FIN DE LA CONTROVERSE
des papes, c'est retomber dans les incertitudes et les hésitations des premiers temps de l'Oi-dre 29. En définitive, il est très louable de rechercher les opinions des Maîtres qui se sont prononcés sur la Règle. Bien comprises, elles ne s'écartent pas de la déclaration de Nicolas III sur laquelle seule le parti de la Communauté veut s'appuyer, même si les Maîtres ne s'accordaient pas avec elle 3o. Rien n'était évidemment plus habile et plus juste que cette attitude, rien n'était plus propre à capter la bienveillance et Tadhésion du Pape. Les représentants delà Communauté, chefs en même temps de l'Ordre, aiïîrmaient, en dépit des dénégations d'Ubertin, et avec la même véhémence que lui, leur volonté de supprimer tous les abus et de pratiquer la Règle suivant l'intention de saint François 3i. C'est sur cette promesse que se terminèrent les discussions entre les Spirituels et la Communauté qui duraient depuis plus de deux ans et qu'il était inutile de prolonger davantage. Le Souverain Pontife pouvait maintenant se prononcer en connaissance de cause.
quod dicit quod dicta per eum in articulis sunt dicta secundum intentionem beati Francisci et Bonaventure et quorumdam aliorum (ce quorumdam aliorum après les deux noms qui précèdent ne manque pas de saveur) ; respondetur quod intentio beati Francisci est illa, quam Ordo sequitur in régule observantia secundum declarationes... Non ergo arroget iquisquam melius scivisse intentionem beati Francisci quam romani pontifices, qui regulam secundum Sancti intentionem se referunt déclarasse. » (Mémoire Sapientia aedificavit, Arch. f. Litt. u. Kirch., t. III, p. 136).
29 Voir plus haut, chap. XIV, n. 43.
30 « Dicta illorum magistrorum bene intellecta non dissonant a dictis declarationis domini Nicholai, cui innitimur, etiam si discordarent. » (Ibid., p. 136).
31 « Et quia desideramus esse veri et legitimi filii beati Francisci et nos ipsos et omnes de Ordine reformari ad perfectioni evangelice plenam observantiam, quam in régula promisimus ; idcirco humiliter et instanter petimus a sanctitate apostolica perfectam observantiam nostre régule ek evangelii Christi prout in régula continetur et secundum intentionem beati patris nostri Francisci quam verbis et factis expressit, et planam exclusionem omnium defectuum predictorum. » (Ibid., p. 137).
2. — Fin des controverses entre les Spirituels et la Communauté.
Depuis le jour où, prêtant l'oreille aux défenseurs des Spirituels, il avait institué la Commission d'enquête au prieuré de Groseau, Clément V avait pu s'apercevoir qu'entre eux et les partisans de la vie commune les torts étaient partagés. Son opinion, d'abord favorable aux zélateurs de la Règle, s'était ^quelque peu modifiée. Quelle sentence allait-il rendre ? Elle fut double, comme la controverse elle-même qui, somme toute, avait porté sur deux points principaux : i° les doctrines de Pierre Jean Olive ; 2° la discipline régulière et l'observance de la pauvreté.
Il résolut le premier point par le Décret Fidei catholicae ftindamentum, le second par la bulle Exivi de paradiso 32.
Le décret « Fidei catholicae fundamentum » . — On se souvient que des dix erreurs reprochées au docteur provençal, les théologiens chargés de les examiner n'en avaient retenu que trois. Finalement, après la vigoureuse apologie écrite par Ubertin de (Nasale, Clément V ne condamna aucun des ouvrages incriminés. Il se borna à définir, dans le Décret Fidei catholicae fundamentum, \2i doctrine de l'Eglise sur quatre points où l'on avait accusé Olive d'avoir un enseignement hérétique 33. On se souvient encore que les avocats de la vie commune avaient cherché de toutes leurs forces à obtenir contre les ouvrages d'Olive, qu'ils regar-
32 Cf. Bull, fr., t. V, p. 80-86, noa 195 et 196. , 33 Ces quatre questions doctrinales portaient sur l'essence divine, sur llâme rationnelle en tant que forme du corps humain, sur la blessure du (tôté de Jésus, sur le baptême des enfants. Cf. Bull, fr., t. V, n° 196 ; Répertoirei de Fronsac, dans Arch. f. Litt. u. Kirch., t. III, p. 24 s. « Il suffit de lire ce décret pour se convaincre qu'il n'entame en rien l'ensei- /gnement d'Olive qu'il ne condamne nulle part et ne contredit pas. » ((Hkfele-Leclerco, Histoire des Conciles, t. VI, P. II, p. 670).