APPLICATION DE LA BULLE <( EXIVI DE PARADISO
Comme la Provence avait été particulièrement troublée, il fit rédiger et approuva au Chapitre provincial de Nîmes des Constitutions nouvelles en conformité avec la Décrétale de Clément V. Afin de prévenir de nouveaux excès de la part des Spirituels, on inséra dans ces statuts provinciaux un article dirigé contre le culte dont ils entouraient la tombe de Pierre Jean Olive 'o. Néanmoins, voyant que l'animosité était toujours aussi vive contre leurs représentants qui n'avaient pas encore quitté Avignon, il décida de les réunir dans les couvents de Narbonne, Béziers et Carcassonne, et de mettre à leur tête des supérieurs qui, tout en appartenant à la Communauté, seraient animés d'intentions pacifiques ".
De son côté, le Souverain Pontife convoqua en sa présence les avocats des Spirituels restés en Avignon et leur recommanda de se soumettre, ainsi que tous les autres religieux, à l'obéissance des supérieurs qui leur avaient été donnés et d'observer la Règle conformément à sa bulle Exivi de paradiso. Il renouvelait la même recommandation aux religieux de la Communauté, en les invitant à traiter leurs Frères avec déférence et charité, afin que toute cause de division et de querelle soit à l'avenir évitée.
Ubertin de Casale qui n'avait aucune illusion sur l'eflficacité des recommandations pontificales, lui proposa une fois encore d'appliquer le remède qu'il jugeait opportun et seul capable de protéger les Frères dociles aux directions de la Bulle Exivi contre le mauvais vouloir des récalcitrants. Quel était ce remède ? Ange Clareno qui rapporte
■'" « Item (Minister generalis) mandat disctricte per obedientiam in virtute Spiritus sancti, ne pro defuncto non canonizato ad honorem ipsius celebretur missa de vivis. » Constitutiones provinciae Provinciae (anno J313)» dans Arch. fr. hist., t. XIV, 1921, p. 430.
11 Cf. le Mémoire envoyé par les Frères de Narbonne au Chapitre général de Naples, 13 16, dans Arch. f. Litt. u. Kirch., t. II, p. 161.
ces choses ne le dit pas. Mais nous le connaissons depuis longtemps ; c'était de séparer complètement de la Communauté ceux qui voulaient sincèrement observer la Règle et la nouvelle Déclaration. Clément V répondit qu'il avait confiance dans la soumission de tous les Frères. Il refusa ^^.
Tandis que les compagnons d'Ubertin se soumettaient en Provence avec promptitude, en Italie Jes choses ne s'étaient pas arrangées aussi facilement.
Sans même attendre la publication de la bulle Exivi de paradiso, quelques Spirituels de Toscane, durement traités par les Supérieurs de la Communauté, s'étaient emparés de plusieurs couvents ; puis, au nombre d'une quarantaine, pour échapper aux censures ecclésiastiques, sous la conduite d'un certain Frère Henri de Céva, ils s'étaient enfuis en Sicile >3.
Aussitôt arrivés dans ce royaume, ils annoncèrent au roi Frédéric qu'ils n'avaient pris la fuite, après avoir consulté des cardinaux, des théologiens et des juristes, que pour se soustraire aux transgressions de la Règle. Ils protestaient de leur obéissance aux > Souverains Pontifes, promettaient d'observer la pauvreté comme elle est prescrite dans la Règle, dans le Testament de saint François et dans les Décrétâtes de Nicolas III et de Clément V. Ils renouvelaient aussi leur vœu d'obéissance, mais non point dans les choses qu'ils estimeraient contraires à la Règle. Leur fuite n'était donc pas une apostasie, mais un acte de fidélité. Les vrais apostats, c'étaient les transgresseurs de la Règle '4. Henri de Céva
12 A. Clareno, Hist. trih., dans Arch. f. Litt. u. Kirch., t. II, p. 140 s.
13 Cf. Bull, fr., t. V, n" 217, 218 ; A. Clareni, Epistolae, dans Arch. f. Litt. u. Kirch., t. I, p. 544, et Historia tribulationum, op. cit., t. II, p. 139 s.
14 H. FiNKE, Acta Amgonensia, t. II, n° 418, reproduit dans Arch. fr. hist., t. II, 1909, p. 158 s.