‹ Histoire de la fondationChapitre 118 sur 238 · DES DROITS DE L'ORDRE · texte numérisé non relu

DES DROITS DE L'ORDRE

Bonaventure n'était âgé que de trente-six ans ' quand il succéda à Jean de Parme.

1 Pour la chronologie de saint Bonaventure, voir l'Essai sur la chronologie dq S. B., par l'abbé P. Glorieux, dans VArch. fr. hist., t. XIX, 1926, p. 145-168 et l'article du P. A. Callebaut, O. M. : L'entrée de S. B. dans l'O. des F. M. en 1243 (France franciscaine, t. IV, 192 1, pp. 41-51) qui place la prise d'habit du saint général en 1243 et, avec assez de vraisemblance, à Paris, bien qu'il fut affecté dès ce moment à sa Province d'origine, c'est-à-dire, à la Province romaine. C'est ainsi' que vers la même époque un clerc saxon, Henri de Wittemberg, reçut également l'habit à Paris et y commença son noviciat (cf. Arch. fr. hist.,. t. XIX, 1926, p. 51, cap. X). Le P. Pelster, S. J., dans une étude indépendante de celle du P. Callebaut, est arrivé à peu près aux mêmes conclusions en ce qui concerne la date d'entrée dans l'Ordre à Paris (Cf.. Arch. fr. hist., t. XVIII, 1925, p. 151 s., résumé de Zeitschrift f. Kathol.- Théologie, t. 48, p. 516-532). — Les sources primitives de la biographie de Bonaventure, peu nombreuses et trèa parcimonieuses de détails sont 1° le- Chronicon ou Catalogus XV Min. Gen., dans Anal, fr., t. III, p. 699- 701, opuscule attribué à son secrétaire, Bernard de Besse; 2° la chronique dQ Salimbene; 3° celle de Pellegrino de Bologne, dans Eccleston (Appendice II, p. 144); 4" un' fragment de la chronique de François de. Fabriano (France franc, loc. cit., p. 46); 5° Angelo Clareno, Chron. VII Trib., dans Dôllinger, Beitràge, t. II, p. 475-481 et Arch. f. litt. u. Kirchg., t. II, p. 271-287; 6° la Chronique des XXIV Généraux (Anal, fr., t. III, p. 323-355). — La meilleure biographie écrite jusqu'à ce jour est celle du P. L., Lemmens, O. m., Der hl. Bonaventura, Kempten u. Mûnchen, 1909, traduite en italien par G. di Fabio avec des améliorations de l'auteur : S. Bonaventura, Milano, 1921. Voir aussi S. Bonaventurae Opéra omnia, t. J£, p. 39-73. — On lira également les intéressantes notices du P. René de Nantes, O. M. C, Histoire des Spirituels), ch. VIII, p. 206- 236 (un peu trop influencé par les écrits des Spirituels), du P. K. Baltha- ZAR, O. M. (Geschtchte des Armutsstreites im Franziskanerorden bis

On a dit de lui qu'il avait transformé » l'Ordre de saint François, qu'il l'avait organisé 3^ qu'il en avait tout au moins complété l'organisation et que l'on pouvait ainsi le regarder comme le second fondateur 4. Aucune de ces vues n'est complètement exacte. Jean de Fidenza avait revêtu la bure franciscaine et pris le nom de Bonaventure

sum Konzil von Vienne, Munster i W., 1921, p. 49-79), du cardinal Fr. Ehrle, s. J> (Franzisk. Stud., t. VII, 1921, p. 109-124) (se prononce ■encore pour 1238 comme date d'entrée dans l'Ordre) et de M. Gilson : La Philosophie de S. B., Paris, 1924, Le Franciscain, p. • 43-69. Dans les Studi francescani (t. I, 1915, p. 115-137), le P. Zéph. Lazzeri a publié Una piccola vita inedita di S. Bonaventura attribuée à Mariano de Florence. Le P. Oliger a donné un compte rendu critique de l'ouvrage du P. Lemmens, dans VArchiv. fr. hist., t. III (1910), p. 344-348 (éd. allemande) et t. XV (1922), p. 533-538 (éd. italienne), des ouvrages du P. E. Clop, O. m. (Saint Bonaventure, collection « Les Saints », Paris, 1922). et du P. D, M. Sparaccio, O. M. Conv. (Vita di S. B., Roma, 1922).

2 (( Bonaventure n'a pas compris celui (saint François) dont il a cru -et voulu être le disciple. Il l'a corrigé, il a cru rendre à l'Ordre un immense service en le transformant. » (P. Sabatier, Opusc. de crit. hist., ■t. II, p. 161, n, i).

3 « L'institution créée par François réclamait une urgente et ferme organisation. » (E. Clop, op. cit., p. iio.) «Cet dans les petits traités composés pour la formation spirituelle de ses frères que saint Bonaventure ^e révéla comme l'organisateur providentiel de son Ordre. La Règle prescrivait un idéal inaccessible aux masses et laissait par conséquent trop libre jeu à l'interprétation individuelle. Un funeste relâchement s'infiltra même dans les premières générations franciscaines. Sans les ordonnances, les instructions et les sages règlements de Bonaventure, il est à croire qu'on n'eût pas remonté la pente. » (Van Ortroy, Anal, boll., t. XVIII, p. 205).

