‹ Histoire de la fondationChapitre 10 sur 238 · INTRODUCTION XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XVII

siècle contre l'oubli des volontés paternelles, s'alluma au contact de l'indignation de Frère Léon ^^. Un tel état d'esprit était l'opposé de la sérénité que réclame le travail historique, et bien des faits durent en être altérés, par exemple celui de la Rédaction de la Règle sous la dictée du Christ ^^. Il est donc sage d'accueillir, en les contrôlant, même lès dires de Frère Léon. Quant à la tradition orale qui remonte jusqu'à lui, il faut encore prendre plus de précautions. Nous ne la connaissons plus que par les échos que nous en ont transmis des hommes comme le B. Conrad d'Ofi&da ou Jacques de Massa, saintes gens, ardemment attachés à un idéal inspiré d'en-haut et que les réalités décevaient amèrement. L'exaltation de leur imagination, accrue encore par les espérances et les prophéties joachimistes, transformait et défigurait les actions dont ils avaient pu être les témoins ou qu'ils avaient entendu raconter. Il n'est pas prudent de se fier aux souvenirs de Frère Léon, transmis par la tradition orale de Conrad d'Olfida, de Jacques de Massa et autres Spirituels.

On admet encore aujourd'hui que les Légendes de Thomas de Celano, bien qu'elles ne marquent pas avec assez de relief l'aversion de S. François pour les privilèges, ni sa prédilection pour le service des lépreux et le travail manuel, ne présentent pas de divergences fondamentales avec ce qui nous reste des écrits de Frère Léon.

Les divergences sont beaucoup plus graves entre Thomas de Celano et Léon d'une part, et S. Bonaventure d'autre part.

^^ On a une preuve de cette exaltation dans le songe qu'il raconta au Frère Jacques de Massa et dans lequel le Séraphique Docteur n'est pas en belle posture. (Voir plus bas, p. 389 s.),

^* Voir plus bas, p. 406. Les Spirituels s'imaginaient facilement être inspirés, Ubertin de Casale n'hésite pas à dire qu'il écrivit l'Arbor Vitae sous l'inspiration de l'esprit de Jésus. Cf. Fréd. Callaey, O. M. Cap., Etude sur Ubertin de Casale, Louvain 191 1, p. 59.

)iVlII INTRODUCTION

On verra plus loin ^^ dans quelles circonstances saint Bonaventure composa la Legenda major. Son but était de réaliser l'union des esprits et des cœurs dans l'observance alors en vigueur. Pour l'atteindre, il supprime de la vie du Patriarche d'Assise tout ce qui pouvait rappeler les idées personnelles du fondateur sur la nature et l'activité propre de l'Ordre des Mineurs, mais décrit avec un grand charme et un grand bonheur d'expressions les richesses de la vie intérieure. Les Légendes de Thomas de Celano rappelaient d'une façon trop saisissante un genre de vie qui fut celui des origines de l'Ordre, un passé qu'il était impossible de ressusciter et dont il était nuisible de perpétuer le souvenir ; elles furent condamnées à disparaître par une décision du Chapitre général de Paris (1266) ^*. Ce décret du Chapitre de 1266 qui ne concerne pas seulement, comme on l'a dit, les seules Légendes liturgiques, prouve que la pensée de S. François, avec toutes ses particularités devenues inapplicables et objet de dissentiment, a été fidèlement exprimée, au moins dans ses grandes lignes, par Frère Thomas de Celano.

En résumé, pour avoir un portrait fidèle de saint François d'Assise et une peinture exacte de la fondation des Frères Mineurs, il faut prendre d'abord les écrits mêmes du Saiiit Fondateur 1^ qui serviront de pierre de touche pour apprécier la valeur de ses biographies, puis compléter Thomas de Celano par Frère Léon, faire appel au Docteur Séraphique pour la vie spirituelle du Saint, et, avec précaution, aux Fioretti pour certains aspects de son tempérament et du mouvement franciscain primitif qu'on ne trouve pas ailleurs.

ï3 Pp. 311-313-

i* Cf. Arch. fv. hist., t. VII, 1914, p. 678, § 8.

^'^ Une édition critique en a été donnée par les Frères Mineurs dé Quaracchi : Opuscula S. P. Francisai A ssisiensis {Bibliotheca franciscana asce~ Hca medii aevî, t.l), 1904.

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