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ARNAUD DE VILLENEUVE ET UBERTIN DE CASALE

rencontre avec deux Cardinaux amis : Jacques Colonna I et Napoléon Orsini, partisans des Spirituels.

Depuis que l'un d'eux, le Cardinal Jean de Saint- Paul avait présenté et défendu le jeune François d'Assise devant Innpcenl III, l'affection pour l'ordre franciscain était de tradition chez les Colonna. Salimbene, connut Jacques à Ravenne, et parle de sa vénération pour Jean de Parme que les Spirituels réclamaient comme l'un des leurs. Avec les Colonna, les Spirituels avaient supporté les coups de Boniface VIII ; ils pouvaient compter maintenant sur leur dévouement.

Napoléon Orsini, à qui, en grande (partie. Clément V devait son élection, se considérait toujours comme le Protecteur des Pauvres Ermites. Il resta favorable aux Spirituels. Quand il eut accompli en Italie la légation, que Clément V lui avait confiée (i3o6-i3o8), il revint en Avignon. Il yarriva le 12 Juin 1809. Parmi les familiers et ^ les chapelains du Cardinal, figurait un autre ami d'Arnaud , de Villeneuve : l'auteur de VArborvitae^ Frère Ubertin de( Casale '5.

On devine quel fut le sujet de leurs entretiens et comment l'ardeur du prophète catalan s'y renforça. Agent de liaison de tous les amis des Spirituels, il devint aussitôt l'interprète de leurs revendications. Il était connu de Clément V qui, le 24 Août i3o5 l'avait accueilli avec bienveillance à Bordeaux ^^, et qui, sans tarder, lui accorda une nouvelle audience. Arnaud refait alors le; tableau de l'Eglise qui, après avoir dévié, disait-il, delaj vérité de Jésus-Christ, ne peut être réformée que par le j retour à la pauvreté évangélique. Il décrit les persécutions que dans l'Ordre de saint François ^Aibissent les Spirituels

^^ F. Callaey, Etude sur Uhertin de Casale, p. 141 s. ; C. Eubel, Hierarchia, p. 11, Archiv. franc, hist., t. VIII (1915), p. 317. 16 H. FiNKE, Aus den Tagen Bonifaz VIII, p. CCII-CCXI.

qui poursuivent ce but, et supplie le Pape, de leur faire rendre justice »7.

Peu de temps après (i8 Août i3og), une supplique nouvelle était présentée au Souverain Pontife de la part des béguins de Narbonne. Ils le priaient de faire une information sur les ouvrages de Jean Olive et sur la manière dont était observée la Règle des Frères Mineurs. Ils désignaient nommément Tex-Ministre général Raymond Godefroid et plusieurs autres religieux capables de le bien renseigner 18.

Ces suppliques, naturellement appuyées par les Cardinaux amis des Spirituels, par Robert d'Anjou qui fut couronné roi de Naples à Avignon, le i^^ Août iSog, le Pape ne pouvait les rejeter, d'autant que les réclamations du clergé séculier s'élevaient de plus en plus pressantes, contre les abus des Ordres Mendiants et confirmaient ainsi avec plus de force que jamais, les accusations des Spirituels et leurs plaintes sur l'inobservation de la Règle.

La Commission cardinalice. — Clément V, se décida \donc à faire cette enquête si vivement désirée de toutes 1 parts. Au prieuré de Groseau, près de Malaucène (Département de Vaucluse) où il résidait alors, il convoqua vers 'le mois de Septembre et interrogea personnellement le j Ministre Général Gonzalve de Valbonne, représentant de lia Communauté, puis les religieux éminents, Ubertin de jCasale entre autres, qui lui avaient été désignés par les [habitants de Narbonne et par Arnaud de Villeneuve '9.

17 Voir un fragment important de ce discours dans l'article déjà cité du P. J. M. Pou Y Marti, loc. cit., p. 183-200.

18 Répertoire de Fronsac (Arch. f. Litt. «. Kirch., t. III, p. 18). Les • habitants de Sienne adressèrent aussi, raconte incidemment Ubertin, une » pétition au Souverain Pontife contre les mauvais traitements infligés aux J Spirituels (ibid., p. 107).

19 Voici les noms des principaux Spirituels appelés par Clément V : Raymond Godefroid, ex-Ministre Général ; Raymond de Gignac, ex-Pro-

CLÉMENT V INSTITUE UNE COMMISSION d'eNQUÊTE 439

Ubertin de Gasale jouissait alors d'un grand prestige. Les Supérieurs de l'Ordre ne ménagèrent pas les éloges A son adresse devant Clément V qui les interrogeait sur ■ce qu'ils pensaient des Frères qu'il avait en sa présence 20.

Mais bien d'autres soucis pressaient Clément V en ce i moment (questions des Templiers et de Boniface VI II,/ débattues avec Philippe le Bel), Ne pouvant continuer,, comme il l'avait commencé, à s'occuper lui-même de cette affaire, il institua une Commission cardinalice: qui devait poursuivre rapidement l'information, et préparer les éléments de la solution 21.

-vincial d'Aragon ; Guillaume de Cornillon, Custode d'Arles ; Guy de Lévis-Mirepoix ; Ubertin de Casale ; Barthélémy Sicard ; Guillaume de -Ganges, Lecteur au couvent de Béziers ; Pierre Raymond de Corneilhan ; ■et Pierre Malodii. (Voir plus bas, n. 21).

