Deuxième phase de la controverse
Premier succès de la Communauté. — ; ; A la demande de l'ex-Ministre général Jean Minio de Morrovalle, Cardinal protecteur, Gonzalve de Valbonne qui jusque là avait assumé seul avec quatre théologiens la défense de la Communauté, remet sa cause aux mains du Procureur Général de l'Ordre, Raymond de Fronsac, assisté de Bonagrazia de* Bergame, avocat nouvellement entré dans la famille franciscaine, rompu à toutes les joutes du prétoire, doué d'une rare habileté et d'une tenace énergie. C'est lui qui vaf diriger la contre-offensive de la Communauté. Il sera pour
so « Nos humiliter, pacifiée et modeste expectavimus vestrae sanctitatis determinationem finemque tractatus, pro quo de voluntate vestra, ut dicitur, laborabat reverendus pater et dominus Jacobus de Columpna sanctae romanae Ecclesiae cardinalis. » (Apologie d'Olive, par Ubertin, dans Arch- f. Litt. u. Kirch., t. II, p, 378).
51 C'est ce qu'il faut conclure de l'appel adressé le i"^'" mars et le 7 juillet 131 1, par le Procureur de l'Ordre à Clément V, et dont il sera questiqn plus bas : « Et quia ad audientiam nostram pervenit, quod prenominati fratres yel alii pro eis procurant seu procurare nituntur et etiam ex universalibus conjecturis timemus, ne tacita predicta veritate et falsitate suggesta, obtineant fratres litteras immunitatis seu exemptionis ab obedientia dicti Ordinis et ne hujusmodi littere impetrentur et émanent in prejudicium Ordinis supradicti : ideo ne hoc fiât coram vobis... ad vos sanctissimum patrem... in hiis scriptis appellamus et apostolos (?) instanter et iterum et sepius cum instantia petimus. » (.Ihid., p. 373 s.).
Ubertin de Gasale, qui affectait de le mépriser, un adversaire redoutable Sa.
Ces deux hommes, Raymond et Bonagrazia, menèrent "(rondement la bataille. Leur premier soin fut de présenter jd 'abord devant deux Cardinaux, Nicolas de Prato et Nicolas de Fréauville, puis en consistoire^ devant Clément V (i*^'' Mars i3ii), une protestation nouvelle contre l'exemption obtenue subrepticement, prétendaient-ils, par les Spirituels qui, excommuniés comme fauteurs d'hérésie au moment où ils reçurent cette immunité, ne peuvent licitement en jouir. Excommuniés, ilsle sont conformément à la sentence portée par Minio de Morrovalle contre tous ceux qui détiennent des ouvrages d'Olive et professent ses erreurs. Raymond et Bonagrazia, énumèrent ensuite dix de ces erreurs et déclarent qu' Ubertin de (Nasale et ses compagnons sont inexcusables de les accepter ou de les défendre. Enfin, au nom du Cardinal protecteur, du Ministre Général, des Maîtres en théologie et Ministres provinciaux qui, l'année passée, avaient pris part à l'enquête, au nom de tous les évêques et pénitenciers franciscains, ils supplient Clément V, i" : d'annuler le privilège accordé aux représentants des Spirituels ; 2» : d'approuver la procédure des Supérieurs de l'Ordre contre les ouvrages .d'Olive ; 3° : de condamner ces ouvrages officiellement et sans appel ; 4° : de refuser aux zélateurs de la Règle
52 Ubertin accuse les chefs de la Communauté de prolonger le débat : « Vocant actores talîum (excessuum) et litigiorum amfractibus volant negotium prolungare. Propter quod totum videntur comisisse cuîdant fratri laycello quasi novitio, in advocationum versutiis enutrito, scilicet, praedicto fratri Bonagratia, qui olim vocatus est Boncortisus... » (ApO' logie d'Olive, ibid., p, 380). «Et sic semper iverunt de malo in pejus, istud precipitando negotium et totum committendo uni advocatello quasi novitio in dolis causidicis enutrito qui non videtur ad aliud laborare nisi ad protrahendum extraneas questiones înterponendum, ut tempus pertranseat et non possit ad transgressionis régule indagamen pervenire. » (Declaratio, ibid., t. III, p. 193). Un avocat séculier, Pierre de Bologne, assistait aussi Raymond de Fronsac.
