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La bulle « Ad fructus uberes « (i3 décembre

Dans le conflit du clergé séculier et des Ordres mendiants au XI 11^ siècle, la période qui va de 1279 à i3i2 forme la troisième phase 4. Les attaques ne portent plus comme dans la deuxième sur la valeur de l'idéal franciscain, ni sur le droit à l'existence des nouveaux Ordres, mais seulement sur leurs privilèges!, comme dans la première, et sur leur action. Sur ce terrain bien délimité une nouvelle offensive s'engage, pour laquelle deux ou trois prélats essaient de soulever l'épiscopat de France et de coordonner ses efforts.

Le Cardinal français Simon de Brion succéda à Nicolas III sur le trône de saint Pierre. Longtemps il avait été Légat en France. Il avait traité avec Jeande Verceil, Maître général des Prêcheurs, et avec Jérôme d'AscoH, Ministre général des Mineurs, l'épineuse affaire de la réconciliation delà France et de la Castille. Il avait apprécié l'action des religieux et était très au fait de leurs démêlés avec les séculiers. Déjà, en 1268, il avait eu l'occasion de prendre ouvertement leur défense contre certains articles d'un Concile de la province de Reims 5. Devenu pape sous le

■* La première va des origines des Ordres nouveaux à l'entrée de l'Université de Paris dans le conflit (1252); la deuxième va de 1252 h la publication de la bulle Exiit qui seminat (1279). La première commence par des actes de méfiance, puis d'hostilité à l'égard des religieux (voir plus haut, p. 200-205). La deuxième ajoute à ces actes des discussions théoriques, (voir plus haut, p. 205-221, 249-265).

s Denifle-Chatelain, Chartularium Universitatis Paris., t. l, p. 593, note du n° 508.

nom de Martin IV (1281-1285), il continue de les favoriser^ même avec excès.

Alexandre IV le premier, Clément IV ensuite avaient déclaré 6 que les Frères pouvaient prêcher et confesser sans la permission des curés pourvu qu'ils aient obtenu celle des Ordinaires. Or ceux-ci refusaient souvent de donner cette autorisation. Les Frères s'en plaignirent à Martin IV.

C'était vers la fin de l'année 1281. A ce moment, Guillaume de Mâcon, évêque d'Amiens (1278-1308), se trouvait à la cour pontificale chargé de promouvoir la canonisation de Louis IX. Il eut vent des plaintes des Mendiants et des nouvelles libertés que le Souverain Pontife s'apprêtait à leur octroyer. Immédiatement il prit en main la cause du clergé séculier, s'eiîorçant de détourner le pape de ses projets. Ancien secrétaire du Cardinal Simon de Brion, il espérait que Martin IV s'en souviendrait. Il fut éconduit. Le pape, sans se soucier de ses réclamations et de ses objections, publie le 1 3 Décembre 1281 la bulle {a.ïneuseAdfructus uberes qui va déchaîner des querelles plus violentes que jamais 7. En vertu de ce privilège, la liberté des Mendiants est désormais absolue. Ils pourront prêcher et confesser partout sans avoir aucune permission à demander ni aux évêques ni aux curés. L'examen et la désignation des religieux reconnus aptes à ce ministère pastoral ne dépendent que des supérieurs. Cependant, pour se conformer au canon Omnis utriusqiie sexus du IV^ Concile de Latran, les Frères devront rappeler aux

6 Bulles Non sine multa, 30 mars 1257, Cum olim, 13 mars 1259 (Bull, fr., t. II, p. 209, 347), Quidam temere, 20 juin 1265 (Bull, fr., t. III, p. 14),

7 Bull, fr., t. III, p. 480; Chartularium, î, n° 508. — Les Frères s'étaient plaints, mais n'avaient pas demandé un nouveau privilège. La bulle Ad fructus uberesr est" due à l'initiative personnelle de Martin IV. Cf. F. M. Delorme, O. m., Richardi de Mediavilla, Quaestio disputata de privilégia Martini papae IV, Quaracchi, 1925, p. 63.

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