20 Cf. Arch f. Litt. u. Kirch., t. II, p. 133, 413 ; t. III, p. 194.

21 C'estf Clément V lui-même qui nous fournit ces renseignements dans une lettre adressée à tous les Frères Mineurs le 14 avril 1310 : « Dudutn ad Apostolatus nostri notitiam fréquenter, et secreto, et tan- -dem in consistoriis tam secretis quam publicis nostris et fratrum nostrorum auribus extitit frequentius întimatum quod nonnulla erant corrigenda ïn Ordine vestro qua omnium matura et céleri lima et correctione Sedis Apostolicae indigebant, cum per praelatos ipsius Ordinis remanerent penitus incorrecta, licet solemniter et fréquenter fuerint super hoc pluries requisiti. Cum autem nobis existentibus in consistorio publico nominarentur per fide dignos quaedam solemnes personae éjusdem Ordinis ac Tnagnae et solemnis authoritatis et zeli per quos poteramus plene, ut xlicebatur, super his informari, ne talis ac tanti moles negotii super -conscientia nostra penderat deliberavimus descendere ad inquirendum de propositis veritatem, ac Ministrum ipsius Ordinis generalem, dictasque personas, et quasdam alias ejusdem Ordinis nobis notas, quas' in ■ejusdem Ordinis regulari observantia zelo Dei fervere credimus per litteras sécrétas, ad nostram presentiam fecimus evocari videlicet dilectos filios Fratres Raymundum Gaufridi, Sacrae Theologiae Doctorem ac Ordinis vestri olim Generalem Ministrum, Raymundum de Giniaco, dudum Provinciae Aragoniae provincialem Ministrum, Guliemum de Cor- Tielione Custodem Arelateri., Guidonem de Levis, Ubertinum de Casali, fiartholomaeum Sicardi tune diffinitorem Provinciae ad Capitulum gèneraie, Gulielmum de Agantico, Lectorem Biterris, Petrum Raymundi de Corneliano, Petrum Malodii Lectores cum quibusdam aliis sociis eorum- •dem. Et postmodum ab ipso Ministro secrète exquisivimus veritatem et a praedictis aliis plures subsequenter. Et cum nos occupati diversis et variis, non in persona propria vacare possimus prout desiderassemus.

Pierre de la Chapelle-Taillefer, Cardinal évêque de ' Palestrina, et le Dominicain anglais Thomas Jorz, Caridinal du titre de Sainte-Sabine, constituaient cette com- , mission. Le premier tomba bientôt malade et fut remplacé par Bérenger Frédol, Cardinal évêque de Frascati (Tuscullum) et par Guillaume Ruffat, neveu de Clément V,. Cardinal diacre de Sainte-Puden tienne 22. La nomination

et negotio expedisset, de communi tam tui Ministri et sociorum tuoruitt: quam etiam praedictorum per nos vocatorum concordia, venerabilem. fratrem Petrum Penestrin. episcopum et dilectum filium nostrum fratrem Thomam tituli S. Sabinae presbyterum cardinalem, super ipso negotiodedimus auditores. Debilitato vero postmodum infirmitate corporea Episcopo Penestrin. praedicto et se excusante quod dicte negotio intenderenon valebat, nos venerabilem fratrem Berengarium Episcopum Tusculanum et dilectos filios nostros Gulielmum tituli S. Potentianaepresbyterum cardinalem in dicto negotio adjunximus auditores. » (Bull.. fr., t. V, N° 158). La pétition des habitants de Narbonne en faveur des ouvrages d'Olive et des Spirituels est mentionnée dans le- Répertoire de R. de Fronsac (Arch. f. Litt. u. Kirch., t. III, p. i8). Lerôle d'Arnaud de Villeneuve est relaté dans sa correspondance, dans celle des cardinaux Jacques et Pierre Colonna (cf. Arch. Ib.-Amer., t. XI, 1919, p. 181 s., 200-205) ^t dans celle du cardinal J. Minio de Morrovalle (ibid., p. 207-214). Ange de Clareno ajoute quelques détails; (Hist. trib., dans Arch. /. Litt. u. Kirch., t. II, p. 129) : Arnaud' aurait conseillé à Charles II d'écrire au Ministre Général, Gonzalve de Valbonne. Le roi de Naples était trop peu favorable aux Spirituels pour que le zélé Béguin catalan ait tenté cette démarche. Il s'agirait plutôt de Frédéric de Sicile, ou mieux encore de Robert d'Anjou, fils de Charles II et couronné à Avignon le i^^ août 1309. Clareno ajoute qu'Arnaud de Villeneuve conseilla secrètement à Clément V d'interroger R. Godefroid, Guy de Mirepoix, Ubertin de Casale et Barthélémy Sicard sur l'état de l'Ordre franciscain et sur la réforme dont il avait besoin. Ce détail s'accorde avec le Répertoire de Fronsac mentionnant la supplique des Béguins de Narbonne, présentée au Pape par des procureurs et fait penser qu'Arnaud de Villeneuve était à la tête de ces procureurs. (Cf. J, M. Pou y Marti, lac. cit., p. 203-205). Le 30 août de la même année- 1309, Clément V avait accordé à Arnaud le droit d'avoir un oratoire privé ( Chartularium, t. II, p. 155 ; Arch. Ib-Amer., t. XI, p. 172 et 202, n. 3). — Bonagrazia dans son appel de la sentence d'exil portée contre lui par Clément V (cf. Arch. f. Litt. u. Kirch., t. III, p. 36) fait une rapide esquisse des événements, conforme au récit de la bulle Dudum ad Apostolatus nostri citée plus haut.

22 Le cardinal Thomas Jorz cessa lui aussi de faire partie de lacommission dans le courant de 1310 et mourut le 13 décembre de la même année (Arch. f. Litt. u. Kirch., t. II, p. 361, n. i).

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