DERNIÈRES RIPOSTES D'UBERTIN DE CASALE
d'orthodoxie que l'Archevêque de Thèbes, Isnard, Vicaire pontifical à Rome, lui avait décerné, ne lui suffisait pas. Ses Pauvres Ermites s'étaient multipliés dans la Marche d'Ancône, aux environs de Rome, en Toscane, en Ombrie, dans les royaumes de Naples et de Sicile. Partout, ils étaient en contradiction avec les Frères de la Communauté qui leur contestaient le droit de vivre hors de la juridiction du Ministre général et des Provinciaux.
Comment triompher de cette opposition ?
Isnard lui conseilla, quand le Concile général fut convoqué, de saisir cette occasion pour se rendre devant le Pape et obtenir l'autorisation de vivre séparés de l'Ordre. Ange de Clareno le suivit donc à la cour de Clément V, à Avignon, puis à Vienne. Le Cardinal Jacques Colonna lui donna l'hospitalité. Il était là en sécurité renseignant ses amis d'Italie sur la marche des débats, ^6 stimulant libertin à demander la scission complète pour tous ceux qui voulaient observer la Règle à la lettre... Ubertin, fort de ses encouragements, riposte à Bonagrazia par neuf Mémoires '7 dont trois seulement nous sont parvenus. Un premier traité {Sanctitati Apostolicae) combat la protestation présentée le i^"^ Mars et le 4 Juillet par les défenseurs de la vie commune et développe une apologie en règle de son Maître et ami, Pierre Jean Olive 18. Dans un autre traité {Super tribus sceleribus) il expose la théorie spirituelle de l'usage pauvre '9 et rédige ensuite une déclaration où il reproduit ses diverses accusations au sujet de la décadence de l'Ordre 20.
16 Arch. f. Litt. u. Kirch., t. I, p. 545.
17 Cf. Répertoire, loc. cit., p. 21-23, 20°, 24°, 27°, 29°.
18 Arch. /. Utt. u. Kirch., t. II, p. 377-416. Cf. F. Callaey, Etude sur Ubertin de Casale, p. 196-204 ; René de Nantes, Hist. des Spirituels,
18 Le Super tribus sceleribus a été publié par le P. A. Heysse, O. F. M., dans VArch. fr. hist., t. X (1917), p. 123-174.
20 Cette déclaration était une réplique au Mémoire dirigé par Raymond
C'est sur ce dernier point que le rude lutteur de Casale était le plus redoutable. Il se débarrasse des arguments ad hominem, en disant que ce sont de pures calomnies et en rappelant le prestige dont il jouissait dans l'esprit du Ministre Général lui-même avant les polémiques 21. Il rétorque les explications de ses adversaires par des traits d'une cinglante ironie : « Quelle belle occasion de voustaire vous avez manquée, quand vous vous flattez d'ajouter des austérités à la Règle ou de faire de fortes Constitutions. Vous les faites sur le papier mais jamais elles ne sont observées, surtout en ce qui concerne la pauvreté 22. » Au sujet des erreurs d'Olive, il peut chanter victoire, d'autant plus légitimement que sur les dix opinions dénoncées,, trois seulement ont été retenues comme répréhensibles,. par le Maître du Sacré Palais et les deux autres Théologiens 23,
On savait bien, en outre que, comme Olive lui-même,, il était très éloigné de jurer sur la parole du Maître, et qu'il laissait au Souverain Pontife le soin de juger en dernier ressort 24. Dans la question de l'observance et de
de Fronsac et Bonagrazia contre la Réponse de R. Godefroid aux Quatre Questions. La Déclaration d'Ubertin a été éditée par le P. Ehrle, Arch.. /. Litt. u. Kirch., t. III, p. 162-195.
21 Voir la Déclaration dans Arch. f. Litt. u. Kirch., t. III, p. 194.
22 Ibid., p. 173 s., 185-188.
23 (( Nam illa que imponunt sibi, non inveniuntur ponderis notabilis per Magistros visis suis dictis nisi in tribus articulis, scilicet de essentia divina, de anima rationali, et de vulnere laterali ; in quibus et in omnibus aliis positionibus et intentionem persone purgant ab omni heretica pravitate et in ipsismet tribus articulis varii et dubii conceptus ipsis, magistris occurrunt. Esto ergo quod in illis tribus articulis minus bene dixisset, non propter hoc fuit tanta librorum utilitas condemnanda et maxime per judices temerarios et non suos, nec propter hoc deberet in aliis librorym copia fidelibus denegari. » (Ibid., p. 191). Le Religiosi viri ne parleplus que de deux erreurs : de essentia divina et de vulnere laterali (Arch. fr. hist., t. VII, 1914, p. 660).
