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SAINT BONAVENTURE ET LA HIÉRARCHIE FRANCISCAINE

ses religieux sans exception. Pour atteindre ce but, il se hâte de faire renouveler, trois semaines après son élection, les lettres apostoliques que ses prédécesseurs avaient obtenues pour retenir dans l'obéissance tous ceux qui, chargés d'une mission quelconque, même au nom du Saint-Siège, pouvaient se croire soustraits à la loi commune des Mineurs 60. Le 2 1 octobre 1267, Alexandre IV, ayant vu à l'œuvre le jeune Ministre général, et afin de faciliter son ministère en barrant la route à toute velléité d'indiscipline, interdit à tous les Frères d'user des privilèges ou d'exécuter quelque commission que ce soit sans la permission expresse du Général. « Toute pénitence que vous infligerez aux transgresseurs de cette prohibition, ajoute-til, nous l'approuvons et, avec la grâce de Dieu, nous la ferons observer. » Alexandre IV, en outre, déclare nulles les promotions des Frères aux prélatures ecclésiastiques qui n'auraient pas reçu le consentement du Ministre général. Enfin, plein de confiance en sa prudence et décidé à lui accorder son appui, le pape l'investit encore de tous les pouvoirs des Pénitenciers apostoliques en faveur des religieux de rOrdre 61.

Ce n'est pas sous son gouvernement que l'obéissance risquait de se détendre. Saint Bonaventure ne songe pas à

pitatem putrens corruptio diffundatur... Denique quia his et aliis deordinationibus innumeris per statuta ordinis via praecluditur, volo ut per loca fratrum ea sic diligenter conscribi, legi facias et servari... Et ut hoc melius fiât volo ut praesentium séries omnibus fratribus tuae Provinciae per te, vel per Custodes, quoties opportunum fuerit, explicetur. » (Epist. Ofjic. II, loc. cit., p. 470). Voir aussi les Explanationes Const. Gen., §§ 12, 27, dans Archiv. fr. hist., t. XVIII, 1925, p. 516, 519.

60 Cf. Odore suavi, 27 février 1257, Bull, fr., t. I, p. 408, n. d. Voir aussi la bulle Petitionibus vestris du 19 mars 1258 relative aux religieux choisis par les Légats ou autres personnes ecclésiastiques pour traiter leurs affaires et qui doivent tous néanmoins rester soumis à la discipline régulière (Bull, fr., t. II, p. 282).

81 Ut ministerium, 21 octobre 1257, Bull, fr., t. II, p. 253 s. La nullité des promotions à l'épiscopat sans l'agrément des Supérieurs avait déjà été déclarée en 1252, 1256 et le 28 mai 1257 (ibid., p. 219).

modifier les coutumes relatives à la durée des offices des Supérieurs. Dans l'Ordre monastique le Supérieur est à vie. Chez les Mineurs la Règle est muette sur ce point,, mais en fait la durée de la charge était limitée. Entre cesdeux systèmes, le saint Docteur est hésitant. Il reconnaît que le changement fréquent des prélats peut être une cause de décadence parce que la perspective d'être prochai-^ nement déchargés paralyse les efforts des bons supérieurs, et parce que les mauvais religieux intriguent pour les faire déposer 62. Cependant il découvre aussi de bonnes raisons en faveur de l'amovibilité des charges : c'est d'abord la difficulté de rencontrer dans le même personnage toutesles qualités nécessaires à un bon Supérieur 63. Et puis il y a aussi cet autre avantage que les prélats, sachant qu'ils ne sont pas inamovibles, se tiennent plus facilement dans l'humilité ; enfin, les supérieurs mauvais ou incapables sont plus facilement écartés et l'espérance de les voir disparaître console les sujets qui ont à souffrir de leur gouvernement 64.

Saint Bonaventure et l'observance régulière. — Pendant les dix-sept années de son gouvernement, saint Bonaventure se montra, bien que partisan de l'évolution, adversaire opiniâtre du relâchement et des abus. Il n'en est presqu'aucun pour lesquels il ne présente quelque excuse à ceux qui du dehors, ou même du dedans, s'en autorisent pour diffamer son Ordre. Mais le saint Ministre général est trop loyal pour ne pas reconnaître ce qu'il y a de juste dans les critiques, et ses deux lettres circulaires de 1267 et

82 Detertn. Quaest., P. I, q. 19; loc. cit., p. 350.

83 Comparer l'énumération qu'il fait de ces qualités (Detertn, Quaest.,. P. II, q. 5, loc. cit., p. 362) avec la description du Ministre Général par saint François (II Cel., 185).

^^ Op. cit., loc. cit., p. 350,1 et 362. — Voir à ce sujet les réflexions dedom C. Butler, Le monachisme bénédictin, trad. Ch. Grolleau, Paris^. 1924, p. 237-243.

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