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CRESCENCE DE JESI MINISTRE GÉNÉRAL

Tâche ardue qu'eut à entreprendre pour la première fois le nouveau Ministre général, Crescence de Jesi 16. a la mort d'Aymon de Faversham (entre juin et octobre 1243), Frère Elie aurait, dit-on, essayé de rentrer en scène. Il rendit lui-même la réconciliation impossible en exigeant sa réintégration dans la charge de Ministre général. La majorité se dressa alors contre lui ; il dut se retirer 17. Le choix du

promoteur des études, il ne croyait pas, ce faisant, enfreindre les intentions de saint François. Il enseignait à les avoir constamment présentes à la mémoire, si l'on ne voulait pas, disait-il, que <( les abus croissent et se multiplient insensiblement comme les poils de la barbe » (Eccleston, p. 125 : Dixit quod oportebat considerare menteni sancti Francisci et intentionem in régula alioquin, sicut insensibiliter crescunt pili barbce, sic crescent superfluitates in ordine. Oportet etiam niti contra fluctus^ sœculi supra quant necesse est, alioquin trahet nos inferius quant intendamus, etc.

18 Paul Sabatier, dans une étude sur Crescence de Jesi et son généralat (cf. Opusc. de Crit. Hist,, t. I, p. iog-134), dit qu'il fut non seulement au-dessous de sa tâche, mais qu'il gouverna d'abord sa Province, puis l'Ordre par la terreur et la violence. En portant un jugement si défavorable, P. Sabatier a été influencé par Ange de Clarenoqui le peint en effet sous ces traits odieux dans son Historia septem tribulationum (Archiv. f. litt. u. Kirchg., t. II, p. 256-262). Mais le témoignage de Clareno est celui d'un partisan; il oublie en outre l'ordre de succession des Ministres généraux, dit de Crescence qu'il suivit Elie son prédécesseur, et parle ainsi d'Aymon de Faversham : Aymo, angelicus vir, Utteratus, sanctus, prudens et humilis, qui bona plurima quantum in se fuit et in Ordine fecit (Cf. Dôllinger, Beitrâge zur Sektengeschichte des Mittelalters, t. II, p. 466). Ce chef des Spirituels aurait-il porté ce jugement sur Aymon s'il avait su son véritable rôle dans l'évolution ? Thomas d'Eccleston (p. 90) et Bernard de Besse {Anal. fr. t. III, p. 697) sont plus exacts que Clareno et aussi plus équitables envers Crescence de Jesi. D'après Pellegrino de Bologne (Eccleston, appendice II, p. 143), ce vieillard aurait été réellement au dessous de sa tâche; c'«st en bonne justice le reproche qu'il mérite.

1^ E. Lempp, Elie de Cortone, p. 147-149, qui ne donne à bon droit ce récit que comme une conjecture. Excommunié par le Pape, rejeté d& l'Ordre, Elie se rendit de nouveau auprès de Frédéric II. Cependant il revint à Cortone avec quelques fidèles, et bâtit en l'honneur de saint François une église et un couvent. Sous le gouvernement de Jean de Parme, on essaya en vain de le faire rentrer dans l'Ordre. Il ne se réconcilia qu'à la veille de sa mort, le mardi de Pâques, 22 avril 1253 (Salimbene, p. 157 s.; Lempp, op. cit., p. 179-187 : procès-verbal de l'absolution donnée à Frère Elie).

Chapitre tomba sur Crescence de Jesi. Avancé en âge quand il entra dans l'Ordre, médecin et juriste célèbre, il avait été de bonne heure promu Provincial de la Marche d'Ancône. Il s'y trouva aux prises avec les excès des premiers Spirituels qu'il réprima vigoureusement. Sa conduite •dans cette affaire lui valut des attaques et des blâmes de la part de leurs partisans, mais aussi la confiance de la majorité '8. Il semble s'être donné pour programme de continuer l'action de son prédécesseur Aymon de Faversham, mais avec l'idée de lutter tout à la fois contre les extravagances des Spirituels et contre les tendances au relâchement. Sous son gouvernement, nous l'avons vu, l'Ordre a suivi l'impulsion qu'il avait reçue d'Aymon : les constructions nouvelles se sont multipliées, les études scientifiques se sont développées, le ministère apostolique des Mineurs s'est étendu sur tous les terrains, et toute cette activité a nécessité la concession de nouveaux privilèges. Le plus important d'entre eux, la Bulle Ordinem vestrum du 1 1 novembre 1245, apportait une interprétation de la Règle plus large que celle de la Bulle Quo elongati. Un tel privilège ne pouvait qu'attiser encore l'agitation des Spirituels. Crescence se vit obligé d'intervenir pour essayer de la calmer en frappant les meneurs. Chose délicate et redoutable. Les révoltés étaient sans aucun doute des gens de bonne foi, des hommes pieux, qui ne comprenaient pas que l'on pût s'éloigner des intentions de saint François. Ils avaient pris conseil de ses compagnons, et se disposaient à porter leurs griefs devant le

18 EccLESTON, p. 90, et la Chronique des XXIV Généraux, p. 263, mentionnent cette répression des Spirituels qui affectaient, dit cette dernière, de porter des manteaux très courts, d'où le nom de Mantellati, et -que déjà Frère Elle avait poursuivis (Angelo Clareno, Expositio Reg. p. 64). Clareno, dans son Historia VII tribulationum, ne dit mot de la persécution des Mantellati de la Marche d'Ancône par Crescence de Jesi, Ministre Provincial.

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