‹ Histoire de la Floride françaiseChapitre 65 sur 72 · REPRIMSB DB LA FLORIDE · texte numérisé non relu

REPRIMSB DB LA FLORIDE

de Sarabay trouver ses gens^ las du chemin et plus fasché de n'avoir rien faict. Ung des Roys nommé Hilicopile le voiant rétourné tout pensif demande au truchement en son langage : Qu'a ton Boy? Le truchement luy respond^ qu'il estoit marri (1) de ce qu'il n'avoit purecongnoistre(2) le fort. Dis-luy, dist Hilicopile^ que ie le meneray le long de la mer sans trouver boue ni marets; mais le chemin en est plus long. Le cappitaine Gourgue entendant cela voulut que l'on y allastincontinant(3), et accompaigné de ce Roy Hilicopile, part avec tous ses gens, et envoyé les deux autres Rois par le bois pour se trouver au matin au passaige de la petite rivière qu'il n'avoit peu passer tout ioignant le premier fort^ il faict haster ses gens et (4) marche en grande diligence pour estre là à la poincte du iour avant qu'il puisse estre apperçu. Et ainsi que le iour commençoit à poindre, il arriva à ceste rivière qui estoit grosse et enflée pour la mer qui estoit montée : néantmoings il faict sonder le gué par quelque uns de ses mariniers, qui trouvent qu'elle ne se peult passer, don il est bien fasché ; car il estoit arrivé bien à poinct poursurprendre les Espaignols qui dormoient encores, et pourtant il se délibère de se retirer dans le bois tout ioignant la rivière, attendant que la mer fust descendue, et tout aussi tost les aller assaillir. A peine estoit-il encores dans le bois qu'il commença à plouvoir (5) si fort qu'ils dégouttoient de toutes parts, et les soldats eurent bien fort à faire à garder leur feu. Le iour s'estant esclaircile cappitaine Gourgue voioit (6) le fort à son aise du lieu où il estoit, et aiant bien regardé de costé et d'aultre et recongneu (7) le tout, il s'advisa qu'il n'y avoit que quelque commencement de fossez^ et pourtant (8) fut confermé (9) en la résolution qu'il avoit faicte entrant dedans le bois, de l'assaillir aussi tost qu'il pourroit passer la rivière. Cependant il voioit les Espaignols qui travailloient dans le le fort, qui le mettoit en quelque doubte que sa venue ne fust descouverte; mais l'événement monstra qu'ils ne se doubtoient de rien;

(1) Manuscrit 2145 : marry.

(2) Id. : reconnoistre.

(S) Id. : inconUnent.

(fi) Id. : en.

(5) Id. : pleuvoir.

(6) Id. : voyoit.

(7) Id. t reconncu.

(8) Id. : partant.

(9) Id. : confirmé.

<îar après la prinse du fort on veit que c'estoit une fontaine à quoy

ils travailloient.

XYII. Sur les dix heures la mer estant basse, il alla passer la rivière ung peu plus hault où il avoit veu ung petit bois (4) entre la

•rivière et le fort, qui luy serviroit pour n'estre point apperçeu tant à passer la rivière qu'à mettre ses gens en ordre, et pour ce que

i'eaue de la rivière passoit la ceinture, il commanda aux soldats d'attacher leurs fournimentz aux morrions, et prendre en Tune main leur harquebuze (2) avec leur mesche, et l'espée en Taultre (3). XVIIÏ. Et au (4) passage de la rivière il y avoit si grande quantité d'huistres (5) que les souliers des soldats en furent couppez (6) et la pluspart d'eulx blessez aux pieds pour ce que les huistres sont là < plus grandes et leurs escailles plus trenchantes que de celles que nous voions ordinairement par deçà. Touteffois (7) on ne fut pas plustost de là la rivière qu'ils remettent leurs armes et d'eulx-mesmes s'app'restent au combat. Le cappitaine Gourgue bailla vingt soldats

^ son lieutenant et dix mariniers portans pots et lances à feu pour mettre le feu à la porté, et derrière le petit bois (8) où ilz ne pou-

voient estre veuz, il rengea ses gens en bataille, et les voiant bien

disposez et asseurez il congneut (^) qu'il n*estoit besoing de grande exhortation : aussi le poinct, où il estoit, requéroit plustost une prompte exécution qu'une longue harangue; et partant il le feit

•court. le veoy (10) bien mes amis (dist-il) que le cueur vouscroist» au besoing, aussi vous ay-ei choisiz pour telz, vostre contenance asseurée me prédit que nous vengerons (il) ^uiourd'huy l'iniure

'faicte au Roy et à nostre pais; et leur monstrant le fort qu'ils pouvoient entrèveoir à travers les arbres, voilà (dist-il) les volleurs qui

•ont voilé ceste terre à nostre Roy, voilà les meurtriers qui ont maspsacré nos François. Allons, Allons, revenchons nostre Roy, reven-

•chons la France, monstrons-nous François; et aussy-tost il com-

, (1) Manuscrit 3884 : taillis.

(2) Manuscrit 2145 : arquebouze.

(3) Pas d'alinéa dans le manuscrit 21U5. {U) Manuscrit 2145 : Si ce.

(5) Id. : huystres.

(6) Id. : coupez.

(7) Id. : toutesfois.

