LES MENDIANTS ET LE CLERGÉ SÉCULIER
qui, comme telle, ne pouvait faire son chemin sans affronter de multiples contradictions et des oppositions irréductibles. Toutes ces innovations, acceptées et encouragées par le magistère souverain de l'Eglise, avaient créé un droit nouveau que le clergé séculier combattit d'autant plus âprement, que l'activité des Mendiants se résolvait pour lui, en dernière analyse, dans une diminution importante de ses ressources.
En dépit de la volonté du Siège- Apostolique, tant de foiset si clairement manifestée, on continuait à reprocher slux Frères leurs privilèges, on s'irritait de trouver partout cesr nouveaux venus en qualité d'enquêteurs et d'arbitres dans les litiges ecclésiastiques et monastiques, d'Inquisiteurs de l'hérésie, etc.. On considérait ces fonctions comme autant d'empiétements sur les droits des évêques. De même le transfert des couvents à l'intérieur des villes ^ causait un dépit aux prêtres de paroisse qui voyaient dans les permissions de recevoir la sépulture des fidèles, de prêcher et de confesser, des empiétements sur les droits des curés.
La bulle Nimis iniqua, publiée d'abord par Grégoire IX en i23i, n'avait pas, il s'en faut, réussi à briser la résistance séculière, et les revendications du clergé s'accompagnèrent même dans la suite de tracasseries et de vexations qui se produisirent tour à tour en France, en Italie, en Angleterre, en Allemagne, même en Terre Sainte, et qui allèrent jusqu'à des violences inouïes en Espagne et en Portugal 2.
1 Ad haec, ne fratres ad honorabiles civitates et villas, ubi religiose et modeste valeant commorari, a populis dévote vocati, accedere audeant... (Bulle Nimis iniqua, 28 août 123 1. Eubel^ Epitome, p. 232.)
2 On s'oppose à de nouvelles fondations comme à Chester vers 1240- (EccLESTON, p. 100), on détourne les fidèles d'accorder aux Frères des aumônes, ou d'acquitter des legs qui leur ont été faits, comme à Braga.
(1238) et à Pise (1238, 1244, 1247, cf. Bull, fr,, t. I, p. 243, 246, 484, 487), on leur refuse le droit de prêcher, comme l'évêque de Laon (1233), et le clergé de Rome (1247) (Bull, fr., t. I, p. 91, 524); pour diminuer
De leur côté les Frères prêtaient parfois le flanc à la critique. Et d'abord, ils ne montraient pas toujours un grand zèle pour rappeler aux fidèles le devoir de payer les dîmes et prémices ; quelques-uns même parlaient en sens contraire 3. Ils ne prenaient aucun ménagement pour réprimander les vices du clergé séculier. C'était un thème habituel sur les lèvres de tous les prédicateurs de ce temps, mais il semblait moins irritant pour le clergé séculier quand il était traité par un de ses membres. Il faut ajouter aussi que bien des griefs du clergé séculier contre les Frères étaient dus à des religieux qui, sortis de l'Ordre, ou même
leur crédit auprès des princes, on les calomnie en les accusant de révéler le secret de la confession (1234) (Eubel, Efitome, p. 232); l'évêque d'Olmutz attaque la dévotion à saint François d'Assise en niant les stigmates (1237) {Bull, fr., t. I 211S., Anal, fr., t. II, p. 58); on se plaint du tort que les Mendiants causent au clergé séculier en Allemagne, en France et en Terre Sainte (Wadding, p. 29, 30; Giano, p. 48 s., 61; Bull, fr., t. I, p. 352; GoLUBOViCH, Biblioteca, t. I, p. 160, n» 41, t. II, p. 292, n°29). Mais nulle part ces tracasseries ne dégénérèrent en violences comparables à celles -qui eurent lieu en Espagne et en Portugal : en 1241, l'évêque de Porto fait détruire et piller le couvent de cette ville {Bull, fr., t. I, p. 292s); cinq ans plus tard les mêmes faits se reproduisent à Pampelune par ordre des chanoines {Bull, fr., t. I, p. 392, 429-432, 437, 469, 486, 489-492); en 1248, l'évêque continuait de se montrer hostile aux F. M. en leur défendant de prêcher et de confesser les fidèles dans son diocèse {ibid. p. 510); le litige n'était pas encore apaisé en 1250, car le pape ordonna par ses lettres du 29 octobre 1250 que les biens qui avaient été enlevés aux Frères leur fussent rendus (ibid., p. 560 et A. Lofez, La Provincia de Espana, p. 176- 187). En Autriche, le Légat apostolique casse (13 mars 1253) toutes les -excommunications lancées par certains prélats contre les Frères à l'occasion de leurs nombreuses prérogatives (Friess, Geschichte der ôsterreichische Minoriten^rovinz, dans Archiv fur ôsterr. Gesch., t. 64 (1882), p. Ï87S.)
Des violences semblables contre les couvents des F. M. avec escalades, pillage, incendie et même mort d'hommes auront encore lieu plus tard ix Apt en 1266, à Catane en 1274, à Ferentino en 1278, à Plaisance en 1280 {Bull, fr., t. III, p. 105, 214, 241, 305, 432-435), à Orenseen 1289, à Aslo (Norvège) en 1291, à Bitonto la même année (Bull, fr., t. IV, p. 99, 395,305, 308; t. V, n° 105), à Dax, à Carpentras et à Molfetta en 1304 {BuÙ. fr., t. V, n°s 29, 38, 39).
3 Bull, fr., t. I, p. 239, 653. Jacques de Vitry leur adresse à ce sujet une leçon. Voir ses sermons ad Fratres Minores, publiés par le P. Hilauin
.-DE LUCERNE, loC. Cit., p. 57 S.