LÈS IDÉES EN PRÉSENCE
La pauvreté faisait le fond du débat entre les Spirituels, et les Frères de la Communauté^ débat que l'on a pu, avec juste raison, appeler la « lutte pour la pauvreté ». Cependant, cette vertu n'était pas seule en jeu, et c'est autour de tout l'idéal de saint François que se déroulait la querelle. Deux conceptions, en effet, présidèrent, rappelons-le, aux premiers pas de l'Ordre : celle du Fondateur i qui lui avait donné naissance, et celle des clercs. De cette dualité vint le long conflit qui troubla l'existence de l'Ordre des Frères Mineurs.
La Communauté en qui vit toujours la plus grande vénération pour le Saint stigmatisé, suit la voie tracée par les Souverains Pontifes qui ont élargi l'activité apostolique des Frères et tempéré la rigueur de leur pauvreté.
Les Spirituels regrettent cette direction donnée à leur famille religieuse. Ils prétendent suivre strictement les intentions du fondateur de l'Ordre sans tenir compte des modifications apportées depuis par l'expérience et par les décisions du Saint-Siège. Les divergences entre eux et les Frères de la Communauté portent sur quatre points principaux : i° l'étude et la science ; 2" la pratique^ de la pauvreté ; 3° l'obligation de la Règle et du Testament' de saint François ; 4° la valeur des Déclarations pon- ♦ tificales.
L'étude et la science. — Pierre Jean Olive avait fait remarquer que saint François défend aux ignorants de se livrer d'eux-mêmes à l'étude, mais qu'il n'interdit pas aux supérieurs, s'ils le jugent utile, de leur en faire un devoir. Le même Docteur va même jusqu'à dire qu'il n'était pas nécessaire que saint François fît un précepte formel d'étudier ; la curiosité naturelle ne nous y inclinet-elle pas ? surtout quand nous sommes délivrés des soins et des voluptés du monde, voués à la contemplation et destinés par une Règle à la prédication : Talium est enim scire et addiscere litteras et ea quœ per litteras possumus edoceri. Le trait, rapporté par Frère Léon, de saint François refusant à un Frère la permission d'avoir un psautier et ajoutant : « Vobis datum est nosse mysterium regni Dei, ceteris in parabolisn, ne paraît pas à Jean Olive une invitation à se détourner de l'étude, mais plutôt une preuve que ceux qui sont détachés de tout reçoivent la grâce de pénétrer les vérités éternelles par une expérience réelle et effective » .
A la suite de Jean Olive, les zélateurs reconnaissent que l'étude de la science sacrée, nullement imposée par le séraphique Patriarche, n'est pas non plus prohibée. Ils reconnaissent encore que les Frères peuvent légitimement s'y livrer pourvu que cette étude, conformément aux désirs de saint François, ne nuise pas à l'esprit d'oraison et les fasse progresser dans la perfection chrétienne 2. Mais,
1 Cf. P, J. Olivi, Expositio Reg., citée dans la Serena Conscientia, Monumenta Ordinis, éd. Salam., 1506, Tract. III, fol I44*".
2 Voir le texte d'Ubertin de Casale cité à la note suivante. Dans un autre mémoire, Ubertin dit encore : « Non autem intendimus sanctum et ordinatum studium sacre scripture reprehendere, ymo potius tlefectus et abusiones hujus temporis demonstrare, a quibus si bene pensentur, procedunt ut plurimum omnia mala nostra... Et hec fuit ihtentio beati Francisci et régule, quod fratres primo studerent quantum ad ici quod est per se et principale intentum : fundare semetipsos in vera humilitate et exercitio sancte orationis et ad suam informationem studerent m divinis scripturîs et post per perfectionem propriam aliîs prodesse