LA « VITA SECUNDA
Souverain Pontife. Averti de ce qui se préparait, le Ministre général, sur le conseil d'un de ses intimes, Frère Bonadies, les prévint et obtint d'Innocent IV l'autorisation de les châtier '9. Soixante-douze des plus remuants parmi les Spirituels furent immédiatement saisis et dispersés dans les Provinces les plus éloignées de l'Ordre 20.
Crescence de Jesi et la deuxième Légende de saint François par Thojtias de Celano. — Un tel châtiment contre ceux qui se proclamaient les zélateurs de la Règle pouvait peut-être suffire à étouffer momentanément les semences de schisme j pour entretenir dans les cœurs l'attachement aux vertus distinctives de l'Ordre, il fallait autre chose. Crescence l'avait trouvé. Pendant le Chapitre général dont il fut l'élu, il avait eu l'heureuse idée de prescrire à tous les Frères de mettre par écrit et de lui envoyer tout ce qu'ils avaient appris sur la vie, les merveilles de sainteté et les miracles du séraphique Père
19 Cf. Bull. fr. t. I, p. 410, Bulle Provisionis nostrae, du 7 février
20 Cf. Clareno, Historia VII tribulationum, dans Dôllinger, op. cit. t. II, p. 466-470, et Epistola excusatoria, dans Archiv. f. litt. u. Kirch., t. I, p. 533. Clareno est seul à relater cette répression qu'il appelle troisième persécution, la première ayant eu lieu pendant que saint François était en Orient, la seconde sous le généralat de Frère Elle. Ses confusions et le silence des autres auteurs la rendraient douteuse, au moins quant à son attribution à Crescence, si la Bulle Provisionis nostrae du 7 février 1246 ne venait donner certaine vraisemblance au récit probablement trop chargé en couleurs de l'opiniâtre chef des Spirituels. — Crescence de Jesi essaya aussi de tarir cette source de désordres que constituaient les Palatini en obtenant les pouvoirs nécessaires pour leur rappeler la discipline de l'Ordre, les visiter et les corriger. Des pouvoirs lui furent octroyés par la Bulle Cum sicut du 16 août 1246 (Bull, fr., t. I, p. 422). — Il est très probable que les fratres sollemnes dont parle Salimhene (p. 397), et qui en Allemagne, à la même époque, méprisaient la discipline de l'Ordre, n'étaient autres que des palatini et non pas des spirituels. Le légat du pape Philippe Fontana, alors évêque de Ferrare, les dénonçait aux Provinciaux pour leur faire recevoir les corrections nécessaires; des spirituels auraient été désignés par Salimbene sous le nom de fratres iimiplices.
d'abord, puis des saints Frères qui avaient vécu jusque là sous l'habit des Mineurs ^K
Avec la gerbe de souvenirs qui furent alors rassemblés,, et dont les plus précieux étaient ceux des trois compagnons intimes de saint François, les Frères Léon, Ange et Ruffin, Thomas de Celano reçut du Ministre général la tâche de composer une légende nouvelle du Séraphique Père, la Vita secunda, et Thomas de Pavie 22 celle de réunir sous la forme d'un dialogue les traits les plus édifiants des autres saints Frères de la famille franciscaine.
Thomas de Celano travailla sous le regard et avec la collaboration des trois compagnons eux-mêmes ~^. Ils se montrent fort embarrassés en présence d'une telle abondance et diversité de paroles et de faits. « Qui pourrait, disent-ils, se flatter d'avoir si exactement tout pesé dans la balance d'une critique minutieuse, que ceux qui en entendront le récit soient tous et sur tous les points du même avis ? (II Cel. 1) ». Néanmoins ils apportèrent le soin le plus vigilant à exprimer ce que fut la volonté de leur père très saint (Il Cel. 2). Car ce n'était pas un simple catalogue demiracles que Crescence demandait,mais bien le récit des actes de vertu et des paroles qui refléteraient, comme un miroir fidèle de perfection, l'esprit et les volontés
21 Salimbene, p. 176; XXIV Gen., dans An. Fr., t. III, p. 262 s.
22 Thomas de Pavie, mort entre 1280 et 1284, après avoir été pendant longtemps Provincial de Toscane, fut d'abord Lecteur de théologie à Parme, à Bologne et à Ferrare. En 1245, Crescence l'avait déjà désigné pour accompagner Bonaventure d'Iseo au concile de Lyon (Cf. F. M. Delorme, Dialogus de gestis Sanctorum Fratrum Minorum, Quaracchi^ 1923, p. LVI, LXII).
23 C'est bien ce qu'indique le prologue de la Vita secunda (II Cel. i, 2), et la prière finale des Compagnons (II Cel. 221-224, particulièrement 223) : « Supplicamus etiam toto cordis affectu, benignissime pater, pro illo filio tuo, qui nunc et olim devotus tua scripsit praeconia. Hoc ipse opusculum etsi non digne pro meritis, pie tamen pro viribus colligens, una nohiscum tibi offert et dedicat. »