-Vents, où se trouve â cette heure un magasin de nouveautés.
Le château appelé Neuf, pour le distinguer de l'ancienne forteresse féo* dale des premiers seigneurs de La Flèche, était habité par Anne Foussard , contrôleur de la maison du roi, très-probablement beau-frère ou parent de la Varenne qui avait épousé une fille de môme nom.
Il parait que Foussard ne recevait aucuns fonds pour l'entretien de ce domaine royal. L'estimation qui en avait été faite au nom des créanciers du roi de Navarre (le Béarnais n'était pas riche) ne monta qu'à 10,000 livres pour le château, les offices qui en dépendaient, les cours, jardin, plant et pré, le tout d'une contenance de 6 à 7 arpents, en ruine et, en général, en très-mauvais état. Le procès-verbal indiquait, en outre, qu'une somme égale â celle de l'estimation suffirait à peine pour les réparations. De plus , le contrôleur et garde du roi se montrait bien peu sévère à l'égard de ses concitoyens déchois ; car, après l'arrivée des Jésuites, la sénéchaussée, en
date du 26 février 1604 et probablement d'après les plaintes des Pères, dul rendre une sentence signée Cesneau et Fourreau , condamnant à 4 0 livres d'amende et à la prison, jusqu'entier paiement, toute personne qui viendrait couper du bois dans le parc ou môme y entrerait pour s'y promener. Ce qui fut publié au prône de la messe paroissiale et au marché à son de trompe, suivant l'usage. Cette publication est signée de Cens, Le Sourd et Bidault.
Le 29 décembre \ 603 , le lieutenant général criminel en la sénéchaussée de La Flèche rendit un arrêt pour l'exécution d'une lettre de cachet adressée au lieutenant général du duché de Beaumont, au siège de cette ville, par Henri IV, en date de ce même mois , par laquelle Sa Majesté lui mandait que pour l'établissement du collège des Jésuites , il avait destiné le château neuf avec la basse-cour, et qu'aussitôt la lettre recueil s'y transportât pour ordonner au concierge et autres personnes qui y logeaient d'en sortir de suite , parce qu'il tenait d'une manière absolue à ce que les Pères pussent ouvrir leur collège dès le 1®' janvier.
En vertu de cette lettre, le lieutenant général criminel se transporta au château, le 29 décembre 4603, en l'absence du lieutenant général civil , accompagné du procureur du roi , et fit commandement au concierçe Foussard d'en sortir. Celui-ci demanda huit jours pour avoir le temps de se caser autre part, représentant que la garde du château lui avait été donnée après quarante années de service et que d'ailleurs, il avait une indemnité à demander pour les dépenses qu'il y avait faites. A ce sujet, il fut renvoyé à la justice ordinaire, après avoir donné communication de son mémoire. (1)
Pour ce premier établissement, on fit venir de Pon(-à-Mousson le P. Barny, (2) procureur de la province et nommé supérieur du nouveau collège, les PP. Brossard Pierre, Pinson Jean, Guèrin Olivier, Sandier et
(1) Dans le titre de fondation du collège de Sablé, daté de 1602, nous trouvons une note très-curieuse et prouvant que le projet d'Henri IV n'était pas inconnu dans le public : « Dans le cas, y est-il dit, où l'administration userait de malversations ou voudrait s'attri- « buer une partie des appartements dudit collège de Sablé, tous et chatcuns des revenus « dudit coleige seront appliques à la ville de La Flèche pour y ériger un eoleige ou pour « augmenter celuy qui là y seroit érigé — »
Il est ajouté que dans le cas de désordres à La Flèche, ces revenus seraient donnés moitié au grand séminaire du Mans et moitié au collège neuf (de BueiC) d'Angers.
Le soixante-et-uuième évéque d'Angers, Ilardouin de Bueil, occupa ce siège de 1438 à 1417. Ce collège neuf avait été établi en 1509, par des docteurs licenciés et bacheliers de l'Université de la nation d'Anjou. Le désir de procurer aux jeunes gens pauvres les mojens de faire leurs études , les porta , sans doute , h entreprendre cette bonne œuvre ; car ils y placèrent quelques boursiers. En 1545 , on donna à ce collège un principal et des régcots. Soos répiscopat de Mgr de Bueil; l'Université reçut do nouveaux statuts et fut divisée en 6 nations : Bretagne — Maine — Normandie — Aquitaine — France — Anjou.