l'exemption totale et définitive de la juridiction des Supé- 1 rieurs qu'ils demandent et qui consommerait la division de i l'Ordre ^^. Malgré la solennité de cet appel, Clément V -dont l'opinion était formée, ne parut pas s'émouvoir. Raymond de Fronsac et Bonagrazia renouvelèrent alors leur protestation en présence du camérier du Cardinal protecteur Minio de Morrovalle dans le couvent des Frères -Mineurs d'Avignon (4Juillet i3ii) 54. Cette fois, ClémentVT ■prêta l'oreille ; il se décida à soumettre les doctrines d'01ive| à un examen approfondi. Il désigna pour cette tâche, trois Maîtres en théologie étrangers à l'Ordre des Mineurs :, Guillaume Peyre Godin, des Frères Prêcheurs et Maître , eu wSacré Palais, Gérard de Bologne, Prieur Général des ■Carmes, et Arnaud, des Ermites de saint Augustin 55.
C'était pour la Communauté un premier succès. Bonagrazia faillit cependant le compromettre et arrêter les bonnes dispositions naissantes du Souverain Pontife à l'égard de la Communauté, en prenant une précaution intempestive. Il s'était fait donner une consultation par quelques auditeurs du Sacré-Palais chapelains ou pénitenciers du Pape^ aux termes de laquelle les Frères de la Communauté étaient autorisés à communiquer avec les
33 Cf. l'appel de Raymond de Fronsac et de Bonagrazia publié dans VArch. f. Litt. u. Kirch., t. II, p. 367-374, et mentionné dans le Réper- .toire des actes de Fronsac (op. cit., t. III, p. 20, n°. Voir aussi le .Mémoire de Bonagrazia rédigé vers 13 16, pour protester contre la sentence de bannissement portée contre lui par Clément V (op. cit., t. Illi p. 36) ; pièces parfaitement d'accord avec le récit qu'a laissé de cet événement Ubertin de Casale dans son Apologie de P. J. Olive (op. cit., (t. II, p. 378-380).
54 lidem, p. 365-367.
35 Qua appellatione interposita idem dominus papa commisit certîs magistrîs in theologia examinationem articulorum qui in dictis libris continebantur et adversari dicebantur fidei Catholicae (Mémoire de Bonagrazia, loc. cit., p. 36). Raymond de Fronsac donne les noms de ces trois théologiens dans son répertoire (ibid., p. 20 s., 14°). — Le ■cardinal Peyre Godin avait été Provincial des Dominicains de Provence. Cf. Biblioth. Ec. Chartes, t. 86 (1925), p. 100-121.
représentants des Spirituels qu'ils s'obstinaient à tenir pour excommuniés 56. (Àette consultation était non sejulement intempestive mais aussi très injurieuse à l'égard du. Souverain Pontife qui avait accordé la bulle d'e?:eniption.. De fait, Clément V en éprouva une mauvaise humeyr qu'il manifesta en plein consistoire. Il recommanda néanmoins très vivement la plus grande diligence aux théologiens qu'il avait adjoints aux deux Cardinaux enquêteurs bérenger Fredol et Guillaume Ruffat (le troisième,Thom,as^ il orz, était mort le i3 Décembre i3iQ). Et ainsi, la çonjclusion de ce grand débat qui, au commencement de i3i i ,. avait semblé si voisine, fut prorogée jusqu'au Concile de IVienne ^7, que Clément V avait convoqué pour le moisjd'Octobre de cette même année i3ii.
Sans perdre de temps, Raymond de Frpnsac et Bpnagrazia, exploitent cette première victoire et réyeillejit les polémiques. Coup sur coup, reprenant les discussions par la base, 58 ils présentent aux théologiens désignés pour recevoir leurs dépositions, une réfutation en règle de la réponse faite par Raymond Godefroid aux quatre questions, puis une réplique aux fameux RotuU où Ubertin avait dénoncé vingt-cinq violations à la Règle et dix de lia /Ibulle Exiit qui seminat, enfin le Traité Circa materiam (sur l'usage pauvre ^9.
