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REPRESSION DES SPIRITUELS DE PROVENCE

séparatistes qui étaient, nous l'avons vu dans le dernier chapitre, la conséquence de leurs théories et leur but 21. ^

L'abdication de Célestin V (i3 décembre 1294), puis la déposition de Raymond Godefroid (29 octobre 1295) qui, malgré la sévérité qu'il avait dû déployer contre eux, leur avait été favorable, avait produit en Provence le même efifet qu'en Italie. Ces deux événements renversaient toutes les espérances des Spirituels. Chez les uns, ce fut le découragement, chez les autres, la révolte ouverte.

Cependant, moins de trois ans après, (14 mars 1298) Olive, ayant fait une profession de foi nettement catholique et franciscaine ^a^ mourait en paix au couvent de Narbonne. Dès le lendemain de son trépas, il fut honoré comme un saint par ses disciples qu'il avait vainement «ssayé de ramener à la droite raison 23. Hs tombèrent dans un véritable fanatisme qui, pendant le Chapitre général de Lyon (1299), contraignit les supérieurs de l'Ordre à proscrire et à jeter au feu les ouvrages du Maître 24. Ses partisans n'en étaient que. plus acharnés à

21 Cf. la lettre d'Olive à Conrad d'Offida (Arch. fr. hist., t. XI, p. 366-373. Ailleurs il dit rudement leur fait à ceux qui se sont séparés ■de l'Ordre pour- vivre en ermites : <( Ex predicto autem ^rrore quidam * fatui instinctu diabolico incitati statum istum deserendo transvolaverunt ad vitam stultorum heremitarum, credentes se posse perfectiorem regulam instituere et conservare. Absit autem a me talis apostaticus error, '^, •quia non solum per fidem sed etiam per clarum intellectum scripturarum sanctarum absque omni dubitationis nubilo teneo et scio, regulam beati Francisci statumque minorum esse vere evangelicum et apostolicum et finem omnium aliorum, in quo et per quem soUemniora suorum operum ■consumaturus est Christus tanquam in opère et requie sexte et septime diei. » (Arch. /. Litt. u. Kirch., t. III, p. 619, n.)

22 Voir cette profession de foi dans Arch. franc, hist., t. XI, 1918, p. 267-269.

23 Sa lettre à Conrad d'Offida et son De renuntiatione papae en sont la preuve. Ces deux ouvrages ont été publiés par le P. L. Oliger dans VArch. fr, hist., t. XI (1918), p. 340-373. — Sur le culte qui lui fut rendu, cf. Arch. f. Litt. u. Kirch., t. I, p. 544 ; t. III, p. 411 s., 443.

24 En 13 18, ses restes mêmes furent dispersés et son tombeau détruit ((René de Nantes, Hist. des Spirituels, p. 313).

défendre sa mémoire et son culte. Le Ministre général, Jean Minio de Morrovalle leur infligea les peines les plus sévères. Les Provinciaux de Provence et d'Aragon avec Vital du Four ^5^ Lecteur à Toulouse, furent chargés de poursuivre tous ceux qui détenaient des ouvrages d'Olive- ' Ils devaient en outre obtenir la rétractation de sa théprie sur l'usage pauvre et le désaveu de son culte 26.

Ces persécutions continuèrent sous le gouvernement de Gonzalve de Valbonne (i3o4-i3i3). Au couvent de Villefranche, les Frères Raymond Aurioli et Jean Primi furent jetés en prison. Raymond Aurioli n'en sortit pas vivant. Un autre nommé Ponce Bautugati eut le même sort à Narbonne 27. Plus de trois cents religieux, en diverses régions, furent condamnés, soit à l'exil, soit à la prison perpétuelle, dépouillés de l'habit religieux, privés de tout livre, même du bréviaire, privés aussi de la confession et de la sépulture ecclésiastique =8.

Essais de correction des abus. — La Communauté avait donc fait preuve d'une grande vigueur dans la répression des Spirituels. Par contre, nous l'avons vu, elle faisait preuve aussi d'une grande mollesse dans la répression

25 Vital du Four fut créé cardinal le 24 décembre 1312. Sur ce Frère Mineur, voir la notice de Ch. V. Langlois, dans VHist. Litt. Fr.^ t. XXXVI, p. 295-305, et l'étude sur son œuvre scolastique par le P. F. M. Delorme, dans la France fr., t. IX, 1926, p. 421-471. I 26 Cf. Hist. trib., dans Arch. f. Litt. u. Kirch., t. II, p. 126 ; Répertoire, op. cit., t. III, p. 15-17, §§ XL-XLVII, et Mémoire de la Communauté, ibid., p. 157.

2' Cf. Hist. trib., loc, cit., p. 299-301, et le Mémoire Sanctitati apostolicae, ibid., p. 386. Wadding, à l'année 1297, identifie le Frère Ponce Bautugati avec Ponce Carbonell, compagnon de saint Louis de Toulouse pendant sa captivité à Barcelone. Voir aussi la réponse d'Ubertin, ibid., t. III, p. 183 s.

28 Cf. le Mémoire de Raymond Godefroid, Arch. f. Litt. u. Kirch., t. III, p. 144 ; la Réponse d'Ubertin, ibid., p. 192. — Les persécution» endurées par les» Spirituels sont mentionnées également dans la Disputatio inter zelatorem paupertatis et inimicum domesticum ejîis, dans les Monumenta Ordinim, éd. Salam., 1506, Tract. III, fol. 206 s.

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