La lutte pour l'idéal franciscain
Jusque-là la^ campagne du clergé séculier contre les Ordres Mendiants avait été menée en ordre dispersé. Les évéques prenaient, chacun de leur côté, «ans aucune entente préalable, les mesures jugées utiles pour endiguer l'envahissement progressif des Dominicains et des Franciscains. La lutte n'était pas, et ne fut jamais dans la suite, ni universelle ni simultanée. Elle naissait tantôt ici, tantôt là,s'assoupissant un instant devant les sévères remontrances de la Cour romaine, pour reprendre ensuite avec plus de vigueur. Jusque-là aussi les Mendiants avaient été combattus surtout pour des raisons d'intérêt. Mais à partir de 1254, la lutte revêt un autre caractère. Elle semble concertée entre plusieurs membres de l'épiscopat, qui ont demandé
mandement pontifical, et il avait demandé de nouvelles instructions. La bulle Licet super du 8 mai 1256 lui enjoignit de se faire apporter, sous peine d'excommunication, toutes les copies d^ l'ouvrage et des cédules condamnées et de les détruire en présence du Chancelier de Paris et de 4ix témoins afin d'éviter tout scandale et tout discrédit pour les Frères Mineurs (Chartularium, N» 277 ; Eubel, Epitome, p. 263).
2l6 CHAPITRE VI
à l'Université de Paris son appui, et qui lui ont confié le soin de ruiner les Ordres nouveaux par une démonstration autorisée : i° de l'illégitimité de leur ministère apostolique, 2° de la fausseté de leurs principes. On cherchera donc maintenant à justifier les hostilités par des raisons canoniques et des motifs doctrinaux. On ne s'attaquera plus seulement aux droits des religieux exempts, mais à leur' existence et à V idéal franciscain lui-même.
Attaques de Guillaume de Saint- Amour. — Maître Guillaume de Saint- Amour ouvrit cette campagne de polémiques. Aidé de plusieurs Universitaires, Eudes de Douai et Chrétien de Beauvais, entre autres, i] publia en i255, le Tractatus brevis de periculis novissimorutn temporum ex Scripturis sumptus 30^ pour répondre, dit-il, aux vœux d'un grand nombre de prélats de France, qui avaient demandé aux Maîtres des écoles parisiennes de réunir en corps les textes scripturaires et canoniques, afin de prémunir les fidèles contre les périls des derniers temps et les séductions de l'Antéchrist dont les religieux Mendiants étaient les précurseurs.
Gérard de Borgo San Donnino, dans son Introduction à l'Evangile éternel, avait annoncé l'approche d'un troisième âge du m^onde qu'il appelait, après Joachim de Flore, le règne du Saint-Esprit. Guillaume de Saint- Amour, lui, annonce (c'était une opinion courante alors) la fin du monde. Il en voit le prélude dans le péril que font courir à l'Eglise les faux apôtres dont saint Paul a prédit la venue à la fin des temps (II Tim., III, 1-16). Les périls de l'Eglise, ce ne sont pas la vie déréglée de& clercs, ni la corruption des mœurs chrétiennes, ni l'ignorance, ni les hérésies, ce sont les progrès déconcertants
30 GuLiELMi DE S.-Amore, Opera omnia quae reperiri potuerunt. Constantiae, 1632.