LA COMMUNAUTÉ ET LES DÉCLARATIONS PONTIFICALES 4I
De leur côté, les Frères de la Communauté ne pensaient pas que le Vicaire du Christ avait métamorphosé l'Ordre •de saint François en un autre Ordre, et ils estimaient que l'on pouvait en toute sûreté de conscience suivre leur genre de vie 41. Ils légitimaient les privilèges ponti-~ iicaux en disant que la Règle de saint François n'avait , pas été faite pour une si grande multitude de religieux» €t que, par suite, si on la prenait à la lettre, elle était , inobservable 42. Ils expliquaient encore, à l'encoatr^ d'Ubertin de Casale qu'il y avait des points douteux dans la Règle et qu'il fallait, pour les éclaircir, recourir aux expositions authentiques du Saint-Siège sous peine de voir la législation des Frères Mineurs livrée aux interprétations individuelles et tirée tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre 43.
est regulam exponere adaptando ad . modum observantie quod tempore suo fuit sibi notus, ac si lapis molaris fuisset appensus ad ventrem ordinis. Sic postea omnibus relaxationibus, quasi in maris profundum précipite se immersit » (op. cit., î. 2153). « Vivere secundum privilégia papalia contra id quod est in régula promissum, vel a sancto expressum, est facere unum alium novum statum et destruere primum » (ihîd., f. 223I).
*i «Hoc enim sentio, hoc toti mundo profiteor quod vivere secundum Beati Francisci regulam ut a Gregorio declaratam et constitutionibus Ordinis munitam', non solum omni caret scrupulo, verum etiam est securissimum et sanctissimum et exemplo salvatoris simillimum, sic eo modo militatur quo tria praedicta imperunt militare. » (Lettre de J. Pecham au Chapitre des Frères Mineurs réunis à Cambridge, septembre 1278. Regist. Epist. fr. J. Pecham, éd. C. T. Martin, t. I, p. 6'^, dans la coll. des Rer. brit. Medii aevi SS.)
42(( Transgressores hujus temporis ad suam excusandam malitiam dicunt quod evangelica vita per Franciscum in régula renovata non fuit data pro tanta multitudine et quod tali multitudini inobservabilis est. » (Arbor vitae, Lib. V, c. 9, Jésus doctor humiliutn, fol. 2352).
43 Voir plus bas, n. 29 du chap. XVII. « Unde iste (Ubertinus) non occulte, sed manifeste declarationi contradicit et propter hoc in replicationibus petit ipsam detlarationem tolli, et quod concedatur ai régula nuda sine privilegiîs et sine glosis, ut possit vivere in spiritus libertate, trahendo regulam hodie ad unum sensum et cras alium, postquam erit régula declarationibus Ecclesiae denudata. Et hoc esset ordinem 3d antiqua certamina reducere dubiorum, quae in ipsa declaratione cla-
Tendances séparatistes. — Cette conséquence les zélateurs de l'observance littérale de la Règle 'ne l'apercevaient pas. Ils nous sont, à première vue, plus sympathiques' que les Frères de la Communauté qui semblent faire si bon marché des volontés dernières du Séraphique Père. Cependant, les Spirituels qui se vantent d'être fidèles à son esprit, qui font à chaque instant appel à ses intentions, qui citent sans cesse ses paroles, sont totalement dépourvus de sa soumission à l'Eglise. Ils rejettent les éclaircissements de la Règle donnés par les papes et, par une inconséquence étrange, ils acceptent les yeux fermés les f prédictions de Joachim de Flore ou de ses commenta- . teurs. Le joachimisme, il est vrai, les consolait, les réconfortait et les exaltait en leur donnant la conviction qu'ils I étaient le petit peuple élu pour régénérer l'Eglise charnelle. Le joachimisme faussait encore leur jugement, et ils en arrivaient à nier le bien considérable qui s'accompHssait dans l'Ordre 44. Ils étaient loin de partager les sentiments d'admiration de sainte Marguerite de Cîortone (f 11597), la pécheresse pénitente si dévote à saint François et à son Ordre, et qui vivait dans cette Province de Toscane agitée par le zèle réformateur d'Ubertin de Casale. A tous ceux qui la consultaient sur les critiques amères prononcées par les rigoristes et sur les réformes qu'ils préconisaient, elle conseillait de corriger les excès et de maintenir l'union. Elle redisait ce que le Christ lui avait
rissime sunt decisa, et dicere Ecclesiam déviasse usque nunc a régule vero sensu, quem opponens se indicat reperisse. » (Réponse de la Communauté aux accusations des Spirituels avant le concile de Vienne, dans ârch. /. Litt. «. Kirch., t. III, p. gg.
' '^■^ Représentant et avocat du clergé séculier devant Honorius IV, Thomas de Pontoise (voir plus haut, p. 348) reconnaît au contraire que dans les Ordres de saint Dominique et de saint François, la sainteté et l'esprit religieux sont encore en pleine vigueur : (( Vere negari non potest quia adhuc vigeat in eis sanctitas et religio maxima. » (Bibl. nat. de Paris, Ms. lat. 3120, fol. 55^).