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PREMIERS COMPAGNONS DE SAINT FRANÇOIS

de 1 209, il comprend pleinement sa vocation 4. A ce titre l'humble chapelle mérite d'être considérée comme le berceau de l'Ordre des Frères Mineurs.

Le jeune converti ne songeait pas alors à être le fondateur d'un Ordre nouveau. Sa vie pénitente, si contraire à ses habitudes d'autrefois, n'avait d'abord soulevé que la pitié et le sarcasme. Cependant les esprits réfléchis discernèrent en lui les caractères de la sainteté vraie. Des disciples accoururent ; d'abord Bernard de Quintavalle, qui n'hésita pas à vendre tous ses biens et à les distribuer aux pauvres, puis Pierre de Gatane. Ils prirent le même habit que François et vécurent avec lui s'efibrçant de suivre à la lettre les conseils du saint Evangile 5.

^ Duobus deinde annis habitum eremiticum gessit (B. de Besse, Liber de Laudibus, dans An. fr., t. III, p. 687). Factum est autem, cum jatn dictant ecclesiam refarasset, conversionis ejus annus tertius agebatur (I Cel., 21). Saint François fut-il ermite de saint Augustin ? Ce fut le sujet d'une controverse agitée à la fin du XV^ siècle. Nicolas Glassberger (An. fr.j t. II, p. IX), Mariano de Florence (Cf. Luce e Amore, Anno IV, 1907, p. 363-366), Wadding, dans un appendice au tome II de ses Annales Minorum (p. 441-596), réfutèrent les affirmations de l'Augustin Philippe de Bergame. (Cf. Archiv. fr. hist., t. V, 1912, p. 181, n. I.)

s Bernard de Quintavalle est considéré comme le premier disciple de saint François. Saint Bonaventure dit même en parlant de lui : « Patris heati primogenitus esse promeruit, tam prioritate temporis quam privilégia sanctitatis. » (Leg. Maj., c. III, § 3.) Thomas de Celano (Leg. prim., 24) fait cependant mention d'un autre disciple avant Bernard, et il dit de ce dernier dans la Leg. sec, 48 : <( qui secundus in Ordine f rater exstiterat ».

Dans ses deux légendes, Thomas de Celano ne parle que de Bernard comme compagnon de saint François au moment de la consultation du saint Evangile. De même, saint Bonaventure (loc. cit.). F. Pierre, qui fut le second disciple de saint François, est-il le même que Pierre de Catane, chanoine de la cathédrale d'Assise, jurisconsulte distingué et plus tard Vicaire du saint Fondateur ? La tradition l'affirme. Sur cette question controversée, voir Edouard d'Alençon, Spicilegium franciscanutn, Epistola S. Francisci ad Ministrum generalem, Romae, Kleinbub, i8qç, qui se prononce pour la négative. En sens contraire, G. Go- LUBOvicH, dans sa Biblioteca, t. I, 1 19-126, et Mgr Faloci-Pulignani, La patria del beato Pietro Cattaneo, dans Mise, fr., t. XIV (1912), p. 12-14. — La Legenda antiqua de Pérouse (éd. F. M. Delorme, Paris,

François, Bernard et Pierre s'installèrent tous les trois à Rivo-Torto, où Frère Egide, un Assisiate lui aussi, vint les rejoindre 6. Malgré les railleries et les tracasseries de leurs concitoyens, les nouveaux pénitents formèrent un petit groupe qui grandit peu à peu. François comprit qu'une règle plus précise devenait nécessaire. Il l'écrivit pour lui et pour ses Frères présents et futurs, simplement et en peu de mots, employant surtout les paroles du saint Evangile, à la perfection duquel il tendait uniquement. Puis avec ses compagnons, maintenant au nombre de onze, il se rendit à Rome pour solliciter l'approbation du Pape?. L'opposition dans le Sacré-Collège fut vive contre ce laïc qui abandonnait un peu trop facilement les formes traditionnelles de la vie religieuse. Mais les sages paroles du cardinal Jean de Saint- Paul dissipèrent les hésitations du Souverain Pontife. Innocent III reconnut en François l'homme de Dieu. Il l'embrassa, approuva oralement sa Règle et lui accorda la permission de prêcher la pénitence. Même privilège fut donné à ses disciples, à la condition qu'ils fussent autorisés par François luimême. Enfin le Pape l'invita à revenir lorsque le nombre de ses Frères se serait encore accru. Le saint promit obéis- , sance au Vicaire de Jésus-Christ, et les autres Frères à François. Ce fut la première profession de l'Ordre. Innocent III était-il pleinement convaincu de la mission

1926, no 39), Arch. fr. hist., t. XV, 1922, p. 57, ne favorise pas cette dernière opinion. A. Fortini ne croit pas que Pierre de Catane fut chanoine de la cathédrale (cf. Vita nova di S, Fr. d'A., p. 178, n. 15).

6 Cf. F. M. Delorme, O. m., La Legenda antiqua S. Francisci de Pérouse, n°^ i, 55 et 62; S. Montgommery Carmichael, Il primo convento francescano, dans Mise, fr., t. IX' (1902), p. 22-29.

