LA LUTTE POUR LES PRIVILÈGES
Après avoir publié la Bulle Exiit qui seminat, Nicolas III, plein d'estime et d'affection pour les Frères Mineurs, leur recommanda vivement d'être d'autant plus fidèles observateurs de la Règle, qu'il venait de menacer sévèrement tous ceux qui s'en feraient les détracteurs.
Ces paternelles et pressantes remontrances furent transmises avec la Déclaration pontificale par le Ministre général, Frère Bonagrazia, dans une lettre circulaire (8 octobre 1279) où nous retrouvons le zèle de Jean de Parme et de saint Bonaventure ». Gomme ses deux prédécesseurs, Bonagrazia exhorte les religieux à éviter soigneusement ce qui pourrait prêter le flanc aux critiques des ennemis qui les épient d'un œil jaloux ; il les invite à fuir les occasions de litiges avec le clergé, à ne faire aucun changement de couvents sans sa permission, à se garder de toute superfluité dans les constructions, les vêtements et la nourriture, de tout acte et de toute parole capables de faire croire que les Frères reçoivent, possèdent, vendent, donnent ou achètent ; il insiste sur l'obligation de l'oraison et sur celle de la conformité à l'usage de l'Église romaine dans la récitation de l'Office divin; il blâme les voyages inutiles et la coutume d'aller à che-
1 Cf. Anal, fr., t. II, p, 93 ; Wadding, Annales, t. V, p. 75.
val qui commençait à s'implanter 2 ; il interdit depromouvoir aux fonctions de Lecteur les religieux dont la conduite serait répréhensible ; il ordonne que chaque mois et in quolibet loco, c'est-à-dire, dans les ermitages aussi bien que dans les couvents, on fasse la lecture de la nouvelle Déclaration de Nicolas III, des statuts du. Chapitre général 3 et de la présente lettre.
A lire ces lignes, on sent que Bonagrazia était pénétré de cette idée de saint Bonaventure, que la paix avec le clergé séculier dépendait en partie de la prudence des^ religieux et de l'exacte pratique de la Règle. Nicolas lit avait réussi à fermer la bouche aux détracteurs de lai Règle franciscaine ; Bonagrazia reste préoccupé de rendre injustifiées et inopérantes les attaques contre le ministère des Frères. Saint Bonaventure avait réussi à maintenir la paix entre les partisans d'une observance large et les Spirituels rigoristes, ou du moins, on ne voit pas que de graves conflits se soient élevés entre les deux groupes pendant son généralat ; Bonagrazia n'a rien tant à cœur que de rendre cette paix durable.
Aucun de ces désirs ne devait se réaliser, et nous allons assister : 1° à de nouvelles hostilités de la part du clergé séculier, qui auront pourtant l'avantage de faire définir au Concile de Vienne les conditions dans lesquelles les Mendiants pourront se livrer légitimement au ministère des âmes ; 2° à la naissance d'un conflit aigu entre les Spirituels et la Communauté ; conflit
2 Jourdain de Giano (p. 48) écrivait déjà en 1262 à propos de Jean, de Plan Carpin qui fut nommé Provincial d'Allemagne en 1228 : « Hic vero quia vir corpulentus erat, asino vehebatur, et homines tune temporis propter Ordinis novitatem et equitis humilitatem majori devocionead asinum suum, exemple Christi asinantis potius quam equitantis, niovebantur, quant nunc propter assiduuin fratrum abusum equitandi,, ad personas ministrorum. »
3 Cf. un fragment de ces statuts dans Arch. f. Litt. u. Kirch., t. VI,, p. 49 s.