LES QUATRE QUESTIONS
de Frédol, casuiste réputé, caractère conciliant, était d'un( heureux présage pour les Spirituels. Protégé du Cardinal f Bernard de Languiselle (f 1291), grand ami des Frères! Mineurs, Frédol avait été en )285 sous-Chantre de l'église' de Béziers et en 1 289 chanoine de Narbonne ; attaché à * la personne de saint Célestin V, il fut sacré par lui en 1 294^ évêque de Béziers. Lié d'amitié avec Bernard Délicieux 23' il favorisa sa libération et se montra également toutf dévoué aux Spirituels dont il connaissait, ayant vécu dans' les régions où ils s'agitaient le plus, les doctrines et les^ souffrances 24.
Les Quatre Questions de l'enquête. ■ — Quatre questions furent posées aux porte-parole des zelanti. Elles avaient pour objet : 1° les infiltrations de l'hérésie du libre espriU dans l'Ordre des Mineurs =5 j 2° l'Observance de la Règle;^
23 Cf. Arch. fr. hist., t. XVII (1924), p. 457-488,
24 Cf. P. ViOLLET, Bérenger Frédol, dans Hist. litt. de la France, t. XXXIV, p. 62-178. — Le Répertoire de Raymond de Fronsac parledes libertés que procuraient aux rebelles, c'est-à-dire aux Spirituels, les cardinaux Frédol et Jacques Colonna. (Arch. f. Litt. u. Kirch., t. III,
25 Pour mieux séduire les foules, les fondateurs de sectes s'inspiraient du mouvement franciscain si populaire. (Salimbene, p, 112-116, 256-258, t 264 s., 620). Ils se revêtaient d'un habit semblable à celui des Frères- Mineurs ou des Tertiaires. Ils travestissaient aussi les idées de l'Ordre' sur la pauvreté et arrivaient ainsi à gagner des partisans. Ces sectes se divisaient en deux grands rameaux distincts : 1° celui de paupere vita, 2° celui du libre esprit. Au premier appartenaient les beghards, bizoques et béguins. Le second paraît avoir eu pour fondateur Amaury de Bêne (+ 1204) dont la doctrine fut renouvelée par Gérard Segarelli de Parme (4- après 1294) et par son disciple Dolcino de Novare (+ 1308). Imbusdes idées joachimistes, ils prétendaient mener la vie des Apôtres (aussi les appelait-on Peuso-Apostoli) et établir en face de l'Eglise charnelle, l'Eglise du libre esprit. Les Franciscains spirituels ne se défendaient pas de quelque sympathie pour les béguins de paupere vita, qui vénéraient P. J. Olive (Douais, Practica, p. 264-288), mais ils reniaient toute relation avec les sectes du libre esprit. (Cf. K. Balthasar, Geschichte^ des Artnutsstreites im Franziskanerorden bis zum Konzil von Vienne,. Miinster-i.-W., 191 1, p. 225-231 ; Zeitschrift f. Kirch., t. VII, p. §03 ;. F. Tocco, Studii francescani, p. 227 s.).
^3° les persécutions infligées aux Spirituels, 4** la doctrine
' et les écrits de Pierre Jean Olive.
De ces quatre questions, la première fut vite liquidée, attendu qu'il n'y avait aucune divergence de vues à ce sujet entre les deux partis. Tous repoussaient la doctrine au libre esprit. Sept religieux de la Province de Saint- François^ coupables de professer ces abominables théories, avaient été punis de prison perpétuelle et avaient fini par abjurer 26.
Quant aux persécutions infligées aux disciples de Pierre Jean Olive en Provence et aux zélateurs de la Règle dans <juelques Provinces italiennes, les avocats de la Communauté ne songeaient pas à les nier. Ils affirmaient la nécessité et la légitimité de cette répression qui fut faite, disaient-ils, avec miséricorde. Ils démontraient en outre, la vérité de leur affirmation par ce fait que Raymond Godefroid lui-même fut obligé, quand il était Ministre Général, de procéder contre les rebelles avec la même rigueur 27. Restaient la question des écrits de Pierre Jean Olive et celle de l'Observance de la Règle. C'est autour
26 Cf. Réplique de R. de Fronsac et de Bonagrazia à la réponse de
R. Godefroid aux quatre questions, dans Arch. f. Litt. u. Kirch., t. III,
p. 144. Dans son Hist. trib., Ange Clareno exprime toute l'horreur que
lui inspire la secte du libre esprit (Arch. f. Litt. u. Kirch., t. II, p. 130-
132). Ubertin de Casale eut d'autant moins de peine à justifier les
Spirituels sur ce point que, sollicité de faire partie de la secte, il fut un
de ceux qui la démasqua et la combattit avec le plus de vigueur. (Ibidem,
t. III, p. 123, 163 ; Arbor vitae, Lib. III, c. 3 : « Vere istis respon-
dendum esset non disputatione sed igné »). La secte du libre esprit étant
) particulière à l'Italie, Raymond Godefroid qui représentait les Spirituels
S |de Provence, dit dans sa réponse à la Commission de Groseau que cette
(secte leur était complètement inconnue (Arch. f. Litt. u. Kirch., t. III,
. 27 Les plaintes des Spirituels au sujet des persécutions sont exposées tout au long dans le premier Mémoire d'Ubertîn (Arch. f. Litt. Kirch., t. m, p. 51-89. Voir aussi pp. 123, 144, 192, et au t. II du même -ouvrage, p. 386). On trouvera les réponses de la Communauté: op. cit., t. III, p. 124, 158 ; Arch. fr. hist., t. III (1915) p. 63, 76.