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SUCCESSION DES MINISTRES GÉNÉRAUX 36 F

Exiit qui seminat avait été ponctuellement observée. Elle rencontra, au contraire, des contradictions » ; sesprescriptions ne furent pas suivies, et l'on vit bientôt après renaître, en plusieurs Provinces, un malaise plus grand que jamais.

A ce phénomène deux causes principales peuvent être assignées : i° la succession rapide des Ministres généraux,. 2° la publication de la bulle Exultantes in Domino (18' Janvier i283).

1. — Succession des Ministres généraux depuis la mort de saint bonaventure (1274) jusqu'au Concile de Vienne (i3ii-i3i2).

De la mort de Bonaventure jusqu'au Concile devienne, c'est-à-dire en l'espace de trente-sept ans, il y eut sept Ministres généraux et deux Vicaires généraux.

Jérôme d'Ascoli (1274-1279) chargé d'une mission diplomatique (1276) qui le retint longtemps dans le midi de la France, reçoit en 1 278 le chapeau de Cardinal et cède le généralat à Bonagrazia de San Giovanni in Persiceto (1279-1283).

Bonagrazia s'était proposé, à l'exemple de Jean de Parme, de visiter toutes les Provinces. Les forces lui manquèrent. Brisé de fatigue, il tomba malade à Avignon et mourut le 3 Octobre 1 283.

Conformément aux Constitutions ^, les Ministres et

1 La Chronique des XXIV Généraux raconte qu'un Frère Nicolasfut puni pour avoir écrit un libelle contre la déclaration de Nicolas III (Anal, fr., t. III, p, 408). Aucun autre détail ne nous est parvenu sur cet incident,

J^ «Si vero generalem ministrum mori contigerit ante festum sanctf Michaelis, minister in cujus ministratione moritur vel vicarius teneatur significare sine dilatione ministris omnibus, quibus poterat bona fide, ut in pentecoste sequenti fiât capitulum générale. Si vero post dictum festum'

Custodes ne furent pas convoqués spécialement pour lui donner un successeur. On attendit la célébration normale du Chapitre qui se réunit à Milan pour la Pentecôte de 1285. L'Ordre resta donc pendant près de deux ans sans chef. Cet interrègne fut jugé si dommageable que Guillaume de Falguières, Provincial d'Aquitaine et président du Chapitre général 3 fit statuer que désormais, à la mort du Ministre général, le gouvernement passerait entre les mains d'un Vicaire général élu par le Provincial de la Province où le Général était mort et par deux autres Ministres des Provinces voisines 4.

L'élu du Chapitre de Milan fut un Maître en théologie de Paris, Arlotto de Prato, originaire de la Province de Toscane. Il mourut Tannée suivante, et Guillaume

decesserit, nuntietur nihilominus, ut dictum est, non tamen fiât générale capitulum anno illo, nisi alias eodem anno debuerit celebrarî, sed cel^brabitur in sequenti ; et hoc in illo loco vel provincia, ubi ordinatum fuerat per generalem ministrum celebrari. » (Const. gêner. Narbon., Rubr. IX, p. 460).

3 En cas d'absence du Ministre général, la présidence du Chapitre était ainsi réglée par les constitutions : « Minister provinciae, ubi fiet «apitulum, assumptis secum duobus ministris, uno transmontano et alio cismontano de seipsis, vel aliis, de uno provideant ministre qui super alios usque ad finem capituli habeat potestatem » (loc. cit.). Suivant cette procédure, Guillaume de Falguières fut élu président du Chapitre de Milan. C'est sans aucune preuve quel Wadding a cru pouvoir affirmer (ad ann. 1284, § i, p. 127 et ad ann. 1285, § 4, p. 140) que le Vicaire général avait été institué au Chapitre de 1282 et que Guillaume de Falguières avait pris le gouvernement aussitôt après la mort de Bonagrazia. (Cf. XXIV Gêner., p. 382).

4 « Ordinat capitulum générale, quod quandoque contigerit mori generalem ministrum minister ille, in cujus provintia moritur generalis minister, teneatur quam citius poterit bono modo, convocare duos mi- Tiistros propinquiores loco, in quo generalis minister praedictus decesserit. Qui très ministri, unum ex seipsis vel ex aliis ministris ordinis instituant vicarium Ordinis generalem.» Le Vicaire général n'avait {)as les mêmes pouvoirs que le Ministre général. Il ne pouvait transférer les Frères d'une province à une autre, ni faire, sans une absoliie nécessité, ime nouvelle répartition des livres, ni suspendre les provinciaux, ni rien changes' au couvent de Paris, ni faire de règlement, ni se servir du sceau •du Général (c. Arch. f. Litt. u. Kirch., t. VI, p. 53 s.).

INFLUENCE DE LA POLITIQUE ;^6:i

de Falguières fut choisi comme Vicaire général jusqu'au Chapitre de Montpellier (1287) ^^^ ^^^ ^ ^^ ^^^^ ^® l'Ordre un autre célèbre Docteur, Maître du Sacré-Palais, Matthieu d'Acquasparta 5.

Nicolas IV l'enleva bientôt à sa tâche de Ministre général en le nommant (Cardinal l'année suivante (1288).

