AOUT
Le Chapitre général et le Concile de Lyon (12^4). — En collaborant à la préparation du Concile, saint Bonaventure avait pu se rendre compte qu'un orage allait s'abattre sur les Ordres religieux institués depuis le IV' Concile de Latran (121 5). Des plaintes véhémentes venant des prélats séculiers, s'élevaient contre les Mendiants. Le vigilant Cardinal tenta de les prévenir et de les neutraliser en faisant prendre au Chapitre général plusieurs décisions propres à les apaiser.
Par la première, les Frères Mineurs s'engagèrent à ne pas user jusqu'au prochain Chapitre d'un privilège qui semblait contenir une exemption exceptionnelle ». Les Pères du Chapitre rappelèrent la nécessité d'une très
1 « Praecipit generalis minister de voluntate generalis capituli quod fratres illo privilegio, in quo videtur contineri exemptio, non utantur nec allègent in aliqua causa usque ad sequens capitulum générale. » (5. Bonav. Op. omn., t, VIII, p. 467). — Il n'est pas vraisemblable que le Chapitre général ait eu l'intention de renoncer à V exemption proprement dite, telle qu'elle avait été confirmée dans le Mare magnum. Il s'agit plutôt du privilège accordant aux religieux le droit de confesser les fidèles sans autorisation du curé (jjttidam temere sentientes, du 20 juin 1265, Bull, fr., t. III, Pi 14) et que certains religieux interprétaient d'une façon si large, qu'ils y voyaient le droit d'absoudre sans demander l'autorisation même des prëlats majeurs, si ce n'est pour les cas réservés aux évêques. (MoRTiERï Histoire des Maîtres Généraux, t. II, p. 207.)
grande prudence dans la réception des legs et des sépultures ; ils recommandèrent, lorsque l'interdit pesait sur un diocèse ou sur une ville, de l'observer comme le Droit l'exige, en se conformant à l'église principale.
Saint Bonaventure enjoint encore l'exécution stricte des Constitutions comme moyen de conserver à l'Ordre l'estime publique. Il insiste sur la pratique de la pauvreté; condamne la réception des offrandes et l'usage des troncs dans les églises ; enfin il interdit d'accepter à l'avenir desterrains pour bâtir quand on n'a pas la certitude que personne ne pourrait dans la suite revendiquer uii droits.
Aucun de ces statuts ne fit taire les récriminations desprélats ecclésiastiques. Elles se précisèrent même au Concile dans une demande de suppression de tous les nouveaux instituts religieux. Les plus modérés des opposants, tel l'évêque Bruno d'Olmûtz, demandaient seulement la suppression presque complète de leur ministère apostolique 3.
Ils eurent la fâcheuse inspiration de formuler cette demande dans cette assemblée œcuménique où les Mendiantsoccupaient une place prépondérante et où allaient éclater les preuves de leur fructueuse activité en Europe et en Orient. Dominicains et Franciscains étaient représentés là par des évêques, des docteurs, des missionnaires sortis de leurs rangs. Pierre de Tarentaise, le futur pape Innocent V,.
2 Ces décisions peuvent être considérées comme ayant été prises au Chapitre de 1274 ^ Lyon. Le P. Callebaut a parfaitement démontré qu'un Chapitre avait eu lieu également à Lyon en 1272 et que l'on y avait protesté contre les changements que des Frères, à l'aide de puissants protecteurs, voulaient procurer, soit dans leur situation personnelle, soit dans la délimitation des Provinces. (Cf. Archiv. fr. hist., t. XIII, 1920, p. 305-317.) Mais malgré cette démonstration, on peut continuer à admettreque les statuts qui ont été publiés par le P. Ehrle (Archiv. f. Litt. «. Kirch.,. t. VI, p. 43)' et par les PP. de Quaracchi (loc. cit.,) comme appartenant au Chapitre de 1274 d'après Nie. Glassberger (Annal, fr., t. II, p. 86)^ sont réellement de 1274.
3 Hefele-Leclercq, Hist. des Conciles, t. VI, i^^ partie, p. 165 s.