?.P. Répertoire, loc. cit., p. 20, 13° ; voir cette consultation dans le Mémoire déjà cité de Bonagrazia, ibid., p. 37 s.
«7 Ihid., p. 38 s.
H Qn avait bien communiqué aux premiers avocats de la Communauté, le Ministre général et les quatre Provinciaux, les mémoires ëe R. Godefroid (cf. Arch. fr. hist., t. VII, 1914, p. 661) ; mais non les mémoires accablants d 'Ubertin de Casale. Fronsac et.- Bonagrazia protestèrent encore contre cette mesure et réclamèrent tous les écrits de la partie adverse. (Op. cit., t. II, p, 160).
5? Ci. Répertoire, loc. cit., p. 21, 15°,, 18°, 19°, et p. 19, 7°. La réponse de Fronsac au mémoire de Godefroid, ibid., p. 144, 160, -r- La réplique aux Rotuli ne doit pas diiïérer beaucoup du Sapientia aedificavit, que le même Fronsac publia à la fin de la controverse et dont il sera question
A ces différents écrits polémiques ils ajoutent, pour la. faire approuver par le Concile, une conclusion destinée sans nul doute à maintenir les Spirituels, sous la juridiction des Supérieurs de l'Ordre 60.
plus bas. Quant au traité de Usu paupere, nous le possédons dans laréfutation qu'en fit Ubertîn de Casale (cf. Arch. fr. hist., t. X, 1917, p. 1 16-122).
?" Cette conclusion ne nous est connue que par la mention qu'en a faite Fronsac dans son Répertoire, loc. cit., p. 21, 19°.
LE CONCILE DE VIENNE (i3ii-i3i2) ET LES AFFAIRES DES FRÈRES MINEURS
Le Concile oecuménique réuni à Vienne pour traiter l'affaire des Templiers, celle dé la Terre-Sainte et la réforme de l'Eglise, tint sa première session le 16 Octobre ^i3ii K Clément V résolut de ne pas le clore sans avoir fmis fin aux divisions intestines des Frères Mineurs, et tsans avoir essayé de régler le conflit plus grave encore [entre les Mendiants et le Clergé séculier.
1. — Suite et conclusion des controverses entre les spirituels et la communauté
Nouvelle tactique de la Communauté. — Dès l'ouverture de la première session du Concile, Raymond de Fronsac et Bonagrazia, avaient reçu un renfort important. Quatorze Frères Mineurs, Maîtres en théologie ou Provinciaux, en effet, avaient été convoqués par le Pape pour prendre part aux assemblées conciliaires 2.
1 La seconde eut lieu le 3 avril 13 12, la troisième et dernière le 6 mai suivant. Sur l'organisation de ce concile, cf. Arch. f. Litt. u. Kirch., c. IV, p. 366 ; Hefele-Leclercq, Histoire des Conciles, t. VI, 2® partie, p. 662.
2 « In quo concilio, Generalis dicti Ordinis vocatus a papa et fratres Alanus Turonensis, Alexander Terre Laboris, Vitalis Aquitanie, Ricardus Anglie, Petrus Superioris Alamanie minîstri et Jacobus de Escula
Le Ministre Général, en profita pour les réunir. Après qu'il leur eut exposé le grand débat qui mettait aux prises la Communauté de l'Ordre et les Spirituels de Provence défendus par Ubertin de Gasale, il se concerta avec eux pour appuyer de leur masse imposante les efforts de Raymond de Fronsac et de Bonagrazia. Ils rédigèrent et présentèrent onze mémoires 3 différents dont deux seulement ont été publiés. Ils ont pour objet de répondre au Rotulus 4. C'était bien, en effet, le document le plus iTienâ^ant pour la Communauté, car il était le plus propre à impressionner l'esprit des Cardinaux et du pape. Il importait d'en amortir radicalement l'effet. Le Ministre général et ses quatorze Provinciaux dii Docteurs d'une part, Raymond de Fronsac et Bonagrazia de l'autre, s'y employèrent avec succès. Leurs écrits nous montrent le changement de tactique qui s'était opéré dans la défense de la Communauté depuis que Bonagrazia, le « petitj
magistri in Sacra theologia et Fernandus Castelle, Romeus Aragonie, Ghiraudus provincie Provincie, Alexius Bononiensis, Humbertus Bur- ^undie, Thomas Saxonie, Aicardus Mediolanensis, Johannes Apulie et Raimundus dicti Ordinis procurator diligenter dicto examinato negotio convenerunt concorditer et diffinierunt,.. » (Protestation de Bonagrazia «ontre son bannissement, Arch. f. Litt. u. Kirch., t. III, p. 39). Les mêmes provinciaux signèrent le mémoire Religiosi viri dont il sera question plus bas.
