ÉCHEC DE CRESCENCE DE JESI
du fondateur, ainsi que la vie évangélique des premiers temps de l'Ordre 24.
Tout l'ouvrage de Frère Thomas de Celano est un éloge de la vie commune, mais enveloppé de protestations parfois très incisives contre les manifestations de relâchement 25^ ou contre les singularités 26. C'est aussi un effort sincère pour ramener le calme dans les esprits en leur proposant une interprétation de la pensée de saint François qui fut éloignée de toute exagération 27.
Echec de Crescence de Jesi. — La suite des événements montrera que l'œuvre de Celano, terminée en 1246-47, ne réussit pas à refaire Tunité des esprits. On peut croire du moins qu'elle fit paraître trop sévère les châtiments infligés aux Spirituels, trop large la dernière déclaration pontificale de la Règle contenue dans la Bulle Ordinem vestrum. Si
24 « Placuit... ut gesta' vel etiam dicta gloriosi P. N. F. nos, quibus ex assidua conversatione illius et mutua familiaritate plus caeteris diutinis experimentis innotuit, ad consolationem praesentium et posteriorum memoriam scriberemus (II Cel. i)... Dehinc vero exprimere intendimus et vigilanti studio declarare quae sanctissimi patris tam in se quam in suis fuerit voluntas bona, beneplacens et perfecta, in omni exercitio disciplinae coelesti et summae perfectionis studio, quod semper habuit apud Deum in sacris affectibus, et apud homines in exemplis... Oramus ergo, benignissime pater, ut laboris hujus non contemnenda munuscula, quae non pauco labore quaesivimus, vestra benedictione conservare velitis, corrigendo errata, et superflua resecantes, ut ea quae bene dicta vestro judicio docto probantur cum nomine vestro vere Crescentio crescant ubique et multiplicentur in Christo (II Cel. 2). » Or Crescence ne paraît avoir rien retranché, ni retouclaé de l'œuvre de Celano qui contient de si rudes leçons. — De même Thomas de Pavie écrit : « Ea propter et ego tametsi inutilis servus Christi, ad divinae gloriam majestatis et laudem, mira wirtutum opéra, quae per sanctos suos quosdam Ordinis nostri fratres in diversis mundi partibus exhibere dignata est omnipotentia Conditoris, obedientia reverendi patris ministri generalis, fratris scillicet Crescentii, praeceptrice suscepi » (Delorme, op. cit., p. 2). A la différence de Thomas de Celano, Thomas de Pavie ne sut écrire qu'une fastidieuse énumération <ie miracles entrecoupée de considérations dogmatiques et morales.
2^ Voir entre autres chapitres : II Cel. 69, 81, 120, 130, 145, 162, 179.
26 n Cel. 28, 32, 33, 208.
27 II Cel. ss-82, 91, 140, 143, 146, 152, 155-157» 164, 184-189, 191-195.
heureuse qu'eût été l'idée de Cresence de Jési, et si droite son intention, il n'atteignit pas son but. D'autre part, la visite des Provinces et des religieux qui permet au supérieur général de connaître les besoins de son Ordre et ses tendances, de corriger les abus, de stimuler le courage, de réveiller la ferveur, ce devoir si important, Crescence de Jési, déjà vieillard au début de sa charge, fut toujours incapable de l'accomplir. Malgré sa bonne volonté, son gouvernement échouait donc dans une lamentable faillite. Innocent IV tenait trop à la prospérité de l'Ordre franciscain si utile à l'Eglise pour l'abandonner en un moment si critique. Il est très probable que Crescence de Jési, qui dès le début de son généralat avait refusé, à cause de son grand âge, de prendre part au Concile de Lyon, ne lui inspira jamais une très grande confiance. En outre, le Souverain Pontife ne trouvait pas dans le Ministre général l'appui et la collaboration qu'il désirait pour mettre l'Ordre de sainte Claire entièrement sous la direction et l'autorité des Mineurs 28. Toutes ces raisons le déterminèrent à intervenir énergiquement. Il convoqua pour le i3 juillet .1247 le Chapitre général que Crescence aurait dû réunir pour la Pentecôte (19 mai) 29.
Au jour dit l'assemblée capitulaire se tint à Lyon. Crescence, prétextant encore la vieillesse et ses infirmités, ne s'y rendit pas. Il apparaissait dès lors complètement incapable d'exercer les devoirs de sa charge. De même qu'il s'était fait représenter au Concile de 1 240 par le Frère Bonaventure d'Iseo ^o^ il envoya au Chapitre général le même religieux et peut-être aussi celui qui fut élu à sa place, Jean de Parme 3i.
28 Voir plus bas, Appendice II, 8 : l'Ordre de S. Claire.
29 Bull. fr. t. I, p. 453s.
30 Cf. Etudes fr. t. XXXIII (1921), p. 519-528.
31 Salimbene, p. 178, 309; Pellegrino de Bologne, dans Eccleston, Appendice II, p. 143; Bihlioteca, t. I, p. 225, n. 3; Sabatier, op. cit. p. 119s,