‹ Histoire de la Floride françaiseChapitre 59 sur 72 · ET AMIS DE SES SUIETS · texte numérisé non relu

ET AMIS DE SES SUIETS

ONT ESTÉ CRUELLEMENT MASSACREZ PAR LES HESPAGNOLS EN LA FRANCE ANTARTIQUE , NOMMÉE LA FLORIDE

Sire, il y ha une infinité de povres et misérables personnes, femmes vefves et énfans orphelins, tous yos suiets et vassaux qui se présentent aux pieds de Vostre Maiesté, les larmes aux yeux, avec rentière obéissance et naturelle subiection qu'ils vous doivent et portaus en leur main , devant Vostre Excellence et Grandeur, un pitoyable discours de leurs très justes complaintes et doléances ou plustost le triste spectacle ou pourtrait visible de leurs pères, leurs maris, leurs enfans, leurs frères, leurs neveux , cousins et alliez, jusques au nombre de huict ou neuf cens hommes que femmes et enfans , quasi tous massacrez et taillez en pièces en la terre de Floride par le capitaine Pétremclaude (i) et ses soldats Hespagnols,

Et d'autant que Toutrage du faict est assez odieux et trop vilain de soy-mesme, et que le sang de vos povres suiets ainsi traistreusement respandu crie vengeance devant Dieu, c'est à Vostre Maiesté , Sire, de considérer, s*il vous plaist, que comme il vous ha establi pour souverain Roy et baillé Tobéissance de tant de peuples en main pour les régir par bonnes loix et les maintenir et défendre sous vostre sauvegarde, aussi les povres supplians n*ont autre attente et

(1) Le nom de Menendez est singulièrement défiguré.

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recours (après Dieu) qu'à implorer vostre aide et protection^ et suplier très-humblement Vostre Maiesté de leur tendre la main , les redresser et soustenir^ mesmement au temps que la playe saigne encore de leurs angoisses; bref^ leur assister avec telle douceur et consolation que Tembrassement du père apporte à ses propres enfans , ou le bon visage du maistre à ses affectionnez et fidèles serviteurs. Et de faict, leurs plaintes ne sont moins dignes de commisération et pitié que la cruauté de Pétremclaude^ Hespagnol , est contraire à toutes factions de la guerre et à toutes loix et ordonnances qui jamais ayant esté receûes de Dieu ne des hommes. Et pour vous le faire entendre en particulier, Vostre Maiesté, Sire, est bien informée que vos subiets ont esté envoyez par vous en ladite Floride sous vostre authorité, et suivant vostre commandement exprès et par vertu de vos lettres patentes, en forme de commis* sion et congé , portées par lean Ribaut. Lesdits vassaux, arrivez audit lieu de la terre de Floride, ont esté furieusement envahis par' cinq navbres hespagnols, dont le plus grand estoit du port de huict cens tonneaux et les autres de moyen port ; les gens desquels ont premièrement pris le fort qui avoit esté construit en vostre nom par les François, et les hommes, femmes et enfans trouvez dedans ledit fort ont esté par lesdits Hespagnols tuez et meurtris sans les prendre à merci; au contraire, monstroyent les corps des petits enfans transpercez, plantez au bout de leurs picques ; et secondement ont fait tuer et massacrer ledit Ribaut et toute sa compagnie, de sept à huict cens hommes contre Tasseurance et la foy qu'ils luy avoient promise de leur sauver la vie, les ayans liez bras et mains par derrière, appelans vos subiets meschans bougres , ladres , larrons François, et le tout en la présence et devant les yeux dudit Ribaut. Lequel, pour l'horreur dudit massacre , se vouloit approcher dudit Pétremclaude pour se mettre en sa protection, et néantmoins ledit Pétremclaude Tavoit repoussé, et fait tuer à l'instant par un de ses soldats, qui lui bailla un coup de dague dans le corps par derrière, duquel coup ledit Ribaut tomba par terre; et estant tombé, ledit soldat lui bailla encore un coup dedans le corps par devant, en sorte ^ue ledit Ribaut demeura mort en la place. Et ce fait, ledit soldat luy coupa la teste , luy raza le poil de la barbe et partit la teste en quatre quartiers , qui furent plantez sur quatre picques au milieu de la place où les François estoyent morts.

Finalement ledit capitaine Hespagnol envoya une lettre au Roy d'Hespagne, et fit enclore dedans ladite lettre le poil de la bari)e

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