(3) Le P. Barni était non-seulement rompu aux affaires , mais encore homme de lettres fort distingué, ainsi qu'on en trouve la preuve dans V Histoire de V Université de Paris, par Grévier.
INSTALLATION DES jfeUlTES A LA FLÈCHE. 97
Pierre Cliesnart, les maîtres (1) Jean Roger, Julien Durand, François Motier el Pierre Person , qui furent mis en possession du château neuf. Ils éULient partis de leur résidence le 16 octobre 1603 , arrivèrent à Paris le 23 do même mois et à La Flèche le 2 janvier 1604.
Comme le château n'était ni meublé ni accomodé aux usages de ces religieax, ils durent accepter l'hospitalité que leur offrit M. de la Yarenne. Le château de ce seigneur, que nous avons vu abattre en 1819, n'était pas encore bàli. Les reçut-il dans le vieux château féodal , conservant encore alors one certaine importance , quoique démantelé par les Anglais , ou la maison habitée à cette heure par M™« Gendron , considérable pour l'époque , et qui l'a été autrefois par les intendants des seigneurs de La Flèche? Nous n'avons à ce sujet aucune indication.
On travailla de suite à l'établissement du collège. Cette entreprise était en bonnes mains, et, avec l'appui du roi, dut marcher promptement malgré les entraves qu'y mettait Sully. L'emplacement fut bientôt jugé trop étroit et M. de la Varenne fit estimer une vingtaine de maisons et jardins qui joignaient le château et formaient tout un côté de la rue de la Juiverie (actuellement rue du Collège). Les misérables maisons qui formaient l'autre côté et faisaient face au collège indiquaient bien , telles que nous les avons vues, quels devaient en être les habitants. Outre ces maisons et terrains jogés nécessaires à l'agrandissement du collège, les Jésuites achetèrent, de leurs deniers, plusieurs maisons du côté de la basse-cour. Les experts les fôtimërent, en totalité, au prix de 1850 livres , mais elles ne furent démolies et positivement annexées qu'en 1606, époque à laquelle le devis fut donné au rabais, savoir : la maçonnerie au sieur Bidault, à 30 livres la toise, la charpente au sieur Plessis, et la couverture au sieur Ëstourneau, à 18 livres la toise.
Il fallut acquérir d'autres parcelles , quand on fit la clôture du parc en le rendant plus régulier. M. de la Yarenne, dans le même but, donna aux Pères un morceau de terre de la pièce du Grand-Parc. (2) Mais il y a un point qu'on ne peut éclaircir; c'est que le procès-verbal d'arpentage qui fut bit en 4603 dit que la maison , le jardin et le parc ne contiennent que de 6 à 7 arpents, tandis que le jardin et le parc seuls en contiennent six fois autant et ainsi qu'il convient à une maison princière. Les annexes quelles qu'elles fussent ne pouvaient pas produire une telle différence. On pourrait penser que dans cette pièce officielle^ le roi avait voulu qu'on rendît moins important le don qu'il faisait aux Jésuites aux yeux des opposants et surtout de son rude surintendant des finances.
(1) Les pères a?aient été obh'gés de s'adjoindre quelques maîtres laïcs.
^) Nous pensons que la pièce du Grand- Parc est ce qu'on appelait le Pare-aux-Dameg (eoome ajant appartenu jusqu'à la Révolution au couvent de Notre-Dame) compris entre ie pare du collège et le faubourg Saint-Germain et maintenant entièrement bâti.
« II est certain , écrit un P. jésuite, que celui qui eut plus de part à Téta- « blissement du collège , fut M. de la Varenne. Ce fut lui qui suggéra au € roi de le placer dans sa maison , qui fit faire la résignation des bénéfices € que le roi avait destinés pour nos fondations et qui fit faire restimation « des maisons qu'il fallut abattre pour bâtir le collège. Il est dit même dans « une de ses lettres, qui est dans nos archives , que ce fut lui qui nous fil « donner les Papegaux et qu'il pouvait les garder pour lui s'il l'eut vouln. « Mais comme ce fut lui aussi qui toucha 400,000 écus, que le roi donna « pour l'établissement du collège et qu'il fît toute la dépense, nous eâmes « quelques différents avec lui pour cela. Car nous prétendions qu'il y avaîl « eu quelqu'infîdélité de sa part dans cette administration. L'opinion com- « mune était qu'une partie de cet argent était employée aux bâtiments de « sa maison et qu'en faisant faire la nôtre , il faisait faire la sienne d'an « môme pied et du môme argent.... » (\)
De ce qui précède, nous devons conclure seulement, faute de preuves, que le roi avait positivement donné mission à Guillaume Fouquet de la Varenne de conduire et de diriger toutes ces affaires, et que le château de ce seigneur fut bâti en môme temps que le collège, vers 4604 ou 4605.