(8) Id. : boys.

(9} Id. : conneut.

<10) Id.L: vois.

(11) Id. : rangerons.

mande (i) à son lieutenant de donner à la porte avec sa trouppe, et luy avec la sienne va contre une terrasse en forme de platte forme, fort tasse qui estoit à costé du fort , où il n'y avoit qu'ung petit commencement de fossez.

XEC. Les Espaignols ne faisoient que venir de disner et curoient encore leurs dentz (2) quand nos gens marchans à grandz pas, la teste baissée, furent apperceuz, àdeux cens pasdu fort, par le canonnier qui venoit de monter sur ceste terrasse, lequel se meit (3) incontinent à crier en Espaignol, arme, arme, voicy des François, voicy des François; et quant et quant deslache sur eulx une grosse coullevrine, qui estoit sur la terrasse, et en tira par deux fois (4)^ et comme il vouloit charger pour la troisième, Olotoraca, plus viste à la course que nul autre, et qui n'estoit instruict(5) à garder son reng, s'avança et monta sur la terrasse qui n'estoit guereshaulteet le transperça de sa picque de part en part. LesEspaignols s'estans mis en armes au cri (6) du canonnier, sortent, hors le fort ou pour combattre, ou pour se retirer vers leurs compaignons selon ce qu'ils verroient quand ils seroient dehors. Le cappitaine Gourgue à leur sortie estoit arrivé tout à poinct au pied de la platteforme, et son lientenant près de la porte, et comme il montoit à la platteforme son lieutenant s'escrie que les Ëspaignols se sauvoient, et lors le cappitaine Gourgue retournant vistement vers la porte les enferme entre son lieutenant et luy, si bien que de soixante qu'ils estoient, il n'en eschappa pas ung qui ne fust mort ou pris, on en print en vie le plus qu'on peust par commandement du cappitaine Gourgue, pour leur faire comme ils avoient faict aux François.

XX. Le premier fort ne fut pas plustost pris que Ton s'en va assaillir le second, lequel estoit de l'aultre costé de la rivière de May, visà-vis du premier pour s'entre secourir; aussi ne cessa-t-il (7) de tirer à grands coups de canon pendant qu'on prenoit le premier et incora' modoit noz gens grandement : lesquels braquèrent (8) contre trois pièces d'artillerie qu'ils avoient trouvés dans le premier fort, et la

(1) Manuscrit 2145 : commanda.

(2) Id. : denz.

(3) Id. t met.

(4) Id. : foys.

(5) Id. : instruyt.

(0) Id. : cry.

CT) Id. : cessa-il.

(8) Id. : bracquerent.

PAR LE GAPPITAINE GOURGCE. 505

coulleuvrine (i) qui avoit esté trouYée sur la plateforme^ qui estoit marquée tout au long des armoiries du feu roy Henry , à quoy Ton congneut (2) qu'elle avoit esté prise sur les François au temps du massacre^ ce qui irrita encores plus nos François^ et de ces quatre pièces on ne cessa de tirer contre-eulx, pendant que le cappitaine Gourgueavecquatre-Tingtsharquebouziers passoit vistement la rivière en sa barque qu*on Tenoitde conduire là tout à poinct. Lequel Ya descendre entre le fort et ung bois (3) qu'il y avoit tout auprès, se doublant de ce qui advint que les Espaignils s'enfuiroient dans les bois pour puis après se retirer au grand fort, qui estoit à une lieue delà. A peine le cappitaine Gourgue estoit delà larivière quand les sauvaiges ne pouvant attendre qu'on leur r'amenast la barque pour passer saultent dans l'eaûe etnageans d'un bras et tenans leurs arcs de Taultre couvrent toute la rivière de bord à autre. Les Espaignols qui estoient en nombre de soixante voians une si grande multitude et si délibérée, et pour l'estonnement dont ils estoient saisiz ne discernants (4), entre François et sauvaiges, se cuidans (5) sauver à bois se vont précipiter entre les François qui deschargent sur euh si dru que la pluspart en sont estenduz sur la place, les autres voulans tourner le dos se trouvent enfermez par les sauvaiges. Ainsi ne pouvans ne (6) combattre, ny fuir ruent (7) les armes bas, et supplient pour la vie , qui leur est ostée plustost qu'ils n'ont achevé de la demander (8).

XXI. A grand'peine le cappitaine Gourgue en peult (9) faire garder quinze en vie pour leur estre faict selon ce qu'ils avoient faict aux François. Après ceste de pescbe le cappitaine Gourgue entra au second fort, d'où il feit incontinent transporter tout ce qu'il y avoit trouvé, et repassant la rivière avec ses prisonniers retourna au premier fort pour s'y fortiffîer (10), ne sachantquel cueur auroient les autres, ny en combien de temps il pourroit venir à bout du grand fort qui estoit à une lieue de là sur la mesme rivière du costé où

(1) Manuscrit 21Ui : coullevrine.

(2) Id. t conneut.

(S) Id. : un boys.

(4) Id. : disceroans. •

(5) Id. ! eu y dans.

(6) Id. : ny.

0) Id. : mettent.

(8) L'alinéa n'existe pas dans le manuscrit 2105.

(9) Id. : peut en.

(tl) Id. : fortiffiée.

Page 1