^ D'après les sources les, plus anciennes, S. François alla à Rome avec onze disciples, lui douzième. Cf. L. Oliger, O. M., Expositio Regulae F. M. auctore Angelo Clareno. Qaracchi (1912), p. 3-5, n. 2. — Sur la réception de S. François par Innocent III, voir l'addition du cardinal Jérôme d'Ascoli, plus tard Nicolas IV, à la Legenda major, c. III, § 9, n. i (éd. Quaracchi).

INSTITUTION DE L'ORDRE DES FRÈRES MINEURS f

<ie saint François?... On peut en douter, puisqu'il n'accorda qu'une approbation verbale, en promettant des faveurs plus amples, si l'expérience réalisait les espoirs suscités par l'humble troupe des Assisiates. C'était prudence de sa part. Il avait du moins saisi la grandeur et l'importance des vues •de saint François sur la réforme de l'Eglise. Il le couvrit donc de sa protection et assura ses premiers pas.

Sans aucune modification substantielle, la Fraternité des Pénitents d'Assise devenait, par le fait de cette approbation, un Ordre religieux, h' Ordre des Frères Mineurs était fondé (1210).

Après avoir reçu la bénédiction pontificale, François et ses compagnons visitèrent le tombeau des Apôtres. Le cardinal Jean de Saint- Paul leiir conféra ensuite à tous la tonsure et les fit par là entrer dans la hiérarchie ecclésiastique. Après quoi les Pénitents d'Assise quittèrent la ville éternelle.

L'Italie fut le premier théâtre du zèle de saint François ; l'Italie, et particulièrement l'Ombrie, avec, comme centre Rivo-Tortô, qu'ils abandonnèrent bientôt pour s'installer à Sainte-Marie des Anges. Cette chapelle, appelée aussi la Portioncule, leur fut concédée à perpétuité, moyennant une très faible redevance, par l'Abbé du Mont Soubase (Observance de Cluny) 8. Autour d'elle on construisit quelques cabanes, et pour clôture une haie fut plantée. Un riche Assisiate, Jacques de Filippo, fit don d'un vaste terrain, qui devait devenir plus tard très utile au moment des Chapitres généraux. C'est de la Portioncule que les nouveaux prêcheurs partaient pour évangéliser les campagnes environnantes. Assise fut la première à bénéficier de cette prédication et à recouvrer la paix.

François ne borna pas son zèle à l'édification spirituelle

8 Cf. Edouard d'Alençon, O. M. C, L'abbaye de S. Benoît au Mont- Soubase près d'Assise, dans Et. fr., t. XXII (1909), p. 388-390.

de sa ville natale. D'autres cités reçurent également sa visite : Pérouse, Cortone, Imola, Bevagna, Alviano^ Ascoli, Arezzo, Florence, Pise, Sartiano, Sienne furent tour à tour évangélisées. Ses disciples imitaient son zèle, et partageaient ses travaux. Bernard de Quintavalle eut ainsi le bonheur d'établir les Frères Mineurs à Bologne.

De retour à Assise au commencement du Carême de 1212, François fonda avec sainte Claire, âgée de dix-huit ans, un deuxième Ordre, celui des Pauvres Dames 9.

L'Italie ne suffit déjà plus au zèle de saint François ; il ambitionne la gloire du martyre. Or, on était à Tépoque des Croisades et, en cette année 1212, une multitude d'hommes partaient pour la Terre Sainte. Les missionnaires n'avaient pas encore dirigé leurs efforts vers les contrées orientales. Les peuples du Nord, Slaves, Scandinaves, Lithuaniens avaient seuls reçu les apôtres de l'Evangile. Seuls en Orient, les schismatiques grecs et les sectes hérétiques, Jacobites, Arméniens, Nestoriens étaient sollicités de rentrer dans l'unité catholique. Quant aux Musulmans, on s'efforçait de les réduire par les armes, personne ne songeant à les convertir. Saint François, lui, conçoit ce dessein grandiose que personne jusqu'aujourd'hui n'a su réaliser, et il consacre un chapitre de sa Règle à « ceux qui veulent aller chez les Sarrasins » >o. De plus il donne l'exemple. Après avoir institué Pierre de Catane Vicaire général, il s'embarque pour la Syrie 1 » . Mais la tempête jette le navire

^ Voir plus bas, Appendice II, § 8.

10 Reg, Prim., C. XVI ; Reg. sec, C. XII.

11 Thomas de Celano nous dit (Leg. II, 143) que François résigna son office <( faucis annis elapsis post suant conversionem ». D'autre part, il n'est pas possible d'admettre que le saint Fondateur ait laissé son Ordre sans direction et sans chef au moment où il entreprenait ses grandes expéditions et allait, dans sa pensée, au devant de la mort.. Aussi fait-on remonter à cette époque l'institution du Vicaire général^ au moins, pendant que François était absent, à titre temporaire. (Cf.

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