* « Saint Bonaventure trouva cette œuvre (l'Ordre franciscain) à une étape d'organisation avancée et prête à recevoir un dernier perfectionnement » (Léonard de Carvalho- Ei Castro, O. M., Saint Bonaventure, Le Docteur franciscain, Paris, 1923, p. 65). Après avoir cité la bulle Ite et vos de Léon X (29 mai 1517) (Wadding, Annales, t. XVI, p. 42-48), qui attribue elle aussi à saint Bonaventure une restauration de l'Ordre, le P. Lemmens admet que le saint Général aurait arrêté la décadence de l'Ordre et lui aurait fendu un autre service non moins grand, celui d'achever ses progrès et son organisation : (( Egli ha portato a compi-, mento lo sviluppo e l'organizzazione dell' Ordine. Per opéra sua si è compiuto l'addatamento di esso aile condizioni e ai doveri reali... Già spesso e assai caratteristicamente è stato detto il secondo Fondatore dell' Ordine di S. Francesco. » (L. Lemmens, op. cit., p. 242).

selon toute vraisemblance à Paris en 1243. Sous l'active impulsion de Frère Aymon de Faversham, l'Ordre, venait d'atteindre le terme de son évolution ; il n'avait plus besoin d'être organisé. Et quand le jeune Docteur de l'Université de Paris est choisi comme Ministre Général, loin d'être en décadence, la famille de saint François se trouve dans la pleine vigueur de sa jeunesse, dans le plein épanouissement de son activité apostolique. Bonaventure n'a rien à réformer. Conservateur par tempérament il accepte l'Ordre tel qu'il est et ne veut rien innover. Il en fait lui-même l'aveu dès la première circulaire qu'il adresse à ses frères, trois mois après son élection (28 avril 1257) 5.

S'il n'y avait pas de réformes urgentes à opérer, il y avait du moins à soutenir une lutte violente engagée depuis cinq ans pour défendre le droit à l'existence et à l'action des nouveaux Ordres religieux. Or Bonaventure" pensait que ce conflit aigu avec le clergé séculier avait partiellement pour cause des abus, naissants qui, souillant la conscience des Frères et diminuant Testime dont rOrdre avait joui jusqu'à ce jour, menaçaient grave-

5 Nec nova statuens nec vincula superinducens nec onera gravia alligans aliis et imponens... » (Op. omn., t. VIII, p. 468). A la fin de cette lettre, il revient sur la même idée : « Licet enim non sit mei propositi novis vos vinculis innodare » (Ibid., p. 469). Entre son élection et cette première circulaire, il se passa près de trois mois, que le nouveau Général employa sans doute en un voyage à Rome pour se présenter au Souverain Pontife et pour lui exposer les motifs qu'il avait de se soustraire à la lourde responsabilité qui venait de tomber sur ses épaules. Ces motifs, il les expose ainsi dès le début de sa missive : a Licet insufficientiam meam ad ferendum onus impositum cognoscerem manifeste, propter debilitatem corporis, imperfectionem mentis, inexperientiam actionis et propter repugnantiam voluntatis; quia tamen durum est contra stimulum calcitrare tantae congregationis et Summi Pontificis, ac per hoc et altissimi Dei voluntati pertinaciter resistendo ; sarcinae gravi et quasi importabili humeros supposui imbecilles... » Tout cela laisse à •supposer que Bonaventure se croyant inapte à l'action et préférant l'enseignement dut résister longtemps avant d'accepter d'être Ministre Général.

ment la pure observance de la Règle. Ils appelaient une prompte correction 6. De là tout le plan de gouvernement^ qui est implicitement contenu dans sa première missive. Ce plan comporte la défense contre les ennemis divers des positions conquises jusque là par les Frères Mineurs, et la stabilisation d'une pratique commune de la Règle. Durant tout le temps de son Généralat saint Bonaventure sera sans défaillance 1° l'apologiste de l'idéal franciscain et le défenseur des droits de son Ordre, 2° l'habile avocat de l'évolution et le modérateur de l'observance régulière.

Hostilité contre les Mendiants. — On se souvient des moyens que Guillaume de Saint-Amour avait préconisés pour briser l'influence des Mendiants et remédier aux préjudices qu'ils causaient au clergé?. Il semble que ces conseils aient été quelquefois suivis, notamment dans le Midi de la France, par certains prélats comme Bernard de Canpendu, évêque de Carcassonne (1265-1278), Gérard de Malemort, archevêque de Bordeaux (t 1261), et son successeur Pierre de Roncevaux (1262-1270). Les synodes diocésains tenus alors contiennent souvent des statuts hostiles au ministère apostolique des nouveaux Ordres 8.

* (( Nunc autem, quia perîcula temporum urgent et laesiones conscientjarum nec non et scandala mundanorum, quibus, cum Ordo deberet esse sanctitatis spéculum, in diversis orbis partibus in taedium sortitur et contemptum ; quae mihi de consilio discretorum visa sunt corrigenda, nec pepitus tacens nec omnino exprimens, videns illa nullatenus retinenda. Sane perquirendi mihi causas, cur splendor nostri Ordinis quodam modo obfuscatur, Ordo exterius inficitur et nitor conscientiarum interius defœ- .datur (ibid.). » Suit l'énumération d'une dizaine d'abus dont nous parlerons plus loin.

. 7 Voir plus haut, chap VI, p. 218.

8 Cf. Olga Rodjevenski, La vie paroissiale en France, p. 128-13 1. Les. constitutions synodales de Bordeaux (1262), par exemple, contiennent l'article suivant : « Item statuimus et precipimus sub poena excommunicationis cui inobedientes subponimus ne aliqui in ecclesiis suis diebus dominicis et festivis parochianos recipiant alienos qui proprias dimittunt ecclesias et in illis diebus presertim suam debent visîtare. Idem dicenteso

Page 1