LE JOACHIMISME DE P. J. OLIVE
monde correspond à la sixième et à la septième époque de l'Eglise. La sixième est marquée non par la publication d'un nouvel Evangile, mais par le renouvellement de l'Evangile du Christ sur la base de la très haute pauvreté contenue dans la Règle de saint François qui s'identifie avec l'Evangile du Christ, De même que le deuxième âge du monde avait été caractérisé par la fermeté dans la foi à la divinité de Jésus, de même le troisième âge sera caractérisé par la fermeté dans la pratique de la pau-i vreté de Jésus. Saint François est comme une réapparition du Christ sur la terre. Son Ordre, ou plutôt ceux qui s'inspireront de son esprit, seront vraiment des « pauvres évangéliques » ; ils seront persécutés par l'Eglise charnelle comme le Christ le fut par la synagogue, et de même que le Christ fut enseveli, l'esprit de la Règle sera enseveli et étouffé par les commentaires, les dispenses et les adoucissements. Olive calcule que le troisième âge du monde doit durer 700 ans et commencer vers l'an i3oo avec le ♦ crucifiement des « Pauvres évangéliques » par l'Antéchrist qui trouvera ses principaux partisans dans l'Ordre fran- ' ciscain. Mais, de même encore que le Christ est ressuscité, après ces épreuves viendra le triomphe -^. Ange de Clareno et tout le cercle des Spirituels reçurent avec enthousiasme et dévotion ces théories apocalyptiques qu' libertin de Casale reproduira fidèlement quelques années plus • tard, en i3o5, dans le Livre V de VArbor vitae. Olive i devint aussitôt le grand théoricien, le saint, le prophète/ des Spirituels 27. Quand il mourut (1298), ils lui rendirent
26 Cf. S. Baluze, Miscellanea, t. II, p. 258-271; K. Balthasar,^' Geschichte des Armutsstreites hn Franziskanerorden, Munster-i.-W., 1911, p. 146-154 ; E. Jordan, art. Joachim de Flore, dans Dict. de Théologie catholique.
27 « Et aliqui dixerunt, quod doctrina dicti fratris Pétri erat defendenda sicut articulas fidei. Et aliqui dixerunt, quod ipse f rater Petrus erat ille angélus, de quo dicitur in apocalipsi qui veniebat post illum angelum, qui habebat signum Dei vivi. Et ejus sequaces nisi sunt et
un culte pieux et s'acharnèrent à défendre sa mémoire et sa pensée =8.
Les traditions des Spirituels. — En retour de son enseignement apocalyptique, Olive reçut de ses amis la connaissance d'un grand nombre de choses touchant saint François. Il reçut d'abord de la bouche même de Conrad d'Offida tous les souvenirs qui furent réunis plus tard, copiés et recopiés sous le titre de Verba fratris Conradi 29. Il apprit encore beaucoup d'autres anecdotes et paroles que les ^elanti se transmettaient avec empressement et qui, à la lumière du joachimisme, apparaissaient comme l'annonce certaine des prévarications de l'Ordre et des châtiments qui en résulteraient. Une simple prévision de saint François sur le relâchement des Frères rapportée par Thomas de Gelano (II Gel. iSy) devient une prophétie très précise réalisée au temps de Nicolas III suivant les uns, au temps de BonifaceVIII suivant les autres 3o, Conrad d'Offida racontait que Frère Léon avait
nituntur exhibere eidem fratri Petro mortuo reverentiam sicut sancto contra canonum interdicta. » (Mémoire de la Communauté contre P. J. Olive et les Spirituels, i^r mars 1311, dans Arch. f. Litt. u. Kirch., t. II, p. 371). — Bien différente était l'opinion que l'on avait d'Olive dans la Communauté. On le regardait comme le chef d'une faction de rebelles et comme un Antéchrist : Caput fuit rebellium in Provincia in scolis et alibi in statu et in Ordine vocabatur Antichristus (Répertoire de Raymond de Fronsac, loc, cit., t. III, p. 10).
28 Cependant, avec Ubertin de Casale, ils ne se croyaient pas liés à toutes les idées de leur maître. Ils n'hésitaient pas à les abandonner quand ils les trouvaient trop timides, m Non tamen hune perfectum doctorem, quem rationabiliter tantum commendo, in aliquibus dictis suis sequor, quia aliquando bonus dormitat Homerus, nec omnia omnibus data sunt. » (Arbor vitae, prolog., fol. i*). C'est ainsi qu'Ubertin rejetait la légitimité de la renonciation de Célestin V au trône pontifical, admise par Olive. Voir plus bas, Appendice III.
29 Cf. Ricordi di S. Fr., raccolti dal B. Corrado da Offida, dans Miscell. fr., t. VII (1898), p. 131-136 ; Verha fr. Conradi, dans Opusc. crit. hist., t. I, p. 370-392.
30 L, Oliger, Ang. Clareni, Expos. Regulae, p. LXVI-LXX et 44-48; Verba fr. Conradi, dans Opusc. crit. hist., t. I, p. 386-390, et le chap. I de la pseudo Legenda vêtus, ibid., p. 87-90.