TENDANCES SÉPARATISTES DES SPIRITUELS
révélé dans l'oraison : « Les Frères Mineurs sont aujourd'hui les pêcheurs d'âmes les plus utiles dans le monde. Leur zèle me les rend plus agréables que nul autre Ordre en mon Eglise. Je l'ai fondé et planté ; qu'ils se fortifient donc par le lien de l'amour mutuel... Personne ne peut venir à moi que par la voie de l'amour... Il n'y a pas dans le monde de meilleure école d'amour que cet Ordre 45 ». « Il est grand, et à cause de son cœur qui est immense, ses plus humbles membres seront vivifiés. Que les Frères. ne craignent donc pas d'accueillir favorablement ceux qui désirent se joindre à eux. Quand les postulants n'auraient en vue que de rester chastes et de chanter l'Office divin, on devrait leur ouvrir les portes du cloître ; et quand ils ne songeraient qu'à fuir les crimes du monde, ses déloyautés, ses scandales et ses vices, on devrait encore les admettre » 46.
Ces conseils de modération ne semblent pas avoir profité à Conrad d'Offida. Malgré les entretiens spirituels
*5 De quarum (animarum) zelo, plus mihi placent Fratres Minores, quam aliquis Ordo Ecclesiae meae. Sunt enim utiliores animarum piscatores, quos hodie mundus habeat, Unde sicut ego, Salvator mundi, praedictum fundavi Ordinem et plantavi, îta se studeant caritatis vinculo ad invicem se çpmmunire, et caritatem servare tam integram, quod sine difïerentia personarum, inter eos tractentur minores quemadmodum et majores. Et ut Ordo tantus în sua permaneat puritate, volo quod praefati pastores Ordinis amovere summo opère studeant quidquid in Ordine sancto modo repererint abolendum. Sicut enim mare omnem abjicit sordem, ita et ipsî omnem defectum tam excelsum Ordinem maculantem... Nemo enim potest ad me venire, nisi per viam dilectionis... Non est tanti amoris aliquod in orbe coUegium, quam Ordo praedictus. » (E. Cri- VELLi, Antica leggenda délia vita e de' Miracoli di S. Margarita di Cortona scritta dal Confessore di lei Fr. Giunta Bevegnati, Siena, i8gj, C. VIII, § 22, p. 228 s.).
49 (^ Cujus (S. Erancisci) religio magna est; et propter maximum Ordinis ejus cor, meihbra ejus parvula quae sunt in eo juvabuntur. Propter quod ad Ordinem cupientes venire, recipere non dubitent ; quia si non reciperem ab eis nisi castitatem et offitium, placet mihi quod eos recipiant ; et si non reciperem amplius, nisi quod recedunt a mundi proditionibus, homicidiis, perjuriis, furtis, usuris et carnalitatibus, contentus ero. » (E. Crivelli, op. cit., cap. VI, § 17, p. 154).
qu'il eut avec la sainte de Cortone 47, il se fit le promoteur d'une scission entre les Spirituels et la Communauté. Ubertin de Casale qui pourtant la vénérait et qui signa ■l'acte d'authencité de sa Légende 48 fut encore plus étranger à ses sentiments d'enthousiasme pour l'Ordre et à son indulgence. Il n'avait d'yeux que pour voir les taches, et plus nombreuses et plus noires que dans la réalité. C'était là un point de vue commun à tous les Spirituels 49. On le retrouve dans les écrits de Pierre Jean Olivi sur la Règle et sur l'Apocalypse. On le retrouve encore plus I aigu dansVArbor vitae crucifixae Jesu d'Ubertm. Livre de méditations théologiques et pamphlet, œuvre étrange où les accents les plus tendres et les plus touchants de la \ piété chrétienne alternent avec les rêveries joachimistes et les apostrophes les plus virulentes contre TEglise dé- 1 chue, contre le Pape usurpateur (Boniface VIII et Benoît XI) et contre tous les adversaires de son idéal. h'Arbor j Vitae est la traduction exacte des colères et des aspirations qui transportaient l'âme des Spirituels. Cet ouvrage témoigne du contraste singulier qui existait entre les Spirituels et la troupe aimable des premiers compagnons de saint François. Ceux-ci aiinaient et chantaient une pauvreté joyeuse qui ne jetait l'anathème à personne ; ceux-là, tout en se croyant les dépositaires fidèles de la pensée du Poverello, suivaient une pauvreté
47 E. Crivelli, op. cit., cap. IX, § 24, p. 247; cap. X, § 20, p. 295.
48 E. Crivelli, op. cit., cap. IX, § 27, p. 252, Acte d'authenticité, ibid., p. 348.
49 Raymond Godefroid est cependant moins sévère qu'Ubertin de Casale. Il reconnaît que malgré des impuretés nombreuses et très graves, la Règle et la déclaration de Nicolas III sont observées en substance : « Ad secundum articulum, qualiter régula et declaratio Nicolai observetur, respondemus, quod quantum ad substantiam per communitatem Ordinis dicimus observari quamvis multe impuritates sustineantur quae periculose valde a multis fratribus reputantur. » (Arch. f. Litt. u. Kirch., t. III, p. 142). Comparer ce Mémoire de Raymond Godefroid avec celui d'Ubertin de Casale (ibid., p. 51 s.).
F. r. ET F. M. REFUSANT LES AUMONES DES USURIERS.
F. M. RÉCONFORTÉS PAR lE CHRIST.
Bible de S. Louis.
(BibI, nat, lat. 11S60, ff. 138 et 192.)