ARNAUD DE VILLENEUVE AVOCAT DES SPIRITUELS
maille et il avait obtenu sans difficulté, de BonifaceVIlI en particulier, des mesures de rigueur contre les Spirituels. Ceux-ci avaient bien tenté de se faire entendre du Souverain Pontife. Toujours, ils en avaient été malencontreusement empêchés. G*est ainsi que Libérât de Macerata ^ ■échoua plusieurs fois, la mort enlevant successivement BonifaceVIlI (i3o3), Benoît XI (1304) au moment où il pensait se présenter devant eux, et l'enlevant lui-* même (1 307) pendant qu'il se dirigeait vers Clément V. Mais à la fin de i3o8 et au commencement de i3o9, la" fortune changea de camp. Les abus que les Spirituels* reprochaient à la Communauté étaient incontestables. / Leurs idées, en bien des points, ne manquaient pas de justesse. La répression qui les frappait était cruelle. Il" n'en fallait pas tant pour déterminer en leur faveur, prin- , cipalement dans le midi de la France où la mémoire de Pierre Jean Olive était vénérée, d'ardentes sympathies, et, contre leurs persécuteurs, une vive indignation. La Pro- ' vence, déjà agitée par la lutte anti-inquisitoriale de Frère Bernard Délicieux * le fut de nouveau par ce mouvement de protestation contre les tribulations infligées aux disciples de Pierre Jean Olive. L'âme de cette agitation ' spirituelle n'était autre que le célèbre médecin catalan! Arnaud de Villeneuve 3.
p. 1-195 ; Idem, P. J. Olivi, sein Leben u. Seine Schriften, ibid., t. III,* p. 409-540. Des travaux et des documents publiés par le P. Ehrle, aujourd'hui cardinal, dépendent : René de Nantes, O. M. Cap., Histoire des Spirituels dans l'Ordre de S. François, Paris, X909 ; K. Balthasar, O. F. M., Geschichte des Armutsstreites im Franziskanerorden bis zum Konzil von Vienne, Miinster-i.-W., 191 1 ; Fr. Callaey, O. M. Cap., Etude sur Ubertin de,Casale, Louvain, 1911 ; A. Carlini, Fra Michelino e la sua eresia, Bologne, 1912.
2 Voir plus bas. Appendice II, 3,
3 Sur cet illustre Catalan, voir en premier lieu, au point de vue qui nous occupe ici, l'étude très documentée du P. J. M. Pou y Marti, O. M., Visionarios, beguinos y fraticellos catalanos (siglos (XIII-XV), dans V Archiva Ibero-Americano, t. XI (1919), p. 142-231, et les auteurs cités par lui : Menendez Pfxayo, Arnaldo de Vilanova, medico catalan
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Arnaud de Villeneuve, Avocat des Spirituels. — Arnaud de Villeneuve vécut toujours dans les région» où l'action réformiste des Spirituels franciscains était le plus remuante, c'est-à-dire, en Provence et en Aragon. Né au diocèse de Valence vers le milieu du XI 11^ siècle, il avait fait ses études à Montpellier, et il y exerça la médecine. Médecin du roi d'Aragon, Pierre II, il était entré nécessairement en relation avec saint Louis de Toulouse et Robert, les fils de Charles II roi de Naples, captifs à Barcelone 4.
Il avait voyagé beaucoup et traversé plusieurs fois 5 les villes de Montpellier et de Narbonne où Pierre Jean Olive, et ses disciples les béguins, devinrent ses amiset ses confidents 6.
r En i3o4 il s'était rencontré à Pérouse avec Ubertin de-
Casale 7. A Tétude de la médecine, il avait joint celle de
la théologie. Comme Olive et comme Ubertin, joachimiste
ardent, persuadé de la venue imminente de l'Antéchrist,.
' il vaticinait et annonçait la fin prochaine du monde 8.
^ Dans un ouvrage intitulé Philosophia catholica (i3o2),-
del Siglo XIII, Madrid, 1879 ; du même auteur, Historia de los hétérodoxes espanoles, Madrid, 1880, t. I, p. 449-487, 720-781 ; Hauréau, Hist. îitt. France, t. XXVIII (1881), p, 26-126 et 487-490 ; Diepgen, Arnald: von Vilanova als Politiker und Laientheologe, Berlin, 1909 ; Finke, Ausden Tagen Bonifaz VIII, Munster, 1902, p. 191-226, et CXXVII-CCXI.
* Voir plus bas, Appendice III, i.
5 Notamment en 1305 et en 1309 (cf. J. M. Pou y Marti, loc. cit.^. p. 149 et 203).
8 Arnaud écrivit à leur intention une sorte de règlement de vie intitulé Informatio beguinorum, dont Finke a publié le commencement dans Ausden Tagen Bonifaz VIII, p. CCI s.
^ Cf. Callaey, Etude sur Ubertin de Casale, p. 54 ; J. M. Pou y Marti, loc. cit., p. 148.
8 II écrivit sur ce sujet deux traités, en 1292 et en 1297. Combattupar les Dominicains, il espérait en 1299 obtenir l'approbation de l'Université de Paris, où il se trouvait chargé par Jacques II d'Aragon d'unemission pour le roi de France. Il fut condamné et même emprisonné. (Cf. J. M. Pou Y Marti, op. cit., p. 146 s. ; H. Finke, Aus den Tagem Banifaz VIII, p. CXCII).