‹ Histoire de la Floride françaiseChapitre 26 sur 72 · VI · texte numérisé non relu

VI

Charles IX a Forquevaulx.

Tay esté très-aise d'entendre par vostre lettre du cinquiesme de ce

mois les nouvelles de delà dont elle faict mention (2) Vay veu

ce que vous m'escrivez du desplaisir qu'ils ont par delà de mes gens qui sont à la coste de la Floride, de quoy l'ambassadeur (3) qui est îcy n'a pas failli de faire la mesme plaincte et bailler le mémoire dont ie vous envoyé (4) copie : sur quoy luy a esté respondu que vous .verrez et que vous pourrez suivre si le Roy mon frère, ou ceulx de son conseil vous en retournent parler, comme i'estime qu'ils fairont ; et quand tout est dit, ie ne voy pas grand propos de me vouloir frustrer d'une chose où mes subiects ont passé à si long temps planté mes armes, et possédée sans aucun empeschement, et d'alléguer l'ombre qu'ils peuvent avoir pour leurs vaisseaux qui retourneront de plus avant. Entre amis ceste considération la n'a point de lieu , d'autant que ie veuls , et entends que les actions de moy et dé mes subiects soient si sincères que non pas le Roy Catholique seulement, mais le moindre amy que ie puisse avoir, y trouve la mesme seureté qu'il sçauroit demander en ses propres subiects. Et que s'il y en a aucun des miens qui face chose contre le devoir de nostre amitié ne qui s'advance d'entreprendre contre la teneur des traictés que nous avons ensemble, ie le feroy si bien

(1} Manuscrit 10751, fol. 58. — Cf. du Prat, p. 408. (2) Cf. lettre IV.

(S) D'Alava.

{U) Cette note de Pambassadeur, rédigée en espagnol, a été conservée dans le manuscrit (fol. 59]. — Du Prat Ta reproduite A la page 409.

DE FORQUËVAITLX. 413

chastier qu'il connoistra que ie chemine clairement et candidement en toutes choses^ comme ie vous prie de l'en bien asseurer.

Plessis-les-Tours, 28 novembre ^S65.

VII (i).

Note de Charijes IX en réponse, a celle de l'ambassadeur

d'Espagne (2).

Le Roy n'entend point que ses subiects entreprenent en quelque sorte que ce soit sur les pais possédez et conquis par le Roy Catholique des Ëspaignes, son bon frère, en quelque lieu que ce soit; mais aussi ne seroit-il raisonnable que Sa Maiesté Catholique voullit tellement empescher, brider et coarcter aux subiects de Sa Maiesté la liberté de la navigation qu'ils ne puissent aller naviguer et saccommodér es autres lieux, mesme en celluy qui a esté descouvert passé cent ans par ses subiects, et qui est dès ce temps en tesmoignage et mémoire de la descouverte faicte par les François , appelée la terre et coste aux Bretons. Mais si Sa Maiesté Catholique a pensé que les François voulussent delà entreprendre , soit par mer ou par terre, chose qui soit au préiudice des subiects de sa Maiesté Catholique et des pays qui sont à elle. Sa Maiesté sera tousiours preste d'entendre aux moyens qui seront propres pour y donner Tordre et la seureté nécessaire et si ses subiects viennent à s'oublier en colla, et font chose qui soit au préiudice du traicté de paix , elle les fera si rigoureusement chastier, que l'on connoistra qu'elle n'a autre désir et intention que de vivre perpétuellement en la mutuelle, sincète et fraternelle amitié qui s'est conservée et continuée entre leurs deux Maiestés iusques à présent.

YIII (3).

FORQUEVAULX AU ROY.

l'attendois , Sire, qu'il (4) me deust parler de la Floride, et

(1) Maniucrît 10751, fol. 60.— Cf. du Pnt, p. ft09.

(2) C'est la note à laquelle nous faisions allasion plus haut. Le mcmorandum du roi accompagrnait, selon toute Traisemblance, la lettre VI.

(3) Manuscrit 107M. fol. 70, inédit jusqu'à : « et trouve le pire du monde. » Cf. du Prat, p. MO.

(4) Le roi Philippe.

kii LETTUËS ET PAPIERS d'eSTAT

des plainctes que son ambassadeur a faictes à Yostre Maîesté , sur lesquels faicts luy a esté respondu ainsi que Tay veu par les coppies qu'il a plu à Yostre Maiesté m'envoyer. Neantmoins, Sire^ le dict seigneur Roy ne m'en a ieté un seul mot , ny de chose qu'en approche; ce qu'a bien monsieur le duc d'Albe quand i'ay parlé à luy le vingt-neufvieme cle ce mois, et trouve le pire du monde que d'une province et païs dont les Espaignols, à ce qu'il soustient, sont possesseurs dès le règne du Roy don Hernando (1), les François les soient allez troubler et déposséder, lequel lieu leur importe trop pour le laisser perdre et si la coste fut esté saisie par vos subiects devant ou durant les guerres qu'il s'en fust parlé par le traicté (2) de paix, mais c'est une exspoliation et usurpation faicte de peu de temps ença, et sçait-on assez en Espaigne par qui et comment Ion y a envoyé des ministres avec leurs femmes et enfans.

le luy ai respondu. Sire, et dit la substance de vostre response, et que i'ay veu trente ans par cartes marines fort antiennes, que la coste où Ion dit que la Floride est assise , et s'appeloit la coste des Bretons, et estoit grandement distante des isles de l'EspaignoUe (3); Cube et autres de la neufve Espaigne. De sorte que leur navigation ne pouvoit estre empeschée par les François, lesquels n'y estoient point allez par vostre commandement, ne pour rien attenter, ouïes déposséder, ains comme pretendans aller sur leur propre conqueste, et à une navigation libre et accoustumée à eulx de tout temps : et quant ainsin seroit que les vaisseaux d'Espaigne seroient constraincts passer par devant la Floride ils se peuvent promettre d'y recevoir toute faveur et commodité; estant croyable, puisque vos deux si grands royaumes contigus vivent paisiblement et en bons voisins, qu'aussi fairont vos subiects par delà, et seront plus puissans contre les Indiens ou autres qui vouldront entreprendre à les molester. Le tout va que nos Roys soient tousiours bons frères, et amis, comme ils sont , car leurs subiects le seront pareillement. Quant à ce qu'il dit n'avoir esté parlé de la Floride au traicté de paix , ce ne fut que leur faute, et cella est signe qu'ils n'y alloient point encore en ce temps* Ledit duc m'a répliqué. Sire, que le Roy Catholique employera toutes ses forces pour recouvrer sa possession, et que desià les affaires des François y vont mal pour la des-

(1) Ferdinand le Catholique.

(2) Celui de Cateau-Cambrésis.

(S) Haïti.

DE FORQUEVAULX. 41 &

cente des Espaignols qui y furent envoyés Testé dernier, laquelle nouvelle est autre à Lisbonne et à Séville, car on dit que Pierre Melendez s'est arresté à Santo Domingo de TEspaignoUe attendant renfort de gents pour descendre en la Floride. le ne sçay maintenant. Sire, si la flotte qui se remit à la voile à rentrée de novembre y seroit arrivée , car elle a eu fort bon vent , sur laquelle y avoit quelque nombre de soldats, vivres et munitions , et doibt croire Yostre Maiesté qu'ils feront leur possible d'en chasser vitupéreusement vos subiects. Parquoy, si la couqueste importe au bien de

vostre service, il leur faut envoyer un bon secours promptement

Madrid, 24 décembre 1565.

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