‹ Histoire de la Floride françaiseChapitre 14 sur 72 · HOSTILITÉ DES INDIENS · texte numérisé non relu

HOSTILITÉ DES INDIENS

I. La haine du paracousi Satouriona duroit contre moy, tant que le vingt neufiesme du mois d'aoust, il tomba, à my lieûe nostre fort, un foudre du ciel plus digne (ie croy-ie) d'estre admiré et couché par escrit que tous les estranges signes que Ton ait veuz par le passé , et dont les historiens ayent iamais escrit. Car nonobstant que les prairies fussent en ce temps là toutes verdes et my couvertes d'eaux, n'est-ce que la foudre en un instant en consomma plus de cinq cens acres, etbruslapour sa challeur ardente, tous les oyseaux, qui lors s'esgayoient par les prairies : chose qui continua pas l'espace de trois iours, qui ne fut sans nous donner bien à penser, ne pouvansiuger dont procedoit ce feu : tantost nous avions opinion que les Indiens brusloient leurs maisons, et par crainte de nous, abandonnoient leurs places : tantost nous estimions qu'ils avoient descouvert quelques vaisseaux êh. mer, et que suivant leur coustume ils allumoient ça et là force feux, pour donner à cognoistre qu'il y avoit habitation en leur terre. Toutesfois m'en estant asseuré, ie résolus d'envoyer vers le paracousi Serranay, pour en sçavoir la vérité.

II. Gomme i'estois sur le point de faire embarquer quelqu'un pour descouvrir ce faict, six Indiens arrivèrent de la part du paracousi Allicamany, qui de première entrée me feirent un grand discours (après m'avoir présenté quelques panniers plein de mil, de citrouilles et de raisins) de l'alliance amiable qu'Allicamany avoit envie d'entretenir avecques moy : et que de iour en iourne faisoit qu'attendre l'heure qu'il me plairoit l'employer à mon service. Pour ce, entendu l'obéissance qu'il me portoit, il trouvoit fort estrange la canonnade

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que TaTois fait tirer vers sa demeure : laquelle a?oit fait brusler une infinité de verdes prairies^ et consumé iusques dedans Feau, approché mesme si près de sa demeure^ qu'il pensoit veoir le feu en sa maison : pource il me supplioit très humblement de commander à mes gens que plus on ne tirast vers son logis, autrement il seroit contraint pour l'advenir abandonner sa terre, et se retirer en quelque lieu plus escarté de nous. Ayant entendu la folle opinion de cest homme, qui toutesfois ne nous pouvoit estre que beaucoup profitable, ie dissimulay ce que i*en pensois pour lors, et respondis aux Indiens d'un visage assez ioyeux, que le récit qu'ils me faisoient, de l'obéissance de leur paracousi^ m'estoit fort agréable : pour ce que par le passé il ne s'estoit monstre tel en mon endroit, spécialement quand ie Tavois sommé de me renvoyerles prisonniers qu'il detenoit du grand Olata Onae Outina, dont toutesfois il n'avoit faict grand compte, qui estoit la cause principale pour laquelle ie luy avois faict tirer la canonnade : non que l'eusse eu envie de donner iusques à sa maison, comme aisément ie pouvois faire, si bon il m'eust semblé, mais que ie m'estois contenté de faire tirer iusques à my chemin, pour luy faire connoistre ma puissance. L'asseurant au resté que moyennant qu'il perseverast en sa bonne affection, on se deporteroit de plus faire tirer à Tadvenir : ains ie luy serois loyal défenseur contre ses plus grands ennemis. Les Indiens contentez de ma responce, retoumerentasseurer leur paracousi, quinonobstant l'asseurance, s'absenta de sa demeure à bien vingt et cinq lieues, et ce par Tespace de plus de deux moys.

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