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ÉCHEC DES MENDIANTS

J' Université l'attribuèrent à un Dominicain, et en signalèrent aussitôt les erreurs au nombre de trente et une. L'Evêque de Paris ayant soumis l'ouvrage à l'examen d'Innocent IV =3^ Guillaume de Saint-Amour ne manquai certainement pas d'utiliser ce livre qui semblait résumer toutes les prétentions des nouveaux Ordres pour exciter contre eux l'esprit du Souverain Pontife 24. En même temps un grand nombre de plaintes et de procès contre les religieux déferlaient en Cour de Rome. Innocent IV se laissa impressionner par les plaidoiries de Guillaume de Saint- Amour, et par tant de réclamations qui avaient l'apparence d'une réprobation universelle des Mendiants. Le 4 juillet 1264, il confirmait les statuts élaborés par les Maîtres de Paris, et quatre mois après, le 20 novembre, il publiait cette bulle, beaucoup plus terrible, Etsi animarum. La bulle Etsi animarum forme un contraste frappant avec celle qui commence par les mots Nimis iniqua, que le même pape avait adressée neuf ans auparavant aux évêques du monde entier. Celle-ci énumérait toutes les tracasseries dont les Frères étaient victimes et les comblait de privilèges. Celle-là, au contraire, est adressée aux religieux. Innocent y prend la défense des églises paroissiales et dénonce les abus dont on accuse les Frères de se rendre journellement coupables. Il cite quelques-uns de ces abus, et pour l'honneur de la Religion, dit-il, il en passe beaucoup d'autres sous silence ^5. H termine en faisant défense

disert (ihid., p. 53-57; Archiv. fr. hist, t. XVI, 1923, p. 17, 24-28; F. Delorme, Dialogus de gestis sanctorum fratrum minorum, Quaracchi,

23 Chatularium, N° 243, 257. ^

24 Matth. Paris, Chron. majora, dans Mon. Germ. hist. SS, t. XXVIII,"' p. 363; Richeri Gesta Senoniensis Ecclesiae, Ihid., t. XXV, p. 328, cités par G. BoNDATTi, op. cit., p. 95, Quoi qu'en dise cet auteur, Guillaume de Saint-rAmour était bien, à Rome à cette occasion, comme on peut s'en rendre compte par le Chartularium U. P., N»» 231 et 238. -^

25 Parmi les . abus reprochés aux Frères, il faut relever celui de se

absolue aux Frères, et cela sous peine d'excommunication, de recevoir les fidèles dans leurs églises les jours de dimanche et de fête, d'y prêcher avant la messe solennelle de la paroisse, ou, dans les villes épiscopales, quand l'évêque lui-même doit prendre la parole ; de ne prêcher dans les églises paroissiales et de ne confesser les fidèles qu'avec l'invitation ou la permission du curé ; enfin, lorsqu'un fidèle choisit pour sa sépulture le cimetière des Frères, ceuxci devront acquitter au curé la portion canonique, dont il avait lui-même l'année précédente dispensé les Mineurs. Chez les Mendiants, accoutumés à ne recevoir de la Cour romaine que des faveurs toujours plus larges et plus abondantes, l'émoi fut grand, la déception profonde. Ils s'en exagérèrent eux-mêmes la portée, en y voyant l'annulation de tous leurs privilèges. Ils l'attribuaient à une rancune personnelle du Pape contre les Dominicains de Gênes, qui lui auraient refusé leur terrain pour y bâtir un palais^ et ils en conservèrent un souvenir très amer, qui s'est perpétué jusqu'à nos jours 26.

faire nommer témoins ou exécuteurs testamentaires. On sait que c'était là un droit réservé au curé et un devoir que les conciles lui rappelaient fréquemment. Au nombre des abus passés sous silence il faut sans doute compter leur zèle à recruter des novices, des enfants même qu'ils attiraient, disait-on, contre la volonté de leurs parents.

26 EccLESTON, p. ii8 S.; Salimbene, p. 419; Thomas de Cantimpré, O. P., De Apibus, p. 173-185, cité par le P. Mortier, op. cit., p. 448- 452. — Le P. Mortier se refuse à expliquer par cette rancune familiale la volte-face d'Innocent IV; il la met au compte de la' maladie qui frappa bientôt mortellement le Pontife. Mais il voit lui aussi dans la bulle Etsi animarum la suppression de tous les privilèges accordés aux Prêcheurs et aux Mineurs (p. 449) l'anéantissement du droit nouveau : « Innocent IV déclare comme abus les privilèges accordés par lui-même et ses deux prédécesseurs, et les déclarant; tels, il les réprouve et les supprime... C'est une victoire complète du parti réactionnaire » (p. 450). — Même note chez A. Van den Wyngaert, O. M., Querelles du clergé séculier et des Ordres mendiants à l'Université de Paris au XIII^ siècle, dans Fr. Fr., t. V (1922), p. 270-272. Il y a là une exagération qui paraît d'autant plus évidente que vingt ans plus tard, en 1274, ieâ'Frères feront eux-mêmes des concessions qui limiteront l'usage de leurs privilèges au moins aussi sévèrement que la Bulle Etsi animarum. Voir plus bas, chap. X.

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