3 Cf. Répertoire, loc. cit., p. 22-24, 25° et 26° ; 30° à 36°. Parmi les | Mémoires de la Communauté il y a (34°) une Declaratio Ministrorum et '. Magistrorum praedictorum quae sint in régula B. F. praeceptoria, inhibitoria et aequipollentia istis, qui a pour objet la fameuse discussion sur l'obligation des conseils évangéliques et dont le Traité de Gonzalve de, Valbonne publié dans les Monumenta Ordinis (éd. Salam., 1506, Tract. III, f. 98^-100^) peut' nous donnen une idée. Saint Bonaventure avait déjà •esquissé comme conclusion à son Expositio super regulam une classifica-; tion analogue des différents préceptes de la Règle. Ubertin de Casale avait imité cet exemple en réfutant le traité Circa materiam sur VU sus ■pauper. (Arch. fr. hist., t. X, 1917, p. 133 s.).
* Ces deux documents sont : 1° le Religiosi viri signé des quatorze Frères Mineurs cités plus haut et édité par le P. A. Chiappini, O. M., {Arch. fr. hist., t. VII, 1914, p. 659-675 ; t. VIII, p. 56-80) ; 2» le Sapientia aedificavit composé par Raymond de Fronsac et Bonagrazia, publié par le P. Ehrle (Arch. f. Litt. u. Kirch., t. III, p. 95-130).
avocat » comme l'appelait Ubertin avec mépris, et Fronsac,. en avaient assumé la charge.
Ils ne cessent pas cle protester contre l'exception dont; jouissent les représentants des Spirituels. Ils ne lâchent pas les écrits d'Olive dont ils s'acharnent à obtenir unecondamnation officielle 5. Mais ils ne se laissent plus obséder par ces deux seules questions, ni par les discussions stériles sur l'obligation des conseils évangéliques ou sur l'usage pauvre. Ils suivent Ubertin sur son propre terrain et entreprennent de défendre l'observance et la discipline actuellement en vigueur dans l'Ordre. Ils font valoir que Raymond Godefroid avait reconnu qu'en substance, la Règle et la Bulle Exiit qui seminat étaient observées et que par conséquent Ubertin de Gasale ment lorsqu'il prétend que l'ex-Ministre général, défenseur des Spirituels, approuva le Rotulus dénonciateur des abus dela Communauté. L'aveu de Godefroid servait à souhait la cause de la Communauté. Tour à tour Bonagrazia et Gonzalve de Valbonne l'enregistrent ^ et ils insistent sur la divergence de vues entre Godefroid et Ubertin avec une satisfaction visible 7.
La défense de la vie commune avait encore été rendue facile par les décisions réformatrices prises, nous l'avons
5 Le 9 février 13 12, un certain catalogue de propositions, tirées des œuvres de P. J. Olive, les unes qualifiées d'hérétiques, les autres de fausses et erronées ou téméraires, fut présenté une première fois aux. représentants des Spirituels qui, après mûre délibération, certifièrent, en présence d'un notaire et de plusieurs témoins, que les dites propositions se trouvaient exactement dans les écrits d'Olive telles qu'elles, étaient transcrites. Cela fait, elles furent présentées une deuxième fois aux théologiens députés par Clément V pour les juger. Ce catalogue porte, dans le Répertoire de Fronsac, le nom d'Instrumentum duplicisohlationis (Arch. /. Litt. u. Kirch., t. III, p. 24, 37°).
