TENDANCES SÉPARATISTES DES SPIRITUELS
farouche et sombre toujours prête à maudire. Le contraste n'était pas moins accusé entre la Communauté et les Spirituels. Au fond, suivant la remarque de Dante, ni les uns ni les autres ne représentaient le véritable esprit franciscain. Les premiers l'élargissaient à plaisir, les seconds le resserraient à l'excès 5o.
De l'état d'esprit des Spirituels découlait une conséquence logique, impitoyable — libertin de Gasale et Ange de Clareno après Jean de Parme et Conrad d'Offida n'hésitèrent pas à la déclarer ouvertement — c'était Vau- i tonomie des :(élateurs de la Règle, la séparation complète » de la Communauté ^^ .
Et cependant, il semble que les deux partis auraient dû -et pu s'entendre. Il était loisible aux zelanti de vivre la vie des premiers temps de l'Ordre dans les ermitages que
5 « Ben dico, chi cercasse, ai foglio a foglio,
Nostro volume, ancor troveria carta, U' leggerebbe : — lo mi son quel ch'io soglio. — Ma non fia da Casai, ne d'Acquasparta, Là, onde vegnon tali alla scrittura, Ch'uno la fugge, ed altro la coarta. »
(La Divina Commedia, Il Paradiso, Cant. XII, vers 121-127, éd. Fr. ToRRACA, p. 749). — « Cependant, qui fouillerait feuille à feuille notre volume (POrdre franciscain) trouverait encore quelque page où il lirait : Je suis ce que j'étais. Mais cette page ne gérait ni de Casale ni d'Acquasparta d'où viennent des interprètes de la Règle tels que les uns en esquivent la rigueur et que les autres la resserrent. » Les Spirituels sont <( des idéalistes dont la foi est bouleversée par ce qu'ils voient... Ce sont des intransigeants ; ils veulent que le christianisme agisse sur le monde, ils n'admettent pas que le monde réagisse sur le christianisme ; ils sont tout près d'anathématiser les pécheurs, si les pécheurs ne se convertissent pas aussitôt, et de condamner l'Eglise qui ne veut pas les condamner et qui use de ménagements afin de les convertir ». Après ces remarques très justes, M. A. Dufourcq ajoute : a Ce sont surtout de vrais enfants du Saint d'Assise. » (L'Avenir du Christianisme, t. VII, Le ^ Christianisme et l'Organisation féodale, p. 440). M. Dufourcq veut dire sans doute que, malgré l'attitude si peu francis- " caine qu'il vient de décrire, les Spirituels croyaient être « de vrais enfants du Saint d'Assise ».
^^ Cf. A. Clareni, Hist. trib., dans Arch. /. Litt. u. Kirch., t. II, ) p. 283 ; Arbvr vitae, L. III, cap. 3 : Jésus desertum incolens, fol. 73^.
toutes les Provinces, d'après les Constitutions générales^ devaient posséder et qui étaient nombreux dans les Provinces italiennes. Pas n'était besoin de se séparer derOrdre. Un peu plus de courage d'un côté pour résister au désir de rechercher les facilités de la vie ; de l'autre,, un peu moins d'âpreté dans les critiques ; de part et d'autre un peu plus de tolérance, un peu plus d'esprit franciscain, et tous les Frères Mineurs eussent pu vivre en paix. Mais rien n'était capable de calmer les murmures des Spirituels, faction de sectaires mécontents, fanatisés^ par l'idée que la Règle franciscainee, identique au saint Evangile, doit jouir de la même intangibilité que lui et de la même immutabilité. Alors les Frères de la Communauté, plus nombreux et en possession du pouvoir, eurent recours, pouf vaincre leur obstination, à des châtiments, sévères.