24 « Ad id autem, quod de doctrina fratris Pétri detrahunt, respondemus quod esto quod aliqua corrigenda vel dubia contineantur in ea, dicimusquod semper placuit et placet, quod per summum pontificem ad quem;
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la discipline, il nie la volonté de réforme chez les Supérieurs de la Communauté qui ne corrigent pas les abus. Gomment le pourraient-ils ? Ce sont eux qui les établissent et ils s'efforcent de prouver que ce ne sont pas des abus ^S, Bien plus, ils interdisent d'appliquer les Statuts du dernier Chapitre général. C'est ainsi que le Gardien de Narbonne fut entravé dans son action réformatrice par son Provincial 26. Finalement il montre que la protection pontificale lui est plus nécessaire que jamais contre la malignité de ses ennemis. « Il n'y aura aucune sécurité pour nous, dit-il, tant que de tels hommes, qui favorisent le relâchement et martyrisent les zélateurs de la Règle auront en main le pouvoir. » Il demande donc pour lui et pour tous ceux dont il est le porte-parole un ou même plusieurs cardinaux protecteurs. Il demande surtout la permission de se séparer de l'Ordre pour vivre la Règle dans toute sa pureté, conformément aux intentions de saint François. C'est par ce vœu qu'il termine son Apologie d'Olive 27.
solum spectat dictum negotium, decidatur. » (Déclaration, Arch. f. Litt.\ îi. Kirch., t. III, p. 190).
25 Ibid., p. 173.
26 « Et bene apparet quod non intendunt ad reformationem relaxationis Ordinis, quod omnibus patet. Nam anno preterito generalis Minister Ordinis voluit concedere fratri Guillelmo de Sancto Amantio Guardiano Conventus Narbonne, quod ipse faceret in suo conventu observari statuta generalis capituli et quod non posset a tali observantia per provintialem ministrum et custodem qui relaxationes nutriunt, prohiberi ; per quod videtur et per multa alia que faciunt quod statuta regularis observantie non curent habere ad observandum sed ad se et alios illaquiandum veraciter et ad velamen excusationis excessuum in oculis apparenter. » (Apologie d'Olive, Arch. f. Litt. u. Kirch., t. II, p. 379 s.
27 (( Videte autem pater sanctissîme quanta nécessitas est quod nos et nobis adhérentes efficaciter protegatis et executores protectionis date vel dande faciatis poni in lictera unum aut plures dominos cardinales. Immo attendat apostolica pietas ex hujus libelli (Protestation de R. de Fronsac et de Bonagrazia du i^*" mars 1311) malignitate et aliis multis signis odii contra nos et postpositionem conscientie ipsorum, utrum aliqua protectio inter viros taies reddere nos possit securos, dum habuerint prelationis potestatem super nos et alios bonos fratres hii, quorum con-
Fin de la contt^overse. — Mais maintenant cette conclusion ne pouvait plus paraître aussi évidente qu'autrefois à l'esprit de Clément V. A cette heure, par la plume de ses interprètes, par l'effort combiné du Ministre Général, de Fronsac, de Bonagrazia et de plusieurs Provinciaux et Maîtres en théologie, la Communauté a conquis une position excellente. Tandis qu'Ubertin ne cessait d'op-' poser aux abus de la Communauté et à la manière large dont elle interprétait la Règle, tantôt les intentions véritables de saint François manifestées dans son Testament, consignées dans les écrits du Frère Léon, tantôt les opinions des Docteurs tels que les Quatre Maîtres, ou saint Bonaventure, ou Jean Pecham, ou Hugues de Digne, ou Guillaume de la Mare ; tandis qu'il fait ainsi peu de cas des Déclarations des Papes, et demande, en somme, leur abrogation, les avocats de la communauté, au contraire, font profession de n'interpréter la Règle qu'à la clarté des Décrétales, et notamment de celle de Nicolas III. La volonté de saint François ! Est-ce que Grégoire IX qui fut avec le saint d'une si longue et si tendre familiarité ne la connaissait pas ? Nicolas III ne s'en est-il pas enquis avec solUcitude ? et dès lors ne vaut-il pas mieux la leur demander plutôt qu'à Frère Ubertin ? 28 Et puis, rejeter les Déclarations
silio ista fiunt et qui relaxationes nutriunt et multis molestiis in amatores régule tyrannizant... Quare observantiam puram secundum institutionem et intentionem ejusdem beati patris nostri Francisci petimus instantissime nobis dari et omnibus Deo inspirante volentibus eam sequi. » (Ibid., p. 415 s.). Une conclusion semblable termine la Déclaration qu'il écrivit en réponse au Mémoire du Procureur général contre R. Godefroid : « Solum regulam petimus, sicut eam promisimus et beatus Franciscus eam instituit. » (Arch. f. Litt. u. Kirch., t. III, p. 194).
28 (( Magis credendum est dictis verborum dictorum pontificum quam verbis confictis a dicto Ubertino. Et ideo dicitur pro parte dicti Ordinis, quod intentio beati Francisci in condendo regulam, non fuit alla quam illa, quam predicti duo pontifices in suis declarationibus posuerunt. » (Mémoire Religiosi viri, Arch. fr. hist., t. VII, p. 666). — et Ad id autem,