8 Cf. La Réponse de Bonagrazia et Fronsac au Mémoire de R. Godefroid (Arch. f. Litt. u. Kirch., t. III, p. 145).
^ Cf. La Réponse Religiosi viri de Gonzalve au Rotulus d'Ubertin: (Arch. fr. hist., t. VII, 1914, p. 661).
VU, depuis le commencement des controverses. Libertin de Casale devait se vanter beaucoup de les avoir provoquées car Bonagrazia et Raymond de Fronsac lui répliquent que les Frères n'ont pas attendu ses clameurs pour corriger certains •excès contraires à la pauvreté, ils rappellent les statuts des Chapitres généraux de Gênes (i3o2) et de Toulouse (i3o7) malgré leur inefficacité patente 8 Gonzalve de Valbonne €t les signataires du Reîigiosi viri affirmaient avec une tranquille assurance que le relâchement était impossible, car l'Ordre avait toujours eu des Cardinaux protecteurs hommes de grande sainteté, qui n'auraient pas manqué de signaler les abus 9. Les abus, si amèrement dénoncés par Ubertin, ne sont après tout que des transgressions locales ou individuelles souvent de peu d'importance, dont les supérieurs poursuivent l'extirpation complète et qui ne prouvent rien contre la Communauté prise dans son ensemble, ni contre tant de Provinces où il n'a jamais mis les pieds. Sur trente-quatre provinces que compte l'Ordre, il n'en cite que cinq qui soient atteintes par ses
8 (( Quod autem se ipsum commendat quod fratres ad suum clamorem correxerunt aliqua circa annuos redditus. Respondetur gratias Deo quia semel confessus est quod ordo corrigit aliquos excessus contra paupertatem; quod autem ad suum clamorem ordo fecerit, nos non audivimus suam vocem pro illo tempore scilicet tempore capituli Januehsis quod dominus Portuensis tune generalis anno Domini M°CCC°n° celebravit et statutum èfficax valde fecit contra malam speciem quam prebebant elemosine annualés, quod statutum générale qui nunc est roboravit in capitulo Tholosaho quod fuit anno Domini M°CCC°VII° in Pentecoste. Sic igitur non sibi arrogat benefacta per alios non per ipsum ; fuerunt autem ante hec duo capitula ab antiquo statuta firmissima contra elemosinas annuales. » (Bibl. Nat., Paris, Ms. lat. 4350, fol. si""). Ce passage a été omis (p. 136) par le P. Ehrle dans son édition du Sapîentia aedificavit, Arch. f. Litt. il. Kirch., t. III, p. 95-137).
9 « Iste ordo semper habuit protectorem cardinaleni Ecclesie romane qui curani praecipuam habuit de isto Ordine ; non est verisimile, quod tôt boni et sàhcti viri, qui fuerunt protectores istius Ordinis, tanto tempore dissimulassent si Ordo fuisset lapsus et deviasset a viis patrum. » (Arch. fr. hist., t. VII, 1914, p. 662).
accusations 'o. Les Frères Mineurs n'avaient-ils pas d'ailleurs de fortes Constitutions qui prévoyaient et punissaient toutes les infractions à la Règle et qui même ajoutaient encore aux obligations de celle-ci, si bien que la vie commune était devenue plus sévère que du temps de saint François ?" Au fond, les objections d'Ubertin de Casale, disent-ils, se réduisent à rien. Ce sont pour la plupart des disputes de mots ou des subtilités inaccessibles qui ne peuvent qu'embrouiller les consciences comme cela arrive à propos des conseils évangéliques '2.
