ATTITUDE DES MENDIANTS
Ces prescriptions n'étaient pas superflues. Beaucoup ■de religieux pensaient certainement avec Salimbene que Martin IV avait bien agi en leur accordant cet excellent privilège '3 et ils devaient être tout disposés à l'utiliser. Les ordonnances capitulaires les arrêtèrent momentanément et durant trois ans aucune opposition grave né vint de la part des séculiers. (]eux-ci cependant vers la fin du pontificat de Martin IV avaient député à Rome trois clercs avec mission d'obtenir du Souverain Pontife qu'il voulût bien déclarer quelle interprétation de sa bulle était exacte, celle des réguliers ou celle de leurs adversaires. Au dire de Thomas, doyen de Pontoise et l'un des trois envoyés, Martin IV aurait donné oralement, peu de temps avant sa mort, un avis favorable à la thèse des prélats. Ce témoignage, d'ailleurs démenti par le Frère Mineur Richard de Mediavilla, a de quoi surprendre quand on sait l'amitié de ce pape pour les Prêcheurs et pour les Mineurs H.
Son successeur Honorius IV (1285-1287) n'en eut pas moins >5. La Bulle Adjructus uberes marque l'apogée des prérogatives accordées aux Frères Mineurs. On ne voit pas ce que le nouveau pape eût pu y ajouter. Il se borna donc à renouveler les anciens privilèges :
13 Salimbene, p. 412.
14 Martin IV sur son lit* de mort se fit revêtir de l'habit franciscain et voulut être enseveli dans la basilique d'Assise; les habitants de Pérouse où il rendit le dernier soupir ne le permirent pas. (Ibid., p. 566 ; F. M- Delorme, O. m., Richardi de Mediavilla Quaestio disputata de Privilegio Martini Papae IV, Quaracchi, 1925, p. 28). Il n'y a aucune preuve que Frère Richard fut anglais et natif de Middletown. Il existe en France, en Espagne aussi bien qu'en Angleterre plusieurs villes dont le nom latin est Mediavilla (Cf. Archiv. fr. hist., t. XVIII, 1925, p. 298- .300).
is Honqrius IV appartenait à la famille des Savelli qqi ayait déjà donné à l'Eglise Honorius III. Elle fit construire dans l'Eglise de VAm Cçeli la chapelle de S. François où furent ensevelis le père et la mère d'Honorius IV. Cf. Casimiro da Roma, Memorie istoriche délia Chiesa e convento di S. M. in Aracéli di Roma, Roma, 1736, p. iiq s.
d'abord le Mare magnum d'Alexandre IV (20 novembre 1285) 16^ qui était la somme de tous les privilèges accordés jusque là aux Mineurs, puis la liberté de s'adresser à tout évêque catholique pour la pose de ■ la première pierre et la consécration de leurs églises, et pour la bénédiction de leurs cimetières quand l'évéque diocésain s'y refusait ou ne consentait à le faire que moyennant beaucoup de frais, indice d'une certaine malveillance (18 janvier 1286) ^7; enfin il déclara nuls et non avenus les contrats passés au détriment de l'Ordre avec le clergé séculier par les ministres et les gardiens (10 février 1286) 18.
Ces témoignages évidents de la faveur pontificale enhardirent les religieux qui durent se désister promptement de leur modération dans l'usage du privilège de Martin IV. Les alarmes de l'épiscopat français se réveillèrent. On demanda aux Frères de cesser ce que l'on considérait comme des usurpations ; ils refusèrent. Nouveau refus quand on les pria de faire préciser leurs pouvoirs par le pape. Les Provinciaux des Prêcheurs et des Mineurs alléguèrent à l'évéque de Paris qui leur faisait ces propositions, qu'ils ne pouvaient rien sans l'assentiment de leurs Supérieurs. Or Arlotto de Prato^ Ministre général des Franciscains, était mort récemment,, et il fallait attendre jusqu'à la Pentecôte 1287 pour lui donner un successeur. Quant à Munio de Zamora,. Maître général des Dominicains, occupé à la visite des Provinces, on ne savait pas exactement où le trouver. Alors, sous la conduite de Guillaume de Mâcon, se-
16 Bull, fr., t. III, p. 551.
1' Ibid., p. 555. — Le 14 février 1285, l'archevêque d'Aix présida un synode provincial qui défendit d'enterrer dans un cimetière qui n'aurait pas' été bénit par l'évéque diocésain ou le métropolitain, tout fidèledevant être enseveli dans le cimetière de sa paroisse (Hefele-Leclercq,. Histoire des Conciles, t. VI, P, I, p. 295).
18 Bull, fr., t. III, p. 560.