SUCCÈS DES SPIRITUELS
ne sur l'usage pauvre. En même temps, ils protestaient / contre une demande d'exemption de la juridiction ordi-' naire des supérieurs que Raymond Godefroid avait ^ formulée pour lui et pour les représentants des Spirituels ' au moment où la Cour pontificale se transféra en Avi-l gnon 45. C'était probablement à la fin de iSog, à l'époque de Noël. La Commission cardinalice et tous les religieux convoqués devant elle avaient suivi la Cour pontificale. Les défenseurs des Spirituels, logés avec les autres au couvent des Frères Mineurs, étaient regardés comme hérétiques par leurs confrères. Ils craignaient d'être inquiétés et molestés, et c'est pourquoi Raymond Godefroid avait adressé une supplique au Souverain Pontife, à l'efiet de les rendre exempts de la juridiction des Supérieurs de l'Ordre en les plaçant sous celle des Cardinaux de la Commission d'enquête 46.
Premiers résultats. — La protestation du Ministre général contre cette supplique n'impressionna pas Clément V. La dénonciation de certaines opinions enseignées par) Jean Olive et le traité intitulé Circa materiam avec sesi distinctions subtiles sur l'usage pauvre n'eurent pas plus de succès. Ce n'était pas pour trancher une querelle doctrinale que toute cette procédure avait été instituée,/ mais pour enquêter sur l'état de l'Ordre des Frères Mineurs et pour le ramener à l'observance de la Règle si, comme le prétendaient les Spirituels, il s'en était écarté.
A ce titre, le Mémoire Sanctitas vestra et le Rotulus, tous les deux de Frère Ubertin, qui soutiendra seul le poids de la lutte après la mort de Raymond Godefroid 47
*^ Cf. le Répertoire de Raymond de Fronsac, loc. cit., p. 19 s., 6° et 10°. Aucun de ces écrits n'a encore été publié.
^6 Répertoire, loc. cit., p. 19, 5°.
^'' R. Godefroid mourut entre le 14 avril 13 10 (date de la bulle Dudum ad Apostolatus où il est désigné comme vivant encore) et le 23 août de
sont autrement émouvants. L'eifet ne s'en fit pas attendre. Ce fut la circulaire de Gonzalve de Valbonne, Ministre géiiéral, qui a été relatée plus haut et qui, à la fin de 1809, donnait l'ordre de renoncer à toutes les rentes et biensfonds que les Frères possédaient. Ce fut, cinq jours avant ( le Chapitre général qui allait se réunir à Padoue, la bulle \Dudum ad Apostolatus (14 avril i3io) qui, malgré les 'réclamations pressantes dés Supérieurs, plaçait les déjfenseurs des Spirituels sous la juridiction immédiate |des trois cardinaux enquêteurs 48. Ce fut enfin la confirmation par le Chapitre général de Padoue (19 avril i3io) des réformes décrétées par les Ministres généraux Jean Minio de Morrovalle et Gonzalve de Valbonne 49.
Ubertin de Casale et les zelanti pouvaient triompher de ce premier succès (fin i3io ou commencement iSji). Leur cause était en bonne voie. La clôture du débat paraissait toute proche. Le vieux cardinal Jacques Colonna
la même année (date d'une lettre dans laquelle Clément V annonce à Philippe le Bel la mort de l'ex-Ministre général qui devait témoigner dans le procès de Boniface VIII). (Cf. K. Balthasar, Geschichte des Armutsstreites, p. 272). Godèfroid tomba malade dans un château appartenant à sa famille et mourut dans l'espace de cinq jours. La rapidité de ce trépas frappa les esprits. Les uns y virent un châtiment divin (XXIV Gêner., p. 458 ; Continuations II et III du Cataîogus Genr., Min. O. M., dans Salimbene, p. 670 s.), d'autres, les Spirituels, crurent à un empoisonnement, et cette rumeur circula à la cour d'Avignon. Deux autres champions spirituels, Guy de Mirepoix et Barthélémy Sicard, auraient eu un peu plus tard le même sort (Ang. Clareni, Hist. trib., Arch. f. Litt. u. Kirch., t. II, p. 133). Ce sont là des appréciations de partisans. Cependant, Ubertin pouvait, dans sa Déclaration, parler des mauvais traitements subis par les zelanti à Avignon en ces termes : <( Qualiter autem fratres de Communitate tractaverunt, testes sunt egritudines et mortes quam plurium ipsorum, in quibus tôt et taies crudelitates sunt factae a multis et multis modis, quod eorum parcentes pudori eas silentio contegamus. » (Op. cit., t. III, p. 184).
48 Cf. Bull, fr., t. V, n» 158, p. 65 s. ; V Apologie d'Olive, par Ubertin de Casale, Arch. f. Litt. u. Kirch., t. II, p. 378.
48 Voir plus haut, p. 430. Aucun chroniqueur n'a songé à attribuer aux mémoires de Raymond Godèfroid et d'Ubertin de Casale les résultats que nous signalons ici, mais la coïncidence s'impose d'elle-même.
travaillait activement à préparer la décision pontificale 5o dans le sens le plus favorable aux vœux des Spirituels, c'est-à-dire, en accordant aux zélateurs de la Règle l'exemption totale de la juridiction des supérieurs de l'Ordre 5i.
Devant la gravité et l'imminence de ce danger de scission, la Communauté se ressaisit et tenta un suprême effort. La controverse prit dès lors une nouvelle tournure.