SAINT BONAVENTURE ET LA HIÉRARCHIE FRANCISCAINE
Si affectionné qu'il fût aux privilèges, car ils sauvegardent la liberté de Faction apostolique, le prudent Ministre n'ignorait pas les dangers ni les abus qu'ils entraînent. Il redoutait surtout les privilèges particuliers accordés à telle Province, à tel couvent ou à tel religieux ^6. La raison en est tout naturellement que de tels privilèges créent des singularités qui morcellent l'unité de la vie commune, brisent la discipline, énervent l'exercice de l'autorité.
Saint Bonaventure, qui admirait si sincèrement les transformations de l'Ordre, aurait-il donc regretté ce qui en fut la première conséquence, à savoir, la limitation des pouvoirs du Ministre général ?
Saint Bonaventure et la hiérarchie franciscaine. — Pas plus sur ce point, qui pourtant le touchait de près, que sur les autres, saint Bonaventure ne songea un seul instant à innover et à réagir contre la révolution que nous avons vu s'opérer en 1289 par la chute de Frère Elie. Il n'a nulle envie de changer la forme de gouvernement en vigueur lorsqu'il devient le chef de la famille franciscaine. Il l'approuve, au contraire, et la confirme en écrivant le prologue des Constitutions de Narbonne où nous lisons r « Il y aurait danger à mépriser ce qui a été statué avec tant de difficultés, de travail et de discussions par le Chapitre général en qui réside principalement l'autorité gouvernementale de l'Oindre » ^1.
au Souverain Pontife ou aux conservateurs des privilèges tous ceux qui commettent des. attentats contre les églises et les couvents des Frères. (Bull, fr., t. III, p. 15).
56 Tel le privilège qui, contrairement aux Constitutions, permet à Frère Mansueto, chapelain d'Urbain IV, de disposer de ses livres (Cum omnium librorum, 14 juillet 1263, Bull, fr., t. II, p. 476).
S'' ((Non enim absque periculo parvipendi potest quod... a Capitula generali statuitur, apud quod praecipua residet auctoritas Ordinis guhernandi. » (Const. Narb., prolog., loc. cit., p. 450). — Saint Bonaventure approuve pareillement l'absence de rang d'ancienneté, contrairement aux usages communs à tous les instituts religieux et ecclésiastiques. La principale raison qu'il en donne est que chaque religieux change si souvent
Même ainsi limités, les pouvoirs des Ministres sont ■encore si étendus que l'obéissance, lien de la discipline et <:iment de la vie commune, a, chez les Frères Mineurs, dit saint Bonaventure, un caractère d'universalité et de rigueur plus prononcé que dans tout autre Ordre » 58. Sur son TÔle dans la vie religieuse, il a les mêmes idées que François -d'Assise. Malgré sa jeunesse il sait donc parler avec autorité. Il sait dire : Volo Sg. Il entend se faire obéir de tous
■de résidence qu'il est difficile de se souvenir et de tenir compte de la place qu'il devrait occuper au chœur,, au chapitre et à table, suivant la <late de sa profession. Et puis, aux yeux de Dieu, les années ne comptentelles pas moins que les mérites ? (Determ. Quaest., P. II, q. 20, loc. cit., p. 371.) La préséance de l'âge n'existait donc pas encore chez les Frères Mineurs. Il semble même que les novices pouvaient être mêlés aux profès, car le saint Général conseille au novice de se mettre autant ■que possible à côté des religieux les plus vertueux et les plus graves : « Cum autem intraveris ad mensam, sede semper juxta honestiores et maturiores, si fieri potest bono modo. » (Régula novitiorum, cap. V, ibid., p. 481.)
5 8 Cf. Expos, sup., Reg., cap., I, § 6, loc. cit., p. 395. — Humbert de Romans, contemporain de Jean de Parme et de saint Bonaventure, Maître •Général des Frères Prêcheurs, écrivit un traité De eruditionè Praedicatorutn. Il y enseigne la manière de prêcher et les conseils appropriés aux différentes catégories d'auditeurs : « Aux Frères Mineurs, il faut rappeler, -dit-il, entre autres choses, qu'ils doivent accomplir de bon cœur leurs ■obédiences qui sont si nombreuses et si graves : ut obedientiae eorum quae sunt multa et multum graves, non coacte sed ex animo fiant. » (Maxivia Bibliotheca Vet. Patr., Lugduni, 1677, t. XXV, p. 468.)
59 « Excitetur ergo cordi nostri devotio et fervor ad zelum et ejectis negotiatoribus de domo patris caelestis, fratres omnes ad orationis et devotionis studium accendatis, restringatis receptionem multitudinis quia modis omnibus volo quod constitutio de receptione stricte servetur... Si igitur obedientes fueritis verbo per epistolam, et hoc per Visitatores intellexero, quos volo super praedictis corrigendis, tam in capitibus quam in membris diligentius vigilare, gratias agam omnium Conditori et vobis. Quodsi aliter, quod abs'it, accident; indubitanter sciatîs, quod nuUatenus patietur conscientia mea praedicta sub silentio pertransire (Epist. offic, .1, loc. cit., p. 469). Et primum quidem ad sanctae orationis studium fratres tuae curae commissos efficaciter incitans, ad Regulae promissae observantiam sinceram inducas pariter et compellas, pestiferos et insolentes, nullius verendo faciem, evellens et destruens, dissipans et disperdens, vel carcerali mancipando custodiae, vel a communitate sacri collegii expellendo, juxta quod pietatis simul et justitiae lex exposcit ; ne, dum ^rudeli misericordia uni membro putrido parcitur, in totius corporis sos-