Au reste, l'état de distribution des 300,000 livres accordées par le roi, daté du 46 octobre 4606 et déposé dans les archives des Jésuites, indiquait ce qui suit :
Aux bâtiments et à l'église du collège 465.000 livres.
Pour ocftat des maisons voisines S4.000 —
Pour indemnité à ceux qui jouissaient, quoique sans titre , des bénéfices annexés à l'établissement du collège comme fondation fixe et perpétuelle 75.000 —
Pour achat de livres 3.000 —
Pour achat d'ornements 3.000 —
Pour rendre à M. de la Varenne , qui avait avancé cette somme pour nourriture et achat de meubles pendant l'année 4604 6.000 —
Ces différentes sommes forment un total de S78.000 livres.
Si on y ajoute celle de 42.000 livres prélevées pour construire le palais du présidial on obtient la somme de S85.000 livres.
(1) Tous ces renseignements on détails si précis qni sairront, sont tirés d'an manuscrit d*an Père jésuite appartenant à la bibliothèque du Prytanée militaire. C'est le seul qui s'y trouve À celte heure. Quand les Pères jésuites du collège de La Flèche le quittèrent sous le ministère Choiseul, ils transportèrent tous leurs titres et lettres dans la maison Guéhery, rue du Château, abattue maintenant et remplacée par le joli hôtel bftti par M. de la Porte. Le manuscrit que nous avons consulté donne la nomenclature de tous ces titres.
Renseignement oral donné à M. de Montzey par M. le chevalier de Morant, chevalier de l'ordre de Saint-Louis , ancien élève des doctrinaires au coUége de La Flèche.
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R^te 1 5.000 livres dont nous ne trouvons pas l'emploi. Serait-ce cette diflérence que les Jésuites réclamaient à la Varenne ? Une tradition qui â*est coQstamment transmise, dit que le roi avait accordé à son favori Tautorisatîon de se servir des matériaux qui se trouveraient sans emploi pour la constmction du collège. D'un autre côté, l'écrit des Jésuites vient prou- Ter que son château s'élevait en même temps qu'on bâtissait au collège. Noos ne nous permettrons pas de trancher cette question d'où il résulte que la Varenne conseiTa la haute main dans toute cette opération qui, en somme , plaça la ville , siège principal de sa seigneurie , au-dessus de toutes celles de la même importance.
Aax conditions générales de la fondation , le roi avait ajouté celle de dire une messe basse tous les jours ouvriers et une messe solennelle tous les dimanches et toutes les principales fêtes à l'intention du fondateur, auxqoelles messes devaient assister tous les écoliers, qui, à la sortie des classes du soir, seraient, en outre, réunis dans la même église pour y faire quelques prières à la même intention.
Le roi tenait expressément à ce que le collège fut en plein exercice dès l'arriTée de Jésuites et au commencement de 1604. Il savait qu'il n'y avait rien de tel que le fait accompli pour empêcher les réclamations des opposants , qui ne furent pas les derniers à envoyer leurs enfants au collège. Barthélémy Roger, bénédictin de l'abbaye de Saint-Nicolas d'Angers et contemporain, affirme que dès 4604 « on commença d'y faire la leçon c en grammaire, rhétorique, philosophie, mathématiques, théologie et
€ hébreu » (0
Les Jésaites établirent de suite et comme ils le purent, leurs premiers élèves dans le château neuf et les rejoignirent aussitôt qu'ils trouvèrent â s'y loger convenablement eux-mêmes.
