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INFLUENCE DE LA POLITIQUE

prit ombrage de la faveur que le roi de France accordait à Raymond Godefroid qui, se montrant, sympathique aux Spirituels, alliés des Colonna, lui devint très vite suspect. Il résolut de lui enlever la direction de l'Ordre et lui offrit l'évêché de Padoue. Cette })romotion ne souriait pas au Ministre général. Il objecta qu'il ne se sentait pas capable d'administrer un diocèse. « En ce cas, répliqua le rude Boniface VIII, vous êtes encore moins propre à gouverner l'Ordre des Frères Mineurs », et il le déposa aussitôt n.

Jean Minio de Morrovalle de la Marche d'Ancône, Maître en théologie '^^ remplaça Raymond Godefroid. Il gouverna pendant huit ans ; mais en 1298, il fut chargé d'une légation en Flandre, et créé cardinal en i3o2. Le Chapitre de 1 304 lui donna pour successeur Gonzalve de Balboa ou Valbonne (Galice), Provincial de Castille et, lui aussi. Maître en théologie '3. n tint les rênes du gouvernement jusqu'à sa mort en i3i3, donc un peu plus longtemps que ses prédécesseurs. Au dire de Wadding '4, le passage à la tête de l'Ordre de Matthieu d'Acquasparta, renommé pour sa douceur et pour son aversion à l'égard de toute mesure rigoureuse, aurait été particulièment funeste '5.

11 Ibid., p. 431.

12 Ibid., p. 432.

13 Ibid.. p. 454. — Cf. J. M. Pou, O. M., Fr. Gonzalo de Balboa, primer gênerai espanol de la Orden, dans E studios francescanos , t. VII, 1911, p. 171-180, 332-343.

14 Wadding, Annales, t. V, p. 210.

15 II était si peu l'ennemi des privilèges pontificaux que pour en couvrir les frais il manda à chaque province, pendant le Chapitre de 1287, de payer quarante-quatre sous tournois à un banquier de Florence : « Item mandat generalis minister, quod quelibet provincia procuret solvi XLIV solidos turonenses Fabro mercatori Florencie pro privilegiis impetrandis (Arch. f. Litt. u. Kirch., t. VI, p. 59). — Les privilèges coûtaient très chers; Frères Bonagrazia avait déjà, en I27'9, signalé à la reconnaissance des Frères la générosité du cardinal Jérôme d'Ascoli qui avait versé 250 livres tournois pour les frais de la bulle Exiit qui seminat (Glassberger, p. 93).

Ajoutons à cela, comme on a pu le deviner dans les lignes précédentes, que les événements politiques qui se déroulèrent pendant le dernier quart du XII P siècle contribuaient aussi à jeter le trouble parmi les Frères Mineurs. C'étaient dans les Provinces du sud de l'Italie, dans celle de Provence et dans celle d'Aragon, les affaires de Sicile qui mettaient aux prises les maisons d'Anjou et d'Aragon ; c'étaient les démêlés de Boniface VIII avec les Colonna dans l'Italie centrale et avec Philippe le Bel en France ; c'étaient les rivalités de ce dernier avec Edouard I, roi d'Angleterre, qui agitaient l'Angleterre, la France, les Flandres et l'Allemagne. Or, les puissances séculières aussi bien que le pouvoir pontifical cherchaient à capter l'influence des fils de saint François sur le peuple. Un grand nombre d'entre eux furent mêlés aux événements politiques, tantôt comme simples messagers, tantôt comme aumôniers militaires, et tantôt comme négociateurs des trêves ou des traités de paix '6. Les passions politiques pénétraient ainsi sous les cloîtres franciscains qu'elles remplissaient de leurs rumeurs, suscitant maintes infractions au recueillement religieux, à l'obéissance, et surtout à la pauvreté.

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