‹ Histoire de la Floride françaiseChapitre 61 sur 72 · REQUESTE AU ROT · texte numérisé non relu

REQUESTE AU ROT

elle demeure impunie^ et cela augmente le déshonneur et estend le scandale plus loin quand les meurtriers, Yioîateurs de la îoy publique 9 sont impunément soustenuz et nourris en leur malice et authorisez.

Ce que Yostre débonnaireté , Sire , ne Youdra iamais faire, aîns embrassera le fait et la querelle de ses povres subiets ainsi inîus^ tement outragez au préjudice de toutes loix , ayecqpies si grande cruauté qu'il semble que ce soit pour dissoudre les liens de toute société humaine et rompre l'ordonnance de Dieu ; si bien que ledit Pétremclaude voudroit par sa ruse faire perdre toute occasion de modestie, quand iusques à Fextreme la patience est blessée.

Les Carthaginois et peuples affricains ont receu grand blasme et vitupère de rompre leur foy contre tout propos, quand l'occasion s'est offerte à leur avantage. Les Romains ont tellement tenu la leur que mesmement ils la gardoyent à leurs propres ennemis. Pleust à Dieu qu'on peust donner aujourd'huy telle louange à Pétremclaude et à ceux de sa maison, qui se sont légèrement dispensez de rompre leur foy et promesse, jurer par hypocrisie, en abusant du nom de Dieu , comme pour le faire compagnon de leur traistre desloyauté ! Que si Dieu se sert quelquefois des meschans et leur lasche la bride pour accomplir la mesure de leur forcenerie, comme les Cananéens, il n'est pourtant suiet à la force des hommes, ains comme il est plus fort que tous, aussi il fortifie les plus foibles et nous solicite et poursuit de faire nostre devoir, afin de n'oubUer la rigueur de sa justice et vengeance sous ombre de sa douceur et miséricorde. Tant y ha que, comme en un mesme acte les crimes et forfaits des hommes se déclarent et la justice de Dieu se produit, ainsi l'advertissement leur est propre de ce qui est dit que Dieu besongne aux cœurs des meschants comme il luy plaist, et néantmoins leur rend selon leur desmérite.

Sire, vous avez ouy quels gémissemens et regrets, quelles larmes et plus tost quels derniers soupirs accompagnent le triste souvenir de nostre misère et calamité ; le piteux discours et progrés de l'audacieuse et scandaleuse entreprise de Pétremclaude, les marques de son injustice et tyrannie resprouvée par toutes les loix, les tristes vestiges de son infidélité et trahison, le mespris intolérable qu'il ha fait de vostre authorité et grandeur; bref, le meurtre et cruauté commise à rencontre de vos serviteurs et subiects, tou§ ou la pluspart vertueux et vaillans capitaines, gens d'honneur et bonne renommée, gens qui estoyent poiœ servir de muraille vive à l'entour

FAITE PAR LES FEMMES YEFVES. kSi

de Yostre Maiesté et faire teste et frontière à tous ennemis de vostre Estât; par quoy, s'il fut iamais mémoire d'humaine compassion et miséricorde^ les supplians espèrent que Dieu par âa bonté en touchera si vivement vostre cueur, que Vostre Maiesté se voudra ressentir de nos iustes doléances et pitoyables complaintes^ embrassera nostre fait pour en rendre iustice^ et pour cest eiTect nous tendra la main de sa faveur et protection^ qui sera une œuvre de pitié digne de vostre vocation et un effect de charité envers vos propres sujets, pour adoucir Tamertume de leurs afiQictions et tesmoigner leur innocence à toute la chrestienté. Et par ce moyen , serez aimé et receu 4e toute nation non seulement comme Roy, mais comme père de vostre peuple.

LA

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