En moins de deux ans, l'établissement prit une véritable importance, ainsi que le témoignent les remerciements que le Général de l'Ordre crut devoir adresser au roi qui, en date du S3 décembre 1606, lui répondit: t Monsieur le Général, j'ay pris en bonne part le remerciement que vous 1 m'avez faict par vostre lettre du \ 4 novembre , touchant le collège de La
< Flèche , et la protection de ceux de votre Ordre de mon royaume , le bien
< et l'avantage duquel j'aurai à plaisir de favoriser aux occasions qui se € présenteront , ainsi que vous entendrez plus particulièrement du P. Cot-
< ton , auquel aiant faict savoir mes instructions , je ne vous en ferai au- € cane reditte par celle-ci , priant Dieu, monsieur le Général, qu'il vous ait
< en sa sainte garde »
(1) Mamucrit édile par la Revue de VAnjou, mars et avril 1853.
(S) Cette lettre d'Henri IV au général de TOrdre est inédite, dit M. Clère. — Bittoire de ncoU de La FUche,
Mais redit de fondation ne fut rendu par Henri IV qu'au mois de mai 1607. Avant de donner à cette institution vraiment royale un caractère plus indiqué, il avait voulu rendre chacun juge des premiers résultats et prouver à tous qu'il avait eu pleine raison de ne point se laisser impressionner par de vaines terreurs. Comme guerrier et administrateur, c'était un homme pratique. Cet édit fonde d'une manière stable. Ainsi était l'usage jusqu'à la Révolution de 1789. Jusqu'à cette époque, toute institution publique d'éducation ou de bienfaisance n'était considérée comme fondée, que lorsqu'elle était dotée de biens et de revenus inaliénables et tout à fait indépendante de ce que nous appelons à cette heure le budget. Chacune de ces maisons s'administrait elle-même sans que les secousses politiques pussent venir diminuer ses ressouces et l'arrêter dans sa marche. Dans un de ses mémoires pour la fondation de l'école militaire de Paris , Paris Duverney, qui y prit une si grande part, dit : « En résumé, pour la fondation en question , as- « signation sur les revenus de Sa Majesté, fâcheuse et peu stable; au con- « traire, dotation et dotation aliénée , la dotation et l'aliénation se tenant « d'une manière absolue , base stable et rassurante contre les chances de « de l'avenir,,,. » (1)
Henri IV, dans son édit, n'oublia pas ces conditions si vitales. En le rendant, ce prince avait encore en mémoire les instructions et les conseils de Lanoue, son brave compagnon d'armes, qui savait par expérience que les maisons des princes et compagnies de gendarmerie n'étaient plus, comme autrefois, de bonnes écoles pour les jeunes gentilshommes: « A présent « pour ce qu'en ces lieux-là , ils n'y rencontrent une nourriture si exquise « comme aucuns le désireraient. Quelque bon ménager du public, disait « encore le brave chevalier, prétendra qu'il vaudrait mieux regarder à « acquitter le roy que de le jetter en nouvelle despence. Je réponds que « ceci est l'acquitter d'une des plus belles dettes à quoy il est obligé, qui est « de rendre sa Noblesse ornée de vertu.... » (2)
D'un autre côté, Saumur avait déjà son académie. A l'appel de l'illustre huguenot Duplessis-Mornay, de célèbres professeurs s'étaient rendus dans cette ville et y avaient établi une institution où, dans le sens de la Réforme, s'enseignaient la philosophie, l'hébreu, le grec et l'éloquence. Saumur était donc pour l'Europe protestante ce que La Flèche allait devenir pour l'Europe catholique.
Bien peu de temps après devait apparaître une autre école animée de l'esprit de Jansénius et placée à Angers, l'un des sommets du triangle formé par cette ville , Saumur et La Flèche.
(1) Institutions d'éducation militaire, tome 1, livre 2»*, chapitre H, page 150. — Cb. de Montzey. 1867.
(3) Discours militaires, — Capitaine Lanoue. 1587.
Loyola , Calvin et Jansénim. Singulière rencontre dans la même proTince !
