DÉMISSION DE JEAN DE PARME
opposait en interdisant toute mutation sans autorisation spéciale 45. Plus d'une fois le Pape avait dû le contraindre avec toute la force de son autorité pontificale à accepter certains privilèges 46. Alexandre IV qui avait si paternellement ménagé l'honneur des Franciscains lorsqu'il condamna l'Introduction à l'Evangile éternel, ne déposa pas Jean de Parme, mais lui persuada de donner sa démission. Celui-ci, dont la conscience ne se sentait plus en sécurité devant les mitigations et les dispenses qui s'introduisaient malgré lui, accepta sans difficulté. Sans attendre que le terme de trois ans depuis le dernier Chapitre général fut écoulé, il le convoqua pour le 2 février à Rome au couvent de l'Ara Cœli, récemment concédé (i25o) aux Frères Mineurs. Alexandre IV lui-même le présida. Telle était l'estime qui entourait Jean de Parme que les Capitulaires ne voulurent pas accepter sa démission. Ils restèrent tout un jour sans procéder aux affaires du Chapitre. Comme il demeurait inébranlable, ils lui dirent : « Père, vous avez visité l'Ordre, et vous connaissez le mérite de chaque religieux. Nommez-nous donc celui que vous estimez le pluS ^igne de vous succéder. » Il désigna aussitôt le jeune Frère Bonaventure de Bagnorea, dont la sagesse, la science et l'esprit séraphique se révélaient dans les controverses alors en cours avec l'Université de Paris.
Frère Bonaventure fut élu Ministre général à l'unanimité. Il n'assistait pas au Chapitre et la nouvelle de son élection lui parvint à Paris. C'était l'homme providentiel destiné à défendre l'Ordre de saint François contre ses ennemis du dedans et contre ceux du dehors 47.
45 Voir plus haut, p. 159.
^6 Voir plus haut, p. 181.
4^ Les témoignages au sujet de la démission de Jean de Parme sont très divers. Pellegrino de Bologne, qui fut l'intermédiaire entre les Capitulaires et le Ministre démissionnaire, nous fournit le récit le plus près de la vérité : « Postmodum in processu temporis, ipse habuit multos
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et magnos semulos, qui accusaverunt eum domino papaî, et in tantum induxerunt eum, quod ipse praecepit ei in secreto, quod ipse renuntiaret officio, et nullo modo consentiret si ministri vellent in officio confirmare. Ista habuit ab ore suo frater Peregrinus de Bononia in illo existens capitulo qui fuit mediator inter ministres et ipsum » (loc. cit., p. 144). Salimbene (p. 309 s.) raconte la résistance des ministres à accepter sa démission et la demande qu'ils lui firent de désigner lui-même son successeur. D'où lui venaient ses ennemis ? De son Joachimisme : <( Et notandum quod, quamvis frater Joannes de Parma habuerit multos mordaces occasione doctrine abbatis Joachim habuit tamen multos qui eum dilexerunt. » Salimbene, qui nous fait cette confidence (p. 302), ne parle pas des dénonciations îaitei contre lui au pape. D'après ce chroniqueur, Jean de Parme devança l'époque du Chapitre, et renonça à sa charge quia penitus nolebat esse minister... Tune ingressus locum capituli protuUt verbal sua secundum quod scivit et voluit dicere (p. 309). Pour Ange de Clareno, le Joachimisme ne fut qu'un prétexte à la démission de Jean de Parme; la vraie raison aurait été son impuissance à ramener la communauté à la perfection de l'Evangile, et c'est son zèle de l'observance qui lui aurait suscité des ennemis (Arch. f. litt. u, Kirchg., t. II, p. 269 s., 271, 276 s.). Ce témoignage du chef des Spirituels ne s'accorde pas avec les difficultés que firent les Ministres provinciaux pour accepter la démission de Jean de Parme, et l'admirable confiance qu'ils lui témoignèrent en le priant de désigner lui-même le futur général (ibid. p. 270). Il faut également rejeter comme trop tardif et en contradiction avec Pellegrino le témoignage des XXIV Généraux (Anal. Franc, t. III, p. 287), pour qui Jean de Parme ne donna sa démission que parce que telle était sa volonté. L'argumentation du P. Luigi da Parma, O. M. (Vita del B. G. da P., Quaracchi, 1900, p. 88-93) et celle du P. René, O. M. C. (Histoire des Spirituels, Paris, 1909, p. i68s) s'appuient trop exclusivement sur ce dernier témoir gnage de la Chronique des XXIV Généraux et sur celui de Clareno.
Après le Chapitre de Rome, Jean de Parme se retira à l'ermitage de Greccio, d'où nous le verrons sortir pour se disculper de son joachimisme.