La politique ne fut sans doute pas étrangère à l'élection de son successeur, Raymond Godefroid. Issu d'une noble et riche famille du comté de Provence^ il appartenait à cette Province 6 et assista au Chapitre, probablement en qualité de simple Custode. Il n'avait ancune autre dignité, aucun grade universitaire qui put le désigner au choix des capitulaires. Cependant, il était l'ami de Charles 11 d'Anjou, héritier des royaumes de Naples et de Sicile. Entre la maison d'Anjou et les Frères Mineurs, des liens intéressés d'amitié s'étaient établis depuis longtemps 7. Raymond Godefroid, en 1286, s'était

•'> Salimbene, p. 578 et 643, Catalog. Gén. Min., dans Salimbene, p. 668, dans Anal, fr., t. III, p. 702 s.; XXIV Gêner., ibid., p. 382 et 407 s. — Guillaume ou, comme l'appelle Salimbene, Pierre de Falguières, fut le seul Vicaire général nommé par les Frères. Nicolas IV, l'expérience ayant sans doute été malheureuse, réserva au Saint-Siège ou au Cardinal Protecteur la désignation du Vicaire Général (cf. la bulle Quoniam revocatur du 14 mai 1288, Bull, fr., t. IV, p. 21). Guillaume ^e Falguières succéda à Matthieu d'Acquasparta comme Lecteur du Sacré-Palais, puis Boniface VIII le promut à l'évêché de Viviers, le 9 juillet 1296 (cf. Bull, fr., t. IV, p. 401, eti' les auteurs cités plus haut).

" Cf. bulle Tua nobis du 2 décembre 1295, Bull, fr., t. IV, p. 374. — « Dictus vero frater Raymundus ad quoddatn castrum parentutn suorum pro recreatione accedens. » (XXIV Gêner., p. 458).

'' On sait que lorsque Charles 1^' d'Anjou, se trouvant à Orvieto, apprit l'élévation de saint Bonaventure au cardinalat, il dépêcha immédiatement à son bailli d'Angers l'ordre de mettre des chevaux à la disposition du nouveau cardinal pour qu'il put arriver plus vite auprès du Pape (Cf. A. Callebaut, La date du Cardinalat de S. Bon., dans Archiv. fr. hist., t. IV, 192 1, p. 403).

Dans la bulle Carissimus du 12 juillet 1295, qui autorise Charles d'Anjou à agrandir le couvent de Sisteron, Boniface VIII rappelle la vieille affection réciproque du roi et des Mineurs (Bull, fr., t. IV,

lui-même employé à la libération de Charles If, alors que celui-ci n'était que prince de Salerne, prisonnier du roi d'Aragon à la place de son père Charles I 8.

La libération n'eut lieu qu'en 1288. En 1289, Charles et Frère Raymond se retrouvaient au Chapitre général de Rieti pour y recevoir, l'un la couronne royale de Naples et de Sicile des mains de Nicolas IV, l'autre le gouvernail de l'Ordre (1289-1295), contrairement aux désirs du Pape qui, d'après la Chronique des XXIV Généraux, aurait recueilli lui-même les votes 9.

L'amitié de Charles II d'Anjou valut au nouveau Ministre général celle du roi de France, Philippe le Bel 'o en quête d'appui pour sa politique orientée déjà dans un sens nettement antipontifical. Boniface VIII

8 Voir dans les Documents aragonais publiés par la Revista de Estu-^ dios francescanos (anno IV, 1910, supplément, p. 29 s.) un sauf-conduit accordé par le roi Alphonse III à Raymond Godefroid pour se présenter devant lui après avoir rendu visite au prince captif (5 sept. 1286).

9 XXIV Gêner., p. 419, — Depuis Aymon de Faversham, Godefroid était le premier Général qui ne fut pas italien. Les Italiens, raconte Salimbene, tenaient beaucoup à ce que le chef de l'Ordre soit un des leurs : « Nota etiam, quod fratres Predicatores plures habuerunt magistros de ultramontanis quam de cismontanis. Ratio forte est, quia, primus eorum ultramontanus fuit, scilicet beatus Dominicus, qui fuit Hispanus. Nos vero plures habuimus de Italia quam de partibus ultramontanis. Et hoc propter tria : primo quia beatus Franciscus de Italia fuit. Secundo quia prévalent voces istorum qui de Italia sunt. Tertio,, quia melius de regimine sciunt. Timent enim Italici, ne, si Gallici haberent dominium ordinis, quod nimîs de religionis rigore laxarent. Et nota, quod illi dolent si habemus magistros cathedratos, id est Parisiusconventatos. Nos vero quantum possumus laboramus, ne habeant générales ministros propter causas superius assignatas » (Salimbene p. 579). A l'appui delà remarque du chroniqueur ' relative aux chaires magistralesde Paris, on peut citer la décision du Chapitre général de 1285 qui confère à la province de France le droit de présenter un de ses religieux pour le baccalauréat et le doctorat, une année sur trois, les deux autres étant réservées à l'ensemble des autres provinces (Arch. /. Litt. «, Kirch., t. VI, p. 55).

ï" Raymond Godefroid convoqua le Chapitre de 1292 à Paris, par condescendance pour le roi de France qui lui fit accorder par l'Universitéde Paris le titre de Maître en théologie (XXIV Gêner., p. 421).

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