Voici redit de fondation du collège de La Flèche , monument des libérales intentions du roi et de son affection pour cette ville : c Henry, par la grâce de Dieu , etc. ;
€ Voulant joindre , autant qu'il nous sera possible , à la valeur et pros- € péri té de nos armes, la piétés l'amour des choses saintes et Tinstruction € des bonnes mœurs, afin de mériter par ce moyen la continuation des 4 grâces, faveurs et bénédictions qu'il a plu à Dieu d'étendre sur cet Etat, « et jugé que cela dépend en partie de l'éducation , conduite et discipline
< de la jeunesse, qui se ressent toujours de la première trempe, nourriture € et impression qui lui a été baillée dès ses plus tendres années , nous € avons résolu de mettre l'une de nos principales sollicitudes à rechercher
< les moyens de faire prendre de louables teintures à celle de nos royau-
< mes , la faire instruire aux bonnes lectures et la rendre amoureuse des c sciences, de l'honneur et de la vertu, autant que faire se pourra, pour
être tant plus capable , lorsqu'elle sera parvenue en âge de servir au put blic ; et d'autant que nous avons déjà vu par expérience combien les Pères c de la Compagnie de Jésus sont propres à cet effet , et le grand profit c qu'ils ont fait, tant par leur doctrine que par bons et sages exemples en € plusieurs endroits de nos royaumes ; voulant favoriser particulièrement € notre ville de La Flèche, en Anjou, demeure de nos ancêtres ;
c Pour ces causes , et autres bonnes et grandes considérations à ce Nous t mouvant, avons par cetttiy notre présent édit perpétuel et irrévocable , t fondé, et établi, fondons et établissons auxdits Pères un collège en icelle € ville de La Flèche , voulons et entendons qu'il soit comme un séminaire « général et universel , auquel ils enseigneront toutes les sciences et facult tés qu'ils ont accoutumé d'enseigner aux plus grands collèges et univer-
< sites de leur compagnie, savoir est : la grammaire, les humanités, la I rhétorique, la langue latine, grecque et hébraïque, la philosophie, logique, morale, physique et métaphysique, les mathématiques, la théologie scholastique , les cas de conscience et la Sainte-Écriture; et afin
< qu'ils aient tant plus moyens de s'entretenir dignement et faire toutes les fonctions requises et nécessaires, nous leur avons promis et accordé, promettons et accordons , pour la dotation dudit collège , la somme de
I vingt mille livres de revenu pour chacun an , qui se prendra sur les I revenus des abbayes de Bellebranche et Mélinais, et des prieurés de I Saint-Jacques, Luché et l'Eschen^au, que nous avons fait unir audit col- K lége ; sur les droits des papeguays de Bretagne que nous affectons aussi I pour le même effet; que si tout ce que dessus ne revient â ladite somme : de vingt mille livres par chacun an , nous promettons de faire pourvoir t d'ailleurs ; et pour la demeure et habitation desdits Pères , nous leur
« avons donné et octroyé , donnons et octroyons par ces mômes présentes « notre propre maison en ladite ville de La Flèche , les jardins et para « attenants, promettons de leur faire bâtir Téglise et collège selon le dessii € et projet que nous en avons fait faire , laquelle église nous avons choisu € pour être le domicile de notre cœur et de celui de notre très-chère épons4 € après nos décès. Voulons , entendons et nous plait qu'ils jouisssent onc<
< ques et à l'avenir de toutes les choses susdites, pleinement et paisible- € ment, aux charges et conditions que lesdits Pères seront chargés d'en-
< tretenir audit collège toutes les lectures et sciences ci-dessus spécifiées « qu'ils feront dire une messe tous les jours , où assisteront tous les escho- « liers , laquelle messe, aux dimanches et fêtes principales , sera solennelle « pour nous, et ce, outre toutes les autres messes, prières et oraison « qu'ils font suivant leurs constitutions, et qu'au sortir des classes du soir « ils feront assembler en ladite église leurs escholiers, auxquels ils feron « chanter une antienne avec les oraisons pour nous ; et advenant notr « décès, viendront prendre nos cœurs pour les transporter en l'église dn « dit collège de La Flèche , destinée à cet effet.
€ Si donnons mandement à nos amés et féaux conseillers, les gens tenao « notre Cour de Parlement à Paris et autres , nos justiciers et officiers qu'i « appartiendra, que ces présentes ils aient à faire lire, publier et enregis « trer, et du contenu en icelles jouir et user lesdits Pères Jésuites , pleine « ment, paisiblement et perpétuellement ; cessant et faisant cesser tou € troubles et empêchements à ce contraires, nonobstant tous édits, ordon « nances , règlements , mandements d'effets et lettres, car tel est notr
< plaisir, et afin que ce soit chose ferme et à toujours stable , nous avon « fait mettre notre scel à cesdits présentes, sauf, en autres choses, notr « droit et l'autrui.
« Donné à Fontainebleau, au mois de mai de l'an de grâce 4607 etd « notre règne le dix-huitième.