10 Ce sont les Provinces de Toscane, de Gênes, d'Ombrie, de la Marche et de Provence (Arch. f. Litt. u. Kirch., p. 56, 68, 173). m Argumentum autem nullum est quod si unus vel duo peccent quod propterl hoc Communitas peccet : contra quam communitatem predictus opponens sive sui sequaces nihil probare possunt, sive non sufficit ad probandum. Cum enim in Ordine sint XXXIV provincie, in paucis provinciis fuit : et ideo si fortasse posset accusare defectionem duarum vel trium provinciarum, in quibus fuit, tamen defectionem illarum provinciarum, in quibus non fuit, non potest probabiliter accusare... Et quanquam predictus opponens contra aliquem fratrem vel contra aliquam provinciam posset probare aliquam defectionem, contra tamen communitatem nihil probare potest. Quomodo enim probabit contra Anglicos, Scotos, Ybernicos, Dacos, Suecos, Saxones, Ungaros, Yspanos, Slavos, Scyclos (sic), contra provinciam Terre Sancte, Terre Laboris, Calabrie, Apulie, Sancti Angeli, Pennensis, Greciae, et similes et ceteras provincias, ubi non fuit conversatus nec novit mores et actus eorum ? » (Arch. fr. hist., t. VII, 1914, p. 662 s. ; t. VIII, p. 70, 76).
11 a Sed ut manifeste convincatur quod mentita est iniquitas sibi et quod Ordo Minorum et Communitas fratrum ipsius Ordinis non solum servat regulam et declarationem prout régula et declaratio arctant sed etiam quod strictius et longe strictius eam servent quam verba régule et declarationis fratres coherceant, ex multis aliqua adducuntur in promptu que sunt tam in Ordine quam apud alios scientes vitam Fratrum Minorum. » Suivent sept points sur lesquels la pratique des Frères est plus austère que ne l'exige la Règle : Ils ne portent pas ordinairement de chaussures, ils dorment avec leur habit, ils ont des jeûnes surérogatoires, par exemple pour les Vigiles des Apôtres et celle de saint François, ils ne mangent pas de viande, ils gardent le silence en certains lieux et à certaines heures, ils ne sortent jamais sans compagnon, ils font encore beaucoup d'autres austérités qu'il serait, disent les défenseurs de la vie commune^ trop long de détailler. (Réponse de R. de Fronsac et Bonagrazia au Mémoire de Godefroid, Arch. f. Litt. u. Kirch., t. III, p. 152 s.).
12 (( Hec autem verba, scilicet dicere : usus pauper est de substantia
L'obligation des conseils évangéiiques était le sujet ,d'une vieille discussion à laquelle saint Bonaventure fait allusion au début de son Exposition de la Règle ^3.
Les Spirituels la réveillèrent et l'embrouillèrent. Ubertin semble tantôt affirmer que le Frère Mineur est tenu par son vœu d'observer tous les conseils évangéliques et tantôt distinguer, parmi ces conseils, ceux qui sont obligatoires et ceux qui ne le sont pas. Il se flatte néanmoins d'être d'accord avec l'enseignement des anciens expositeurs de la Règle et fait des prodiges de dialectique pour amener à son sentiment la bulle de Nicolas IIL La position des défenseurs de la Communauté sur ces deux points est beaucoup plus nette. Pour eux, le vœu doit porter sur quelque chose de certain et de déterminé. En vertu de ce principe, le Frère Mineur n'est tenu qu'aux conseils exprimés dans la Règle et de la façon dont ils y sont exprimés. Il n'est tenu aux autres conseils évangéliques, comme à l'usage pauvre, que par convenance de son état H. Chemin faisant les adversaires d'Ubertin le harcè-
sive essentia régule, adeo sunt obscura, quod etiam inter sapientes dubitationem pariunt et multo fortius apud minus sapientes vel novitios,. quorum conscientie illaquearentur, si determinaretur, usum pauperem esse de substantia régule supradicte. » (Ibid., p. 154). L'usage pauvre continuait d'être âprement disputé malgré Clément V qui avait imposé silence sur ce sujet, (Apologie d'Olive, Arch. f. Litt. u. Kirch.,. t. II, p. 387).
