ATTITUDE DES MENDIANTS
condé par Tarchevêque de Bourges, Simon de Beaulieu, et par Guillaume de Flavacourt, archevêque de Rouen 19,. le clergé séculier entreprit une nouvelle campagne qui aboutit après quinze ans d'efforts, à la révocation de la bulle Adfructus uberes 20.
19 A Rouen la lutte s'était rallumée en 1285. Le custode de Normandie, Michel de Nonant, et Frère Nicolas de Basqueville avaient entreprissaiis autorisation la construction d'un couvent à Dieppe. Excommuniés par le Chapitre de Rouen, ils en appellent au Pape qui ordonne une enquête (23 août 1285). Aussitôt Guillaume de Flavacourt révoque les permissions et les pouvoirs accordés dans son diocèse aux Frères Mineurs (17 sept. 1285). Deux d'entre eux, Gautier de Pont-Audemer et Pierre de Sauquetot, ayant prêché la croisade contre l 'Aragon sans avoir été désignés par lui, il les cite à son tribunal et défense est faite à tous lescurés de recevoir les Cordeliers s'ils ne montrent une copie authentique de leurs privilèges (20 septembre). Le 11 avril 1286, le cardinal-légat, Jean Cholet, interdit de traiter les Frères Mineurs en excommuniés. — (Cf. Archives départ, de Seine-Inf^, G. 3658). Cette décision ne mit pas un terme aux contestations. L'effervescence durait encore en 1289. au diocèse de Rouen à tel point que le curé de Dieppe s'emporta jusqu'à insulter S. François dont il apercevait l'image dans l'un des vitraux de son église (Bull, fr., t. V, p. 75 et 145).
20 La plupart des documents relatifs à cette affaire sont contenus dans le Ms. lat. 3120 de la Bibl. Nat. de Paris. Ils ont été utilisés dans le Chartularium Univ. Paris., t. II, n°s 53g, n, 10, et 543; puis dans l'Histoire littéraire de la France pour différentes notices : F. Lajard, Henri de Gand (Hist. litt. Fr., t. XX, p. 144-203), Simon de Beaulieu (ibid., p. 120-140) ; Geoffroy de Fontaines (ibid., p. 550-565) ; Gilles de Rome (ibid., t. XXX, p. 428), et par B. Hauréau, Guillaume de Mâcon (ibid., t. XXV, p. 380-403), Guillaume de Flavacourt (ibid., t. XXVII, p. 397-402). De même, O. Dobiache-Rojdestvensky, La vie paroissialeen France au XIII° siècle, Paris, 191 1, p. 132-135, 183 et P. Glorieux, Prélats français contre les religieux mendiants (1281-12Q0), dans Rev. Hist. Egl. de France, t. XI, 1925, p. 309-331, 471-495. — On trouve aussi des allusions à ces faits dans les Annales Hermanni Altahensis- (Monum. Germ. SS., t. XVII, p. 414-416), dans la chronique de Guillaume de Nangis. Cf. H. Gérard, Chroniq. lat. de G. N., Paris, 1843, p. ( 304, et dans le continuateur du poème satirique Renart le nouvel éd. MÉON, t. IV, p. 437 s. Cf. P. Glorieux, loc. cit., p. 481. — A. G." Little a publié aussi un document antérieur à 1290, du même genre que ceux du Ms. 3120, cf. Miscellanea Fr. Ehrle, t. III, p. 49-66.
Les récits de ces chroniqueurs et ceux de V Histoire litt. Fr. sont parsemés d'erreurs chronologiques.
2. — Opposition du clergé séculier a la Bulle « Ad fructus uberes m
Le plan de bataille comportait une pression exercée à la Cour romaine simultanément avec une agitation excitée en France contre les Mendiants.
Guillaume de Mâcon envoya à Rome deux mandataires Pierre de Rodez, prévôt de Mende, et Thomas de Pontoise. Ils devaient exposer à Honorius IV les griefs du clergé de France contre le privilège accordé par son prédécesseur et obtenir une déclaration si certaine, si nette et si expresse qu'il soit bien entendu : i*^ •que les péchés confessés aux Frères doivent être redits dans la confession annuelle au propre pasteur et 2° que les privilégiés n'ont pas le droit d'absoudre les cas réservés aux évêques. Reçus par Honorius IV (Septembre 1286) en présence de plusieurs cardinaux, notamment du Cardinal Latino Malabranca, Dominicain, de Benoit Gaëtani et de Bernard de Languiselle qui par de brèves interruptions prirent la défense des Frères, Pierre de Rodez et Thomas de Pontoise purent développer à loisir leurs propositions et exprimer les desiderata de Tépiscopat français. Ils le firent avec une grande modération, reconnaissant volontiers le bien que les religieux ont fait dans l'Eglise et pourront faire encore, pourvu, disentils, qu'ils n'outrepassent pas leurs droits et restent fidèles à l'esprit de leurs fondateurs. Pierre et Thomas ne demandaient pas l'abrogation du privilège, objet de ce litige, mais un éclaircissement conforme à l'interprétation du clergé séculier, éclaircissement qui sauvegarderait les droits des évêques, rétablirait la charité entre eux et les Frères et contribuerait non seulement au salut des âmes mais aussi au bien temporel de ces derniers, car