ALARMES DU CLERGÉ SÉCULIER
fidèles l'obligation de se confesser au moins une fois l'an à leur propre pasteur.
Le clergé séculier trouva exorbitants les pouvoirs ainsi concédés aux religieux. Il chercha aussitôt le moyen de les annuler 8.
Plusieurs prélats, dont onze évêques et deux archevêques, s'étant réunis à Paris, ils étudièrent la tactique à suivre et décidèrent : i° que chaque métropolitain convoquerait un synode provincial pour s'entretenir avec ses suflFragants et le plus grand nombre possible de prêtres, des dangers qui menaçaient l'Eglise et de la voie la plus sûre pour y échapper ; 2° que les métropolitains se réuniraient ensuite pour la fête de saint Rémi (i^^ Octobre) afin d'élire des députés chargés de présenter à la cour pontificale les griefs du clergé j en attendant, ils défendaient aux Frères d'user de leur privilège. Immédiatement Guillaume de Flavacourt, archevêque de Rouen (1278-1306) et Guillaume de Mâcon communiquèrent (i*"^ juillet 1282) ce plan de campagne aux archevêques de Reims, de Sens et de Tours 9.
On ignore quelle suite fut donnée à ces instructions.
8 En Allemagne, la bulle Ad fructus uberes ne produisit pas la même émotion. Dans une lettre dont les premiers mots rappellent ceux de cette bulle, Hartmann, évêque d'Augsbourg, exprime son attachement et celui de beaucoup d'autres évêques allemands pour les Frères Mineurs, il leur donne les pouvoirs d'absoudre de tous les cas réservés et l'autorisation d'accorder 40 jours d'indulgence à tous ceux qui assistent à leur prédication (5 mars 1282, n. st.). Cf. Glassberger, p. 94 s.
9 Cf. Chartvlarium, t. I,. n° 510, n. 14, p. 596. — La lettre de l'archevêque de Rouen et de l'évêque d'Amiens a été, en 1634, pour servir d'arguments dans de nouvelles controverses, publiée sous ce titre : Vêtus diplonia Ecclesiae gallicanae depromptum ex archivis archiepiscopalis palatii rothotnagensis, Rothomagi, L. Maurry, in-fol. pièce (Bibl. Nat. Ld24 6i), G. Marlot l'inséra dans sa Metropolis remensis historia, t. II, Reims, 1679, p. 579. Elle se trouve encore en original aux Archives départementales de la Seine-Inférieure (Série G, 1897) et porte en toutes lettres la date incontestable de 1282. Le plan qu'elle proposait ne fut pas exécuté immédiatement, mais il fut repris avec plus d'efficacité en
Toujours est-il que le décret Omnis utriusque sexus devint l'arme choisie pour battre en brèche la bulle Ad Jructus libères. Puisque les fidèles sont obligés de se confesser une fois l'an à leur propre pasteur, on avait défini, à la réunion de Paris, qu'ils devaient aussi refaire l'aveu de tous leurs péchés, même de ceux dont ils avaient été absous par un religieux. Une pareille interprétation ruinait de fond en comble le ministère apostolique des Mendiants. Soumise à l'examen de l'Université de Paris, elle fut rejetée par quinze Docteurs réunis sous la présidence de l'évêque Ranulphe de Homblières (Novembre 1282) 'o. Cette consultation n'était pas de nature à calmer l'irritation de Guillaume de Mâcon et des séculiers ; mais Dominicains et Franciscains effrayés eux-mêmes de tant de liberté et des abus si graves qu'elle pouvait entraîner, avaient déjà résolu de ne pas se servir pleinement d'un cadeau si dangereux. Rappeler aux fidèles le devoir de la confession annuelle à leur curé, ne prêcher dans les églises des séculiers qu'avec la permission des évêques et même des curés, s'abstenir de les critiquer, se conformer à leurs décisions, inviter les laïcs à acquitter les dîmes, sont les conseils que donnait aux Prêcheurs le Chapitre général de Vienne (1282) i'. Celui des Mineurs, assemblé la même année à Strasbourg, fait des recommandations analogues, sans toutefois parler des prédications, puisque la Règle défend de prêcher sans l'assentiment de l'évêque ; il ordonne aussi de ne pas se servir du pouvoir concédé dans la Bulle Ad fructus libères quand il s'agit d'absoudre des cas réservés aux évéques ; il renouvelle l'obligation, en temps d'interdit, de se conformer aux églises principales '2.
ï" Chartularium, ï, n° 510; Anal, franc, t. II, p. 96-98; Archiv. fr. hist., t. X (1917), p. 344, n. I.
11 Mortier, O. P., Histoire des Maîtres généraux de l'Ordre des F. P.. t. II, p. 165.
12 Arch. f. Lut. u. Kirch., t. VI, p. 50 s.