13 Cap. I, § 3 ; voir aussi VArhor vitae, fol. 220*.
14 « Et ideo sanam doctrinam reputamus dicere, quod votum Régule nostre fertur super certo et determinato, puta super abdicatione dominii et proprietatis ; super incerto et indeterminato sicut est usus pauper, non cadit votum : votum enim quod cadit super certo et determinato, sicut super abdicatione dominii, omnes obligat equaliter ; si autem caderet super usum pauperem, non posset obligare equaliter propter diversitatem personarum in Ordine degentium quibus non potest indici equalis usus... Et ideo, quia non cadit sub voto, non tenemur ad usum pauperem rationevoti, sed ex condecentia status, n (Traité Circa materiam, dans Arch, fr., hist,, t. X, 1917, p. 118 s.). « Quedam reducuntur ad ipsa tria (vota) de necessitate obligationis et quedam ex condecentia status et tamen ad' ea que sunt ex condecentia status, patet fratres ex voto non obligari. »
lent d'arguments ad hominen et lui reprochent de tomber lui-même dans les excès dont il se fait lé cénseùi* «5
Les dei^nières ripostes d'Ubertin de Gasale. -^ libertin dé Casale défend son terrain pied à pied. De mêfiié qufe les deux avocats de la Communauté avaient reçu l'appiii de quatorze Frères Miïieurs venus au GOheile dé Vietitië, Ubertih était réconforté par là présence auprès dé lui, dé Frère Ange de Clareno.
Depuis son retour d'Orient en Italie (i3o7), Ange dé Clarèno résidait dans la Province romaine. Le brevet
(Traité Religiosi vin, dans Arch. fr. hist., t. VII, p. 666). « Si vero intelligat opponens, fratres teneri ad omnia que sunt in régula quadam decentie, tentione, non tentione necessitatis, quod vîdetur vèlle dicere, quia dicit, transgressorem non peccare mortaliter,' in hoc quantum ad vim obligationis concordat cum Ordine, qui dicit quod ex decentia status orta ex voto decet eos illa prosequi, que modo non obligatorio in régula exprimuntur. » (Réponse de Fronsac au RotulUs d'Ubertin, dans Arch. f. Litt. u. Kirch., t. III, p. 96). Il est curieux de rapprocher de ces affirmations lancées dans le feu des polémiques, ce passage d'un sermon (1302) de Matthieu d'Acquasparta, ex-Ministre général et Cardinal : « Quis autem promptior in obediendo Francisco qui non solum praecepta voluit servare, sed ad servanda consilia se et suos voluit obligare » ; et plus loin : « Franciscus elegit pro se et suis aftissimam paupertdtem. » (Arch. fr. hist., t. IX, 1916, p. 231, 234).
^5 Ubertiri blâmait vertement les repas plus copieux qui sont fait? î\ l'occasion des Chapitres et à certains jours de fête, ses adversaires répliquent que s'il avait continué à vivre avec les Frères et non à la .curie, il aurait constaté de quelle nourriture sobre ils se nourrissent. « Quod pitantie semel in tribus annis fiant in capitulis generalibus, non est clamandum fore tam horrendum flagitium ut hic clamât. » (Réponse au Rotulus, Arch. /. Litt. u. Kirch., t. III, p. 103). Il trouve que l'on •fait trop dé voyages à cheval, mais lui-même, monté sur un cheval, l'autre jour, dans les rues de Vienne, n'a-t-il pas mis à niai Maître Richard, Provincial d'Angleterre, qui cheminait à pied dans là boue (ibid., ■p. 104). Il accuse les Frères de la Communauté d'être dés ambitieux, or les ambitieux sont écartés des charges, il en sait quelque chose : il ambitionnait d'être définitèur dans sa Province, et comme il n'a pas réussi, il s'est fait, nouveau Mahomet, chef de secte dans une autre Province (ibid.; p. 119). Il se plaint des divisions qui agitent l'Ordre, mais il a passé son temps à les fomenter partout où il a vécu, dans la province de Gênes, en Toscane, en Ombrie, et au couvent de Paris. (Religiosi viri, Arch. fr. hist., t. VIII, 1915, p, 72).